Tiré d'un dossier du Monde de juin 2007
Selon les dernières projections du cabinet Forrester, un milliard d'ordinateurs personnels (PC) seront en service dans le monde dès 2008 et plus de deux milliards d'ici à 2015. Mais que fait-on de ces montagnes d'écrans, d'unités centrales, de claviers, d'imprimantes et de périphériques en tout genre lorsqu'ils sont obsolètes ou hors d'usage ?
Entre 20 à 50 millions de tonnes de e-dechets s'amoncellent dans le monde et ce volume croît de 3 à 5 % par an, d'après une étude des Nations unies de 2005.
En Europe, ce sont, selon un rapport de l'Union européenne, près de 36 tonnes de mercure et 16 tonnes de cadmium qui sont ainsi rejetées chaque année dans l'atmosphère, essentiellement à cause de l'incinération des DEEE.
Il ne s'agit pourtant là que de la partie visible de l'iceberg. L'augmentation du parc informatique induit aussi un coût énergétique, et donc environnemental, de plus en plus élevé. Quand le nombre d'ordinateurs personnels croît, la quantité d'électricité nécessaire pour les alimenter augmente mécaniquement.
Mais outre ces appareils, l'infrastructure d'Internet elle-même draine une grande quantité de ressources énergétiques.
Les bas-fonds de la Toile
Converser par messagerie instantanée, jouer à des jeux en ligne ou simplement surfer sur Internet sont désormais des activites courantes pour les usagers du Web. Les débits sont toujours plus élevés et les échanges de fichiers plus nombreux sur les autoroutes de l'information, alors que celles-ci donnent l'illusion de la dématérialisation.
Pourtant, de l'autre côté des écrans des internautes, une lourde infrastructure sous-tend la Toile. L'octet, l'unité de mesure informatique, a bel et bien un équivalent énergétique, des plus élevés. Estimée à 123 térawattheures par an, la consommation électrique mondiale des serveurs représente 0,8 % de la consommation électrique totale (16 000 térawattheures par an), l'équivalent d'une quinzaine de centrales nucléaires.
Les Etats-Unis absorbent à eux seuls un tiers de cette consommation (45 térawattheures par an). Jonathan Koomey, un universitaire de Stanford, a calculé qu'une telle facture énergétique s'élève à 5,3 millards d'euros par an (7,2 milliards de dollars).
Selon son étude publiée en février 2007, la consommation des serveurs a doublé en cinq ans. En l'an 2000, les serveurs mondiaux utilisaient moins de 60 térawattheures par an. Le rapport de M. Koomey est d'autant plus alarmant qu'il n'inclut pas les serveurs utilisés par Google. L'entreprise américaine, très obscure sur son infrastructure, n'a jamais diffusé de données sur ses capacités de stockage. Selon un article de juin 2006 publié dans le New York Times, Google disposerait de plus de 450 000 serveurs, répartis dans une vingtaine de centres techniques. Si l'on inclut la consommation des serveurs de Google à la consommation mondiale de serveurs, éstimé a 123 térawattheures par an, celle-ci augmente de 1,7 %, indique le rapport de Jonathan G. Koomey, qui fait autorité. Selon nos calculs, Google consommerait donc 2,1 térawattheures par an, l'équivalent de deux centrales nucléaires. Interrogé par Le Monde.fr, Erik Teetzel, chef de projet technique chez Google, a refusé de commenter cette estimation qui n'inclut pas les besoins en systèmes de refroidissement et de climatisation.
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