Nouveau bouleversement sur "l'affaire du petit Grégory" : 3 personnes ont été placées en garde à vue. Et le tout grâce à un logiciel, intitulé AnaCrim, utilisé par la police judiciaire, et reposant sur la théorie des graphes afin d'analyser les relations entre les témoins. analyse de graphes

COLD CASE. Le meurtre sordide du petit Grégory Villemin, il y a plus de 30 ans, aurait pu être une affaire non classée (appelées en anglais cold cases) de plus. C'était sans compter sans un coup de théâtre impromptu qui vient apporter un énième rebondissement au dossier : l'arrestation du grand-oncle, de la grand-tante, ainsi que de la tante par alliance de la victime. La clé de l'affaire ? Un type de traitement big data appliqué aux affaires criminelles, appelé AnaCrim (lien vers la fiche du traitement informatique sur le site de la CNIL) et utilisé par la gendarmerie ainsi que par la police judiciaire française afin de croiser tous les indices recueillis. Le programme aurait permis de découvrir un faisceau d'indices impliquant plusieurs suspects. Explications.

Analyste criminel : une nouvelle profession pour la gendarmerie et la police

Initialement développée par i2, puis rachetée par iBM, la solution AnaCrim est utilisé en France par le Service central du renseignement criminel (SCRC) depuis une dizaine d'années. Les méthodes sont standardisées à l'échelle européenne. "L'objectif : mettre en évidences les incohérences dans l'emploi du temps d'un témoin ou d'un mis en cause, des contradictions entre certains témoignages et les observations faites par les enquêteurs. Les analystes criminels ont ainsi minutieusement retranscris tous les éléments constatés par les enquêteurs sur le terrain ou les détails figurant dans une audition", a expliqué le colonel Didier Berger, chef du Bureau des affaires criminelles (BAC) de la gendarmerie à nos confrères du Parisien.

MÉTIER. Les analystes en recherches criminelles (ou ARC) sont en fait des officiers de police judiciaire spécifiquement formés à l'utilisation d'Anacrim. Ils sont formés spécifiquement à cette fin au Centre national de formation de police judiciaire, une partie des cours étant donnée par l'université de technologie de Troyes (UTT). Les futurs analystes y apprennent à appliquer les outils informatiques aux finalités d'une enquête policière. "Intégrer les données, rechercher et visualiser les liens entre les divers protagonistes, leur implication dans l'affaire, la chronologie des faits, et enfin l'interprétation des données", indique le programme de la formation.

Les big data pour cerner une affaire complexe faisant intervenir plusieurs complices

Le procureur général Jean-Jacques Bosc a tenu à éclaircir, jeudi 15 juin 2017 dans l'après-midi, les dernières découvertes de l'enquête au cours d'une conférence. Il y a présenté les dernières conclusions de l'analyse en écriture (analyse graphologique de la lettre manuscrite, et analyse syntaxique des deux lettres dactylographiées) sur les écrits envoyés par le "corbeau" de l'affaire. "L'analyse criminelle montre que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime", a-t-il révélé. Pour le Général de brigade Olivier Kim, cela représente un véritable "tournant dans l'exercice de la police judiciaire, qui a vu le travail conjoint de la cellule d'enquête de Dijon avec les Services centraux du renseignement national (SCRN)".

RECOUPEMENTS. Le Général Olivier Kim a ainsi pu préciser le fonctionnement d'Anacrim : "Des milliers de pièces à conviction ont pu être recoupées grâce à Anacrim" (...). "Mais Anacrim n'est qu'un support automatique qui ne fonctionne pas sans intelligence humaine. Le rôle des analystes a été fondamental afin de resituer les personnages-clés dans le temps et dans l'espace."

L'analyse de graphes pour soulever de nouvelles pistes

Concrètement ? L'analyse criminelle repose en grande partie sur la représentation visuelle par graphe, permettant d'identifier plus facilement les liens entre différents acteurs d'un réseau... ou les incohérences dans leurs déclarations pendant l'enquête. Pour chaque dossier, "on constitue une base de données avec tout ce que tout le monde dit et fait, ce volume global est ensuite transposé sur un gros schéma sur lequel on zoome en fonction de ses recherches", résumait un ancien Analyste criminel au journal L'Alsace. Il faut "tirer le fil de la pelote", concluait-il.
Ci-dessous, un aperçu des possibilités de l'analyse de graphes dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Le programme ainsi "permet d'identifier immédiatement les liens entre différentes entités, même si elles n'ont pas de rapport évident entre-elles", ainsi que de "détecter les anomalies dans le graphe", comme l'explique la démonstration. On comprend alors comment ce type d'outil a permis de détecter les incohérences dans les déclarations des différents témoins, et de placer 3 suspects en garde à vue. Le procureur a toutefois indiqué ne pas savoir précisément "qui était l'auteur du crime" à ce stade.


Source : article de Sarah Sermondadaz sur Sciences et avenir.fr