Réglette de Saint-Cyr

Chapitre: X. Chiffres polyalphabétiques Prérequis: -

Cet instrument doit son nom à l'académie militaire française où, entre 1880 et le début du 20e siècle, il sert à instruire les aspirants cryptologues. C'est le hollandais Auguste Kerckhoffs, figure incontournable de la cryptographie, qui baptisa ainsi la réglette.
L'instrument, qui ressemble aux anciennes règles à calcul, est relativement simple; il s'agit d'une longue bande de papier ou de carton rigide, le "stator", sur laquelle est imprimé à l'horizontale un alphabet ordonné classique. On y fait coulisser une autre bande sur laquelle sont imprimés deux alphabets successifs. Traditionnellement, l'alphabet clair est écrit sur la partie fixe.

Cette réglette permet de faire des substitutions monoalphabétiques du type chiffre de César. Il suffit de bouger le coulisseau et de lire sous la lettre claire la lettre chiffrée (pour chiffrer), ou vice versa (pour déchiffrer). Par exemple, avec le décalage ci-dessus, "BRAVE" se chiffrera "GWFAJ".
Ces alignements alphabétiques ne sont pas sans évoquer le carré de Vigenère, ou encore le cadran chiffrant d'Alberti. On peut donc aussi, avec plus de manipulations, utiliser la réglette pour faire des substitutions polyalphabétiques. D'ailleurs, dans la pratique, la réglette de Saint-Cyr a remplacé le carré de Vigenère, car ce dernier est souvent sujet à erreurs.
Par exemple, si l'on veut chiffrer un message selon le chiffre de Vigenère avec le mot-clef "FEU", on chiffrera les lettres no 1, 4, 7, 10, ... en positionnant le "F" du coulisseau sous le "A" du stator (voir dessin ci-dessus), les lettres no 2, 5, 8, 11, ... avec le réglage ci-dessous:

et les lettres no 3, 6, 9, 12, ... avec le réglage ci-dessous:

Ainsi, le message "SAINT CYR" sera chiffré "XECSX WDV".


Didier Müller, 15.2.02