Stéganographie

Chapitre: III. Stéganographie Prérequis: -

Contrairement à la cryptographie, qui chiffre des messages de manière à les rendre incompréhensibles, la stéganographie (en grec «l'écriture couverte») cache les messages dans un support, par exemple des images ou un texte qui semble anodin (comme l'alphabet bilitère de Francis Bacon ou les fameuses lettres de George Sand). L'idée est la même pour les grilles de Cardan et le «barn code»: on noie le message dans un autre et seuls certains mots doivent être lus pour découvrir le texte caché.

Les premiers emplois attestés de la stéganographie se lisent chez Hérodote vers le Ve siècle avant Jésus-Christ: un certain Histiée, voulant prendre contact secrètement avec son gendre, le tyran Aristagoras de Milet, choisit un esclave dévoué, lui rasa la tête, et y inscrivit le message à transmettre. Il attendit que ses cheveux repoussent pour l'envoyer à Aristagoras avec l'instruction de se faire raser le crâne.

Toujours d'après Hérodote, pour informer les Spartiates de l'attaque imminente des Perses, un certain Démarate utilisa un élégant stratagème: il prit des tablettes, en racla la cire et grava sur le bois le message secret, puis il recouvrit les tablettes de cire. De cette façon, les tablettes, apparemment vierges, n'attirèrent pas l'attention.

En Chine ancienne, on écrivait les messages sur une fine soie dont on faisait une petite boule en l'englobant dans de la cire. Le messager avalait ensuite cette boule.

Au XVIe siècle, le scientifique italien Giovanni Porta découvrit comment cacher un message dans un oeuf dur: il suffit d'écrire sur la coquille avec une encre contenant une once d'alun pour une pinte de vinaigre; la solution pénètre la coquille et dépose sur la surface du blanc d'oeuf le message que l'on lira aisément après avoir épluché l'oeuf.

L'historien de la Grèce Antique Enée le Tacticien imagina d'envoyer un message secret en piquant de minuscules trous sous certaines lettres d'un texte anodin. La succession de ces lettres fournit le texte secret. Deux mille ans plus tard, les épistoliers anglais employèrent la même méthode, non pour assurer le secret à leurs envois, mais pour éviter de payer des taxes excessives. En effet, avant la réforme du service postal, dans les années 1850, envoyer une lettre coûtait environ un shilling tous les cent miles, ce qui était hors de portée de la plupart des gens, mais les journaux ne payaient pas de taxe. Grâce aux piqûres d'épingles, les Anglais malins pouvaient envoyer leurs messages gratuitement. Ce procédé a été aussi utilisé par les Allemands pendant la première guerre mondiale. Au cours de la seconde guerre mondiale, ils améliorèrent le procédé en cochant les lettres de journaux avec de l'encre sympathique.

Un texte apparemment innocent peut aussi révéler un message important. Voici un exemple d'un tel message, envoyé par un espion allemand pendant la seconde guerre mondiale:

Apparently neutral's protest is thoroughly discounted and ignored. Isman hard it. Blockade issue affects pretext for embargo on byproducts, ejecting suets and vegetable oils. Si l'on prend la deuxième lettre de chaque mot, le message suivant émerge: Pershing sails from NY June 1.

On peut aussi utiliser les petites annonces des journaux pour transmettre des messages en utilisant un langage convenu. On peut citer comme exemple les messages que la police française transmettait à un mystérieux groupe nommé AZF qui menaçait de faire sauter des voies ferrées si une rançon ne leur était pas payée. Au moins cinq messages ont été publiés dans la rubrique «Messages personnels» du quotidien Libération (voir l'article de Libération du 4 mars 2004). Ce procédé, très simple et efficace, reste (sans doute) très couru des amoureux, des criminels et des espions.

Les espions allemands de la deuxième guerre mondiale utilisaient aussi des micropoints pour faire voyager discrètement leurs informations. C'est une photographie de la taille d'un point de ponctuation, qu'il suffit d'agrandir pour voir apparaître clairement le message (c'est une sorte de microfilm). Ce micropoint pouvait être inséré dans une lettre anodine, parfois sous un timbre, etc. On retrouve cette technique dans SOS Météores d'Edgar P. Jacobs, pp. 24-25:

...

Une variante du micropoint est utilisé sur les billets de banque suisses.
En 1999, Catherine Taylor Clelland, Viviana Risca et Carter Bancroft publient dans la revue Nature «Hiding messages in DNA microdots» (cacher des messages dans des micropoints d'ADN). Notre matériel génétique est en effet formé de l'enchaînement de quatre nucléotides que l'on peut comparer à un alphabet de quatre lettres: A, C, G et T. Or, les scientifiques sont maintenant capables de fabriquer des chaînes d'ADN avec une suite de nucléotides déterminée à l'avance. Il suffit alors d'attribuer un groupe de trois nucléotides à chaque lettre de l'alphabet, aux chiffres et aux signes de ponctuation (par exemple "A"=CGA, "B"=CCA, etc.) et de composer le «message génétique». Pour brouiller les pistes, on peut ensuite le mélanger avec d'autres séquences aléatoires d'ADN. Le tout est à peine visible au microscope électronique. Comme application possible, on peut imaginer qu'une compagnie qui produirait une nouvelle espèce de tomate pourrait ainsi inclure sa marque de fabrique dans les molécules de la tomate, afin d'éviter les contrefaçons.

Un exemple de stéganographie moderne peut se trouver dans les pages web elles-mêmes. En effet, le code HTML permet d'insérer des commentaires qui ne sont visibles qu'en affichant le fichier source. Essayez de voir le message caché de cette présente page...

Da Vinci Code - Message codé dans le verdict (27/04/2006)

LONDRES. Le juge anglais qui a présidé récemment un procès en plagiat concernant le best-seller planétaire Da Vinci Code, a tacitement reconnu jeudi avoir dissimulé un message codé dans les 71 pages de son très sérieux verdict. «Je ne peux pas commenter le jugement, mais je ne vois pas pourquoi rendre un jugement ne pourrait pas être aussi l’occasion de s’amuser», a déclaré Peter Smith, magistrat de la Haute Cour de Londres. Le juge, en rendant son verdict le 7 avril, avait estimé que le «Da Vinci Code» n’était pas un plagiat. Il avait rejeté les accusations de deux Britanniques selon lesquels son auteur avait repris le thème central d’un de leurs livres paru 20 ans plus tôt. Des lettres en italique dans les sept premiers paragraphes du verdict forment l’expression «Smithy Code», allusion au nom du juge. D’autres lettres en italique sont dispersées tout au long du verdict, sans que l’on puisse à première vue comprendre leur signification. «Cela ne semble pas être des fautes de frappe, vous ne trouvez pas?», a ironisé Peter Smith, se bornant à dire qu’il confirmerait qu’il s’agit d’un message codé lorsqu’il aura été entièrement déchiffré, «ce qui n’est pas très difficile à faire». La plaisanterie de ce magistrat de 54 ans semble être une première dans l’histoire judiciaire. «Le fait que quelques lettres soient en italique dans le texte n’affecte en rien le jugement», a commenté un porte-parole de la magistrature. (AP)

Google célèbre les 50 ans des Pierrafeu (30/9/2010)

Habilement dissimulé dans le dessin, on peut lire "Google" : le premier G est le véhicule, les 2 O les entrées des huttes, le secong G le dinosaure, le L est le palmier, et on peut deviner un E formé par les fenêtres de la dernière hutte.

Certains livres contiennent une image cachée qui n'apparait qu'en décalant les pages de sorte que la tranche soit oblique.


Référence


Didier Müller, 1.10.10