Voyage au centre de la terre, de Jules Verne

Dans ce roman paru en 1864, le Professeur Lidenbrock découvre un parchemin qui donne la route à suivre pour pénétrer à l'intérieur de la Terre. Accompagné de son neveu Axel, il fera alors un voyage extraordinaire dans un mode inconnu et fantastique...


Chapitre II

[...]

    Mais mon oncle continua de plus belle, et m'instruisit, malgré moi, de choses que je ne tenais guère à savoir.
    - Les runes, reprit-il, étaient des caractères d'écriture usités autrefois en Islande, et, suivant la tradition, ils furent inventés par Odin lui-même ! Mais regarde donc, admire donc, impie, ces types qui sont sortis de l'imagination d'un dieu !
    Ma foi, faute de réplique, j'allais me prosterner, genre de réponse qui doit plaire aux dieux comme aux rois, car elle a l'avantage de ne jamais les embarrasser, quand un incident vint détourner le cours de la conversation.
    Ce fut l'apparition d'un parchemin crasseux qui glissa du bouquinet tomba à terre. Mon oncle se précipita sur ce brimborion avec une avidité facile à comprendra. Un vieux document, enfermé peut-être depuis un temps immémorial dans un vieux livre, ne pouvait manquer d'avoir un haut prix à ses yeux.
    - Qu'est-ce que cela ? s'écria-t-il.
    Et, en même temps, il déployait soigneusement sur sa table un morceau de parchemin long de cinq pouces, large de trois, et sur lequel s'allongeaient, en lignes transversales, des caractères de grimoire.
    En voici le fac-similé exact. Je tiens à faire connaître ces signes bizarres, car ils amenèrent le professeur Lidenbrock et son neveu à entreprendre la plus étrange expédition du dix-neuvième siècle :

    Le professeur considéra pendant quelques instants cette série de caractères ; puis il dit en relevant ses lunettes :
    - C'est du runique ; ces types sont absolument identiques à ceux du manuscrit de Snorre Turleson ! Mais... qu'est-ce que cela peut signifier ?
    Comme le runique me paraissait être une invention de savants pour mystifier le pauvre monde, je ne fus pas fâché de voir que mon oncle n'y comprenait rien. Du moins, cela me sembla ainsi au mouvement de ses doigts qui commençaient à s'agiter terriblement.
    - C'est pourtant du vieil islandais ! murmurait-il entre ses dents.
    Et le professeur Lidenbrock devait bien s'y connaître, car il passait pour être un véritable polyglotte. Non pas qu'il parlât couramment les deux mille langues et les quatre mille idiomes employés à la surface du globe, mais enfin il en savait sa bonne part.
    Il allait donc, en présence de cette difficulté, se livrer à toute l'impétuosité de son caractère, et je prévoyais une scène violente, quand deux heures sonnèrent au petit cartel de la cheminée.
    Aussitôt la bonne Marthe ouvrit la porte du cabinet en disant :
    - La soupe est servie.
    - Au diable la soupe, s'écria mon oncle, et celle qui l'a faite, et ceux qui la mangeront !
    Marthe s'enfuit. Je volai sur ses pas, et, sans savoir comment, je me trouvai assis à ma place habituelle dans la salle à manger.
    J'attendis quelques instants. Le professeur ne vint pas. C'était la première fois, à ma connaissance, qu'il manquait à la solennité du dîner. Et quel dîner, cependant ! une soupe au persil, une omelette au jambon relevée d'oseille à la muscade, une longe de veau à la compote de prunes, et, pour dessert, des crevettes au sucre, le tout arrosé d'un joli vin de la Moselle.
    Voilà ce qu'un vieux papier allait coûter à mon oncle. Ma foi, en qualité de neveu dévoué, je me crûs obligé de manger pour lui, et même pour moi. Ce que je fis en conscience.
    - Je n'ai jamais vu chose pareille ! disait la bonne Marthe en servant. M. Lidenbrock qui n'est pas à table !
    - C'est à ne pas le croire.
    - Cela présage quelque événement grave ! reprenait la vieille servante en hochant la tête.
    Dans mon opinion, cela ne présageait rien, sinon une scène épouvantable, quand mon oncle trouverait son dîner dévoré.
    J'en étais à ma dernière crevette, lorsqu'une voix retentissante m'arracha aux voluptés du dessert. Je ne fis qu'un bond de la salle dans le cabinet.


Chapitre III

    - C'est évidemment du runique, disait le professeur en fronçant le sourcil. Mais il y a un secret, et je le découvrirai, sinon...
    Un geste violent acheva sa pensée.
    - Mets-toi là, ajouta-t-il en m'indiquant la table du poing, et écris.
    En un instant je fus prêt.
    - Maintenant, je vais te dicter chaque lettre de notre alphabet qui correspond à l'un de ces caractères islandais. Nous verrons ce que cela donnera. Mais, par saint Michel ! garde-toi bien de te tromper ! 1
    La dictée commença. Je m'appliquai de mon mieux; chaque lettre fut appelée l'une après l'autre, et forma l'incompréhensible succession des mots suivants :
mm.rnlls esreuel seecJde
sgtssmf unteief niedrke
kt,samn atrateS Saodrrn
emtnaeI nuaect rrilSa
Atuaar .nscrc ieaabs
ccdrmi eeutul frantu
dt,iac oseibo KediiY

    Quand ce travail fut terminé, mon oncle prit vivement la feuille sur laquelle je venais d'écrire, et il l'examina longtemps avec attention.
    - Qu'est-ce que cela veut dire ? répétait-il machinalement.
    Sur l'honneur, je n'aurais pas pu le lui apprendre. D'ailleurs il ne m'interrogea pas à cet égard, et il continua de se parler à lui-même :
    - C'est ce que nous appelons un cryptogramme, disait-il, dans lequel le sens est caché sous des lettres brouillées à dessein, et qui, convenablement disposées, formeraient une phrase intelligible ! Quand je pense qu'il y a là peut-être l'explication ou l'indication d'une grande découverte !
    Pour mon compte, je pensais qu'il n'y avait absolument rien, mais je gardai prudemment mon opinion.
    Le professeur prit alors le livre et le parchemin, et les compara tous les deux.
    - Ces deux écritures ne sont pas de la même main, dit-il; le cryptogramme est postérieur au livre, et j'en vois tout d'abord une preuve irréfragable. En effet, la première lettre est une double M qu'on chercherait, vainement dans le livre de Turleson, car elle ne fut ajoutée à l'alphabet islandais qu'au quatorzième siècle. Ainsi donc, il y a au moins deux cents ans entre le manuscrit et le document.
    Cela j'en conviens, me parut assez logique.
    - Je suis donc conduit à penser, reprit mon oncle, que l'un des possesseurs de ce livre aura tracé ces caractères mystérieux. Mais qui diable était ce possesseur ? N'aurait-il point mis son nom à quelque endroit de ce manuscrit ?
    Mon oncle releva ses lunettes, prit une forte loupe, et passa soigneusement en revue les premières pages du livre. Au verso de la seconde, celle du faux titre, il découvrit une sorte de macule, qui faisait à l'oeil l'effet d'une tache d'encre. Cependant, en y regardant de près, on distinguait quelques caractères à demi effacés. Mon oncle comprit que là était le point intéressant; il s'acharna donc sur la macule et, sa grosse loupe aidant, il finit par reconnaître les signes que voici, caractères runiques qu'il lut sans hésiter :

    - Arne Saknussem ! s'écria-t-il d'un ton triomphant, mais c'est un nom cela, et un nom islandais encore ! celui d'un savant du seizième siècle, d'un alchimiste célèbre !
    Je regardai mon oncle avec une certaine admiration.
    - Ces alchimistes, reprit-il, Avicenne, Bacon, Lulle, Paracelse, étaient les véritables, les seuls savants de leur époque. Ils ont fait des découvertes dont nous avons le droit d'être étonnés. Pourquoi, ce Saknussemm n'aurait-il pas enfoui sous cet incompréhensible cryptogramme quelque surprenante invention ? Cela doit être ainsi. Cela est.
    - L'imagination du professeur s'enflammait à cette hypothèse.
    - Sans doute, osai-je répondre, mais quel intérêt pouvait avoir ce savant à cacher ainsi quelque merveilleuse découverte ?
    - Pourquoi ? pourquoi ? Eh ! le sais-je ? Galilée n'en a-t-il pas agi ainsi pour Saturne ? D'ailleurs, nous verrons bien; j'aurai le secret de ce document, et je ne prendrai ni nourriture ni sommeil avant de l'avoir deviné.
    - Oh ! pensai-je.
    - Ni toi, non plus, Axel, reprit-il.
    - Diable ! me dis-je, il est heureux que j'aie dîné pour deux !
    - Et d'abord, fit mon oncle, il faut trouver la langue de ce « chiffre. » Cela ne doit pas être difficile.
    A ces mots, je relevai vivement la tête. Mon oncle reprit son soliloque :
    - Rien n'est plus aisé. Il y a dans ce document cent trente-deux lettres qui donnent soixante-dix-neuf consonnes contre cinquante-trois voyelles. Or, c'est à peu près suivant cette proportion que sont formés les mots des langues méridionales, tandis que les idiomes du nord sont infiniment plus riches en consonnes. Il s'agit donc d'une langue du midi.
    Ces conclusions étaient fort justes.
    - Mais quelle est cette langue ?
    C'est là que j'attendais mon savant, chez lequel cependant je découvrais un profond analyste.
    - Ce Saknussemm, reprit-il, était un homme instruit; or, dès qu'il n'écrivait pas dans sa langue maternelle, il devait choisir de préférence la langue courante entre les esprits cultivés du seizième siècle, je veux dire le latin. Si je me trompe, je pourrai essayer de l'espagnol, du français, de l'italien, du grec, de l'hébreu. Mais les savants du seizième siècle écrivaient généralement en latin. J'ai donc le droit de dire à priori : ceci est du latin.
    Je sautai sur ma chaise. Mes souvenirs de latiniste se révoltaient contre la prétention que cette suite de mots baroques pût appartenir à la douce langue de Virgile.
    - Oui ! du latin, reprit mon oncle, mais du latin brouillé.
    - A la bonne heure ! pensai-je. Si tu le débrouilles, tu seras fin, mon oncle.
    - Examinons bien, dit-il, en reprenant la feuille sur laquelle j'avais écrit. Voilà une série de cent trente-deux lettres qui se présentent sous un désordre apparent. Il y a des mots où les consonnes se rencontrent seules comme le premier « mrnlls, » d'autres où les voyelles, au contraire, abondent, le cinquième, par exemple, « unteief, » ou l'avant-dernier « oseibo. » Or, cette disposition n'a évidemment pas été combinée; elle est donnée mathématiquement par la raison inconnue qui a présidé à la succession de ces lettres. Il me parait certain que la phrase primitive a été écrite régulièrement, puis retournée suivant une loi qu'il faut découvrir. Celui qui posséderait la clef de ce « chiffre » le lirait couramment. Mais quelle est cette clef ? Axel, as-tu cette clef ?
     A cette question je ne répondis rien, et pour cause. Mes regards s'étaient arrêtés sur un charmant portrait suspendu au mur, le portrait de Graüben.

    [...]

    Or, j'en étais là de mon rêve, quand mon oncle, frappant la table du poing, me ramena violemment à la réalité.
    - Voyons, dit-il, la première idée qui doit se présenter à l'esprit pour brouiller les lettres d'une phrase, c'est, il me semble, d'écrire les mots verticalement au lieu de les tracer horizontalement.
    - Tiens ! pensai-je.
    - Il faut voir ce que cela produit, Axel, jette une phrase quelconque sur ce bout de papier; mais, au lieu de disposer les lettres à la suite les unes des autres, mets-les successivement par colonnes verticales, de manière à les grouper en nombre de cinq ou six.
    Je compris ce dont il s'agissait, et immédiatement j'écrivis de haut en bas :

Jmne,b
ee,tGe
t'bmirn
aiata!
iepeü

    - Bon, dit le professeur, sans avoir lu. Maintenant, dispose ces mots sur une ligne horizontale.
    J'obéis, et j'obtins la phrase suivante :

Jmne,b ee,tGe t'bmirn aiata ! iepeü 2

    - Parfait ! fit mon oncle en m'arrachant le papier des mains, voilà qui a déjà la physionomie du vieux document; les voyelles sont groupées ainsi que les consonnes dans le même désordre; il y a même des majuscules au milieu des mots, ainsi que des virgules, tout comme dans le parchemin de Saknussemm !
    Je ne puis m'empêcher de trouver ces remarques fort ingénieuses.
    - Or, reprit mon oncle en s'adressant directement à moi, pour lire la phrase que tu viens d'écrire, et que je ne connais pas, il me suffira de prendre successivement la première lettre de chaque mot, puis la seconde, puis la troisième, ainsi de suite.
    Et mon oncle, à son grand étonnement, et surtout au mien, lut :

Je t'aime bien, ma petite Graüben !
    - Hein ! fit le professeur.
    Oui, sans m'en douter, en amoureux maladroit, j'avais tracé cette phrase compromettante !
    - Ah ! tu aimes Graüben ! reprit mon oncle d'un véritable ton de tuteur !
    - Oui... Non... balbutiai-je !
    - Ah ! tu aimes Graüben, reprit-il machinalement. Eh bien, appliquons mon procédé au document en question !
    Mon oncle, retombé dans son absorbante contemplation, oubliait déjà mes imprudentes paroles. Je dis imprudentes, car la tête du savant ne pouvait comprendre les choses du coeur. Mais, heureusement, la grande affaire du document l'emporta.
    Au moment de faire son expérience capitale, les yeux du professeur Lidenbrock lancèrent des éclairs à travers ses lunettes; ses doigts tremblèrent, lorsqu'il reprit le vieux parchemin; il était sérieusement ému. Enfin il toussa fortement, et d'une voix grave, appelant successivement la première lettre, puis la seconde de chaque mot; il me dicta la série suivante :
mmessunkaSenrA.icefdoK.segnittamurtn
ecertserrette,rotaivsadua,ednecsedsadne
lacartniiiluJsiratracSarbmutabiledmek
meretarcsilucoYsleffenSnI
    En finissant, je l'avouerai, j'étais émotionné, ces lettres, nommées une à une, ne m'avaient présenté aucun sens à l'esprit; j'attendais donc que le professeur laissât se dérouler pompeusement entre ses lèvres une phrase d'une magnifique latinité.
    Mais, qui aurait pu le prévoir ! Un violent coup de poing ébranla la table. L'encre rejaillit, la plume me sauta des mains.
    - Ce n'est pas cela ! s'écria mon oncle, cela n'a pas le sens commun !
    Puis, traversant le cabinet comme un boulet, descendant l'escalier comme une avalanche, il se précipita dans Königstrasse, et s'enfuit à toutes jambes.


Chapitre V

[...]

    - Mon oncle ! dis-je.
    Il ne parut pas m'entendre.
    - Mon oncle Lidenbrock ? répétai-je en élevant la voix.
    - Hein ? fit-il comme un homme subitement réveillé.
    - Eh bien! cette clef ?
    - Quelle clef ? La clef de la porte ?
    - Mais non, m'écriai-je, la clef du document !
    Le professeur regarda par dessus ses lunettes; il remarqua sans doute quelque chose d'insolite dans ma physionomie, car il me saisit vivement le bras, et, sans pouvoir parler, il m'interrogea du regard. Cependant, jamais demande ne fut formulée d'une façon plus nette. Je remuai la tête de haut en bas.
    Il secoua la sienne, avec une sorte de pitié, comme s'il avait affaire à un fou.
    Je fis un geste plus affirmatif.
    Ses yeux brillèrent d'un vif éclat; sa main devint menaçante.
    Cette conversation muette dans ces circonstances eût intéresse le spectateur le plus indifférent. Et vraiment, j'en arrivais à ne plus oser parler, tant je craignais que mon oncle ne m'étouffât dans les premiers embrassements de sa joie. Mais il devint si pressant qu'il fallut répondre.
    - Oui, cette clef !... le hasard !...
    - Que dis-tu ? s'écria-t-il avec une indescriptible émotion.
    - Tenez, dis-je en lui présentant la feuille de papier sur laquelle j'avais écrit, lisez.
    - Mais cela ne signifie rien ! répondit-il en froissant la feuille.
    - Rien, en commençant à lire par le commencement, mais par la fin... 3
    Je n'avais pas achevé ma phrase que le professeur poussait un cri, mieux qu'un cri, un véritable rugissement ! Une révélation venait de se faire dans son esprit. Il était transfiguré.
    - Ah ! ingénieux Saknussemm ! s'écria-til, tu avais donc d'abord écrit ta phrase à l'envers ?
    En se précipitant sur la feuille de papier, l'oeil trouble, la voix émue, il lut le document tout entier, en remontant de la dernière lettre à la première.
    Il était conçu en ces termes :

In Sneffels Yoculi craterem kem delibat
umbra Scartaris Julii intra calendas descende,
audas viator, et terrestre centrum attinges.
Kod feci. Arne Saknussemm.
    Ce qui, de mauvais latin, peut être traduit ainsi :
Descends dans le cratère du Yocul de
Sneffels que l'ombre du Scartaris vient
caresser avant les calendes de Juillet,
voyageur audacieux, et tu parviendras
au centre de la terre. Ce que j'ai fait.
Arne Saknussemm.
    Mon oncle, à cette lecture, bondit comme s'il eût inopinément touché une bouteille de Leyde. Il était magnifique d'audace, de joie et de conviction. Il allait et venait; il prenait sa tête à deux mains; il déplaçait les sièges; il empilait les livres; il jonglait, c'est à ne pas le croire, avec ses précieuses géodes; il lançait un coup de poing par-ci, une tape par-là. Enfin, ses nerfs se calmèrent et, comme un homme épuisé par une trop grande dépense de fluide, il retomba dans son fauteuil.
    - Quelle heure est-il donc ? demanda-t-il après quelques instants de silence.
    - Trois heures, répondis-je.
    - Tiens! mon dîner a passé vite. Je meurs de faim. A table. Puis ensuite...
    - Ensuite ?
    - Tu feras ma malle !
    - Hein ! m'écriai-je.
    - Et la tienne ! répondit l'impitoyable professeur en entrant dans la salle à manger.


Notes
1. On reconnaît là une substitution.
2. On a ici affaire à une transposition. Le manuscrit a donc été surchiffré.
3. On voit là une deuxième transposition (très simple).


Le programme javascript ci-dessous vous permettra de chiffrer/déchiffrer un message à la façon d'Arne Saknussemm:

  1. on écrit le texte verticalement sur n lignes (au besoin, on complète la dernière colonne avec des "."),
  2. on recopie les caractères ligne par ligne,
  3. on lit le texte chiffré de droite à gauche.

Message clair

Nombre de lignes                       
Message chiffré


Référence


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