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II. Histoire de la cryptologie | Prérequis: |
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Bien que les chiffres polyalphabétiques n'apparaissent qu'à la fin du 16e siècle, on peut en faire remonter l'origine au savant florentin Léon Battista Alberti (image ci-contre). Né en 1404, Alberti fut l'une des figures majeures de la Renaissance: peintre, compositeur, poète et philosophe, auteur de la première approche scientifique de la perspective, d'un traité sur la mouche domestique et d'une oraison funèbre pour son chien. C'est probablement comme architecte qu'il est le plus connu: il a entre autres écrit le premier traité d'architecture imprimé (le De Re Aedificatoria).
Autour de 1460, Alberti proposa d'utiliser deux ou plusieurs alphabets désordonnés en passant de l'un à l'autre au cours du chiffrement, afin d'échapper à l'analyse des fréquences des cryptanalystes potentiels. Bien qu'il ait effectué, ce faisant, la percée la plus significative dans le cryptage depuis plus de mille ans, Alberti échoua à développer son concept en un système complet. Cette tâche devait revenir à plusieurs chercheurs qui travaillèrent sur ses idées après lui: Jean Trithème, Giovanni Battista Bellaso, Giovanni Porta et Blaise de Vigenère.
Dans l'essai (De Componendis Cyphris) qu'il écrivit en 1466 ou 1467, il laissait entendre qu'il avait inventé la notion d'analyse des fréquences, mais les idées qu'il avançait semblent trop élaborées pour qu'il en soit ainsi. Néanmoins, son étude remarquablement claire constitue, en vingt-cinq pages manuscrites en latin, le plus ancien ouvrage de cryptologie du monde occidental.
Ce n'est qu'après avoir expliqué comment les décryptements sont possibles qu'il exposait les moyens de les prévenir. Partant de là, Alberti passait en revue divers procédés: substitutions de différentes sortes, transposition des lettres au sein d'un mot, messages obtenus en marquant d'un point certaines lettres d'un texte innocent, encres sympathiques. Il terminait son oeuvre par un chiffre de son invention: le cadran chiffrant.
Le petit programme javascript ci-dessous vous permettra de chiffrer/déchiffrer un message avec le chiffre d'Alberti. Le disque mobile (ligne jaune) est décalé d'un cran vers la gauche tous les quatre caractères. Choisissez le décalage initial puis écrivez votre texte.
Alberti compléta cette découverte, déterminante dans l'histoire de la cryptologie, par une autre invention remarquable: le surchiffrement codique. C'est dans ce but qu'il avait ajouté les chiffres sur le disque extérieur. Il composa une table dans laquelle était réunies toutes les combinaisons possibles des chiffres 1, 2, 3, 4, de 11 à 4444. Il obtint ainsi 336 groupes qu'il utilisait comme un petit répertoire. «J'introduis ces nombres dans mon message et, par application du procédé, ils se trouvent remplacés par des lettres qui leur correspondent». Ainsi supposons que 341 signifie "Pape". Ce nombre deviendra "iqh" pour une position du disque et "dgb" pour une autre.