Giovanni Battista Della Porta (1535-1615)

Chapitre: II. Histoire de la cryptologie Prérequis: -

C'est un jeune prodige napolitain, futur fondateur de la première société scientifique de la Renaissance, qui a fait la synthèse des idées de ses prédécesseurs qui devait aboutir à la forme moderne de la substitution polyalphabétique. Giovanni Battista Della Porta avait vingt-huit ans quand, en 1563, il écrivit le livre auquel il doit sa renommée de cryptologue. De Furtivis Literarum Notis, composé de quatre livres, traitant respectivement des chiffres anciens, des chiffres modernes, de la cryptanalyse, des caractéristiques linguistiques qui favorisent le décryptement, représente la somme des connaissances cryptologiques de l'époque. Il récapitule les procédés classiques de ses prédécesseurs, mais il n'hésite pas à les critiquer: le vénérable alphabet du Parc à cochons n'est utilisé, écrit-il avec mépris, que «par les croquants, les femmes et les enfants».
Porta classait les procédés en trois catégories: le changement de l'ordre des lettres (transposition), de leur forme (substitution par symboles), de leur valeur (substitution par alphabet cryptographique). Bien que sommaire, c'est le premier exemple de la répartition maintenant classique des procédés en deux principes: transposition et substitution. Il fut l'inventeur du premier système littéral à double clef, c'est-à-dire le premier chiffre pour lequel on change d'alphabet à chaque lettre.
Si Porta ne crée aucun autre procédé des substitutions polyalphabétiques, il oeuvre en revanche pour le futur de la cryptanalyse en compilant les méthodes classiques signées Alberti, Bellaso et Trithème. Il est de plus le premier auteur européen (mais bien après Al-Kindi) à proposer une solution de décryptement de la substitution monoalphabétique sans division de mots. Porta va également innover avec la méthode dite du mot probable, qui consiste à deviner des mots clairs afin de repérer dans le texte chiffré les mots correspondants.

De Furtivis Literarum Notis

Parmi les procédés modernes, dont beaucoup sont de son invention, apparaît la première substitution bigrammatique de l'histoire de la cryptographie: deux lettres sont représentées par un seul symbole (voir ci-dessous), situé à l'intersection de la colonne d'une lettre et de la ligne de l'autre.

Si l'on observe le tableau original de Porta, on remarque tout de suite des répétitions gênantes: par exemple, la colonne G est constituée uniquement de carrés, la colonne I uniquement de X, autant de renseignements que pourrait utiliser un décrypteur. Pour compliquer la tâche du décrypteur, on peut "mélanger" ce tableau comme ci-dessous: on reproduit les symboles par colonnes et on utilise comme entrées des alphabets désordonnés.

C'est aussi Porta qui met au point un deuxième cadran chiffrant (voir figure ci-dessous), après celui d'Alberti. Le disque intérieur affiche une série de symboles en guise de chiffré. Sur le disque extérieur s'inscrit un alphabet clair ordonné, surmonté d'une série de chiffres romains, alignés par ordre croissant. Les alignements des symboles avec les unités claires génèrent des alphabets de chiffrement pour le moins originaux.


De Furtivis Literarum Notis, p. 73

Ci-dessous, la page 114 de De Furtivis Literarum Notis, présentant trois alphabets de substitution monoalphabétique.


Références


Didier Müller, 13.4.02