<f 10v>   MAINTENANT pour venir à nostre subject desoccultes manieres d'escrire, communement appellees Chiffres, l'usage en aesté de fort longuemain, voire apair presque de l'escriture, s'iln'est devant: Car les Hieroglyphiques des Egyptiens, Ethiopiens, Persessouverains mages entre tous les autres, les Brachmanes, et Gymnosophistes,qui sont les Indiens orientaux, que Moyse Egyptien au 3. de son directeurappelle les Zabiens, et en compte d'estranges merveilles, ne sont àproprement parler, qu'une maniere de chiffres; Bien est vray que nompasdistincts en lettres, syllabes, et dictions, pour en teistreparticulierement une clause; ains certaines marques et notes comprenanschacune endroit soy quelque sens entier; ainsi que font à peu-presnos devises, dont elles sont fort approchantes; pour representer quelquemystere de la divinité, ou secret de nature; ainsi qu'on peult veoiren Orus Apollo, Chaeremon, et autres: Des modernes, puis cent ans ença, s'y est fort heureusement exercé l'autheur du livreintitulé Polyphile. Nous encore usons de ce mot chiffre , pourun accouplement de lettres entrelassees, contenans les premieres du nom etsurnom, de quelqu'un et quelqu'une, de la plus plaisante forme qu'on y peulttrouver. Et les narrations des Indes occidentales portent; qu'à<f 11r> Mexico ou Temestitan, lors que Fernand Cortes la conquitpour l'Empereur Charles le Quint, furent trouvez certains memoires etpancartes contenans les gestes des Rois de ceste region, par des figuresd'hommes et animaux: Et quelques dix ou douze ans puisapres, d'un autrecosté au Peru, une grand'quantité de cordelettes de cottondans le cabinet du Roy Atabalipa, que les Indiens appellent QuipposCamaios, noüees à guise de patenostres de diversescouleurs, selon les choses qu'ils vouloient representer, le nombre desquelsnoeuds au reste marquoit les ans que leurs Ingues ou Caciques avoientregné. Mais pour venir aux chiffres desquels nous pretendonstraicter, qui sont une vraye escriture complecte, par où se peuventexprimer toutes sortes de conceptions, et par le menu, d'autant qu'elle estformee de caracteres particuliers, consistans en figure, ordre, etpuissance; (Je laisse à part les artifices de lettres non apparentes,comme trop vulgaires pour le jourd'huy, et pueriles; Neaumoins nous entoucherons quelque mot à la fin, avec des ruzes et inventions decacher furtivement les depesches;)
Chiffre des Rois de Lacedemone.
la Scytale des Lacedemoniens, invention d'Archimede Syracusain, nousmonstre assez en Aulugelle liv. 17. chap. 9. l'antiquité de cesoccultes et desrobbees sortes d'escrire. C'estoit un baston rond oucarré, d'environ trois doigts en diametre, long de pied et demy,autour duquel on reploioit comme une longue liste ou bande de papier ou deparchemin, de la largeur de quelques deux <f 11v> poulces, en sorteque les entortillemens enjamboient fort dru et menu l'un sur l'autre,à la distance seulement d'un bon dos de cousteau, ou peu plus. Etapres l'avoir ferm'arrestee és deux bouts avec de la cire, etmarqué le commencement, on escrivoit le long des faces sur lesreplis, tant que le subject se pouvoit estendre, et qu'il y en pouvoittenir: lesquels estans desveloppez, tous les mots, voire la plus grand-partdes lettres se trouvoient couppees par le milieu, à biengrand'distance encore les unes des autres; sans qu'il fust possible de lesrassembler, qu'on n'eust un semblable baston adjuxté au mesmecalibre, pour les y entortiller comme au precedant, et remettre le tout enson ordre et assiette deüe. Il est la mesme fait mention outreplus dela ruze de Jules Cesar, qui en ses secretes depesches souloit user decertaines transpositions, mettant les lettres l'une pour l'autre, toutes desuitte, sans aucune distinction de vocables: Dequoy le grammairien Probusauroit fait un traicté à part, de la maniere de les lire: maisbien maigre devoit-il estre, attendu le simple artifice qui y estoit, selonle tesmoignage de Suetone en sa vie au chap. 56. Per notas scripsit sicstructo literarum ordine, vt nullum verbum effici posset: Quae si quisinuestigare et persequi vellet, quartam elementorum literam, id est, D proA, et perinde reliquas commutabat. Et en celle d'Auguste 88. Quoties autem per notam scribit, B pro A, C pro B, ac deinceps eadem rationesequentes literas ponit: Pro x autem duplex a a. Mais tout cela estoitbien grossier, et fort aisé à descouvrir:<f 12r> trop plus ingenieux et subtils ont esté en cesinventions les autres qui sont venus du depuis; et ne fault point faire dedoubte qu'il n'y en ait assez de belles et exquises cachees, que les gensd'esprit se {se se} trassent et pourpensent pour eux; dont ils sont jalouxet avares, sans en vouloir faire part au publicq, suivant la maxime; Que levin, l'amour, et le secret esventés perdent leur principale grace etvigueur: Car ceste campagne d'inventions large et ouverte de tous costez,n'a aucunes limites ne bornes dont elle puisse estre restreinte. Et àquel propos, diront ils, divulguer ainsi ces beaux artifices, ny lesprostituer indifferemment à chacun ? attendu mesme que pour les abbusqu'on en peult commettre, ils s'en doit attendre plus de mal qued'utilité. Cela, nous le démeslerons cy apres: Au surplus ceuxqui jusques icy en ont mis quelque chose dehors, entre les autres aesté l'abbé Tritheme; et Cardan incidemment par endroits; puisBaptiste Porte Neapolitain en un juste volume à part,intitulé, De furtiuis literarum notis; où toutesfoisce à quoy il insiste le plus, est d'enseigner les moiens dedechiffrer sans alphabet; exercice certes d'un inestimable rompement decerveau, et en fin un travail tout inglorieux; joinct qu'avec toutes lesreigles et maximes qu'on en peut donner, dont il y en a à laverité qui y apportent beaucoup de lumiere, il se trouvera àl'encontre assez de manieres de chiffres du tout inexpugnables etinvincibles, à qui n'en aura le secret: Aussi n'en traicteront nous<f 12v> gueres d'autres; parquoy tous les expediens dessusdictsviennent à s'y amortir et esteindre, et ne sortent aucun effect.Quant à Tritheme, ça esté à la verité lepremier qui a faict le chemin aux autres, à tout le moinspubliquement; et ce en deux grands et laborieux ouvrages, l'unimprimé, assavoir la Polygraphie, et l'autre non, qui est laSteganographie, dont le precedant n'est que comme un precurseur, s'il estvray au moins ce qu'il en promet en son epistre à un Bostius del'ordre des Carmes, là où il ne parle que de quatre livres:mais en sa preface à l'Empereur Maximilian sur ladicte Polygraphie,il en promet huict; entrepris, ce dict-il, à l'instance de l'electeurPalatin Philippes, dont l'an 1499. il estoit sur l'achevement du troisiesme.J'ay veu ces trois livres-là escrits à la main en plusieursendroits de l'Allemagne et Italie, esquels il n'y a autre chose que certainsformulaires de prieres et oraisons, avec les noms, marques, et caracteresde tout-plein d'esprits; Ce qui pourroit avoir meu Bouillus de le taxer encest endroit d'art magique, dequoy neaumoins il tasche bien de se purger,jurant, protestant, et appellant Dieu à tesmoin, le tout estre selonla seule voye naturelle, et la dexterité de l'entendement. Quoy quece soit il est bien malaisé d'y cognoistre rien: Et faudroit pour monregard le sier par le beau milieu, comme quelqu'un fit autrefois lepoëme de la Cassandre de Lycophron, pour veoir ce qu'il y avoitaudedans, puis qu'on n'y pouvoit rien discerner par dehors: ou<f 13r> bien, comme on dict aussi avoir faict S. Hierosme desSatyres de Perse, dont ne pouvant assez bien comprendre à songré les enigmes et obscuritez, Intellecturis ignibus illededit: Parquoy non mal à propos auroit dit le bon hermiteRaymond Lulle, bien qu'en son lourdois, Scriptura quae vsui nequitintelligi, pro non scripta censeatur. Outre donques que ces troislivres sont comme inutiles, qui n'auroit la clef du secret, ils ne mesemblent pas avoir rien de commun avec les quatre dessusdicts mentionnez enl'epistre de Bostius: le premier d'iceux, selon qu'il promet, contenant plusde cent manieres d'escriture occulte, pour exprimer en infinies sortes toutce qu'on vouldra, sans aucunes transpositions ny commutations de lettresl'une pour l'autre; ny qu'on puisse en rien soupçonner que ce soitchiffre, soubs lequel il y ait autre sens caché que celuy qu'on voiten apert; attendu que ce sont tous mots clairs et intelligibles, d'unesuitte de paroles congruës; mais en l'interieur il y a toute une autrechose reservée à celuy qui entend l'artifice: et decelà il en ameine un exemple que nous produirons cy apres en sonlieu. Le second livre trop plus admirable que le precedant, est detransmettre sa pensee à qui qu'on voudra, pourveu qu'il sçachele secret; et à quelque longue distance que ce puisse estre; voireà plus de cent lieües d'Allemagne; sans paroles, sansescripture, marques, signes, ne notes quelconques; par un messagier qui n'ensçaura rien; et pourtant ne le pourroit descouvrir, quand<f 13v> bien il seroit gehenné, tortionné de toutessortes les plus cruelles: et sans message encore, voire à un qui fustemprisonné trois lieües avant soubs la terre; à toutesheures, et en tous lieux, sans aucune superstition, ny aide et moien decoadjuteurs esprits, ains par la seule voye de nature. Et combien, adjousteAgrippa, liv. premier, chap. 6. de son occulte philosophie, où ilallegue de sçavoir l'artifice; que le temps auquel cela se doibteffectuer ne se puisse precisement limiter ne prescrire, si faut ilnomméement que ce soit en l'espace de 24. heures. Le troisiesme livremonstrera à une persone idiote ignorante, qui n'aura onques sceu unseul mot de Latin, en moins de deux heures, à le lire, et escrirepassablement, en tout ce qu'il voudra exprimer de ses conceptions. Et lequatriesme, de les faire entendre à table beuvant, mangeant,devisant, à tel qu'il voudra; au sermon, à la Messe, àVespres, joüant des orgues et chantant; et en somme faisant toutesautres actions librement, sans les interrompre ne destourber pour cela; nyinterposer aucunes paroles, escriture, marques ne signes, voire àyeulx cloz; avec telles autres infinies merveilles, excedans presque toutehumaine creance; si ce n'estoient que nous en voyons quelques-unes quid'arrivee sembleroient impossibles totalement; dont quand l'on en voit laverité par effect, et qu'on en cognoist la maniere, on les tient nonque pour faciles, ains pour ridicules. Et de faict qui eust sceu comprendreles admirables abregemens <f 14r> de l'Imprimerie; et les horriblesexecutions de la pouldre à canon, consistant de si peu d'ingrediens,et d'un si legier artifice, si l'on ne les eust touchez au doigt et àl'oeil par experience ? Et qui proposeroit à quelqu'un, de luy fairelire à travers une muraille solide de trois pieds despoiz, ce qu'onescriroit de l'autre costé, ne seroit-il pas reputé pour uneffronté afronteur ? Ce neaumoins cela est bien aisé àfaire, par le moien de quelque grosse piece d'Aymant, qui ait le pouvoir,comme j'en ay assez veu en plusieurs endroicts, d'esmouvoir et fairebransler l'esguille d'un quadran, à ceste interposition et distance;lequel soit assis sur un tiers de cercle divisé en vingt espaces,chacun servant pour une lettre de nostre alphabet; car tout ainsi quel'esguille branslera, et s'arrestera à l'un des costez (il en fautdeux, et du tout semblables, un de chaque part, situez à l'opposite)l'autre fera tout de mesme, et pourtant marquera lettre par lettre tout cequ'on voudra exprimer. Je ne diz pas qu'il y ait aucune commoditédont on se peust prevalloir ny servir en rien, mais tant est que cela sefaict, et bien aisément, et par la seule voye de nature; ce qu'avantqu'en sçavoir la cause, et maniere d'y proceder, sembloit estre horsde toute la puissance des hommes: Si que je l'ay seulement alleguépour monstrer, qu'on ne doibt pas du tout rejecter, ny tenir à fableet mensonge beaucoup de choses, qui de prime-face surpassent nostreapprehention. Et paraventure que la plus <f 14v> grand'part despromesses susdites seroient de mesme; plustost pour une monstre et espreuvede quelque vivacité d'esprit, que pour usage qui s'en peust tirer;comme seroient certaines grimasses et mines des yeux, et de la bouche;gesticulations des doigts, des mains, des espaules; marches compassees desjambes; postures et assiette des pieds, et semblables notes que touche Ovideen ses Amours; Multa supercilio, multa loquare notis; Dont oninstruit les jeunes novices és monasteres, ausquels il n'est pasloisible de parler au convent, à demander leurs menues necessitez parces signes, qui representent chacun leur mot. Il y a d'autres artificesencore de se faire entendre distinctement par les doigts, ainsi qu'est ladactylogie de Beda; lequel a assez ingenieusement enseigné quant etquant, la maniere de compter par iceux; mais non pas esté le premierautheur de cela; car nous en voyons quelques traicts dedans Pline, liv. 34.chap. 7. qui a esté bien long temps avant luy; d'une statue dedieepar le Roy Numa à Janus, dont l'assiette et disposition des doigtsmonstroient le nombre de ccclxv. autant qu'il y a de jours en l'annee. Etpourtant il ne fault pas du tout mescroire ne rien desdaigner en telleschoses; tesmoin cest amer repentir trop à tard d'Alexandre, auquelun quidam incogneu et de peu d'estime, estant venu faire une ouverturetres-importante pour ses affaires, d'avoir nouvelle responce en six ou septjours, de la Macedoine jusqu'és haultes regions de l'Asie, làoù les courriers y mettoient ordinairement plus <f 15r> desix sepmaines, il la reiecta d'arrivee, comme une vraye piperie impossibleà effectuer: Puis y aiant mieux pensé à loisir, il lefit chercher, mais pour neant, car il n'en peut onques depuis avoirnouvelles: Et peut estre que c'estoit quelque pastre, lequel norry toute savie parmy les montagnes de ces quartiers là, en y gardant sestrouppeaux auroit rencontré de fortune quelques crevasses àl'escart; ainsi que fit finablement Sebastian de Magalhanes le destroit desIndes, pour passer de la mer de Nort en celle de Sur; et par ce moien l'unet l'autre accourcir en bien peu de temps un fort long destour de chemin,incogneu à tous. Car il y a beaucoup de choses tres-admirables, maisqui pour cela n'outrepassent pas si insolemment les barrieres de nostrecreance, que fait cest ainsi envoier au loin nos interieures passees, sansaucun porteur de pacquet, sans aucun message ne lettres; ny rien qui puisseen tenir lieu: attendu mesme qu'il n'y a aucune interposition{interporsition} d'esprits, à leur dire; lesquels quant ainsi seroit,je ne doute point qu'ils ne s'y trouvassent bien empeschez, si d'aventurece n'estoit par l'expres commandement ou permission de celuy qui seul peultfaire telles merveilles. Non-pourtant Agrippa l'a sceu, qui est unrenforcement de tesmoin; car à quel propos l'eust-il voulu ainsiaffermer par expres ? Qu'Agrippa l'aye sceu ou non sceu, cela n'importe pasbeaucoup de le croire, ou de le descroire, parce que ce n'est pas un articlede foy; mais je soupçonnerois aisément, si ce n'est ce qu'ilexplique au 3. <f 15v> liv. chap. 43. Quorum virtus imaginatiuaest fortissima, ita vt se possit insinuare cui velit, nulla loci nequetemporis intercapedine impedita; &c. Que ce fust ce Da mihitalentum vt scisse videaris. Denys Tyran de Sarragosse, et de laplus-part de Sicile; à cause de ses cruels et iniques comportemensexecrables, odieux, abhorré, detesté et de Dieu, et deshommes, se retrouvant en une peine perpetuelle pour les aguets qu'on luydressoit, un passant le vint aborder en pleine audience, affronteur de vray,mais d'une invention fort galante; qui luy va dire: Seigneur tu sçaisle mauvais vouloir qu'on te porte, et quantes manieres de gens conspirentordinairement contre toy, dont tu as tant d'affaire à te preserver:si tu me veux donner un talent d'or,
Ce sont 6000. escus.
autant veux-je avoir pour ma peine, je t'enseigneray un moien que nuldesormais ne pourra machiner contre toy rien quelconque, que tu ne ledescouvre aussi tost. Le Tyran y presta l'oreille; et l'ayant appelléà part en son cabinet, luy demande quel pouvoit estre cest artifice;avec promesse de le contenter à son mot, voire mieux si cela luyreüssisoit. Ce n'est rien à la verité, dit-il lors, nyne peult estre, comme toymesme puis sçavoir; car il n'appartient forsaux dieux de descouvrir le coeur des hommes; mais voicy où la chosebat: On voit assez combien tu es tenant et rapedenare de ton naturel, si quetu ne desgainerois pas volontiers une telle somme qu'à bonnesenseignes; Donne la moy donques, et on ne fera point de doute que tu n'ayessceu le secret; au moien dequoy chacun<f 16r> se gardera de mesprendre. Il la luy donna, et luy fitd'abondant d'autres graces, si que tous en conceurent une telle opinion, quepersone n'osa plus de là en-avant rien attenter encontre luy. A cestexemple je voudrois dire, que plusieurs sont, qui pour s'acquerir quelquebruit et reputation sur les autres, feignent sçavoir beaucoup dechoses, à quoy jamais ils ne parvindrent, trascendantes la communeopinion des hommes: mais ils ne laissent pour cela de trouver soubs l'ombreet credit de leur vaine jactance, des assentateurs et partialistes, qui leurfont la court, pour en mendier, à guise d'une autre Chananee, lesmiettes et petits fragments qui viennent à tomber soubs la table:tant nous sommes d'une tendre credulité, és choses mesmesoù il y a le moins d'apparence. Et pourroit estre qu'Agrippa fust decest escot, et qu'il se seroit voulu attribuer la consçachance deplusieurs secrets, qui paradventure ne sont pas arrivez jusqu'a luy:mesmement de l'esprit de l'or, qu'il afferme avoir sceu extraire d'avec soncorps, dont il auroit converty en fin or l'argent et le cuivre, nontoutesfois sinon autant que montoit le poiz de celuy duquel il avoitesté separé, et non plus; Est enim (ce dict-il) spiritus ille forma extensa, et non intensa; ideóque non potest vltrasuam mensuram imperfectum corpus in perfectum transmutare; quod tamen fierialio artificio non inficior. Mais par le progres de ses oeuvres il nemonstre pas, d'avoir esté si expert ne si advancé éschimiques, qu'il ait penetré si avant.
<f 16v> Artifice pour tirer la teinture de l'or.
<f 16r> Trop bien quelques-uns <f 16v> se sont essaiez de tirercest esprit ou plustost teinture, par le moien de la Pierre-ponce, seche surtoutes autres substances, et privée entierement de tout sel;calcinant des lamines d'or deliees comme du parchemin, dans icelle, lict surlict, en un fort feu de reverberation par deux ou trois jours; Puisrefondant lesdites lamines, et les calcinant de nouveau, applaties commeauparavant; si qu'à la huict ou dixiesme reïteration, l'orrevient de 24. caracts, presqu'à seize; et comme au tiltre du letton:Puis avec de bon vinaigre distillé trois ou quatre fois, on extraitladite teinture, embeüe dans la secheresse de la Pierre-ponce; et apresavoir evaporé le vinaigre, reste au fonds certaine gomme de couleurde rubiz, qu'on fixe avec des huilles et liqueurs convenables; mais elle estplus propre aux medicaments qu'à la transmutation des metaulx.
  OR pour reprendre nostre propos, car ceste digression n'aesté, que pour monstrer le danger et inconvenient qu'il y ad'adjouster legierement foy à tout ce qu'on trouve dedans les livres;les promesses et asseurances de ces deux Tritheme et Agrippe, ontincité beaucoup de bons entendemens, à enquerir le moien deceste transmission de pensee, sans sortir hors de la nature, comme ilsl'afferment: Surquoy quelques-uns ont imaginé, qu'il y avoit uneespece d'Aymant, dont les pieces choisies ainsi qu'il fault, l'une àun bout, et l'autre à l'autre, ont une telle sympathie etcorrespondence, qu'on ne sçauroit esbranler, <f 17r> et puisarrester une esguille frottee de l'une, que sa compagne ne face de mesmetout au propre instant; Parquoy trassant un alphabet autour d'un cercle,marqué de lettres en lieu des heures; au milieu duquel soit assis unquadrant avec l'une de ces esguilles, l'effect s'en ensuivra tout pareil;que celuy que nous avons allegué cy dessus pour lire à traversles murailles. Mais quant bien cela seroit vray, dont neaumoins je nevoudrois pas me constituer le garend, il ne se raportera pas aux vingtquatre heures d'Agrippe: car par ceste voye de l'Aymant il faudroit que cefut tout à l'instant mesme. L'an 1549. estant à Rome, je vyle Cardinal de Carpi, un seigneur de gentil esprit, et fort curieux deschoses rares; apres s'estre fort longuement exercé, et fait faireinfinies espreuves de ceste ouverture, non sans de grands fraiz, n'avoir peuen fin y rien obtenir: nomplus que de cest artifice de perspective,où il sua sang et eau aussi, dont se vante le mesme Agrippa chap. 6.qu'il dict estre de l'invention de Pythagore; escrivant avec du sang dessusla glace d'un miroüer propre à ce, et puis l'exposant encertaine assiette aux raiz de la Lune lors qu'elle est au plein, par uneclaire et seraine nuit: car cela se va reverberer de sorte, à quelquelongue distance que ce puisse estre, pourveu que ce luminaire soit lorseslevé dessus l'orizon, qu'on peut remarquer en son rond tout ce quisera trassé au miroüer.
Considerations de l'Aymant.
Quant aux effects de la pierre d'Aymant, ils sont à laverité fort estranges, et non moins les causes d'iceux<f 17v> qui semblent surpasser de beaucoup toute humaineratiocination; qu'un mineral sourd, immobile et stupide, aye neaumoins detels esprits, qu'ils puissent ainsi insensiblement desployer et transmettredehors leur occulte faculté et vertu, à travers mesmes lesplus dures pierres; les bois plus solides et resserrez; les metaux; et leverre encore; avec autres semblables estoffes compactes, qui n'ont point despiracles ne porositez: outre ce que ceste proprieté et vertu nes'estend pas indifferemment envers toutes choses, ny une seule, mais enverssoy premierement, puis au fer, et à l'endroit du Pol artique; d'unesi loingtaine distance, dont il n'en sçauroit estre de plus grandepour nostre regard; comme de la terre jusqu'au dernier ciel, laquelle estpresque incommensurable: le pol artique veux-je entendre non ce point fixeautour duquel precisement, avec son correspondant opposite, se meut toutela machine du monde, ains la petite estoille qui en est la plus proche:Quant à l'antartique, ceste pierre n'y a aucune affinité; cesçavent ceux par experience qui naviguent outre la ligne del'equateur. Si que je m'hazarderois volontiers de dire, que toute l'escolePeripateticienne ensemble, qui faict profession de ratiociner de touteschoses, et n'ignorer rien des plus occultes et intimes secrets de nature,se trouveroit bien empeschee en cecy; aussi bien que Plutarque, lequel enla VI. des questions Platoniques se travaille si fort à demeslerceste fusee; reputans tous ces doctes hommes <f 18r> à unetrop grande defectuosité et vergongne d'ignorer rien, et ne pouvoirà tout le moins rendre quelque raison soit d'estoc soit de taille,de toutes choses; et de telles mesme en y a, que ny les demons ny les anges,qui doivent voir beaucoup plus clair qu'un esprit humain enveloppéde ceste escorce corporelle, où il est comme noyé dans lachair et le sang, n'en sçauroient pas venir à bout. Il y aencore une autre chose à observer en l'Aymant, mais cela se peutreferer à ceste maxime de vis vnita, qu'une piece de deuxou trois livres fera plus d'effect en son attraction, que quinze ou vingtne feroient en menuz fragments et morceaux, ensacchez en quelque estaminebien claire, ou dans un rezeau, qui à cause de leur rarité etclairvoyes ne peuvent empescher les decoullemens insensibles de ses fluxionssubtiles spirituelles ad extra; ou comme les appelle le mesmePlutarque, grosses et flattueuses, puis que la pierre ny le bois ne les luypeuvent divertir. Mais comment à travers cela, et le verre mesme,pourroit l'Aymant repoulser l'air, attendu que l'air n'y peut pas respirer? Au moien dequoy tout ce qu'il en met, et s'efforce de discourir, quel'action que ce mineral a envers le fer, depend de sa proportionneespongiosité, où il y a de petits soubspiraux (ce dit-il) voyeset asperitez rabbouteuses, par où ses fluzions peuvent s'asseoir etprendre pied, est en l'air, et par une conjecture fort à la volee:car encore que cela eust lieu, si sera-il plus raisonnable de croire que cefust au fer quand <f 18v> il est en masse, par ce qu'il est lorsplus rare et poreuz que quant il est reduict en alchool, ou pouldreimpalpable, laquelle se compresse plus, et pourtant à moins de vuideen ses parties, que nompas en grosse grenaille: et plutost encore en sanature ferrugineuse, lustree et polie, que s'il estoit alteré derouille: mais nous voyons tout le rebours.
  OR toutes ces digressions icy, et encore dés le sueil del'huys, comme on dict, que pourront elles sembler par raison, sinon autantde saillies extravaguees hors de nostre propos principal ? Mais nousn'entendons pas de nous y enclorre et assujectir si estroictement, qu'il nenous soit loisible de fois à autre de nous emanciper à fairequelque petits eschapatoires, sur ce qui se presentera de rare et de digned'estre incidemment parcouru; mesmement des occultes et secretes sciences,ensevelies pour le present; attendu qu'elles tiennent le mesme lieu enversles vulgaires et triviales, que font les chiffres à l'endroit de lacommune escriture; les chiffres veux-je dire, non ceux qu'on practiqueés cours des Princes, destinez pour les secretariats et depesches;ains d'autres bien plus spirituels et ingenieux, lesquels procedans d'unerevolution circulaire, et multiplication carree et cubique, ensemble de telsautres artifices qui dependent principalement de l'Arithmetique et Geometrieformelles, comprises par les Hebrieux sous ce mot de Ghematrie, meritentd'estre non asserviz à de tels usages, ains employez <f 19r>aux profondes meditations de la Cabale, Magie, Alchimie: Que personne ne sescandalise de ces vocables de si mauvaise odeur par tout, et si descriez;plustost leur donneray-je d'autres noms; de la science elementaire, laceleste, et supramondaine, ou intelligible; tant par ce qu'elle traicte desintelligences et substances separées, comme on les appelle, que pource qu'elle est digne sur toutes autres d'estre entendue, comme versant enla notice du Createur; car la plus grande perfection dont l'homme se doiveglorifer, est de parvenir à sa cognoissance, suivant ce qu'il ditlui-mesme Jeremie 9. Que le sage ne se glorifie point en sa sapience; nyle fort et robuste en sa force; ny l'opulent en ses richesses; mais qui seveut glorifier, qu'il se glorifie à ce qu'il me sçait etcognoist.
Tout plein de belles correspondances du nombre de Trois.
Et de vray ce sont les trois sciences mystiques, appropriees à lanotice des trois mondes; l'Intelligible, le Celeste, et l'Elementaire;representez en premier lieu par ces trois lettres du mot [H] Adam; et pareillement les trois parties de l'homme dit le petimonde; l'intellect,l'ame, et le corps, subject à alteration et corruption, comme aussiest la partie elementaire. Car il y a trois choses, dit le Zohar, quise correspondent, et ont esté formees sur l'exemplaire de l'Archetypeet premiere Idee; le Tabernacle du SEIGNEUR, que luy dressa Moyse; le Templede Salomon; et le Corps humain; selon les trois manieres de nombres, qui s'yraportent; assavoir le vocal ou operatif qui est extraict de la mesure, aumonde Elementaire; le formel extraict du vocal, au Celeste; et le<f 19v> rationel ou divin extraict du formel, àl'intelligible: la Divinité se complaisant singulierement en cesainct Ternaire, qui est le premier nombre impair; comme l'advoüe mesmeAristote en ses livres du ciel et du monde, où il dit, que noussommes instruicts de nature d'honorer Dieu selon le nombre de trois; quenous avons d'elle, ainsi que pour une loy et reiglement, lequel nousdemonstre toutes les sortes d'extentions, tant és nombres, commesés figures, en longueur, largeur, profondeur; qui sont la ligne, lasuperfice, et le corps solide, ou le cube. Et Platon tout de primefacedés l'enfournement du Timee, pourautant qu'il veult làtraicter de la formation du monde, en faict d'un fort délicatartifice, absenter le quatriesme, à cause de son indisposition. Maisles Cabalistes, considerent encore ce nombre de trois par un autre sens, ence que multiplié par soy, il produit neuf, qui est son carré:Et ils prennent là dessus trois neufvenaires queüe àqueüe, selon qu'on le marque au chiffre, à compter en cestemaniere 9 9 9. qui font neuf cens nonante neuf; dont le premier encommençant à la main droicte suivant l'art et reigle del'Algorisme, et que les Hebrieux et Arabes escrivent, est un nombre simple,audedans de dix, qui pour estre formel et essentiel, à cause de sasimplicité est attribué aux neuf ordres d'Anges, qui sont dumonde intelligible. Le second d'apres est des dixenaires, desjacomposé, et participant aucunement de la matiere, parquoy il estattribué aux neuf cieux. Et le troisiesme, des centenaires,<f 20r> encore plus composé et materiel, aux neuf genres desengendrables et corruptibles, au monde elementaire; lesquels se terminenten l'homme, qui est comme un passage d'iceux aux choses celestes, et delà aux intelligibles:
Mystere du departement des biens de la terre en la loyJudaïque.
Si que le departement des fruicts et biens de la terre en l'ancienneloy, estoit estably et dressé de ce mesme ordre. Car des centportions appartenans à tout le peuple, le dixme en estoit misà part pour les gens d'Eglise: et de ce dixme, la decime extraictepour la part de Dieu: de maniere que les Centenaires comme plus materielset grossiers, estoient destinez pour les laicz et prophanes: les dixenaires,aux levites et prestres; et l'unité ou decime de la decime, reserveeà DIEU; qui estant tout, n'est toutesfois qu'UN, ainsi qu'on peultveoir au Zohar; Toutes choses sont UN pour le regard de Dieu, maispour le nostre plusieurs; comme les rameaux partans d'une tige; infinisrayons, du Soleil; et les facultez et puissances de l'ame. Platon tout demesme apres Parmenide; Non tant seulement toutes choses sont en Dieu,ains tout ce qui est, entant qu'il est en Dieu, et procede de luy, n'estqu' UN. Hermes pareillement en sa table, qu'on appelle de l'Esmeraulde; Sicut omnes res fuerunt meditatione vnius, sic omnes res natae fueruntab hac vna re adaptatione. Ce que Procle en ses problemes theologiquesdilate de ceste maniere: Ainsi que toutes choses sont procedees d'UN SEUL, en semblable se hastent elles d'une course continuelle, deretourner à cest UN là; avec lequel tant plus estgrande la concorde dont elles <f 20v> conviennent, de quant pluselles participent de luy. Et ce pour se conformer à ce que dessusde Platon, et ce qu'il en met d'abondant en ses Epistres; Que touteschoses partent du TRESHAULT; et cherchent de retourner à luyderechef; là où consiste leur final repos, et soustenement deleur Estre. L'UN donques, auquel le philosophe Leucippe constituoit desa part le souverain bien et felicité, adjousté aux troisdessusdits neufvenaires, qui ainsi arrengez de suitte, font neuf censnonante neuf, parfera le nombre de mille; qui est le Cube du Dix, et la finde tous nombres envers les Hebrieux: De mesme le carré de trois, quisont neuf, par l'addition de l' Aleph; devient dix;
Le dix est la fin de tous nombres.
outre lequel, ce dit Aristote au 3. des problemes, section 15. nul n'ajamais trouvé point encore de nombre. Et les quatre lettres du grandnom [H], qui sont circulaires toutes, jointes ensemble faisans 26. parle mesme adjoustement de l'aleph ou d'UN, arrivent à 27. le cube duternaire, tant magnifié de Platon dans son Timee, en la premiereproduction du monde. Lequel nombre de 26. est encore denotémystiquement par ceste premier lettre de l'alphabet [H], composee d'un [H] Vau qui vault six, et de deux [H] Iod, chacun dix: au moiendequoy la plus grand'part des noms divins commencent par ledit Aleph; comme [H] El, Ehieh, que Platon appelle ôn ou on, ENS, qui ne differe du [H] Iehouah, sinonqu'au lieu du Iod de cestui-cy, il y a un Aleph enl'autre; c'est à dire au lieu de la fin, le commancement: denotantcela un fort <f 21r> beau secret; C'est que le nom de [H]Ehieh qui designe le pere, fut celuy (en Exode 3.) que Dieu revelaà Moyse pour retirer corporellement les Israëlites de laservitude d'Egypte; là où nostre redempteur Iehouah ou Iahve, est la fin et accomplissement de la loy, pour delivrerceux qui croiront en luy, de la captivité du diable, dontl'Ammomino le patron et genie tutulaire des Egyptiens, est unsymbole;
Iuppiter Ammon.
car par tout ou vous trouverez en l'Escriture ce mot de [H]mizraim, qui veult dire Egypte, dont la propre signifiance estangustie et compression de douleur, cela denote tousjours quelque chose desinistre et malencontreux. Il y a outre-plus, de ces mots divins,commençans par Aleph, celuy [H] Adonaj Seigneur,que les Hebrieux ont tousjours prononcé au lieu du Iehouah;et [H] Elohim approprié au sainct Esprit. Enapres lecarré de sept, qui sont 49. accreu d'UN ou Aleph faitcinquante, qui est le nombre du grand Jubilé de pleniere remission,indulgence, et misericorde: lequel procede encore du cinq multipliépar dix, et au rebours. Et de ces deux nombres, ou des deux lettres qui lesdenotent, assavoir le Iod, dix, et He cinq, est composé letres-clement et benin nom de [H], Iah, dont nous parlerons cyapres. A la verité tout cecy n'est autre chose que pur chiffre,contenant tant par les nombres que par les lettres, de tresgrands etprofonds secrets: dont en cest endroit s'en presente encore un autreà considerer; assavoir que le simple et petit [H] ne vallantqu'un, le majuscule capital [H] vault <f 21v> mille, comme aussile signifie le mot de Aleph: Si que Dieu est representé parceste mesme lettre, en l'unité de son essence, comme le principe detoutes choses, et la fin de tout; le premier et le dernier, en Isaie 44. Età son imitation l'Apocalypse au premier et dernier chap. pour tantmieux exprimer ce mystere, soubs la premiere et derniere lettre del'alphabet Grec, a, et ô; comme a fait aussi Orphee en l'hymned'Apollon, A toy le principe appartient: -- Et toute fin à toydevient. Cecy nous est encore manifesté en ces deux noms de Dieu [H], El et [H] Iah; dont le premier importe quelque foissa severité et rigueur en nos offenses, comme en Elohim; etparfois sa benignité comme en Emanuel: lequel nom d' Elohim est reitiré 32. fois en la creation avant que de venirà celuy de [H];
Les noms de Dieu invoquez és trois loix.
et fut invoqué depuis Adam jusqu'à Abraham, denotant unesprit Ignee, et par consequant le sainct Esprit; ce qui auroit peu mouvoirHeraclite de mettre le feu pour le commencement des choses: d'Abrahamjusqu'a Moyse, celuy de [H] Sadai, qu'on traduit communementTOUT-PUISSANT, In vmbra Dei omnipotentis commorabitur; pseaume 91.où il est fort espouventable aux demons; mais il signifie plusproprement, Qui suffist à soy, sans avoir affaire de rien: Etde Moyse jusqu'à JESUS-CHRIT, l'ineffable quadrilettre [H], quiportoit tacitement son nom. Mais celuy de [H] Iah, denote tousjours ladouceur et clemence: et pourtant non en vain, et sans grand mystere l'Eglisea institué, que de la septuagesime <f 22r> jusques àPasques, qui est le temps de Penitence et reversion, auquel nou-nous devonsreconcilier à Dieu, pour dignement recevoir sa grace, on ne chantepoint Alleluiah, louez le Seigneur de misericorde, jusqu'à ceque nou-nous soyons renduz capables d'icelle; Car en la divine bontéla misericorde surmontera tousjours la justice, s'il ne tient à nous;d'autant dient les Cabalistes, que le millenaire excede le quaternaire; etce suivant ce qui est escrit en Exode 34. Deus gratiosus et clemens,puniens in quartum, et parcens in millibus. Et au Deuteronome 5. Jesuis le Seigneur qui rends l'iniquité des peres sur les enfans, enla trois et quatriesme lignee de ceux qui me haissent; et fais misericordeen beaucoup de millers à ceux qui m'ayment. Car les estoillesinnumerables dont le ciel est tout parsemé, semblent autant desouspiraux; par lesquels la grace et misericorde divine s'espand icy bas surses creatures, et leurs mefaits, ny plus ny moins que l'eau à traversles trouz d'un arrousouer, dont lon regaillardist les herbes et plantesexanimees de chaleur excessive et de secheresse. Mais quelle proportion ypeult-il avoir de ce petit globe terrestre joint avec la mer, si peu couvertde creatures, au pris de la grandeur du ciel, où les estoillessemblent s'entretoucher l'une l'autre ? Telle est sans doute le respect desa mansuetude et clemence, envers nos iniquitez et ingratitudes; Quoniamsecundum altitudinem caeli à terra, parle le pseaume 103. corroborauit misericordiam super timentes se. Mais il n'en fault pasabuser, ains le craindre, et aymer. <f 22v> Outre-plus le nom de [H] El, commence par un Aleph, qui designe le principe etl'unité, et celuy de [H] Iah par un Iod qui vaultdix, et est la fin de tout, combien que ce soit la plus simple lettre detoutes; lesquelles par consequant procedent de luy, comme les nombres del'unité, et les lignes du poinct; dont se forment puisapres lessuperfices, et de ces-cy les corps solides. Derechef le dixrepresenté par le Iod, est un nombre circulaire, aussi bienque ceux des autres lettres du sacré tetragrammaton, assavoir cinqpar [H] He, et six par [H] Vau; car tout ainsi qu'en uncercle ou sphere, par tout où est le commencement est la fin, et aurebours; en semblable le dix participe ceste double nature, lasimplicité assavoir des nombres qui le precedent, et la compositiondes autres qui suivent apres jusqu'en infiny. Ce qui pourroit avoir induitquelques-uns à syllogiser, que tout ainsi qu'il y a un commencementés nombres, qui sont la mesure de toutes choses; et pareillementés lignes; là où ny de pluralité, ny demagnitude, il ne s'en peult assigner aucun bout ny terminaison, qu'on nepuisse aller plus-avant; de mesme que le monde a eu un principe del'unité et du poinct, mais de fin il n'en aura pas; trop bienpourra-il souffrir quelque alteration, mais en mieux: Tout cela seconformant à ce que dit Algazel, que le poinct est aucune-fois la find'une partie de la ligne, et le commencement de l'autre partie: etaucunefois le commencement de toute la ligne sans estre pour cela<f 23r> la fin de la partie precedante. Et là dessus je mepuis bien hazarder de dire, qu'il n'y a rien qui sensiblement demonstre pluscecy, que faict l'or, lequel a un commencement de vray de ses principescomposans, elabourez par de longues suittes de siecles, jusques à safinale perfection; à laquelle estant une fois arrivé, il nepeut plus estre destruict et annichilé. Au reste que la facturepremiere du monde, quant à avoir esté plustost, ou plus tardqu'elle n'a, ne se doit pas considerer par le precedant, que les Theologiensappellent à parte ante: car devant le monde il n'y avoitpoint de temps, selon lequel on peut mesurer ce plustost ou plus-tard, toutainsi qu'hors du monde il n'y a point de lieu; ains à partepost, assavoir depuis la formation d'iceluy: car si depuis ladicteformation jusqu'à maintenant il y a cinq mille tant d'ans, Dieu lepouvoit bien avoir faict qu'il n'y en auroit pas neantmoins quatre cens; etau rebours, plus de vingt mille. Toutes lesquelles choses ne sont quechiffre, où l'on ne sçauroit rien lire sans l'alphabet; c'està dire rien comprendre par la raison naturelle, sans la simple foyilluminee du sainct Esprit, qui nous a revelé ce secret de lacreation et principe du monde, dont dependent les principaux points denostre creance. Et si cela servira d'autant de preparatif et acces pourvenir aux plus speculatives modes d'escrire, par les circulaires,carrées, et cubiques revolutions d'alphabets, dressez àl'imitation des Ziruph. Car les trois mondes dessusdicts, et leurs<f 23v> trois particulieres sciences se rapportent aux trois sortesd'escriture que nous avons: la commune et plus grossiere au mondeelementaire, et au corps: les chiffres vulgaires, au celeste et àl'esprit: et les autres plus subtils et ingenieux, à l'intelligible,et à l'ame; comme pourroient estre, si au moins veritables sont lesvanteries des susdicts Tritheme et Agrippe, ces spirituelles transmissionsde pensee: a quoy si l'on ne peut atteindre si precisement, il fautneaumoins s'efforcer d'en approcher le plus pres qu'il sera possible, chacunselon sa portee et la capacité de son entendement; car en chaque artet science, il y a plusieurs degrez et mansions. Les dixaines donques, quiselon les Cabalistes ont toutes je ne sçay quoy de divin en elles;si qu'en la loy, Dieu les exige comme un tribut et redevance à luypropre et affectee, sont ainsi que les reposouers de tous nombres, et unpassage des plus simples aux plus composez; tenans lieu moien en cela, telque faict la Lune entre les substances caduques du monde elementaire audessous d'elle, et les celestes incorruptibles, bien qu'aucunementcorporelles, estant au dessus; suivant ce que dit Platon au convive,où il là faict participer de la terre et du Soleil: lequel estpuis apres un autre entre-moien plus subtil et essentiel, des chosescelestes aux intelligibles totalement simples. C'est pourquoy il l'appellele fils visible du Dieu invisible; et que le pseaume 19. met, Que Dieuy a planté son tabernacle, car il est tenu pour donneur et perede vie; corporelle faut <f 24r> il entendre, Sol enim, et homo,hominem generant, selon Aristote: et encore secondairement, commeministre et instrument de celuy au monde intelligible, dont au sensible ilest l'image apercevable à nos sentiments; ce monde là purspirituel apellé pour ceste occasion en plusieurs lieux del'escriture, la terre des vivants; en laquelle comme en la divineessence toutes choses germent et pullulent; mesme le verbe qui est-làeternellement engendré, et produit de l'intellect du pere, que leZohar appelle l'air; duquel vient la lumiere qui est le fils, (Splendor gloriae eius, 1. aux Hebr.) Car de [H] auir, air,vient [H] aor, lumiere; ostant le Iod, lequel en auir represente la Paternité. Le fils au surplus est l'eau, quivient de l'air, assavoir du pere, (aqua sapientiae salutaris Ecclesiastic. 15.) Ce qui auroit paraventure meu le sage Thales àmettre l'eau pour le principe de toutes choses; et le S. Esprit est le sang,et le feu, procedant de l'air et de l'eau, selon le tesmoignage deTrismegiste au commancement du Pymandre; Ex humidae autem naturaevisceribus, syncerus ac leuis ignis protinus euolans alta petit: carl'humide consiste en l'air et en l'eau.
  Or en ce nombre dessusdit de 999. il y a un autre mystere àconsiderer touchant les lettres de ceste forte intelligence [H]Mettatron sar hapanim, le prince des faces mettatron, qu'on prendpour l'ame du monde, (denotee envers quelques Cabalistes par la ligne verte,comme ils l'appellent, qui environne tout l'univers; dite des uns laderniere Midah <f 24v> ou proprieté du mondearchetype; et des autres Cheter elion, la supreme couronne;d'où tant à dextre qu'à senestre decoulent en premiereinstance toutes les divines influxions. Ce mittatron donques ou amedu monde, est selon leurs traditions la premiere chose creée detoutes les creatures, dont elle contient en soy la perfection; (Quaeprior omnium creata est, en l'ecclesiastic. premier;) Ayant la charged'introduire devant la face du Souverain, ceux qu'il luy plaist d'yappeller; comme on lit de Moyse en Exode 33. et és nombres 12. Ore enim ad os loquor ei, dit Dieu à Aaron et Marie, parlant deluy: Et neaumoins il est escrit au mesme lieu d'Exode sur la fin; Videbis posteriora mea, faciem autem meam videre non poteris: pourautant que, facies mea praecedet te, dit-il dix ou douze lignes audessus; qui ne peut estre suivant le pseaume 80. Ostende faciem tuam,et salui erimus; que le Sauveur et mediateur promis en la loy, ordinata per angelos in manu mediatoris; aux Galat. 3. Vnus enimmediator dei et hominum Christus (à Timothée 1. 2.) quiest souvent appellé Ange en l'escriture; Et vocabitur nomen eiusmagni consilij Angelus, Isaye 6. Tellement que la face de Dieu seroitle Messihe, seul moien de nostre salut; et nompas le Mittatron dessusdit, qu'aucuns à ceste occasion particularisent pour le sainctArchange Michel, auquel estoit le nom de Dieu, assavoir l'efficace et vertud'iceluy, en Exode 23. Voicy je t'envoye un Ange pour te preceder, quite gardera en la voye: Respecte-le, et adjouste foy à sa voix, sansle mespriser; car il ne t'espargnera <f 25r> pas si tupeches; et de fait mon nom est en luy; ayant la charge d'offrir àDieu les ames humaines; dont il est appellé des Cabalistes [H]Cohen gadol, le grand prestre; mais c'est comme vicegerend dusouverain sacrificateur, dont il porte le nom, seau, le cachet, et l'office:Car ce mot de [H] Michaël ne signifie proprement autre chosesinon, qui est celui lequel soit comme Dieu ? A propos de ce qui estau 113. pseaume; Quis sicut dominus Deus noster qui in altis habitat;et humilia respicit in caelo, et in terra ? Comme si cela vouloitinferer, que nul; fors celuy qui porte le nom de Dieu, avec son pouvoir etsa force, dependant du tressacré-saint Quadrilettre [H] Iehouah; Quis sicut tu in fortibus Tetragramme ? en Exode 15. et à laverité il estoit bien raisonnable, que le peuple lequel Dieu avoitesleu entre tous les autres pour son Primogenite, (là mesme chap. 4. Filius meus primogenitus Israël.) fust commis en la garde etprotection du prince des Anges: et consequemment, apres l'obstination etincredulité des Juifs envers le Messie, que ceste tutelle etsauvegarde passast aux fils aisnez de sa vraie Eglise, les Roys de Francetres-chrestiens; lesquels pourroient avoir pris de là occasiond'establir leur ordre soubs le nom et adveu de cest archange; et iceluychoisi pour leur protecteur et patron: si que ce royaume a cest advantagesur tous les autres potentats de la terre; et par especial autant plusencore de preeminence par dessus celuy des Israëlites, qu'a la foyChrestienne par dessus la loy Judaïque; Nonobstant <f 25v>qu'elle l'aye precedée en dacte de temps; mais elle n'estoit qu'untype et figure de ce dont la nostre a esté l'accomplissement etperfection; qui represente outre plus l'homme interne; et la Judaïquel'animal et exterieur seulement; selon qu'il avoit estésignifié par Cain, et Abel; Ismaël, et Isaac; Esau, et Jacob:dont la temporelle primogeniture va au rebours de la spirituelle; car tousces aisnez ne denotent que l'homme animal, selon le dire de l'Apostre en lapremiere aux Corint. cha. 15. Prius quod animale, deinde quodspirituale: là où la divine se doit en premier lieuattribuer à sa sapience; primogenita ante omnem creaturam, en l'Ecclesiastic. 24. et au verbe incarné, qui est le primogenitede toute creature, aux Coloss. 1. Institué du PERE sonheritier universel; aux Hebr. 1. Et aux princes terriens puis apres,dessouz son authorité et adveu; selon le reng de la precedance d'euxacquise, tant par l'ordre qu'ils sont parvenus à la lumiere del'Evangile, que pour leurs merites et bien-faicts envers l'EgliseCatholique. Mais pour revenir au propos dessusdict, la secrete TheologieCabalistique, tient que tout ainsi que le Nesamah, nous, ou mens qui est l'intellect, domine à l'ame du microcosme, qui estl'homme, aussi fait Mittatron au monde celeste: l'ame du Messiheen l'angelique; et en l'archetype Adonai. Et tout ainsi que lalumiere de l'ame humaine est l'intellect agent, de mesme la lumiere de Mittatron est le Sadai, qui signifie le Dieu vivant: et lalumiere d' Adonai <f 26r> est l' Ensoph, ouinfinitude de la divinité. Au surplus, que le petit monde et le grandcommuniquent en l'intellect, comme faict le plus bas du superieur, avec leplus hault de l'inferieur, à guise de la Lune qui est la plus infimedes choses celestes, et la plus haute des Elementaires. Que le mondepareillement corporel et sensible, communiquent au Mittatron, quiest l'intellect agent du premier mobilé, et un moien entre la natureceleste comme inferieure, et la nature Angelique comme superieure àluy, selon qu'il est bien à plain expliqué au 2. cha. desPortes de la lumiere. Les lettres donques de ce nom Mittatron, aveccelles de Sar harpanim, selon le Calcul des Hebrieux, comme ausside [H] sar Zeuaoth, le chef de la gendarmerie celeste, font lenombre dessusdit de 999. composé du neuf qui est simple; et d'autantde dizaines et de centaines. Cela nous a esté encorerepresenté par le mesme Moyse en la construction du Tabernacle,lequel symbolisoit aux trois mondes; et au microcosme qui est l'homme, pourle quatriesme. Car la premiere de ses parties tout à descouvert, età l'erte, exposee aux vents, pluyes, gresles, neges, et autresimpressions de l'air, qui se forment dessoubs le cercle de la Lune, enperpetuel changement et alteration; accessible au reste à toutessortes de personnes et d'animaux, et en assiduelle vicissitude de vie et demort, à cause des continuels sacrifices qui s'y faisoient, denotoitle monde elementaire, composé d'eau, comme d'une<f 26v> substance coulante et instable, lequel se peut proprementappeller le monde de tenebres et obscurité, suivant ce que l'Evangileappelle le tentateur tantost le prince des tenebres, tantost le prince dece monde; Et en la creature raisonnable le corps. LA SECONDE partie de cetabernacle resplandissante toute d'or, et illuminée par un chandelierà sept pointes, qui sont sans doute les sept planetes, signifioit lemonde celeste, participant de la lumiere et des tenebres, qui correspondentau feu et à l'eau: au moien dequoy les Hebrieux appellent le ciel [H] eschamaim, de [H] esch, feu, et [H] maiim, eau; ayant corps de vray, mais incorruptible; et un intellect qui legouverne, toutes-fois annexé à luy, et non libre ne vagabond;tout ainsi que l'ame raisonnable est au corps de l'homme ou du petit monde.Et à ce propos voicy ce que touche un Cabaliste Rabbi Joseph benCarnitol en ses livres des Portes de Justice: Sachés,(dict-il) qu'il y a une substance admirable au corps de l'homme,appellée [H] luz, laquelle est toute sa force et vertu,voire la racine, et le fondement d'iceluy: et quant il meurt, elle nes'envolle pas, ny esvanoüist pour cela, ains quant bien elle seroitreduite en un tas dans le plus grand feu, ne se brusle ny consume point; nyne sçauroit estre nomplus brisee dans une meulle de moulin, nyconcassée dans un mortier, mais est permanente à tout jamais;recevant mesme de la volupté et delices en l'homme juste apres sondecés, suivant ce qui est escrit en l'Ecclesiastique 26. Et ossaeorum impingabit; et de la peine et cruciement d'autre part ésreprouvés <f 27r> ainsi que d'iceux il est dit enEzechiel 32. Et erit iniquitas eorum super eorum ossa. Laquellesubstance, qui est le fondement de sa racine; est partie du lieu dict [H] schamaim les cieux, par un mystere cogneu à ceux quisçavent ce que c'est de ceste substance celeste; et dont chaqueespece reçoit la force et vigueur de son Estre; Car delà,l'influence vient au lieu qui s'appelle [H] Sheakim ou regionEtheree. Ce qui bat à ce que dessus, que les cieux sont composezde feu et d'eau, les deux principaux Elemens; et desquels participe l'air;ce que le Zoar appelle le masle et la femelle; la forme et la matiere; lecosté droit, et le costé gauche; le midy et l'Aquilon. Maistout cecy est bien plus ouvertement expliqué par Rabbi MoyseEgyptien, surnommé Rambam au premier livre de son Morehaneuochim, le directeur des doubtes, chapit. 69. Que l'ame quireste de l'homme apres sa mort, n'est pas totalement ceste substance quiestoit en luy pendant qu'il vivoit icy bas, car ce n'est lors qu'unepreparation à la vie eternelle, ains celle qui demeure separee ducorps apres son decés, qui est chose reelle et en acte. Enquoiil a ensuivy Aristote au 12. des Metaphysiques, où il parle de cestenature; Quae non impeditur (ce dit-il) quin à mortehominis supersit. A ce que dessus se raporte encore ce que Paracelseen ses Archidoxes appelle l'Esprit du ciel: Et FrançoisGeorges Venitien de l'ordre des freres mineurs grand Cabaliste, au premiercantique de son Harmonie du monde chap. 5. du 6. ton: L'homme vit avecles metaux d'une vie venant d'enhault, <f 27v> lesquels ontdelà certain esprit tresoccult et caché, qui jamais, ou fortrarement n'en a peu estre separé par aucun artifice, combien queplusieurs s'y soient fort soigneusement travaillez.
Esprit metallique.
Agrippa livr. premier chapitre 14. apres les anciens philosophes,l'appelle l'Esprit du monde, et la Quint'essence; le moien par lequel l'ames'associe et unist au corps, avec toutes les proprietez specifiquesintroduittes és animaux; car c'est le seminaire de leurs vertuz:Aumoien dequoy les Chimiques s'efforcent de l'extraire (dit-il) de l'or etargent, pour y transmuer les autres metaux imparfaits. Mais plus apertementau 4. chap. du 2. livre. Il y a une chose creée de Dieu, qui estle subject de toute merveille; laquelle est en la terre, et au ciel; animaleen acte, vegetale, et minerale: trouvee par-tout; cogneuë de fort peude gens; et de nul exprimee par son droict nom, ains voilee d'innumerablesfigures et enigmes: sans laquelle ny l'alchimie, ny la magie naturelle nepeuvent atteindre leur complette fin. Ce qu'il a transcrit mot pour motdes fragments d'Artephius, et de Kirannide. Geber, et les autres philosophesChimiques appellent celà, le corps spirituel fixe: C'està dire l'or, qui en sa nature est le plus permanent au feu de toutesles autres substances; Cui rerum vni nihil igne deperit, dit Plinelivre 33. chapitre 3. Et par artifice se fait volatil, à ce que sateinture qui n'est que citrine, se puisse haulser en couleur vermeille parl'action du feu, alors qu'il y sera rendu passible: et puisapres qu'il estrougy, on le fixe comme auparavant. Tous<f 28r> lesquels regimes de l'oeuvre philosophal Chimique, seconforment à l'exemple de l'homme; au corps duquel toutes les vertuzcorporelles se retreuvent, ainsi qu'en son ame les vertuz de toutes sortesd'esprits; dont il est dit le Microcosme ou petit monde; aiant double corps,l'un materiel, et l'autre spirituel, selon l'Apostre en la prem. auxCorinth. 15. Si est corpus animale, est et spirituale. Celuy-là estant purifié ainsi qu'il doibt, perexpoliationem corporis carnis, aux Coloss. 2. monte avec le corpsspirituel, autrement appellé Quint-essence, en laquelle reside(à propos du luz) toute la force et perfection du corpsmateriel: Comme il appert au grain de froment, et autres semences, dont lapartie materielle et imparfaict se corrompt et reduit en terre; et l'autreen estant separee demeure, dont se vient à produire la plante selonson espece. Le mesme est-il de nostre corps; comme le parcourttres-cellemment le dessusdit 15. chap. aux Corinth. jusqu'à cestendroit; Oportet hoc corruptibile induere incorruptionem, etc. Comme s'il vouloit dire, qu'apres que le corps materiel corruptible se seradespouillé de son vestement terrestre et impur, la parfaicte portiond'iceluy se demeslera de ses ordes immondices grossieres; et s'en yralà haut unir à Dieu, se faisant une mesme chose avec luy;suivant le dire de Zoroastre; Il te fault monter à la vrayelumiere, et aux clairs rayons paternels, d'où ton ame t'a estéenvoiee, revestuë de beaucoup <f 28v> d'intellect:Et de Pythagore aussi en ces termes; Si delaissant ce corps contraint,tu passes en la liberté Etheree, tu seras un dieu immortel.
  LA TROISIEME partie du Tabernacle estoit le
Sancta sanctorum, representant le monde surceleste ou intelligible, tout de lumiere et defeu; et le domicile des Anges, ou intelligences abstraictes et separeescomme on les appelle; ministres du grand Dieu vivant; ce que denotoient lesdeux Cherubins d'or, qui alongeans leurs esles l'un devers l'autre,adombroient le propiciatoire: En l'homme, c'est l'Intellect, que lesHebrieux appellent Nessamah, et les Grecs nous. Ce monde icy meutle Celeste, et le Celeste l'Elementaire; car par le moien des rayons duSoleil et de la Lune, ensemble des estoilles qui se dardent contre la terrecomme les flesches à une butte, le ciel tenant lieu de masle agistenvers sa femelle la terre; pource que les corps ne peuvent ouvrer que parattouchement.
La façon de philosopher de Platon et d'Aristote.
Et selon l'unanime accord de tous les Platoniciens, dont la maniere dephilosopher qui est principalement par les nombres, descend d'enhault dusouverain Createur de toutes choses, encontre bas, tout ainsi que lesSephiroths, par le Ternaire, en premier lieu dedans les cieux, et delà aux quatre Elemens; là ou au rebours celle d'Aristote quise retient entierement à la nature des choses sensibles, monte du basen contre-mont par la science des Elemens, et inferieurs principes deschoses, jusqu'à la machine celeste et non plus, par le quaternaire<f 29r> corporel et sensible; qui suyvant la doctrine de Pythagore,participe plus du corps et de la matiere; et le Ternaire de l'esprit, et dela forme. Selon donques les Academiques, tout ainsi qu'au monde idealarchetype toutes choses sont contenues en toutes choses, qui estoit aussil'opinion d'Heraclite;
Les Elemens sont és trois mondes par divers respects.
de mesme sont-elles encore au monde corporel et visible, comme le veultAnaxogore, tant au Celeste qu'en l'Elementaire; Neantmoins par diversessortes; car le feu d'icy bas est grossier et bruslant; et l'eau y accableet esteint la chaleur naturelle, où reside la vie des animaux;là où au ciel ceste chaleur n'est autre chose que le Soleil,qui vivifie tout en bas au lieu de l'exterminer: Et l'eau est la Lune, quiregente et meut les humiditez qui y sont, comme on peult voir és fluxet reflux des marées; és mouëlles et cervelles desanimaux; et semblables substances: Ceste humeur celeste au surplus estantcelle qui repaist, norrist et abbreuve les autres d'embas, pour lemaintenement de tous les composez elementaires; laquelle corresponddelà à ceste grand'mer ou piscine du monde intelligible,d'où par certains canaulx se derivent et coullent les Estres de toutce qui est au dessoubs de soy, dans la grande concavité des cieux.Le feu finablement au monde intelligible, est l'intellect Seraphique,assavoir une charité tres-fervente, embrasee d'amour et dilection;et l'eau les Cherubines influences, à qui se raporte le fleuveChobar, au commencement du prophete Ezechiel; et le pseaume 148.<f 29v> Que les eaux sont audessus des cieux, loüent le nomdu Seigneur; ce qui ne se peult entendre que des intelligencesangeliques.
L'homme un symbole de l'univers.
ET POUR le quatriesme monde est l'homme, Le chef-d'oeuvre du Createur;participant de tous les trois avec lesquels il symbolise; pour le regardassavoir du corps, au monde Elementaire, comme celuy de tous les autresanimaux: de l'esprit, au monde Celeste: et de l'intellect representant enluy l'image de Dieu, à l'intelligible. Le mesme Rabbi encore, filsde Carnitol au livre cy dessus allegué, où il explique plusapertement tout cecy: Les edifices du monde inferieur demeurent fermeset immobiles; mais les Spheres vont avant et tornoient sans cesse; parquoyles choses basses sont dittes estre mortes, et les cieux avec tout ce quiy est, estre en vie. Que le fondement au reste de ces edifices est en hault,et le comble d'iceux en bas: Si que l'homme est comme planté auJardin de delices, qui est la terre des vivants, par les racines de sescheveux; suivant ce qui est escrit au 7. des cantiques; Comae capitis tui,sicut purpura regis iuncta canalibus; assavoir ceux d'enhault: ce quidenote d'autre-part, le secret mystere des Anges qui sont en l'ordreinferieur, desirans de monter, et de voir la face du SEIGNEUR [H]. Etcela est representé par les Elemens; dont les eaux de leur naturelsont attirees contre bas; l'air flotte, va et vient de costé etd'autre en un roüement et circuit non reiglé; et le feu de soytend tousjours contre mont: le tout à la similitude des trois mondes,dont l'elementaire est en bas; le celeste tornoye au milieu; etl'intelligible <f 30r> s'esleve en hault par dessus tout; làoù le tressacré-saint nom de Dieu, le grand quadrilettre, ensa divine essence, comme mesme tesmoigne l'Apostre aux Hebrieux premier, portat omnia verbo virtutis suae; mais de telle sorte que son fardeauest estably audessous de luy. Ce qui nous est encore signifié par lestrois noms des superieures Zephiroh ou numerations; dont [H] Ehieh tient le plus hault lieu du monde intelligible; [H] Adonai celuydu monde elementaire en bas: et le tetragrammaton [H] Iahve, duceleste, au milieu des deux. Toutes lesquelles choses susdites nous serontrendues encore plus aisees et intelligibles, par la table suivante.
<f 30v> [FIGURE]
Les 3. noms divins. / [H] Elohim. / [H] Iehouah. / [H] Ehieh. Les 3. personnes. / LE S. ESPRIT. / LE FILS. / LE PERE.Leurs 3. Sephiroths ou numerat. prem. / Binah. Intelligence./ Chochmah. Sapience. / Cheter. Couronne.Les trois mondes. / l'Elementaire. / Le celeste. / l'Intelligible.Leurs noms, et Numer. y corresp. / [H] Adonai. Malchut, le regne. / [H] Iehouah. Thipheret, beauté. / [H] Cheter. Le mediateur. Les 3. principes. / La matiere. Le patient. / La forme.l'Agent. / l'Idee. l'Informant, ou Moteur.Leurs similitudes par un sceau ou cachet. / La cire, ou autre telleestoffe. / La figure y emprainte. / Le moulle creux, ou de relief, qui lamarque.Leurs 3. sciences. Leurs 3. correspond. / La Chimie. l'Art. /La magie. La nature. / La Cabale. l'Intelligence.Les 3. Operateurs. / l'Homme, ou le Microcosme. / Le Messihe, ouAme du monde. / Elohim, ou l'Esprit sainct.Leurs 3. moiens, ou instrumens. / le feu Elementaire. / Le Soleil. / Lefeu divin, que s'aparut au buisson ardent.Les trois parties du Microcosme. / Le corps. Le sens. Ishac./ l'Ame. Le Jugement. Jacob. / Le Nesamah ou mens, l'intellect. Abraham.Les trois manieres de ce corps. / Le Materiel. l'animal. / Lespirituel. Le rationel. / Le glorifié. l'Intellectuel.Les trois substances du suject philosophal. / l'Esprit setend. {festend}/ l'eau vive, ou seche. / le corps parfaict subtilié.Le corps parfaict en ses 3. dispositions. / l'or, en sa nature. / Sonesprit, ou Quint-essence. / Son ame, ou teinture multiplicative.
<f 31r>   COMME doncques l'homme soit une mesure, et typede toutes choses; et la raison la principale partie de son ame, dont elleconstitue la difference; la parole comme une fille de la raison, etl'escriture soeur muette de la parole, il s'ensuit de là que l'hommen'a rien de plus excellent ny d'exquis emanant de luy, que la parole etl'escriture, comme les deux actions qui approchent le plus de ce quil'esloigne et faict differer des bestes brutes. Et sont ces deux parties enluy, à guise de deux beaux grands coursiers eslez ou Pegases attelezà un char triomphal; non pour le promener sur la terre, ou le roullersur la larg'estendue de la marine, comme Neptune fait le sien dans le 13.de l'Iliade; ains pour l'eslever à travers les nues en l'air, autemple de l'immortalité.
Comparaison du parler et de l'escriture.
Car encore que les faicts obtiennent la precedance devant les dicts,et les escrits; n'y ayant personne qui ne deust plustost desirer d'estrePompee ou Luculle, que Virgile, ne Tite-Live; et Achille tel comme Homerel'a celebré, que le Poëte mesme; neaumoins tous leurs beauxfaicts d'armes, toutes leurs proüesses et chevaleries fussent bien tostdemeurées esteintes et englouties de l'oubliance sans la parole, quide main en main par une certaine Cabale en transmet successivement lamemoire pour durer à perpetuité: mais plus encore sansl'escriture, qui faict assez mieux sans comparaison ce devoir que la parole:car ainsi que souloit dire autrefois un de noz anciens capitaines: Il n'ya si fort corps de cuirasse, fust-il mesme à toutes espreuves,<f 31v> que la bien affilée plume d'un bon autheur netransperse legierement. Cela s'est peu apercevoir és orateurs Demadeset Hortense, mis en parangon avec Demosthene et Ciceron; car les deuxpremiers l'un Grec et l'autre Latin, bien que tres-eloquents et faconds surtous les autres et d'auparavant et d'apres, n'ayans neantmoins rienlaissé d'escrit, n'ont pas eu telle ne si durable vogue derenommée envers la posterité, que les deux autres; dont lamemoire de leurs divins oeuvres ne pourra jamais deperir, ains par une silongue suitte de siecles a resplandy sans s'offusquer, et faict encore plusque jamais, ainsi que deux claires estoilles, par tous les cantons de laterre: de sorte que la gloire qui se procree et acquiert du bien dire, peutbien de vray estre plus prompte et hastive; et plus plausible de plainsant,comme estant secondee de la vivacité de la voix, et de la grace del'action, qui ont plus de force que les choses muettes, selon que l'orateurEschine le demonstroit à ceux qui lisoient les deux oraisons de lacourone prononcees de luy et de Demosthene; mais celle des escris est biende plus longue duree en recompence, à l'imitation des arbres etplantes, et de la fortune des hommes, voire de la condition de toutes leschoses humaines, dont le propre est de s'en aller ou plustost ou plus tardselon qu'elles viennent. Tellement que les lettres seules se peuventacquerir l'immortalité sans les faicts; mais les faicts sans leslettres non: suivant ce que dict assez proprement le Poëte Italian,<f 32r> de l'escriture, que, Trahe lhuom' del sepulchro, e'nvita il serba. Si que je croy qu'il y a beaucoup de gens, pour le moinsje serois bien de cest advis là, qui auroient plus cher d'estreprivez de l'usage de la parole, que du plaisir de lire et escrire: attendula consolation, et la renommée qui se peut trop mieux acquerir de cesdeux, que nompas du parler; toutesfois il y a diverses considerations enfaveur de l'un et de l'autre:
La loy Judaïque dictée de la bouche de Dieu, etescrite.
La loy mesme que receut Moyse au hault du mont de Sinaj de la bouche,et de la main propre du Createur, consistoit en parole et en escriture,comme nous avons des-ja dict dés l'entree de ce traicté;laquelle selon qu'alleguent les Cabalistes a cest advantage sur la parole,que beaucoup de secrets de la divinité se representent par escrit,qui ne se sçauroient exprimer de bouche; car il n'y un seul petitpoint ou accent au Thorah, (c'est le Pentateuque) qui n'importequelque grand mystere: et fut escrite (ce dient-ils) expressémenttout d'une suitte, sans aucune separation de mots ny de clauses, ducommencement jusques à la fin, tant que le tout ne sembloit estrequ'une seule diction, si elle pouvoit estre aussi longue, à ce quele vulgaire, nonobstant que chacun l'eust devant les yeux, et la sceussentpar coeur, n'en peust entendre la secrete signifiance, de peur de mespris,ains seulement ceux du conseil, ausquels Moyse en communiquoit ce qui leurestoit necessaire pour l'exercice de leurs charges, et selon que leur porteeen estoit capable; en se reservant le surplus des sacre-secrets,<f 32v> mesmement de la Trinité;
Le mystere de la Trinité cogneu parfaictement de Moyse, etdes autres prophetes Juifs.
que de peur d'induire les Israëlites à l'idolatrie,où ils estoient assez enclins, pour ne pouvoir comprendre ce tanthaut mystere d'une pluralité de personnes en une si parfaite union,il ne leur à jamais voulu reveler qu'en paroles couvertes: trop bienen faisoit-il participant Aaron, et les septante Sanhedrin; et euxà leurs successeurs puis apres; dont seroit venu le nom de Cabale,comme qui diroit tradition receuë par l'oye, sans rien rediger parescrit: {::}
Cabale proprement reception verbale.
A quoy se conformerent du depuis les Pythagoriciens, et les Druydes,au tesmoignage de Cesar dans le 6. de ses Commentaires. Mais ces mysteresCabalistiques procedoient de la loy escrite, et ne consistoient pas siabsolument en une verbale tradition, que l'escriture n'en comprist lameilleure part; tant en la forme des caracteres, leurs points, accents,ordre, suitte, collocation, et assiette; qu'en la transmutation,commutation, et accouplemens de lettres, ce que les Hebrieux appellent Ethbas, Tmurah, et Ziruph;
Chiffres hebraiques.
le Notariacon aussi, les equivalences de nombres, et la Ghematrie;ensemble tels autres artifices et observations, dont entre tous a escritplantureusement un Juif Espagnol appellé Rabbi Joseph Cicatilia dela ville de Salamanque, trois gros livres intitulez [H] ghinategoz, le jardin du noyer; le premier traictant des dictions, le seconddes lettres, et le troisiesme des points et accents; à l'imitationdequoy sont bastis la plus part de noz chiffremens: Mais ceux des Hebrieuxsont tous remplis <f 33r> de treshauts et rares mysteres de ladivinité; ce qui est cause que nous ne pouvons moins que d'en touchericy en passant quelque chose, selon que les occasions s'en presenterontà propos. Tout ainsi au reste que l'escriture est plus spirituelleque la parolle, qui tient plus du corps, car elle tombe souz le sentimentde l'oye, plus grossier et materiel que celuy de la veuë, ouquelconsiste l'escriture, les chiffres comme nous avons des-ja dict sont aussiplus spirituels que nompas la commune escriture; parquoy ils se rapportentau sens mystique de la loy, caché dessouz l'escorce de la lettre. Ace propos le mesme Rabbi dessusdit au livre 1. Des portes de lalumiere;
Diference de la loy donnee de bouche et de l'escrite.
sur la diference de ces deux mots [H] Emirah, diction ouparole, qui vient du verbe [H] amar, dire ou parler; et [H]daberah, de [H] dibur, raisonner, discourir, met que lepremier denote la loy donnee de bouche à Moyse, qui estrepresentée par le nom divin [H] Adonai; et l'autreassavoir la prolation (daberah) comme quand on trouve enl'escriture [H] medhaber, il a parlé, (Dieu faut entendre)signifie la loy escrite, denotee par le sacre-sainct tetragrammaton [H]: Au demeurant, que la loy escrite comme plus spirituelle et mysterieuse, estexpliquée par la loy donnee de bouche, qui est le temple ettabernacle de la loy escrite, tout ainsi que ADONAI l'est de l'ineffableQuadrilettre: et comme il n'y aye point d'autre accez pour arriver àce sacré nom que souz la conduite et addresse de celuy d' ADONAI, lequel puise toutes <f 33v> ses benedictions et effects d'iceluy;aussi n'y a-il autre voye pour s'introduire és mysteres de la loyescrite, que par celle qui fut donnee de bouche. De cecy donques nousaprenons, que comme le tetragrammaton IAHVE ou IEHOVAH, selon qu'on leprofere plus communement, est bien plus sublime qu' ADONAI ou seigneur;et la loy escrite que celle qui fut dictee de bouche, qui n'est qu'uneescorce ou escaille de l'autre; en semblable l'escriture doit aussi estreplus excellente que la parole; qu'Aristote et ses sectateurs dient n'estreautre chose en l'homme qu'un rheuma logôn, un coulant ruisseau deraisonnemens; dont la source est la dianoia ou discours mental; et leruisseau qui decourt de ceste fontaine, la parole, laquelle convientavecques DIEU, source de la raison en nous. Et tout ainsi qu'il n'y a pointd'eau au canal, et en la piscine qui s'en procree, qui ne procede de lafontaine, aussi ne sort-il point de parole dehors, qui n'ait premiêresté conceüe interieurement en l'ame; de laquelle parole lesmots sont les signacles et notes, comme les lettres le sont des mots.Surquoy le philosophe Ammonius dict, que les lettres ne font qu'exprimer etenoncier seulement, et les choses ne sont qu'enonciees; mais les paroles etintellections expriment et sont exprimees; les paroles, une fois sans plus,bien qu'en deux sortes; Premierement lors que la raison se coulle etdistille en la langue, puis quand la langue vient à battre l'air, leson en passe à l'intellection et oye, et de là les choses<f 34r> qu'elles representent penetrent par l'oreille àl'entendement, où elles s'attachent, et s'y impriment. Au contraireles intellections des choses sont exprimées doublement; assavoir parla parole, et par l'escriture; mais elles n'expriment qu'une seule fois,soit par la vive voix, soit par l'escriture muette de soy; laquellevarieté nous demonstre la nature de noz paroles, entant qu'ellescommuniquent partie avec l'esprit, et partie avecques le corps: tellementqu'elles nous preparent un accez et entre-moien de nous avoisiner de Dieu:Et cela cause la vertu qui se retrouve en certains mots et caracteres.
Chiffres non seulement d'escriture, mais de paroles, et degestes.
  AU SURPLUS {SURPSUS} il y a des chiffres de certains langagesforgez à plaisir, aussi bien que de l'escriture, ainsi que le jargondes Gueuz et Bohemiens, et autres semblables; dont j'ay veu autrefois ungros dictionaire imprimé à Venize, si ample et complect, qu'iln'y a rien quelconque qui ne s'y peust dire et escrire, bien plusdistinctement qu'en Genevois, Breton bretonnant, ou en Basque; nyparaventure qu'en Escossois. Il y a outreplus des chiffres qui {qui qui}sont comme moiens entre la parole et l'escriture, d'autant, qu'ils sontmuets comme elle: et quant et quant ny plus ny moins que la parole attachezet joincts avec la personne; qui s'en exprime par gestes de doigts, mineset guignemens des yeux, levres, etc. comme nous avons touché cydessus: tellement qu'ils sont presque d'infinies sortes, à guise desnotes et abbreviations Ciceroniennes; car <f 34v> chacun s'en forgeà sa fantasie, tout ainsi que des alphabets, avecques sescointelligens qui d'une façon qui d'une autre plus ou moinsartificielles et ingenieuses, selon la dexterité de leur esprit, ouqu'ils arrivent à en estre instruits par les autres.
Chiffres communs peu subtils et mal-seurs.
Mais la pluspart de ceux dont j'ay veu user és cours desprinces, consistent seulement en une multiplication de caracteres faictsà plaisir; estimans que pour estre bizarres, incogneuz, et en grandnombre, le sens qui y est contenu ne pourra estre descouvert sans lacommunication de l'alphabet; car les voyelles, par ce qu'elles sont plusfrequentes que les autres lettres, y sont triplees et quadruplees voireplus; et le reste à l'equipolent; avec des doubles, des nulles, ettout plein de notes à part, qui designent chacune un mot; commeEmpereur, Roy, armes, vivres, Galleres, et autres semblables: Nonobstanttout celà neaumoins l'industrieuse et vive conjecture des hommes nelaisse d'en venir à bout, et penetrer dans le secret; bien qu'avecun travail extreme d'esprit, et un rompement inestimable de teste. Car jeme resouviens d'avoir veu en mes jeunes ans, estant nourry {nuorry} avec legeneral Bayard, premier secretaire d'estat du grand Roy François, feumonsieur de la Bourdaiziere ayeul de ceux qui vivent pour le jourd'huy,avoir souvente-fois dechiffré, sans l'alphabet faut-il entendre,plusieurs depesches intercettes, en Espagnol, Italian, Allemand, ores qu'iln'y entendist rien, ou bien peu, avec une patience <f 35r> de troissepmaines à y travailler continuellement jour et nuit, premier qu'enpouvoir tirer un seul mot: ceste premiere breche faicte aussi, tout le restevient bien tost apres, tout ainsi qu'en un desmolissement de murailles. Maisplus excellemment beaucoup, le grand vicaire de sainct Pierre à Rome,Patriarche de Jerusalem, qui onques n'eut son pair en cecy; car en moins desix heures, par le moien de ses belles reigles, la vivacité de sonesprit, et sa longue practique et usage en telles choses, l'an 1567. Je luyviz dechiffrer une grand fueille de papier en langue Turquesque, oùil n'entendoit pas quatre mots, et si il y avoit plus de sept ou huictvingts caracteres tous differends. Comment c'est que celà se fait,il y a certains secrets et maximes pour y parvenir; comme de la frequencedes lettres selon leurs degrez; de leurs suittes et concomitances; avecautres telles industrieuses considerations et ruzes, qui ont je nesçay quoy de commun avec les anagrammes et noms renversez; enquoy lesuns sont plus heureux que les autres. Et de fait toute l'escriture tant lacommune que la chiffree, n'est guere autre chose que des anagrammes, attendule peu de lettres dont par leurs diverses transpositions et assemblemens sepeuvent exprimer tant de divers sens jusqu'en infiny; reduittes premierementen syllabes, puis les syllabes en dictions; et ces dictions en fin tissuesen clauses, et complecte oraison. Les dexteritez donques, et conjecturesdessusdites de l'esprit humain, le conduisent <f 35v> finablementen ces chiffres grossiers, à les descouvrir: Au moien dequoy il aesté besoing d'en chercher d'autres plus ingenieux et plus seurs;plus indissolubles et desrobbez; et quant et quant moins difficiles àmanier; parce qu'és autres on est ordinairement en danger, ou deperdre son chiffre, ou qu'il soit livré et trahy aux adversaires, parceluy à qui on le commet et s'en fie.
Chiffres plus exquis que ceux dont on use és cours desPrinces.
Et pourtant, laissant là toutes ces forests inutiles decaracteres multipliez sans propos, j'en ameneray icy de plus rares et plussubtils; et dont il est non que malaisé, mais impossible d'en venirà bout, quand bien mesme l'on en auroit mille et mille foisl'alphabet: lequel outre-plus ne se peult jamais perdre ny esgarer, qu'ilne demeure tousjours empraint en vostre memoire, pour le redresser en touslieux par coeur, et à toutes heures que vou-vous en voudrez servir;sans qu'il soit besoin de le charier autrement avec vous, qu'en vostrepensee; ne qu'il puisse estre communiqué à personne, qui s'enpeust servir sans vostre cointelligence et consentement. Car un mesmealphabet peult servir à tous les vivants de la terre, et en touslangages, qui pour cela ne pourront rien comprendre ny desvelopper desintentions les uns des autres, s'ils ne s'entr'entendent: Toutes choses quide primeface sembleroient non moins estranges et incroyables que lespromesses de l'Abbé Tritheme; et neantmoins apres en avoir sceul'artifice, ce n'est par maniere de dire que jeu. Car tout gist ésclefs, qui se peuvent infiniment <f 36r> varier, demeuransrenfermees secrettement dans la pensee des consachans; et le chiffreoù elles s'appliquent, tout ainsi qu'en une serrure dont àtous propos on changeroit les gardes, tousjours un mesme: lequel n'est bastyque de nos communs caracteres si l'on ne veult; qui se transportent etchangent les uns pour les autres d'infinies sortes par une revolutioncirculaire, ainsi que les Ziruph des Hebrieux, representez dans lelivre de la formation qu'on attribue au patriarche Abraham; mais plusdroictement à Rabbi Akiba, ce grand Talmudiste, qui pour avoir vouluopiniastrement adherer à deux faulx Messihes nommez Barcozbas ou fils de mensonge, fut avec le dernier, pris finablement dans Bizerte parl'Empereur Adrian, et martyrisé tres-cruellement; assavoirescorché tout vif par esguillettes, et puis bruslé àpetit feu, avec quarante autres seditieux, et innumerable nombre de Juifsmis à mort, quelques six vingts ans apres la nativité denostre Sauveur; ausquels encore jusqu'aujourd'huy on celebre éssynagogues un solemnel anniversaire et un jeusne, le cinquiesme jour de lalune du mois de Tisri, qui respond à nostre Septembre.
  PREMIEREMENT donques je mettray le chiffre, que j'attribue quantà moy à un certain Belasio de la suitte du Cardinal deCarpi, pour avoir esté le premier de tous ceux dont j'ay eucognoissance, qui le practiqua et mit en avant l'an 1549. que je fuzà Rome la premiere fois: Car le livre cy devant allegué<f 36v> de Baptiste Porte, auquel il a inseré ce chiffre sansfaire mention dont il le tenoit, ne sortit en lumiere que l'an 1563. Et siil le doibt avoir anticipé de quatre ou cinq ans, parce qu'il ne futen vente que l'an 1568. Aussi le grand Vicaire de sainct Pierre cy dessusallegué, qui l'enrichit depuis de tout plein d'usages, dependansneaumoins du premier fondement, en deferoit l'invention à iceluyBelasio quant aux clefs; car pour le regard des commutations elles ontesté de tout temps, ainsi qu'il a esté dit cy devant; etmesmes il y en a force tables en la Polygraphie de Tritheme, mais non gueresbien practiquees. Et pourautant que ces clefs si elles consistent deplusieurs mots tout de suitte, comme la plus-part font qui prennent descarmes entiers de Virgile, et autres Poëtes, sont un peu facheuses, etsubjettes à s'y traverser, qui est une mort pour le dechiffreur, j'yay, de mon invention puis-je dire, amené l'artifice de faire dependretoutes les lettres l'une de l'autre, ainsi que par enchaisnement, ou liaisonde maçonnerie; et ce par leur collocation et suivances, selon quevous pourrez veoir cy apres. Ceste table au reste, soit à Belasio,soit à Baptiste Porte qu'on la vueille attribuer, n'est toutesfoisà parler au vray, de l'un ny de l'autre, ains contretiree sur les Ziruph du Jezirah, de 22. lettres pareillement, combien qu'on se puissepasser de vingt, pour en faire un chiffre carré; et de moins encore;afin de mesnager les autres pour servir de nulles, et d'un sens secretreservé à part; ce qui n'a <f 37r> esté jusquesicy observé de nul, dont on en ayt peu avoir cognoissance.
  OR en tous ces changemens et transpositions de lettres communes,il ne se trouve point de sens en appert avant que d'en lever le masque,c'est à dire les remettre en leur deuë assiette suitte etvaleur, nomplus qu'en des caracteres faits à plaisir; mais on lesprend pour estre plus en main, et aisees à figurer: Trop bienseroit-ce le meilleur qu'il y en eust, pour oster toute soupçon dechiffre, qui est le souverain but de cest artifice, auquel plusieurs ontaspiré, la plus-part d'iceux sans effect, comme il se dira vers lafin.
Tous les chiffres Hebraïques ont double sens, l'un appert etl'autre caché.
Mais ce n'est pas ainsi des chiffres Hebrieux, qui jamais ne sortentde leurs caracteres; et si il y a tousjours quelque sens de grand mystereet importance; pour raison qu'ils tiennent leurdits caracteres estre divins,et formez de la propre main de Dieu mesme; Scriptura quoque Dei eratsculpta in tabulis, en Exode 32. Et ce avant la creation du monde,comme met Rabbi Moyse Egyptien au 65. cha. du premier livre de sondirecteur, apres le Talmud au livre de Pesah seni pasqueseconde;
Les figures des lettres Hebraïques ont signifiance.
esquels caracteres il n'y a rien de frivole ny d'oisif, et sans quelqueocculte signifiance en leurs figures, assemblemens, separations,tortuositez, directions, defaillances, surcrez, grandeur, petitesse,conformité de similitude, tiltres, accents, coronemens, cloison,ouverture, suitte, valeur, et disposition. Et pource que les Hebrieux n'ontpoint particulierement de voyelles <f 37v> rengees en ordre del'alphabet, parquoy il fault que les consonantes en facent l'office, selonleurs diverses assiettes et concomitances, il ne se trouve guere de suittesde lettres en ceste langue, dont il ne se puisse tirer quelque sens, detoutes les sortes qu'on les puisse renverser et tornevirer.
Les Juifs de tout temps un peuple fort particulier.
Aussi sont-ils tous carrez et sans aucunes de ces liaisons telles qu'onvoit en l'escriture Syriaque, et en l'Arabesque, fort gentilles et deplaisant aspect, pour monstrer que ceste langue, ny l'escriture, ny lepeuple, n'ont jamais rien eu de commun avec les autres nations, ains sonttousjours demeurez à par-eux, comme une chose separee du reste de lageneration des hommes. La loy au surplus, à propos de cesteescriture, que Dieu donna à Moyse és deux tables susdites,estoit escrite toût d'une teneur, sans aucune separation de syllabes,ne de dictions; et persees à jour de costé et d'autre;
Merveilleuse escriture des dix commandemens de la loy.
Si que chacun, à ce que disent les Rabbins, y lisoit diversementà sa fantasie, à la main droicte, et à la gauche, parle devant, et à l'envers; du hault en bas, du bas en hault; Moyses'en retenant devers luy la vraye intelligence occulte, selon que Dieu laluy avoit revelee; dont le secret consistoit, partie en la forme descaracteres, partie en la vraye et propre distinction des vocables: Ce quine se trouve pas de la sorte és autres langues et escritures, parquoyces mysteres ne s'y peuvent representer bonnement; bien qu'elles en soientpas du tout<f 38r> destituees des leurs, comme Socrate le discourt dedans leCratyle, où entre plusieurs autres particularitez il en parle ainsi: épéi pér sullabais té kai grammasin hêmimêsis tugkanéi ousa té ousias orthotatonésê diélésthai ta soikhêa prôton, etc. Pourautant (dit-il) que l'imitation de l'essence consisteés syllabes et lettres, c'est le droit de distinguer en premier lieules Elemens. Dont quelques-uns ont esté meuz d'en vouloir tirerl'Ethymologie, quasi Hylementa, c'est à dire materiels etimportans l'essence de la chose; ainsi mesmes que le tesmoigne le Iezirah, et ses commentateurs Rabbi Isaac, Jacob Cohen, Tedacus Levi,et autres; Que les considerations de toutes choses dependent des vingt-deuxlettres, qui en sont le vray fondement; car avant la creation du monde ellesfurent premierement extraictes des dix Sephiroths ou divines attributions;tres-simples au reste sur toutes autres simplicitez, sans aucun adjoustementde matiere, et retenues jusques à leur explication, dans le Belimah (taciturnité ou silence) de la divinité. A quoyse conforme ce que le Zoar dit, qu'Adam imposa les vrayes et propresappellations de toutes choses; composant chasque nom par des lettres quidenotent les influences des astres, destinez pour le ministere et servicede la chose qu'ils representent. Lesquelles lettres sont, comme lesparties du corps, et les poincts, et accents d'icelles en lieu d'esprit, etde vie; au<f 38v> moyen dequoy il ne fault pas trouver estrange si on les ditestre la facture propre du Createur, puis qu'elles sont l'un des principauxinstruments de le celebrer, et magnifier en ce dessusdit Belimah ou silence; car elles sont muettes de soy et non babillardes, Si qu'ellesont beaucoup plus d'emphase que les paroles;
Recommandation du silence.
comme le tesmoigne assez ce beau traict dont use nostre Redempteur enS. Jean 8. envers les Scribes et Pharisiens, qu'il confond et estonne plusen leur escrivant je ne sçay quoy du bout du doigt dedans la pouldre,qu'il n'eust paraventure fait verballement avec des blasmes et reproches.Aussi est ce silence fort recommandé en maints endroits del'escriture; In silentio et spe erit fortitudo vestra, Isaie 30.Et és lamentations de Jeremie 3. Bonum est praestolari cumsilentio salutare domini. Ce qui est cause que la Sauveur en sainct Luc10. envoiant ses disciples cueillir la moisson spirituelle, leur deffendde saluer personne en la voye, afin d'eviter toute distraction etempeschement: Ce qu'auparavant avoit aussi enjoint le prophete Elizeeà son garçon Giezi, lors qu'il le depescha pour allerresusciter l'enfant de la Sunamite, 4. des Rois, 4. Si occurrerit tibihomo, non salutes eum. Car le silence esleve plus nostre coeur àDieu que la parole: Et pourtant Judith estant sur le poinct d'executer cegrand et hazardeux exploict sur Holoferne, pour le salut et conservation desa Patrie, fait, en son histoire 13. sa priere à Dieu, cumlachrimis et labiorum motu in silentio:<f 39r> Par ce qu'il aime mieux estre prié, honoré,et remercié de coeur, que des levres à bouche ouverte: Tibisilentium laus, met le pseaume 65. Et Trismegiste à Tatius,Quand tu seras parvenu à la cognoissance sublime, louë Dieutacitement en silence. Et de faict il est tresconvenable és lieuxd'enhaut, comme le marque S. Denis au 4. des noms divins, definissantl'Ange; où entre autres particularitez il lui attribue; Que c'estluy qui rend manifeste la bonté et perfection du silence, laquelleest és occultes cachettes de Dieu. Ce qui convient avecl'explication du Zohar sur ce lieu du 14. d'Exode, où Dieu dità Moyse, Pourquoy cries-tu à moy de la sorte ? encorequ'il soit à croire qu'il parlast tout bas à par soy, voireen sa pensée; tant seulement; car ce mot de [H] sans [H]Vau avec lequel il s'escrit ordinairement, signifie voix destitueede son et de bruit, et qui est de la seule intention du coeur: laquelle voixainsi basse et taisible, selon Rabbi Eliezer est la plus efficace de toutes;Voire bien plus que celle qui est accompagnee de clameur, à cause quel'elevation de la pensee y est plus forte et attentive; si que beaucoupd'adjurations se font en murmurant tout bas. Et le Sauveur mesme en sainctJean 4. Veri adoratores (dit-il) adorabunt patrem in spirituet veritate: et l'Apostre en la 1. aux Corinthiens 14. psallamspiritu, psallam et mente.
Trois choses requises és prieres qu'on fait à Dieu.
Toutes-fois le Zohar adjouste que trois choses sont requises pourobtenir l'effect et benediction de noz prieres; assavoir la pensee,l'intention, et la parole; la pensee, par ce que l'oraison ne doit estreinconsiderément <f 39v> et à la volee de tout ce quinous pourroit venir à la fantasie et en volonté; car celuy quiprie doit bien sçavoir ce qu'il demande, ainsi que le deduit fortbien Socrate dans le second Alcibiade; là où il dict, que lesprieres temeraires sont vrays blasphemes: ce qui se conforme à ce quele Sauveur dict en sainct Matthieu 20. des enfans de Zebedee; Nescitisquid petatis. L'intention, parce que la requeste qu'on faict àDieu, doit estre dirigee à quelque fin qui soit raisonnable etlegitime. La parole, pour autant que celuy qui prie doit exprimer ce qu'ildesire d'obtenir: mais ceste parole peut estre de deux manieres, l'unementale et du tout taisible, qui pour le regard de Dieu est suffisante,attendu que c'est luy seul, qui scrutatur renes et corda, pseaume7. Et l'autre est une vocale expression de ses interieurs projets,necessaire à l'endroit des Anges, qui ont la charge de luy presenternoz prieres; et ils ne peuvent pas cognoistre le secret de noz coeurs sansparoles qui les expriment, ou que Dieu ne les leur revele. Le mesme touchepareillement Proclus: que ceux qui se veulent prevalloir d'une oraison,où le nom de Dieu soit invoqué en termes exprés,doivent aussi avoir trois choses: la cognoissance de ce nom, dont lasignification soit appropriee à la demande; suivant le psalmiste 91. Protegam eum, quoniam cognouit nomen meum: Car encore que le vraynom de Dieu ne soit qu'un seul, cogneu tant seulement du Fils, neantmoinsl'escriture luy en attribue plusieurs selon<f 40r> la diversité des effects; tellement que Moyse,(és nombres 20.) poiur avoir voulu employer celuy d' Elohim, qui est de severité et de rigoureuse justice; Dieu n'operant jamaisrien par ce nom là sans la punition de quelqu'un; en frappant de saverge la pierre pour avoir de l'eau, en lieu de dire gracieusement qu'elleen jettast hors, par le nom de grace et de misericorde, EL, suivant ce queDieu luy avoit ordonné; il ne peut onques obtenir pardon de cesteoffense; ains furent luy et son frere Aaron privez d'introduire lesIsraëlites en la terre de promission. Le second point de la priere estl'affinité et convenance que doit avoir le requerant avecl'invoqué, suivant ce que met l'Apostre en la premiere auxCorinthiens 13. Nemo potest dicere Dominus IESVS nisi in spiritusancto. Et le troisiesme est l'union; car les membres ne peuventobtenir aucun benefice du chef, s'ils ne sont uniz avec luy. Touteslesquelles choses dessusdictes, et autres semblables contenues encore plusparticulierement au Zohar, ont esté par nous alleguees sur le proposde la parole et de l'escriture laquelle se conforme au silence, et est deplus grand force que la parole. A l'imitation dequoi le grand RoyFRANÇOIS bastit les beaux vers subsequents sur le tombeau de MadameLaure, favorite en son vivant du poëte Petrarque; et tantcelebrée de luy;
  O divine ame estant si estimee,
  Qui te pourra loüer qu'en se taisant ?
  Car la parole est tousjours supprimee;
 
<f 40v> Quand le suject surmonte le disant.
  MAIS à quel propos ceste soubs digression encore de cetant valeureux et magnagnime Prince ? afin de raviver tousjours en passantquelque estincelle de sa tres-heureuse recommendation et memoire; pour avoiren ses jours restauré les arts, sciences et bonnes lettres, lorsensevelies de treslongue main; et banny l'ignorance et la barbarie non tantseulement de son peuple, mais de toute la chrestienté aussi;
  -- Quíque per artes
  Fluctibus è tantis vitam, tantísque tenebris;
  In tam tranquilla, et tam clara luce locauit;
comme dit le Poëte Lucrece: Et ce, entre autres choses, parl'introduction des lecteurs publiques; l'une des plus grandes commoditez etsecours que les estudes puissent avoir, voire comme une vraye pepiniere etseminaire des bonnes lettres: enquoy deux ou trois mille escus qu'il peutavoir employé tous les ans, durant la moitié seulement de sonregne, car il en avoit des-ja bien commandé quinze, lors qu'ilentreprit ce bon oeuvre, luy ont plus acquis d'honneur et de gloire, delouange, de graces, remerciemens, et de bien-vueillance engravée aufonds du coeur d'infinis excellens personnages, que cent millions demillions d'or, si autant s'en pouvoit recouvrer, qu'il eust peu despendreapres des guerres et conquestes plus memorables que celles d'Alexandre legrand, de Pompee, ny Julles Cesar: Plus que tous les insolents edifices desRoys d'Egypte; ny que toutes <f 41r> les ambitieuses distributionsdes Empereurs Romains, en la plus florissante vogue de leur Monarchie. Quepuisse ceste bien-heureuse ame qui nous a esté cause d'une tellebenediction, la plus grande apres la grace de Dieu que l'hommesçauroit souhaitter en ce monde, joyr à jamais du repos etfelicité eternelle là haut au ciel; et icy bas d'une memoireet reputation pardurable.
  CE GRAND ROY donques fut le restaurateur et pere des lettres enversson peuple; et comme un autre Apollon au milieu de la sacree trouppe desMuses sur le mont Heliconien. Mais j'en changeray icy la signifiance avecle propos; et les prendray pour les caracteres de l'escriture Hebraique;vingt deux en nombre, dont il y en a cinq de redoublez pour mettre àla fin des vocables, et par ce moien accomplir le nombre de vingt sept; cubedu sacré terneraire, ouquel Platon s'estudie de demonstrer dans sonTimee, que le monde a esté creé; comme tenant lieu du masle,de l'agent, et de la forme; avec le huit, le cube d'autre part du binaireou du deux, qui represente la femelle, le patient, et la matiere: Enquoy,comme en tout le reste de sa doctrine, il s'est conformé auxtraditions Mosaiques, touchant mesme ce nombre de 27. car le semblable setrouve dans le livre de Jezirah, et celuy du Zohar bien au long;
Grands mysteres contenus és lettres Hebraïques.
où il est expressement dict, que le monde fut fabriquépar les 22. lettres de l'alphabet; dont il y en a trois qui conviennent auxtrois Elemens, ainsi que nous deduirons plus <f 41v> à plaincy apres; douze avec les 12. signes du Zodiaque; et sept avec les 7.estoilles erratiques au monde celeste; comme les trois autres enl'Elementaire. Et se prononçent ces lettres de deux façons;ou par une prolation lasche et remise, ou par une esclatante et aiguë;lors qu'elles representent les Planetes estans en leurs vrays et àeux appropriez domiciles; et la relaschee et doulce quand ils se trouventés autres maisons, comme les appellent les Astrologues; car leursvertus et effets sont là moindres et plus debiles. Toutes ces lettresau surplus representent les parties materieles des composez, par ce qu'ellessont muettes de soy, et comme mortes, sans aucune prolation, qui tient lieude vie; tout ainsi que seroient les pieces de quelque corps mort;jusqu'à ce que les points servans de voyelles leur soient apposez,qui leur donnent comme une vie, et mouvement. Mais cela pourtant n'est pasdu tout amené à sa complecte perfection, premier que derecevoir les accents, lesquels leur sont en lieu de formes operatives,correspondantes aux mouvemens et influences superieures: De maniere que quisçait deüement prononcer le langage Hebrieu, et garder esquantitez et accents comme il faut, represente par là toutel'harmonie celeste, et la supramondaine encore; ce qui ne peut pas arriverés autres langues et escritures, qui sont privees de ces mysteres.Cela est cause qu'en beaucoup d'endroits, et mesmes en nostre religion, nousgardons encore quelques mots Hebrieux, comme de plus grande<f 42r> vertu et emphase: Et Orphee defend par exprez qu'enl'operation des merveilles on n'aye point à les changer.
Rapport des lettres de l'alphabet Hebraïque, aux chosescreées.
Par les lettres donques sont representees toutes les parties descomposez, et sont comme la matiere d'iceux: par les points, toutes lessortes des formes qui les vivifient: et par les accents, toutes les deuesoperations de la matiere et de la forme jointes ensemble à laconstitution d'un corps, correspondantes à leurs principes celestes,et à leurs divines Idees: desquels trois viennent à estreproduites non seulement les especes des choses, mais les individuz mesmed'icelles. Et ont esté les Cabalistes si speculatifs, paraventuretrop curieux, entant que la conjecture de l'esprit humain s'est peuestendre, de penser par les divers assemblemens des lettres, atteindreà sçavoir le nombre des choses creées; qui se pourroitbien supputer, mais nompas proferer, ny presque comprendre, fors de celuyqui sçait le compte des estoilles, et leur donne à toutes desnoms; des poils estans en nostre teste, et tout le reste de la personne; desgrains de sablon; et goutes de pluye: Car de la diversité desZiruphs, ou accouplemens, et suittes de lettres, sans aucun meslange depoints, vient à resulter un nombre, qui est autant comme infiny pournostre regard; assavoir 112400259082719680000. Que si l'on y veut adjousterles points, le nombre ne se pourroit pas exprimer, ny concevoir presque denous; combien qu'Archimede en son traicté de l'Arene se soitingeré de trouver une maniere de compter <f 42v> qui vajusques en infiny: mais cela est reservé au seul Dieu, et passel'apprehension de ses creatures: duquel comme de l'Archetype et premierpatron ouquel consistent les supremes et premieres sources, procedentsecondairement les ruisseaux ou canaux, comme les nomment les Cabalistes,coulans en bas; et les primordiaux fondemens de toutes choses, denotez parles quatre lettres du grand nom ineffable [H], qui representent les quatreElemens: Et de là resulte finablement toute la diverse multitude desindividus, causee de la varieté de ces premieres et secondesinfluxions et decoulemens en tout ce qui a esté produit et seproduira jusques à la consommation du siecle: lesquelles influxionssusdites sont representees envers les Hebrieux par les lettres de leuralphabet, qui contiennent toutes sortes de proportions numerales; età l'endroit des Pythagoriciens et Platoniciens par les nombres; letout neantmoins tendant à un mesme but et effect.
Distinction des nombres.
Mais il ne faut pas entendre ces nombres-là estre les vocaux ouvulgaires, dont nous comptons communément; ny pour le regard descaracteres ou lettres, celles de l'escriture nomplus; ains ce qui estrepresenté par les nombres formels ou celestes, et les rationnels oudivins: Car rien ne se peut exprimer, ny de parole ny par escrit, qui n'ayeEstre; parce que de ce qui n'est point, il n'y a point aussi de mots: etpourtant tout caractere qui exprime, correspond à la chose qui en estexprimee; et tout nombre pareillement à ce qui est nombréd'icelui, et aux choses qui sont distinguees <f 43r> en lesnombrant: qui est à peu-pres ce que veut inferer le philosopheés metaphysiques; Species se habent sicut numeri, in quibus vnovariato, mutatur species; Nam si ternario addatur vnus, sit quaternarius;et sic de aliis. Tout cecy traicte le Zohar bien au long: ce quiconvient du tout à ce mot de Chiffres, qui signifie tant les nombresque l'occulte escriture: et par ce moien non hors de propos, ainstresconvenant à nostre principal subject.
Considerations admirables touchant les lettres Hebraïques; etl'escriture qui en est formee.
Poursuivant lequel nous disons, que ces 22. caracteres de lettres selonce que dessus, sont les Idees de toutes les creatures formees, et àformer: Car ainsi comme toutes choses se cognoissent par leur droiteappellation, laquelle ne nous peult estre representee que par la parole oul'escriture, dont la peinture et sculture avec tels autres arts qu'onappelle imitatrices, sont {son} comme une branche et dependance; parconsequent outre ce que l'escriture est plus spirituelle que la parole, etles mots escrits plus pregnans pour nous manifester l'essence de la chosequ'ils representent, que les proferez de vive voix, d'autant qu'on y insisteplus; il y a tout plein de mysteres à considerer à loisir enla figure des caracteres, que les paroles qui passent viste comme uneflesche bien empennee, dont Homere les auroit appellees épéapléroénta, ne nous permettent pas d'observer si exactement;et ne le pourrions en sorte quelconque sans le moien de l'Escriture; siqu'il n'y a rien de plus propre pour demonstrer l'ordre de la compositiondes substances. Car tout ainsi que les <f 43v> elementairesindividuz, consistent primitivement des qualitez simples, chauld, froid,sec, humide; lesquelles accouplees deux à deux ensemble constituentun Element, feu, eau, terre ou air: et deux Elemens associez, l'une desquatre substances Chimiques, sel, mercure, soulphre, verre; qu'Hermesappelle les grands Elemens; Raymond Lulle, et autres modernes, les elemensredoublez: et ces quatre substances ensemble finablement le composé,tant mineral, vegetal, qu'animal: En semblable des poincts et lignes seforment les lettres; des lettres puisapres les syllabes; des syllabes lesmots et dictions; et des dictions l'oraison complecte; qui se resoult toutainsi qu'un corps par la separation de ses parties, et substances,jusqu'à retourner en ses premiers et plus simples Elemens etprincipes. Tout cecy à encore une fort belle analogie et proportionnon à outrepasser soubs silence, envers la disposition d'un estat;les lettres singulieres et à par soy representans comme le populasseet l'ordre des artisans, et laboureurs, qui vivent au jour la journee dutravail de leurs bras; les syllabes, les bourgeois qui ont desja quelquesfacultez et moyens; les dictions, la noblesse et les principaux et plusapparents citoiens; les clauses, les Princes et grands seigneurs; etfinablement l'oeuvre complect, le souverain magistrat: Enquoy la mesmecorrespondence est requise de l'humilité, respect et devoird'obeïssance des moindres envers de plus grands qu'eux: Et aureciproque de gracieuseté, doulceur, et <f 44r> bontraictement des grands aux moindres; le tout selon leurs rengs et degrez,comme on peult veoir en une escriture; dont si lon vient à changerl'ordre et contexte, tout ainsi qu'en une maçonnerie bien ordonnee,transposant les lettres, syllabes, dictions et clauses hors de leurcollocation deüe, et leur suitte, le sens qui y estoit auparavantexprimé, vient à s'esvanouïr du tout, ou s'alterer en unnouveau. Ce n'est donques pas un petit mystere que des lettres et del'escriture; et ne se fault pas esbahir si par ces deux mots se comprennenttoutes les arts et sciences: lesquelles lettres estans separees, etreduittes à part seule à seule, sont comme la forme desnueede toute matiere, mais par leurs conjonctions et accouplemens, viennentà nous representer quelque chose perceptible à nostre sens;à guise d'un oiseau qui vient à se façonner, et puisesclorre hors de la cocque; ou un vegetal qui se jecte de puissance enaction hors de sa semence: Le tout à l'exemple du grand et premierexemplaire, lequel en sa propre essence et substance qui sont en luy unemesme chose, estant renclos dans son Ensoph ou infinitude hors dumonde sensible, s'y vient à espandre par ses Sephirots ou emanations,comme les clairs rayons du Soleil à travers un gros amas de nuees,et produire audessoubs de luy les effects conceuz en sa premiere Idee ouimage, qui est le verbe et le fils, la forme des formes, et l'ame de toutl'univers, comme il a esté dit cy devant de Mettatron; dont aussibien par l'art calculatoire <f 44v> des Cabalistes, les lettres enleur valeur de nombres equipollent à celles du nom de Dieu [H]Sadai, car l'un et l'autre font 314. Les traditions desquelsoutre-plus portent, que l'escriture de Dieu est en la convexitéexterieure de toute la machine du monde; à quoy bat ce que veult direRabbi Ramban Gerundense; Que par la Cabale il nous appert l'escritureavoir esté un feu obscur et caligineux, sur le doz d'un feu blanc etresplendissant à merveilles: Lequel feu obscur ou premier,assavoir l'obscurité de l'ancienne loy; Moyse Egyptien au secondlivre se son directeur, chap. 31. appelle tenebres, suivant (dit-il) ce quiest contenu au Deuteronome 4. Il y avoit sur le mont Oreb des tenebres,nuees espoisses, et grande obscurité; Et le Seigneur parla àvous du milieu du feu: Resumant puisapres le mesme au 5. ensuivant;Apres que vous avez oy sa voix du milieu des tenebres. Mais en Dieules tenebres et la lumiere sont une mesme chose, comme le porte toutapertement le pseaume 139. Sicut tenebrae eius, ita et lumen eius; ce qu'a voulu imiter Mahomet en la 65. Azoare de son Alchoran; Vobisignem clarum atque fumosum immittam: Et pour le regard du feu blanc etresplendissant, le mesme Rabbi fils de Maimon, met que le feu noirrepresente la terre; le rouge l'eau; le bleu l'air; et le blanc, le ciel.Au surplus l'escriture des anges, dont nous parlerons plus-amplement cyapres, est par le dedans, au creux assavoir, et concavité du ciel;à propos de ce qui est dit en l'Apocalypse chap. 5. Je vis en lamain droicte de <f 45r> celuy qui estoit assis sur le throne,un livre escrit dedans et dehors, seellé de sept seeaux: Et cequi est escrit en Exode 33. Que Moyse ne peult veoir Dieu en la face,mais par derriere tant seulement; c'est à dire par ses effects:Plus au chap. precedant; Que les deux premieres tables qui furentbrisees, estoient escrites de costé et d'autre; pour representerles deux sens de la loy, l'un literal, et l'autre anagogique, cogneu deMoyse, et de ceux ausquels il en vouloit faire part; à chacun selonson degré, et capacité de l'entendement: Comme le tesmoignemesme Gregoire Nazianzene au livre de l'estat des Evesques, parlant duditMoyse; Qu'il receut la loy, assavoir celle qui dependoit de la lettre,pour la multitude du peuple; mais ce qui concernoit l'esprit, pour lesconstituez seulement dessus eux. Et au premier de la Theologie; Qu'ildonna sa loy en des tables de marbre ferme et solide, gravé àjour des deux costez, pour raison du manifeste et occulte d'icelle:Celuy-là pour la pluralité du vulgaire, qui coustumierements'arreste plus aux choses basses et caduques; Et cestui-cy pour un petitnombre de gens esleuz, qui eslevent leurs pensemens à lacontemplation des choses haultes et divines, où ils parviennentfinablement. Cela est touché aussi au 4. d'Esdras chap. 14. Haec in palam facies verba, et haec abscondes: A quoy se rapportent lesdeux especes de la Cabale; l'une de Beresit, qui verse autour deschoses sensibles; et l'autre de Mercaua ou throne divin, qui estdes intellectuelles, et abstraictes de la grosse matiere: Et semblablementtout le fait des Chiffres, <f 45v> qui couvrent soubs l'exterieureapparence de certains caracteres non intelligibles, un sens secret,reservé à la cognoissance de ceux qui en sçavent lapractique et usage.
  DES CHIFFRES donques dont nous avons fait ceste premiere digressionet saillie, la premiere table en est telle, où il y a infinis coupsà ruer; dont nou-nous contenterons d'en toucher icy les principauxtraicts, sur lesquels la dexterité des bons esprits en pourra forgerplusieurs autres.
<f 46r> [FIGURE]
<f 46v> Premier chiffre, par une revolution circulaire decommutations d'alphabets.
  OR en premier lieu on peult bien aisément apercevoirqu'il seroit malaisé, voire presqu'impossible de mettre cest alphabeton obly; Ne qu'il peust sortir de la memoire pour imbecille qu'elle peustestre, d'un qui l'y auroit une fois imprimé et conceu, qu'il ne s'enpuisse resouvenir et le redresser à toutes heures qu'il voudra: siqu'il n'est point autrement besoin de le porter avecques soy: et quant bienon l'y porteroit, voire qu'il vinst à estre divulgué par toutde la mesme sorte que vous le voyez icy exposé au public sans aucunecouverture ne desguisement, pour cela neaumoins personne n'ensçauroit faire son profict, ne descouvrir l'intention d'un autre,s'il ne s'entendoit avec luy; d'autant que tout gist au secret des clefs,qui dependent des lettres capitales marquees en teste à la maingauche des alphabets: Et se peuvent ces clefs varier en autant de sortesqu'on veult, presqu'en infiny, fust-ce pour escrire une mesme chose sanssortir hors du present chiffre, toutes differentes l'une de l'autre. Ilfault estre adverty au reste que le y, et le z ontesté reservez icy pour trois effects, dont je n'en ay point encoreveu practiquer és chiffres qu'un seulement; les deux autres sont denostre meditation. Le premier, pour servir de nulles; et cela est assezcommun: le second pour menager un sens secret et à part, qui neconsiste pas és caracteres, mais au lieu où ils sont situezet assis, comme nous le monstrerons cy apres. Et le troisiesme<f 47r> pour faire distinction des mots, quand l'un de ces deuxcaracteres sera mis à la fin de chacun d'iceux; qui est un grandsoulagement pour le dechiffreur, auquel ceste confusion de dictions est uninutile surcrez de travail, sans aucun fruit; car pour cela, le chiffreestant invincible de soy, ceux qui en cuideroient venir à bout sansavoir communication du secret, mesmement des clefs, n'en auront pas meilleurmarché. OR prenons pour exemple ce subject cy: Les choses sepreparent de tous costez pour. Mais à quel propos s'immiscerencore és affaires du monde, dont nou-nous sommes si esloignez etbanniz de tant longuemain ? Certes il est trop plus expedient pour nous, dese retenir en noz solitaires exercices de l'ame, puis qu'aussi bienn'attendons nous plus sinon l'heure de la rendre à celuy qui nous l*adonnee: Parquoy prenons plustost à la bonne heure cest autre icy,conforme à nostre vacation;
  Au nom de l'eternel soit mon commencement,
  Qui est de tout principe, et parachevement.
Mais d'autre part quel besoin est il d'escrire en chiffre, comme unechose recelée qu'on veut couvrir, ce que chacun doit avoir toutouvertement au front, és yeux, bouche et mains; et brief en tous sesprojets, actions, faicts et dicts ? Ce qui est vray; mais d'autant qu'il lefaut auparavant avoir empraint en secret silence dans le fonds du coeur etde l'ame; et que l'escriture est plus mentale que la parole qui tient plusdu corps;<f 47v> et les chiffres plus spirituels que la commune formed'escrire, il n'est point aussi inconvenient de prendre de tels sujects eniceux, nomplus que quand on donne des exemples aux jeunes enfans, dequelques belles sentences et dits moraux, pour les accoustumer tousjoursd'autant à vertu, et les emboire de bonnes moeurs. Davantage, parl'escriture vulgaire comme il sera dit cy apres, une mesme chose ne sepouvant escrire que d'une sorte, là ou presque d'infinies en chiffre,par les diverses transpositions, commutations, et figures de caracteres,tout cela estant libre; et l'autre asservie, Dieu y pourra estre plusconvenamment exprimé; lequel demonstre en ses ouvrages de se delecterde la varieté et diversité des choses, selon le dire du PoeteItalian, E per questo variar natura è bella; ainsi qu'onpeut appercevoir en tant de beaux chefs d'oeuvre de la nature tousdifferends, qui procedent de la diverse proportion des meslanges de quatresubstances elementaires sans plus, à guise de la diverse mixtion etsuitte des lettres, dont se forment tant de dictions: et en l'infinitude desestoilles, qui ont neantmoins toutes leur nom, et leurs effects àpart; comme aussi ses administratoires esprits excedans en nombre lesestoilles, et tous les humains qui furent onques, sont, et seront, d'autantque le monde intelligible surpasse la concavité des cieux; et cestevaste concavité celeste, le petit globe de la terre. PRENONS donquesqu'on vueille representer le sujet susdit par le moien de ceste table; etque la clef du chiffre soit, <f 48r> Le jour obscur; et la nuictclaire: mais partons là en deux, pour faire voir la differencequ'il y aura, ne se servant que de la moitié en ce premier; ouquelvous procederez en la sorte. Cherchez en la colonne des capitales, la lettre L, qui est la premiere de nostre clef, et voyez quelle lettrerespond en son alphabet à celle de A, la premiere aussi du sujet;ce sera S. Poursuivez ainsi de lettre en lettre tant que la clefse pourra estendre; Puis estant au bout vous la reitererez de nouveau: u de e, donne a: n de i, f: o de o, h:m de u, l: d de r, s: e de o, u: l de b, x: e de s, s: t de c, i: e de u, r: r de r c: n l de f: e de e, o: l de i, r: s de o, c: o de u, b: i de r, n: t de o d:m de b, a: o de s, l: n de c, c: c de u, p: o de r, l: m de l, e: m de e, c: c de i, s: n de o, g: e de u, p: e de r, t: m de o, g: e de b, q: n de s, i: t de c, i. Adjoustez y ces quatre lettres au devant pour perdues, et ne servans de rienque pour embrouiller; d r g q; et inserez au bout de chaque motl'une des deux gardees pour mille, assavoir y et z; pourles distinguer l'un de l'autre, vostre contexte sur ceste clef de, Lejour obscur, pour ce premier vers, au nom de l'eternel soit moncommencement, sera tel: d r g q s a y f h l z s u y x s i r c f or z o b n d y a l c z p l e c s g p t g q i i y. Que si vous le voulezescrire par l'autre clef, la nuit claire; vous ferez de mesme, a de l, s: u de a, i: n de n g: o de u,b: m de i, e: d de t, r: e de c, p: l de l, r: e de a, q: t de i, b: e de r, t: r de e, g: n de <f 48v> l, f: e de a, q: l de n q: s de u, f: o de i, g: i de t, m: t de c, i: m de l, e: o de a, c: n de i, f:c de r, r: o de e, l: m de l, e: m de a, a: a de n, r: n de u, a: c de i, u: e de t, s: m de c, b: e de l, m: n de a, b: t de i, b. Premettez ces autres quatre lettres pour varier, car celan'importe pas; puis qu'elles ne servent de rien f s b m; et inserezles nulles à la fin des mots comme dessus; il y aura f s b m si y g b e z r p y r q b t g f q q z f g m i y e c f z r e e a r a u s b mb b. Voiez à ceste heure comme il differe en tout et par toutdu precedant, et ce par le seul changement des clefs, sur un mesme alphabet;si que pour l'avoir ce n'est rien qui n'aura le secret des clefs; lesquellesse pouvans changer tant qu'on veut, il est impossible par consequant, queconjecture aucune pour subtile qu'elle puisse estre; ne patience etassiduité de labeur; ne ruze et usage des dechiffremens, peust jamaismordre sur cestui-cy. Quant ausdites clefs, il n'est pas possible nynecessaire nomplus d'en prescrire ne limiter aucune reigle, attendu que celadepend de la volonté de chacun, qui se les peut forger à safantasie d'infinies sortes.
Quelques reigles generales des clefs.
Les uns s'entredonnent certaine quantité de mots convenuz entr'eux;le premier desquels doit servir pour la premiere depesche; le second pourla seconde; et ainsi du reste: il est bien vray que tant plus longue est laclef, tant plus sera malaisé le chiffre à descouvrir; maistant plus difficile aussi et embrouillé tant au chiffrer qu'audechiffrer; au moien dequoy quelques-uns prennent plusieurs dictions toutde suitte, et mesmes des <f 49r> vers entiers de quelque Poëte:les autres se contentent de la dacte du mois, et du jour de la depesche;comme pourroit estre,
le quinziesme d'Octobre; et semblables: lesautres y emploient le dernier mot qui precede l'escriture chiffree, ou l'unedes lettres mises devant en lieu de nulles, qui leur sert de clef par mesmemoien; sur laquelle ayans chiffré tout le premier mot, il pourraservir de clef au second; le second au tiers, et ainsi des autres: que s'ily a quelques intervalles d*escriture commune, ils le continuent auchiffrement qui vient puis apres; ou bien le recommancent de nouveau: ouprennent un autre chemin et addresse, selon qu'il aura esté convenuavecques leurs correspondans. D'autres poursuivent et evacuent toutl'alphabet lettre apres autre, commançant à laquelle que bonleur semble, tant que la revolution soit parachevée; et puisrecommancent circulairement, qui est une grande multiplication de labeur:si que je m'arresterois {artesterois} plus volontiers à une seulelettre, dont de main en main partira successivement tout le reste, comme sielles venoient à naistre les unes des autres; et en cela l'on peutproceder doublement; ce qui se pourra mieux esclarcir et comprendre par lesexemples: ou en chiffrant tousjours la subsequente par la precedente enceste sorte sur le mesme sujet dessusdit; Au nom de l'eternel, dontla clef soit D, nous dirons; a de d, donne x: u de a, i: n de u, a: o de n, h: m de o, g: d de m, u: e de d, p: l de e, t: c de l, m: t de e, l: e de t, s: r de e, h: n de r, i: e de n, x: l de e, t. <f 49v>Tellement que par ceste voye prenant D pour clef, il y auroit d x i a h g u p t m l s h i x t. A quoi vous pouvez inserer les nulles y et z, pour la distinction des mots. Pour le dechiffrer,procedez ainsi: x de d, faict a: d de a, u:a de u, n: h de n, o: g de o, m. et ainsidu reste. L'autre maniere, plus occulte, est qu'on chiffre la subsequentede l'escriture intelligible, non sur la precedente d'icelle, mais sur cellequi est desguisee; en ceste maniere, a de d, qui est laclef dira x: u de x, h: n de h, e: o de e,e: m de e, c: d de c, o: e de o, u: l de u, m: e de m, x: t de x, g: e de g, n: r de n, a: n, de a, b: e de b, q: l de q, o. assemblez ce sera; d x h e e c o u m x g n a b q o. Pour ledechiffrer, x de d, fait a: h de x, u: e de h, n: e de e, o: c de e, m.
  MAIS tout cecy se peut practiquer aussi bien, voire tropmieux, par la table encore suivante, combien que tout reviennepresqu'à un, prenant les capitales traversantes qui sont au frontd'enhaut, pour le sens qu'on veut exprimer: et les perpendiculaires aucosté gauche descendant en bas, au lieu de clefs. J'en ay mis icydeux rengees; l'une de noir, l'autre de rouge, pour monstrer que lesalphabets tant de l'escriture, que des clefs, se peuvent transposer etchanger en tant de sortes qu'on voudra; afin d'en oster la cognoissanceà tous autres qu'à ses correspondans. Pour chiffrer donquesles mesmes mots, au nom de l'eternel, sur la clef le jourobscur procedez ainsi: a de l'alphabet transversalmarqué de rouge, se vient rencontrer avec l duperpendiculaire en la chambre de<f 50r> b: u de e, fera q: n de i,n: o de o, s: m de u, a: d de r, m: e de o, i: l de b, c: e de s, o: t de c, n: e de u, q: r de r, c: n de l, o: e de e, a: l de i, l. Somme b q n s a m i c o n q c o a l. et ainsi dureste. Ceste table de vray n'a esté ignoree de l'Abbe Tritheme, ensa Polygraphie, ny de plusieurs autres; si ont bien les beaux usagesd'icelle; car il embrouille tout cela; et ceux qui se sont meslez del'interpreter en une confusion d'orchemes, et infinité de revolutionsd'alphabets, laborieux et embrouillez ce qui se peut, et avec tout celainutiles; de fort peu d'industrie au reste, et invention; la où cestetable peut servir pour tout.
<f 50v> [FIGURE]
<f 51r>   OR sur ceste diverse varieté de chiffremens, sepresente une belle consideration; qu'une mesme chose se pouvant par la voyed'iceux escrire d'infinies sortes, sans sortir des mesmes caracteres etlettres, moiennant leurs saulx et permutations; ce neaumoins quand ellessont en leur vraye signification, valeur, et assiette, selon qu'on a decoustume de les emploier, sans les desguiser ne pervertir l'une pourl'autre, il ne se peult que d'une seule: Et que doibt on donques inferer etrecueillir de cela, outre ce qui depend du commun usage de l'escriture pourles traffiques et negoces du monde ? attendu que Platon tient pour unblaspheme et sacrilege d'apliquer les mathematiques à aucun usageprophane;
A quoy se doivent proprement appliquer les Mathematiques.
n'aians pas esté eslargies à l'esprit de l'homme pour lesasservir à cela; car comme il met dans le Politique elles sont libreset exemptes de toute action, et destinees tant seulement à la partiecontemplative pour l'eslever à la cognoissance des chose divines; quiselon le Zohar repurge nostre ame, et la rend belle; et par consequant nousaproche du souverain bien, appellé aussi Tiphereth, et desGrecs kalon, le bon et le beau; auquel elles nous servent commed'escallier, ce dit-il au 7. de la Rep. afin de cognoistre Dieu, et l'ayantcogneu, entant que par nostre capacité et effort nou-nous esvertuonsd'y parvenir, plus ou moins les uns que les autres, l'aimer de tout nostrecoeur et pensee, et le reverer en ses grands merveilles qui de toutes partsse representent à nostre veuë: mesmement ce <f 51v> tantbeau chef d'oeuvre du ciel, orné d'un si grand nombre de lumieres,où l'Astrologie nous semond d'addresser les yeux, comme à uneintroduction ou acces pour passer plus outre au monde intelligible, suivantle pseaume 19. Les cieux racomptent la gloire de Dieu; et le firmamentanonce l'ouvrage de ses mains: et le Poëte nonobstant queEthnique;
  Pronáque cùm spectent animalia caeteraterram,
  Os homini sublime dedit, coelúmque videre
  Iussit, et erectos ad sydera tollere vultus.
L'arithmetique de son costé n'est pas nomplus en un mesme usageet practique envers les marchans et banquiers, pour servir à trouverleur compte, comme à l'endroit du philosophe: Ny la geometrieaussi-peu, qui ne doibt verser qu'à l'inquisition et notice du VRAYET TOUSJOURS ESTANT, et nompas estre ravallee aux arts mecaniques, ny auxchoses sensibles caduques, comme dit le mesme Platon; car elle nousdestourne de là pour penser aux intelligibles et eternelles,où gist le dernier but de toute la philosophie; octroiee àl'homme pour le retirer de ce qui est transitoire, incertain, vagabond,à quoy nostre sentiment d'ordinaire s'attache le plus, comme au plusprochain de sa perception, à ce qui est veritablement, et persistetousjours en un mesme estat. Et la musique finablement nous transporte etravist les oreilles à ses melodieux mouvemens et accords; non pourles chatouïller d'un son delicat tendant à la volupté etplaisir sensuel, ce que Pythagoras <f 52r> blasmoit tant, ainsà ce que par ses contemperees proportions nous puissions reduire lesextravaguez roddemens et circuits de nos ames, quand elles s'esgarent deleur droicte routte, au vray sentier de leur devoir; et r'adresser nostrepensee à l'harmonie qui luy est propre; laquelle il fault allerchercher és choses celestes, et de là consequemment ésdivines: car c'est celle-là, dit Zoroastre, dont l'homme tressaulttout de joye pour se sentir l'avoir en luy, comme un beau concert demusique, auquel il est admis avecques la Divinité et les anges: Maisselon Procle, soudain qu'il peche elle s'absente, si qu'il en demeureprivé. Et de faict le mauvais Demon, à ce que dient lesCabalistes, perdit totalement en sa cheute, lors qu'il se revolta del'obeïssance de son Createur, l'harmonie qui estoit en luy, c'està dire ceste belle convenance et accord qu'il avoit au precedant ensoy-mesme, envers Dieu, et toutes sortes de creatures, qui par certainesanalogies de degrez et relations se correspondent les unes aux autres. Aussin'y a il que les ames bien-nees, comme dit Pindare, ou l'harmonie puisseavoir lieu: et ne peuvent les malins esprits comportter une bonne musiqued'accord, d'autant que cela est hors de leur disproportionnee nature;tesmoin celuy dont le Roy des Israëlites Saül estantpossedé, David par intervalles au son de sa harpe le contraignoit des'absenter, pour le moins de demeurer coy: Et Pythagore comme le racomptentCiceron et Boëce, par je ne sçay quelle melodie d'un air musical<f 52v> propre à ce, ramena en son bon sens un jeune hommetout depravé et furieux. Le mesme se lit de Terpandre, d'ArionMethymneen, et d'Ismenias Thebain, qui reduirent tout plein de genstrespervertiz et debauchez au droit chemin de la vertu: Et Antigenidas auson de ses flustes ne fit-il pas à Alexandre mettre la main auxarmes; et tout à l'instant les poser, selon la diversité deses airs ? Tellement qu'il n'y a rien plus conforme à l'ameraisonnable qu'une melodieuse harmonie: aussi n'estoit anciennement lamusique destinee à autre effect que pour le service divin. A plusforte raison il semble aussi que les lettres et l'escriture doivent estreprincipallement emploiees pour honorer et servir Dieu; pour la sainctemeditation de sa loy; et nous representer à l'entendement sesmerveilles; ou comme parlent les Cabalistes conformement à ce quedessus de Platon, pour attirer les creatures à la cognoissance deleur Createur; car selon qu'il a esté dit cy devant ils reputent lescaracteres Hebraïques, non tant seulement pour les premiers de tous lesautres; ains mesme pour l'un des ouvrages du Bresit ou creation.Enapres la droicte escriture, qui est tout apertement significative, monstretousjours le veritable qui ne peult estre sinon un; et la desguisee parchiffres, le faulx qui est divers et multicuple, suivant le dire duPhilosophe au second des Ethiques; Que le bon et le bien ne sont qued'une seule sorte; mais le mauvais, et le mal, de plusieurs. Si quel'escriture aperte se raporte à <f 53r> la ligne droicte, quiest la plus briefve et courte de toutes, comme la definissent lesMathematiciens; et avec ce tousjours une et semblable à soy; A proposdequoy il est escrit qu'Abraham vit durant sa vie par la ligne droicte, lejour du Messihe, et s'en resjoït: Et les chiffres d'autre costéequipolleront à la ligne courbe et tortue, dont il y en a d'infiniessortes, selon que plus ou moins elles s'aprochent ou esloignent de la lignedroicte. Laquelle tient outre-plus de ce que Platon appelle tauton, le mesme; les Hebrieux dient [H] Hu, qu'ils constituent pourle premier nom attributif de la Divinité, suivant le pseaume 102. Tu autem idem ipse es: Et le 42. d'Isaie, Ani Adonai Hu semi, LeSeigneur luy, ou moy-mesme c'est mon nom; Virgile au 10. de l'Eneidel'approprie au grand Dieu Jupiter; Rex Iupiter omnibus idem. Et estce tauton la supreme Idee des choses qui sont tousjours d'une mesmesorte, sans point recevoir d'alteration ny de changement: làoù le chiffre se raporte à l' hétéron l'AUTRE, qui est la forme de celles qui se comportent diversement: Parquoyles Pythagoriciens prenoient le MESME pour le bon principe, l'un lepermanent, le droict, le vray, le finy: Et l'AUTRE, pour le mauvais, ledivers, variable, tortu, faulx, et infiny: Et les Egyptiens celuy-làpour Osyris, et le Nil; cestui-cy pour Typhon, et la mer: Qui est la causepour laquelle Achille au 9. de l'Iliade deteste si fort l'autre, le divers,varié desguisé;
  <f 53v> Ékhthros gar moi keinos ho môsaidaô pulêsin,
  Hos kh'hétéron mou kéuthéi éniphrésin, allo dé badzéin
TOUT ainsi donques que sous le chiffre est cachee la vraye escriture, et lesens qui nous represente la cognoissance de la chose que nous voulonsexprimer, et produire en evidence hors la coception de nostre pensee; et quede la supposition du faulx se tire par fois de la verité;
Toutes les choses de ce monde ne sont qu'un vray chiffre.
En semblable le texte de la loy pris cruëment et à lalettre, est comme un chiffre dy mystere caché là dessous: Desorte que la religion Judaïque avecques sa pluralité desacrifices et ceremonies superficielles, n'estoit qu'un chiffre etadombrement des vrais et reels sacrements de celle de grace; suivant ce queles Cabalistes mesmes advoüent sur ce texte de l'Ecclesiaste,composé, à ce qu'allegue le Zohar par le Roy Salomon audesert, durant les sept ans qu'il y demeura; y aiant estétransporté et tenu captif par le demon Asmodai Prince de lapecune, du luxe, et ambition, qui le surprit en la propre amorse et embuscheque le Roy luy avoit dressee; se fondant icelui Zohar sur ces mots contenusau mesme traicté; fui Rex Israël in Ierusalem; quasiqu'il ne l'estoit plus lors qu'il le fit: Ce texte au surplus del'Ecclesiaste, est, Vanitas vanitatum et omnia Vanitas; qu'ils exposentque la loy mesme puis qu'il n'exclut rien, estoit vaine et frivole jusquesà l'advenement du Messie. Pareillement les choses materielles etsensibles, sont comme un chiffre des formelles et intellectives: le mondeElementaire, du <f 54r> Celeste, le Celeste, de l'Angelique; etcetui-cy, de l'Archetype: qui sont les roües d'Ezechiel enveloppeesl'une dans l'autre; et la communication successive de la lumiere procedantdu throne de Dieu, là où en est la premiere source, àla dixiesme Sphere, ou ciel Empiree; et de là au Soleil; du Soleilà la Lune; et d'icelle aux choses sensibles du monde Elementaire. Cartout ce que le ciel nous influe et transmet, est la lumiere accompagnee dechaleur, dont dependent toutes les diverses facultez et vertus imprimeesd'enhault icy bas en la varieté des especes, par les rayons des deuxluminaires et des estoilles: en sorte que la lumiere est celle qui charrietous ces effects quant et soy. Au Microcosme, ou petit monde puisapres quiest l'homme, formé sur l'exemplaire de l'univers, les partiesconstitutives de son corps, diverses entr'elles, ensemble les substancesdont elles sont composees, tiennent lieu aussi de leur part d'un chiffre del'ame, uniforme, et simple de soy; et l'ame d'un chiffre de l'Intellect.Brief que tous ces trois mondes, et ce qui leur symbolise éscreatures estans en iceux; voire entierement toute la nature, n'est qu'unchiffre et secrete escriture du grand nom et essence de Dieu, et de sesmerveilles; les faits mesmes, les projects, les dits, actions etcomportemens des humains, que sont ce pour la plus grand-part sinon chiffre? Quand sous une dissimulee et hypocritique apparence de zele, pieté,devotion, charité, douceur, debonaireté, preud'hommie, etautres droictes, sainctes, <f 54v> et loüables intentions, quenous pouvons accomparer aux caracteres d'une double escriture, dont nousparlerons cy apres, ils voilent une intelligence secrete reservee àpar-eux, de leur malignité de courage, haines, rancunes, felonnies,partialitez, avarice, vaine-gloire, ambition, desir de sang, et devengeance; dont en a devers luy l'alphabet, celuy seul, à qui rienne se sçauroit desguiser. Au moien dequoy tout ainsi qu'une mesmechose, selon qu'il a esté dit cy dessus, ne se peult representer qued'une seule sorte en la vraye et droicte escriture; et d'infinies altereeen chiffre, qui toutes ne tendent qu'à exprimer un mesme sens; Ensemblable toutes les creatures sont comme notes, marques et caracteres duCreateur plongé occultement dedans elles, ainsi qu'est le sens dansl'escriture; et l'escriture manifeste dedans l'obscurité deschiffres; dont quelques-uns peuvent avoir esté meuz d'estimer, Dieun'estre autre chose fors tout l'univers, que son intellect ou premiere causegouverne et administre par les secondes; et les secondes par les tierces;et ainsi des autres; qui sont les Hierarchies influans d'ordre en ordre, dedegré en degré, de reng en reng la puissance et vertu del'Archetype encontre bas, par les intelligences, et par les cieux en touteschoses: A quoy se conformant S. Denis en sa Hierarchie Angelique, dit;Que les intelligences superieures illuminent tousjours les inferieures.Que si quelqu'un veut sans aucun entremoien parvenir à la Sapience,il luy fault s'adresser à Dieu: Qui la donne <f 55r>abondamment à chacun sans reproche (comme dit S. Jaques aupremier de sa Canonique) et elle luy sera octroiee.
Les dix Sephiroths ou divines numerations, tant celebrees desCabalistes.
  TOUT ce que dessus procede selon l'ordre des dix Sephiroths, ou divines mesures et numerations que les Cabalistesappellent les vestemens de la Divinité, (Amictus lumine sicutvestimento, pseaume 104.) à chacun desquels Sephiroths est attribué un des noms divins:
I.
dont la premiere que se refere à la divine Essence [H]Ehieh, et represente particulierement le PERE, se coulle et influepar l'ordre des Seraphins au premier ciel mobile; et de là àtoutes choses à qui elle donne l'Estre; estant ditte [H]Cheter ou corone; et denotee par la lettre [H] Shin, quia la forme d'une corone à trois fleurons, et est un symbole de laTRINITÉ: Mais en outre sorte la corone qui est toute ronde, se marqueencore par ceste non-valeur au chiffre à compter 0, quant elle estseule et à par soy; mais accompagnee d'un 1. fait 10. dix: Si queles notes des chiffres ne sont pas du tout desnuees de mysteres contenuzdessous leurs figures. Le nom d' EHIEH au surplus, combien que les Grecstaschent de le representer par ôn, les Latins ENS, ESTANT, nese peult toutesfois guere bien exprimer en autre langue quel'Hebraïque, par un seul mot, ny traduire que par une circonlocutionde paroles: car estant de quatre lettres il convient seulement àDieu, dont il signifie l'Essence; entant qu'elle reside audedans de luy,sans s'en expliquer ne sortir dehors: Parquoy <f 55v> il estattribué au PERE, et denote tous les trois temps enl'Eternité; et une pluralité de personnes avec uneunité de nature: En Exode 3. quand Moyse demande à Dieu quelest son nom ? JE SUIS (respondit-il) QUI FUS, QUI SUIS, QUI SERA: Ce qui nese peult pas approprier aux creatures, qui sont en une continuelle mutation,là où Dieu est perpetuellement immuable; Ego dominus, etnon mutor, dit-il en Malachie 3. et le pseaume 103. parlant des cieux; sicut opertorium mutabis eos, et mutabuntur: tu autem idem ipse es, etanni tui non deficient: Car c'est luy qui communique et donne l'estreà toutes choses par sa premiere emanation, qui est son verbe, [H], et second quadrilettre. A ce propos n'est pas aussi sans un grand mystere,ce qui est escrit au 18. de S. Jean, que les Juifs venans soubs la conduittede Judas pour prendre nostre Sauveur au jardin, soudain qu'il leur eutprononcé ces mots, EGO SVM, conformes à ceux de l'Exode (jeles mets en Latin comme faict l'Evangeliste en Grec égôéimi, combien que JESUSCHRIST ne parlast ne l'un ne l'autre, ainsle vulgaire Syriaque, mais pour ce qu'ils sont plus signifians qu'auFrançois,) ils tomberent esvanoüis tous à la renverse,par la vertu et efficace de ces paroles, qui le denotoient estre Dieu,suivant son estre et immutabilité eternelle. Et à cecyconvient encore, que quand le PERE suscita Moyse pour aller delivrer lesenfans d'Israël de la servitude d'Egypte, il usa des mesmes mots quefit le Fils, quand il se laissa prendre <f 56r> et crucifier pournous rachepter de celle du diable. Par ce mot de [H] Ehieh aureste qui est le futur du verbe [H] haiah, sum; les Talmudistesinterpretent estre signifiee l'eternité de Dieu; par ce que le tempsadvenir presupose le present, et le passé, qui sont les troisdifferences du temps, reduittes en la divinité tant seulement aupresent; à cause qu'elle est exempte des bornes et circonscriptiondes deux autres, toutes choses luy estans presentes; mille anni diesvnus, pseaume 90. et en la 2. de S. Pierre. A propos dequoy nonindoctement a dit Nehemanides, que Dieu est ceste existence etsubsistance qui n'est passee, ny ne passera, etc. Car il est tousjours,sans avoir eu commencement, ny n'aura aussi peu de fin, d'autant qu'iloutre-passe tout respect du temps; et qui seul peut dire, ho ôn, kaiho ên, kai ho érkhoménos, en l'Apocalypse premier:
Mystere du mot Ehieh.
ce que les lettres aussi de ce nom [H] Ehieh monstrent, avecun fort grand mystere; dont la seconde [H] he et la troisiesme Iod, denotent la tierce personne du preterit de ce verbe, qui est lapremiere aux Grecs, aux Latins, et à nous; assavoir [H]haiithi, il fut; lequel mot me fait incidemment resouvenir, et nonsans propos, de ce vers si commun en la bouche de tout le monde, Conueniunt rebus nomina saepe suis, Si qu'on a changé autresfoisles noms infaustes et malencontreux en d'autres de meilleur presage; commecelui de Maleuente en Beneuent; livre 9. de Tite Live; Segeste qui fait allusion à Seges moisson, au lieud' Egeste, indigence et penurie: Epidamne en Dyrrachium, dans Festus; <f 56v> et autres semblables. Je disdonques qu'au premier descouvrement des Indes occidentales pas les Espagnolssous Christophe Coulon Genevois, qui leur fut autheur de ce bien, le premierlieu où ils s'habituerent, ce qu'ils appellent Poblar, ful'Isle appellee de ces sauvages Haithi, dont ils changerent le nom encelui de l'Espagnolle; mais ce fut bien au rebours de peupler; car comme letesmoignent mesmes Pierre Martyr, Gonçalo d'Oviedo, et autres leurspropres historiographes, y aians trouvé à leur arrivee plusde quinze ou seize cens mille ames, ils les traicterent si humainement,qu'en moins de deux ans ils eurent consumé et reduit à rientout ce grand nombre de peuple: Si qu'à bon droict ceste pauvremiserable Isle, l'une des plus belles et plus riches du monde, pouvoit biendire, si elle eust parlé, JE FUS, (fuimus Troes, fuit Ilium etingens;) selon la signification du mot Hebrieu Haiithi; quien l'ancien langage de ce pays là, vault autant à dire, commedur ou aspre, denotant paraventure (selon le proverbe cy dessusallegué) le dur et aspre traictement qu'elle devoit finablementrecevoir de ces conquerans. Ce mot donques d' Aithi, pour reprendre nostrepropos, signifie Je fus; la quatriesme lettre redoublee et conjointeavec un [H] Vau, particule copulative [H] Houe lepresent, Je suis: et la premiere assavoir [H] Aleph, quise met tousjours au commancement de la premiere personne de tous les verbesau futur, Je seray: Si que ce mot de Ehieh, contient en soymystiquement toutes<f 57r> les differences des trois temps du verbe substantif, Jefus, Je suis, Je seray; pour representer la sempiternellestabilité et permanence de Dieu; et par mesme moien le secret de laTrinité. Le nom d' Ehieh au reste est un nom de clemence etmisericorde, comme Iah, et El, approprié au pere,qui ne peult jamais estre autre envers ses enfans, Quomodo misereturpater filiorum, porte le pseaume 103. Au moien dequoy l'escriture enuse ordinairement quand il est question de lui requerir quelque grace, commeés Nombres 12. Moyse voulant obtenir la guerison de sa soeur Mariequi avoit esté frappee de lepre, il fait sa priere à Dieu ences termes, El na rapha la; Dieu de pitié je te supplie gueriscelle-cy. Et pourtant nostre Sauveur en S. Jean 5. dit; Neque enimPater iudicat quemquam. Là ou le nom de [H] Adonai, qui est le dernier des Zephiroths, ainsi qu' Ehieh le premier, esttousjours de rigueur et justice; et Elohim le plus souvent; Scimus quia peccatores Deus non audit, en sainct Jean 9. [H]Iehoua qui est au milieu, attribué à Tiphereth,autrement la ligne moienne, est commun à l'un et à l'autre,tant à la grace qu'à la justice; mais en ce cas il estpunctué comme Elohim: Neaumoins la clemence prevaultà la rigueur en luy, suivant ce qu'il dit, Nolo mortempeccatores, sed magis vt conuertatur et viuat.
II.Mysteres du tetragrammaton Iehoua.
LA SECONDE numeration est [H] Hochma Sapience; et son nom leSacresainct tetragrammaton ineffable [H] ou le [H] Iod seul,lequel envers tous les Cabalistes importe autant que les quatre lettres,tant<f 57v> parce que DIX denoté par le Iod comprend lesquatre premiers nombres reduits ensemble, 1. 2. 3. 4. lesquels font dix, quepource que tous les caracteres Hebraïques sont formez du seul Iod, qui n'est qu'un poinct, dont il n'y a rien de plus simple; et parconsequant de plus à propos pour symboliser à lasimplicité de l'Essence divine. Il a puisapres un petit tirets'abaissant en bas, conforme à la ligne, premiere dimention ésgeometriques; et au binaire, la premiere alterité és nombres,convenante aux anges: ce qui estoit representé en l'arche del'alliance par les deux Cherubins qui la couvroient de leurs esles; commesi cecy nous vouloit denoter l'effluxion qui s'espand de Dieu par les angessur toutes ses autres creatures, plus composees selon les rengsd'aproximation ou eslongnement de la pure et premiere simplicité; etselon l'ordre des Sephiroths, qui sont comme des vestemens, par le moiendesquels nous sommes aucunement approchez de la cognoissance de latressaincte simplicité de Dieu, signifiee par ce quadrilettreineffable [H]; auquel comme en une tresbelle glace bien polie etlustree, resplandist par certain rebattement et reflexion, ceste noblenature Angelique proche ministre de la divinité: Cela est cause quequelquefois le verbe est appellé ange en l'escriture; Vocabiturnomen eius, magni consilij angelus; et en force endroits del'Apocalypse.
Et tout ainsi qu'en un miroüer cave se venans<f 58r> à resserrer les raiz du Soleil, fut-ce en plein coeurd'hyver, qui auparavant espandus n'eschauffoient que bien laschement: et ence racueil ils enflamment les estoffes qu'on leur expose; En semblablel'intellect humain, qui est en lieu du miroüer, venant àracueillir les raiz de la divinité, enflamme son ame conjointeà soy, en l'ardeur d'une charité; suivant ce que le tesmoignele Pymandre d'Hermes. Le binaire donques avecques l'un vient àprocreer le Ternaire: car des lignes puisapres sourd la premiere figureplaine, renclose en soy, qui est le triangle: des triangles le carré:et des carrez, les corps solides; dont les cinq premiers, assavoir lapyramide, le cube, l'octaedre, l'icosaedre, et le dodecaedre, sont tousformez de lignes droictes; et le cercle et globe, des courbes; comme le YOD l'est de deux demycercles accouplez ensemble, avec un petit filament qui ensort, à guise du germe en la semence des Vegetaux, qu'à cestecause il represente, ensemble le monde elementaire où toutes chosesvont par droicte ligne: et des deux hemycicles, l'un le celeste qui tornetousjours circulairement; et l'autre l'intelligible: Lequel germe se bouttedehors encontremont, moiennant la chaleur vivifiante decoullant du ciel,pour la procreation et renouvellement de son espece. Car le propre deschoses haultes, comme sont les raiz du Soleil, de la Lune et des estoilles,dont elle est comme un ventre et matrice, ainsi que la terre l'est desplantes, est tousjours d'influer en bas, sans jamais remonter en<f 58v> haut: Et des basses, telles que sont les flammes de ce feucy inferieur, de tirer droict encontremont: lequel feu de son naturels'eslevant tousjours, tasche de transmuer en soy toutes les choses oùil peut mordre, pour les y ravir et porter; mais la terre, les pierres, lesmetaulx, et telles autres substances qui ne veulent obeïr à sonaction, il les laisse en leur dejection d'excrement aride et privéde la substance nutritive: Comme si ces deux natures cherchoient des'entrerencontrer, et venir audevant l'une de l'autre: dont Dieu est ditdescendre en nous; et nous, d'eslever nostre coeur à luy: Si que leMessihe comme Dieu descendit icy bas pour s'y vestir de nostre chair, A summo caelo egressio eius, pseaume 19. Et comme homme remonta lahault par sa vertu propre; Si videritis filium hominis ascendentem ubierat prius: en S. Jean 6. Ainsi ceste seconde numeration, et son nomattributif, represente le primogenite, et le FILS qui est la Sapience dupere, Per quem fecit et saecula, aux Hebr. 1. laquelle influe parl'ordre des Cherubins au ciel estellé; où il imprime les Ideesde toutes les choses qui se produisent à chaque moment; lesquellesretornent finablement à ce dont elles decoullent, comme les sourcesdes fontaines, et les rivieres qui en procedent s'en vont rendre àla mer dont elles viennent; le corps à la terre, et l'intellectà Dieu, qui nous l'a donné. Au surplus encore qu'il y aitquatre lettres en ce tetragrammaton [H] qui sont toutes voyellesimprononçables ainsi arrengees, il n'y en a neaumoins<f 59r> que trois differentes; lequel nombre de troismultiplié en soy produit neuf, autant qu'il y a de nombres simples,de spheres mobiles, et d'ordres d'Anges; car [H] y est redoublée,dont la premiere des deux qui est dans le mot la seconde, monstrel'interieure production que les Theologiens appellent ad intra, despersonnes divines: et la seconde [H] qui est au dehors à la findu mot, ad extra, la nature des choses, et le monde sensible: oubien la double production des creatures; assavoir des Idees au monde supremeintelligible, qui sont les premieres creées; et des chosesparticulieres formées dessus le moulle et patron des Idées,au celeste et elementaire, tout ainsi que la parole, et l'escriture sur lesinterieures conceptions de l'ame. Les deux [H] representent encore ence sacré nom, la double nature du MESSIHE; assavoir celle qui suitimmediatement apres le [H] Yod, la divine; lequel Yod denote le PERE, car le [H] Vau qui vient apres au troisiesme lieu,est le Symbole du SAINCT ESPRIT; si que ceste [H] est au milieu desdeux: et la derniere, la nature humaine d'iceluy nostre Redempteur. Etderechef, les deux personnes emanantes du PERE designé par le Yod, qui vaut dix, autant que ces deux [H] ensemble, chacun cinq:le premier denotant le FILS, et l'autre le SAINCT ESPRIT, conjoincts par laparticule copulative [H] Vau; lequel vallant six, un assavoiravecques cinq, demonstre l'unité consubstantielle de ces troispersonnes. De ces deux [H] s'ensuit puis apres le secret <f 59v>du grand Jubilé: car multipliez-le l'un par l'autre, ce seront 25.lesquels redoublez selon qu'ils sont deux, produiront cinquante, qui est leSymbole dudit Jubilé. Ce sont les chiffres tant par les lettres quepar les nombres, dont Moyse et les autres prophetes se sont servis pourtraitter occultement les profonds mysteres de la Trinité, et del'incarnation du verbe, de peur que les divulgant trop appertement àdes gens si acariastres et enclins à l'idolatrie, ils n'en fissentmal leur profit. En apres ces trois lettres [H] sont circulairesés nombres qu'elles representent, tant par la ligne droicte, que parle carré, et le cube; car ils se terminent tousjours en eux-mesmes,comme le Yod qui vaut dix, et cela est la ligne extensive, si vousle multipliez par luy-mesme, il produira cent, qui est son carré, etun nombre de dix dixaines: et ces cent derechef encore par luy, ce serontmille ou cent dizaines, qui feront le cube de dix: Et ainsi de dizaine endizaine jusqu'en infiny. De mesme multipliez le cinq par luy, qui estrepresenté par He, ce seront 25. et cinq fois 25. donneront125. le Vau qui vaut six, fera tout de mesme; car 6. fois 6. font36. et six fois trent six 216. par où l'on peut appercevoir que lesnombres denotez par ces trois lettres, dix par Yod, cinq par He, et six par Vau, se rencontrent tousjours à la finde leurs productions; ce qui n'est pas ainsi des autres qui sortenttousjours dehors d'eux: comme 2. fois 2. font quatre, qui n'est plus ledeux; ny deux fois 4. qui sont huict, le 2. ny le 4. deux fois<f 60r> trois font 6. et trois fois trois, 9. et ainsi du reste. Ily a encore d'autres choses à considerer au nombre de six, dont nousparlerons cy apres. Quant aux autres sacrez mysteres de ce tres-sainct nom,qui sont infinis, il ne signifie rien proprement, car il estimprononçable de soy, mais il denote ce qu'en Latin nous dirons tropmieux qu'en François, ENS IPSUM, l'essence subsistante de Dieu;estant composé de [H] Yah Deus, et de [H] Hu ipse, mais renversé; par ce qu'encore que ce mot de Hu s'escrive par trois lettres [H] neaumoins l' aleph ne se prononceaucunement, ains n'est là mis que pour representer le secret de laTRINITE. LA TROISIESME numeration est [H] Binah providence ouintelligence; et son nom [H] Elohim; l'un et l'autre attribuez auSAINCT ESPRIT. Elle influe par l'ordre des thrones en la sphere de Saturne;qui est la cause que les Cabalistes appellent le Saturne supramondain dumonde intelligible, de ce nom Binah, denotant la penitence, et laremission des pechez, qui se faisoit au bout de la multiplication carree duseptenaire icy bas; et le grand Jubilé ou sabbath des sabbats ausiecle futur; dont ils escrivent en ceste sorte; Qui sçaura quec'est du nombre de dix en l'arithmetique formelle, et cognoistra la naturedu premier nombre spherique ou circulaire, entendra quel est le fondementdu grand Jubilé; ne voulans entendra par là, sinon lenombre de cinquante, qui se produit du dix multiplié par le cinq quiest le premier nombre circulaire, representé par la lettre<f 60v> [H] He, comme nous avons dit cy dessus; laquelleavec le Yod qui vaut dix fait [H] Yah. Ce nombre decinquante, resultant du tout qui est dix, et de sa moitié cinq, parleur multiplication carree, represente les 50. portes de l'intelligence,dont les 49. furent revelees à Moyse: une moins puis apres, assavoir48. à Josué: 47. à Salomon; et ainsi des autres; selonque le deduit bien au long Rabbi Moyse Gerundense apres les Talmudistes, auttraité des voeuz, sur ce lieu du pseaume huitiesme. Minuisti eumpaulominus ab angelis; car onques à autre ne peut arriverà la cinquantiesme, que le JUSTE MESSIHE, cest à dire àveoir Dieu en la simple essence de son nom tetragrammaton [H] toutà descouvert, et sans aucun voile ne vestement: de la lumiere duquelvestement, selon Rabbi Eliezer en ses chapitres, fut crée le ciel,ou le monde intelligible, comme l'interprete Rabbi Moyse Egyptien, avec lesautres Cabalistes, en son directeur liv. 2. chap. 27. Et de la nege estantsoubs son throne, la terre ou le monde visible, qui est la troisiesme descinquante portes; et l'intelligible est la second. Le [H] Tohu, Chaos ou matiere informe, que S. Jerosme traduit Inane, et les 72. [G] invisible, est la quatriesme. Le [H] Bohu, le lieu vuide,ou la forme immaterielle qui se devoit produire en estre, de la puissanceoù elle estoit dans le Chaos (c'est la privation d'Aristote) lacinquiesme: et ainsi du reste de reng en reng selon qu'il est contenu aucommencement de Genese. Ces trois premieres numerations jusqu'icy<f 61r> sont signifiees par les trois lettres que le Jesirah appelle les meres, comme nous dirons plus aplain cy apres; assavoir [H]aleph, [H] mem cloz, et [H] schin: aleph denotantle commencement et la divine essence Ehieh, qui est le PERE, etpremiere conception: Mem le FILS et la parole: et Schin L'ESPRIT; lequel Schin en la figure Hebraïque [H] à causede ses trois pointes ou fleurons s'eslevans du dedans d'un demy cercle, estun Symbole de la tres-sainte TRINITE.
Elohim mot attributif du S. Esprit, et de la justice de Dieu.
Mais avant que sortir de ce nom Elohim qui est attribuéen particulier au SAINCT ESPRIT, comme aussi est la lettre [H] He, valant cinq és nombres, autant qu'il y a de lettres en iceluy, lesCabalistes apres Moyse le mettent pour l'ouvrier du monde; et le verbe commepour l'instrument dont le project et dessein du grand Archetype le PEREà sorty effect: au moien dequoy ce mot d' Elohim estrepeté par 32. fois à la creation des choses dedans Genese,avant que de venir à former l'homme; comme le deduict bien au longRabbi Joseph en ses livres des portes de la justice: et ce pour denoter les32. sentiers de la sapience, mentionnez dés l'introite du livre dudit Jezirah ou formation;
32. Semitae sapientiae.
moiennant lesquels (poursuit-il) a esté creé tout le mondepar les Ziruphs ou diverses transpositions des lettres de ce mot Elohim: si qu'en tous les caracteres Hebrieux, il n'y en a pointdont le tetragrammaton ineffable [H] se daigne vestir sinon de ces deux [H] Leb, c'est à dire coeur, dont le Lamed vauttrente, et le Beth deux; en ceste sorte; [H]. Car tout<f 61v> ainsi que le coeur est celuy qui soustient l'esprit de viedans le corps de l'homme, l'esprit de mesme soustient l'ame, et l'ame en sonreng l'intellect. Ausquels 32. sentiers de sapience nostre coeur est aptede monter suivant le pseaume octante quatre, ascensiones in corde suodisposuit; assavoir au ciel, en Amos 9. qui aedificat in caeloascensionem. A propos dequoy, le Rabbi susdict met, qu'Anne mere deSamuël, en l'eslevement et montee de son oraison, alla jusques au lieude la superieure fatalité, d'où depend la grace et octroyd'avoir lignee, de la prolongation de vie, et de l'abondance des vivres, etnon du seul merite des personnes; lesquelles trois choses il faut mendieret obtenir de là hault: parquoy elle prioit sur le nom tetragrammaton [H], et non d' Adonai, Seigneur. Ce nombre de trente deux, au reste estdedié à la justice distributive, pour autant qu'il se peutpartir, comme tous les autres procedans des redoublemens du binaire,tousjours egallement par la moitié, jusqu'à la premiere sourcedes nombres; trente-deux, 16. 8. 4. 2. 1. mais il y a d'autres mysteresà considerer là dessus. En apres le Sacré Quadrilettre [H], ne se trouve point en Genese sinon apres les trente-deux repetitionsd' Elohim, en cest endroict du deuxiesme chapitre, Celles-cysont les generations du ciel et de la terre, quand elles furentcreées au jour que [H] le Seigneur Dieu Jehovah Elohim fit le ciel et la terre. pour demonstrer que le FILS estoit aussiintervenu à la fabrication du monde, en laquelle<f 62r> l'escriture ne les separe point l'un de l'autre; Verbodomini caeli firmati sunt, et spiritu oris eius omnis ornatus eorum, pseaume trente trois. Or que le nom d' Elohim qui est le plurierde [H] Dieu, pour denoter la pluralité des personnes,represente en particulier le SAINCT ESPRIT, nous en avons beaucoup detesmoignages des Cabalistes, qui l'interpretent pour un esprit de nature defeu; au premier de Genese, Et spiritus Elohim ferebatur superaquas, lesquelles eaux il fomentoit par sa chaleur; conformementà Trismegiste dés l'entrée de son Pymandre; Exhumidae autem naturae visceribus syncerus ac leuis ignis euolans, etc.car l'eau represente le verbe et la sapience; Aqua sapientiae salutarispotabit illum, en l'Ecclesiastique 15. Et derechef; apposuit tibiaquam et ignem; c'est à dire la misericorde et justice.
Le double tribunal de Dieu, de clemence et severité.
Et defaict Dieu a double Tribunal, l'un de clemence, et l'autre deseverité et rigueur, à la main gauche au Septentrion,designé par Elohim, principalement avec l'adjectif de [H]gibor, fort et robuste: et l'autre à la main droicte et aumidy, suivant cecy du 3. de Genese, ambulabat leuiter ad meridiem, ne voulant pas punir à toute outrance noz premiers peres; et aupremier des Cantiques, Ubi pascas, ubi cubes in meridie. Cequ'importe le nom de [H] Yah; lequel estant tiré des deuxpremieres lettres du grand nom [H], si vous les defalquez de [H]Elohim, restera [H] Ylem muet:
Exemple des chiffres Hebraïques.
comme si cela vouloit inferer, que si de la justice designee par Elohim, vous en separez le <f 62v> nom de misericorde, ilfaudra qu'elle demeure muette. Mais il semble plustost que ce soit lerebours: car quand un prince se laisse aller par importunité deprieres ou autrement, de remettre à un malfaicteur, ou luy modererla juste punition qu'il a meritée, cela est clorre la bouche àses juges, et les baillonner, qu'ils n'osent y proceder comme ils doivent:là où au contraire il n'y a rien qui les puisse faire parlerplus haut, qu'un universel deniement et refus de toutes ces manieres degraces, pardons, remissions et abolitions abusives, impetreesillegitimement, vrays seminaires et pepinieres de toutes mal-versations etforfaits. Il faut doncques chercher d'autre endroict l'intelligence de cemystere; et presuposer que tout ainsi que le futur qui est le troisiesmetemps, includ les deux autres, assavoir le present, et le passé,combien qu'en la divinité tout ne soit qu'un; Quid est quod fuit? Ipsum quod futurum est. Quid est quod factum est ? ipsum quod faciendumest; en l'Ecclesiaste 1. en semblable le nom d' Elohim assigné au SAINCT ESPRIT, qui est la tierce personne procedant desdeux autres, contient tacitement en soy leurs trois noms; les trois elemens,principes de toutes choses, car l'air n'est reputé que pour une collequi les conglutine et assemble: les trois loix; et les trois differences etmeslemens de la misericorde avec la Justice. Et en premier lieu ce mot de [H] El c'est à dire Dieu, qui sont les deux premiereslettres dudit [H] Elohim, represente le <f 63r> PERE,la terre des vivants, et la loy de nature; contemperé au restede clemence et severité; Je suis le Seigneur ton Dieu, visitantl'iniquité des Peres sur les enfans en la trois et quatriesmegeneration, de ceux qui me haissent; et faisant misericorde àmilliers à ceux qui gardent mes commandemens. Les deux autreslettres puisapres suivantes, qui font Yah par anagramme, lequel estdu tout pitoyable et clement sans aucune adjointe rigueur; car elles sontlà ziruphees, ou renversees l'une devant l'autre, selon lecinquiesme alphabeth, et non sans mystere, denotent le FILS; l'eau; et laloy de grace: Et les cinq caracteres ensemble, par l'adjouxtement du [H]mem final du tout clos, le SAINCT ESPRIT, le feu, et la loy escrite,qui estoit toute de servitude et rigueur; comme aussi est le nom en soy, In dextera illius ignea lex, en Deuteronome 33. Laquelle lettre de mem close, dans le Jezirah est prise pour un symbole desilence. Et pourtant si du nom [H] Elohim, qui includ les troisloix susdites, vous en eclipsez [H] Yah, qui est celle de grace,laquelle s'en est venue finablement à esclorre et emanciper: car detout temps l'Evangile estoit adjoint secretement avecques la loyJudaïque, comme le presupose assez ce lieu cy de l'apostre aux Galates4. Testamentum primum fuit in monte Sina in seruitutem generans, quimons est coniunctus ei quae nunc est Ierusalem, etc. ce qui se doitentendre mystiquement, et non à la lettre, parce qu'il y a plus dedix journees de l'un à l'autre. Ce que non seulement tesmoigne aussiS. <f 63v> Augustin, au quatorziesme de la Trinité, maisElchana mesme l'advouë tres-celebre docteur Hebrieu; Quod lexpraexistebat in verbo Dei antequam daretur; ou si nous le voulonsprendre par le contrepied, la loy estoit comme grosse de l'Evangile, qu'ellea enfanté à certaine periode de temps, auquel parl'incarnation du verbe se sont manifestees les grandes merveilles de Dieu,suivant le pseaume 88. Nunquid cognoscentur in tenebris mirabilia tua? Et au 119. Reuela oculos meos, et considerabo mirabilia de legetua. Si donques du mot Elohim vous venez à distraireces deux lettres [H], c'est à dire la loy de Grace d'avec lanaturelle, et la Mosaïque, il faudra qu'elles demeurent du toutmuettes, comme n'ayans plus de voix en chapitre, estans abolies par laChrestienne, où toutes les religions doivent tendre. Que le SAINCTESPRIT au reste suivant l'attribution de son nom Elohim, soit prispour l'exacte severité de rigueur, selon que mettent les Cabalistes,qui appellent le dur et aspre jugement [H] Din, dont le monde,à ce qu'ils dient est maintenu, c'est à dire que sans cela,qui retient les meschants et pervers en bridde, tout iroit en confusionçen dessus dessous; Le Sauveur mesme semble le monstrer tacitementen S. Marc 3. et S. Luc 12. quand il dit; Omnis qui dicit verbum infilium hominis, remittetur illi: Ei autem qui in Spiritum sanctumblasphemauerit, non remittetur in aeternum. Si que les deux proprietezde ces deux divins noms, ne se <f 64r> sçauroient par aucuneCabale plus apertement demonstrer, que par ces tesmoignages de l'Evangile.AINSI voila les trois superieurs Sephiroths, Cheter, Hochmah, et Binah, ausquels respondent les trois divins noms Ehieh,Jehova, et Elohim, qui sont de toute eternité conjointsinseparablement ensemble, et ne se separeront eternellement nomplus: n'ayantesté possible de tout le temps que le monde a estécrée, qu'Ange quelconque là hault au ciel, Prophete aussi peu,ne Roy en la terre, ait peu arriver de s'y joindre, selon le dessusdit RabbiJoseph Salemitain fils de Carnitol. LA QUATRIESME numeration est [H]Chesed, clemence, bonté, grace, misericorde; et le nom [H]El: laquelle influe par l'ordre des dominations en la spherede Jupiter, les patrons, effigies, et exemplaires de tous les corps. LACINQUIESME [H] Gheburah, pouvoir, force, severité,jugement, et punition des forfaits; qui influe par l'ordre desPotestez en la sphere de Mars, guerres, desolations, pilleries,rançonnemens, et semblables afflictions de peuples: Le nom d'icelleest [H] Elohim. LA SIXIESME, [H] Tipherets, grace,beauté, ornement, et delices, qui influe par l'ordre desVertus en la sphere du Soleil, y eslargissant clairté, lumiereet vie: Et de là vient à produire toutes sortes de miminerauxet metaux, dont l'or est le chef, comme le Soleil qu'il represente, l'estdes corps celestes; <f 64v> le pain, et le vin au genre vegetal; etl'homme sur tous les autres animaux: Le nom qui y assiste est letetragrammaton [H] Eloah. LA SEPTIESME [H] Nezeh, triomphe victoire; et le nom [H] Jehovah Sabaot, le Seigneur desarmees. Elle influe par l'ordre des Principautez en la sphere deVenus, un zele, et amour de justice: et de là s'en vient produire aumonde elementaire les arbres, plantes, herbes, et autres vegetaux. LAHUICTIESME est [H] Hod, loüange, honneur, etformosité, qui influe par l'ordre des Archanges en la Spherede Mercure; et de là vient produire les animaux. Le nom est [H]Elohim Sabaot, le Dieu des exercites, non pour la guerre et larigueur, mais pour la pieté et concorde. LA NEUFIESME [H]Jesod, base, fondement, redemption et repos, qui influe par l'ordredes anges en la sphere de la Lune, une croissance, et descroissance de toutce qui est audessous d'elle. Le nom [H] Elchai, le Dieu vivant,ou [H] Sadai, Tout-puissant; ou plustost qui suffist àsoymesme sans avoir besoin de rien de dehors. Surquoy il fault faire unedistinction, que la Lune, entant qu'elle est le receptacle de toutes lessuperieures influences, respond à la derniere numeration, Malchut, en descendant; et pourtant elle est ditte pour le regard dumonter en hault, la premiere terre des vivants: presuposé que celled'icy bas est des choses mortes, comme estans transitoires et caduques, etle second Tabernacle: mais entant qu'elle est en particulier un Planette,elle reçoit sa <f 65r> force et vertu de ceste numeration de Jehod ou fondement, à qui est annexé le nom Elchai. LA DIXIESME, [H] Malchut, regne et Empire; l'Eglise,et le temple de Dieu; ( Quoniam domini est regnum, au pseaume 22.)et la porte pour y entrer; laquelle influe par l'ordre animastique, ou desames bien-heureuses, és creatures raisonnables, la cognoissance deschoses, le sçavoir, et l'industrie: Le nom divin qui y preside est [H] Adonai, Seigneur. Et à ce propos les Cabalistes entreleurs autres traditions mettent Que, peccatum Adae fuit truncatio regnià caeteris plantis; Quant par sa curiosité il voulutgouster du fruict de science de bien et de mal, contre le commandement deDieu; pour raison dequoy le Malchut ou le regne qui est l'arbre devie, et la derniere influence divine des dix Sephirots, procedans toutesà guise de branches de la racine d' Ehieh ou divine essence,fut par sa prevarication, desmembré des autres plantes, c'està dire ses descendans, de la Justice originelle où il avoitesté formé.
  VOILA les dix Sephirots, ou numerations et mesures tant celebreesdes Cabalistes, avec les noms attributifs y annexez; dont ils tiennent Moyseet les autres Prophetes estre parvenuz à la cognoissance du Merchava; et du Bresit, c'est à dire des divinssecrets, et de la nature; et faict des choses merveilleuses transcendans laportee et creance humaine. A ces Sephirots se raporte la pluralitédes Dieux en Orphee, ou plustost les divers effects procedans<f 65v> du grand Dieu, ainsi que du Soleil font tous ses lumineuxrayons: Plus la chesne d'or au 8. de l'Iliade, par laquelle Jupiter tireà soy toutes les puissances celestes, et quant et quant la terre etla mer, avec toute la machine du monde: La vraye eschelle pareillement deJacob, par où montent nos meditations, nos voeuz, prieres etoffrandes, là hault au throsne divin; Et ce par quatre graduations,assavoir le sens, l'imagination, la fantasie, et l'intelligence; et que secoulent les divines influxions en descendant icy bas par le ciel, commeà travers certains tuyaulx et sorbataines, qui est le vray mariagede luy avec la terre; dont depend toute la magie naturelle des anciensChaldees, et Perses, tresversez et expers en la cognoissance des chosescelestes, et Elementaires;
Magie licite, et illicite.
envers lesquels ce mot de Mage sonnoit le mesme que de Brachmaneou Gymnosophiste aux Indiens; de Prestre aux Egyptiens; de philosophe enversles Grecs; et de [H] Chacam ou prophete aux Hebrieux: Et nompasceste detestable, orde et salle Magie qui a acquis le nom de Nigromance,exterminee à bon droict de l'Eglise, pour estre sans aucun fondementne verité, ains toute abusive, deceptoire, et pleine de blasphemes;comme dependant du premier rebelle de son Createur, ennemy de laverité, et du genre humain, Prince de tenebres, d'erreur et mensonge;par le commerce et alliance que les abandonnez de Dieu contractent avec luy,tels que Balaam en Genese; et Laban peult estre encore, le plus excellent<f 66r> Magicien de tous les orientaux, comme tesmoigne le Zohar;qui adjouxte icelui Laban avoir changé par dix fois à Jacobson loyer selon les convenances qu'ils avoient ensemble, afin d'experimentercontre luy les dix degrez d'enchantemens dont il estoit souverain maistre.Laquelle magie du temps de Moyse, qui alencontre de ces dix especes decharmes, en vertu des dix Sephirots affligea Pharaon et les Egyptiens desdix playes, nonobstant le complot de Ammomino et Amael liguez ensemblecontre luy, estoit en grandissime vogue, et fort familiere aux Indiensorientaux; depuis le Malabar jusqu'à la Chine et Cathay, que RabbiRambam fils de Maimon en tout-plein d'endroits du 3. livre de son directeurappelle les Zabiens, où il allegue d'estranges merveilles de leurssortileges et superstitions: Et est une chose bien à remarquer, quela plus-part de ce qu'il en racompte, s'est trouvé depuis estrepresque du tout conforme aux façons de faire des Indiens occidentauxde la nouvelle Espagne, Castille de l'or, et du Peru; et autres lieux tantde la terre ferme, que des Isles de ce nouveau monde. Tout le fait donquesde la Magie qui est licite (quelques-uns la presuposent estre tacitementtouchee dans les hymnes d'Orphee) est de conjoindre les vertus agentes auxeffects passibles; et aprocher les choses elementaires d'icy bas, auxactions et effects des estoilles et corps celestes, ou plustost desintelligences qui leur assistent, par des materiaux à ce propres etconvenables; avec <f 66v> des paroles, caracteres, suffumigations,et prieres, comme si l'on imprimoit la figure d'un sceau ou cachet en de lacire, ou autre semblable estoffe: le tout accompagné de ce que lesHebrieux appellent [H] Cavanah, forte et eslevee intention, sanslaquelle rien ne se peut bonnement faire; car aprochant fort de l'exstaseou ravissement d'esprit, elle tient le mesme lieu és operationsadmirables, que l'ame fait dans nostre corps, qu'elle vivifie. Il n'y a aureste facultez ne vertus occultes separees seminairement, les unes au ciel,les autres en terre, ainsi qu'est le moulle de la matiere qu'on veultmouller; ou comme nos conceptions interieures à l'endroit des motsou des lettres qui les expriment, que le Mage ne les puisse unir parensemble, et tirer en acte. Neaumoins quelque oeuvre miraculeux qu'on puisseproduire, soit par la voye de la Magie, ou de la Cabale, ny en autre sorte,il en faut referer tout le principal effect au vouloir et puissance de Dieu:Car tout ainsi que l'homme produit naturellement son semblable, qui est sonouvrage, comme la facture du monde celui du souverain Createur, de mesme leMage faict par artifice les siens. Mais comme les choses naturelles soientplus parfaictes que celles de l'art, qui ne fait qu'imiter la nature, selonAristote au 2. des Physiques, Aussi sont les divines plus à estimer,et plus accomplies sans comparaison, que de la nature; ainsi que mesmes letesmoignent les enchanteurs de Pharaon dedans le 8. d'Exode; quand Aaronestendant sa verge vindrent à naistre des moucherons de la poulsiere,car n'en<f 67r> pouvans faire autant par leurs charmes, ils furentcontraints d'advoüer, Digitus Dei hic est: Si que tous lesmots, tous les sacrez noms, caracteres, figures, signacles, et nombresformels, qui ont plus de puissance qu'aucune materielle qualité;avecques leurs accompagnemens de parfuns, luminaires, et semblables chosesexternes, qui les secondent, n'ont en magie ny en Cabale vertu aucune nyefficace; sinon entant qu'elles se conforment à la voix et la mainde Dieu, c'est à dire à la parole et escriture; d'oùvient que les mots estranges qui ne signifient rien envers nous, et lesquelsneantmoins Zoroastre et Orphee defendent de changer en d'autres, mesmementles Hebraïques, qui sont la primitive source de tous les autres,peuvent plus que les paroles signifiantes et intelligibles: Car encore qu'ily ait beaucoup de mots qui nous semblent faits à plaisir, ou àl'adventure, pour ne signifier rien que ce soit en langue quelconque, ilspourroient estre neantmoins tout ainsi qu'une escriture en chiffre, dont nepouvans tirer aucun sens ceux qui n'entendent le secret, les autres qui encognoissent l'artifice sçavent fort bien discerner que cela veutdire: Et le mesme pourroit estre des caracteres, et des paroles, qui estansincogneuës de nous, ne laissent d'avoir quelque signifiance envers lesesprits où elles s'addressent. CECY a esté parcouruincidemment de la magie, par ce que c'est la science du monde celeste, quicomprend en soy les dix cieux ou spheres; qui sont les instruments et moienspar lesquels agist <f 67v> en nous la divinité; assavoir neufmobiles, et le dixiesme ferme et stable, dit d'aucuns le ciel empyree, eten l'escriture le ciel du ciel, en Domini Dei tui caelum est, et caelumcaeli: au Deuteronome 10. et au plurier encore les cieux descieux, qui n'est pas sans mystere; au 3. des Roys, 8. Si enimcaelum, et caeli caelorum te capere non possunt; Et pour raison de laferme stabilité, la terre des vivants; Cùm dedero gloriamin terra viventium, Ezechiel vingt six, en laquelle est plantél'arbre de vie, et le throne de Dieu assis et posé en ceste mer deverre ressemblant au cristal, dont faict mention l'Apocalypse 4. et 15.
Les dix predicaments se rapportent aux dix Sephirots.
A ces numerations et mesures encore des Sephirots, limitez au nombrede dix, qui est la fin de tous les nombres, et par consequent la mesure detoutes mesures, on approprie les dix categories ou predicaments dedialectique, qui comprennent toutes les circonstances des choses; assavoirl'essence ou substance; la qualité, quantité, relation; quand,qui denote le temps; ou, le lieu; la situation ou assiette, l'habitude,l'agent, et le patient. Puis il y a cinq predicables; le genre, l'espece,la difference, le propre, et l'accident: Lesquels deux font quinze, autantque denotent les deux lettres de ce nom [H] Jah; dont le Jod qui vaut dix, represente les dix predicaments; et He, cinq, autant de predicables;
Rapport des dix commandemens, aux dix Sephirots.
par ce que toutes choses ont esté faictes en la vertu de cesainct nom. A ces dix Sephirots outreplus, et aux dix spheres, respondentles dix commandemens de la loy, selon Abraham Aben Ezra en son commentaire<f 68r> d'iceux; dont le premier, qui monstre la tressimpleunité du PERE, et qui est comme la base et fondement du Tout, Jesuis le Seigneur ton Dieu qui t'ay retiré hors d'Egypte, de la maisonde servitude; TU N'AURAS AUTRE DIEU QUE MOY; se rapporte à ladixiesme Sphere immobile, comme soustenant le throne de Dieu, Caelumsedes mea est; et terra scabellum pedum meorum, en Isaie 66. qui delà meut le premier mobile, et consequemment tout le reste; gaudent omnes mouente patre, dit S. Denis en ses hierarchies, parlantdes intelligences, qui estans meuës meuvent les Spheres et les corpscelestes où elles president; Si qu'Hermes diffinist Dieu estre uncercle dont le centre est par tout, et la circonference nulle part: Ce quiest tout apertement representé par ces deux notes de chiffre 10.faisans dix, dont la premiere qui vaut un, est comme un point indivisibleou le centre qui est par tout, car il n'y a nombre où l'uniténe se puisse trouver, d'autant qu'ils partent tous d'elle, et ne sont autrechose qu'un amoncellement d'unitez enfilees les unes aux autres, et le0 ou zero, qui est rond en façon de circonference, est dictcomme n'estre en aucun lieu, par ce que de soy il ne fait rien, parquoy ilse rapporte à l' Ensoph, non finy, ou infiny. LE SECONDprecepte; Tu ne feras aucune representation ny semblance, de tout ce quiest és cieux en hault, ou en bas en la terre, ny en l'eau, pour lesadorer, convient à la 9. sphere, et premier mobile, qui meut etravist avec soy toutes les autres subjacentes en 24. heures; et au FILS, qui<f 68v> est le premier mouvement de toutes choses, procedant du PEREimmobile: et à ce propose Boëce fort elegamment,
  Terrarum caelique Sator, qui tempus ab aeuo
  Ire iubes; stabilísque manens das cuncta moueri:
Lequel FILS a banny et extirpé toutes les idolatries du monde,là ou son Evangile est annoncé. LE TROISIESME, Tu neprendras point le nom du Seigneur ton Dieu en vain, car le Seigneur netiendra pour innocent celuy qui le prendra en vain, à lahuitiesme sphere, où sont toutes les estoilles fixes, le Zodiaqueavec les 12. signes, et les 48. principaux astres figurez comme on les voiten Hyginius, et plusieurs autres astrologues. Et ne faut pas estimer que cesoit chose faite à plaisir que de ces images celestes, formees deplusieurs estoilles de la sorte qu'on les represente, car plusieursexcellens hommes jadis Chaldees, Indiens et Egyptiens les ont observeesestre telles, par le moien de certains instruments appropriez à cela:ce qu'ils ont peu faire, et les discerner mieux et plus distinctement quenous, à cause des grandes plaines de ces quartiers là, et dela continuelle serenité du ciel qui y regne. Au surplus pour ce queles principales vertus celestes consistent en ceste 8. sphere; et que le S.Esprit est dispensateur de toutes vertus, on la luy attribue pour cestecause, estant la 3. en ordre, comme il est la tierce personne de laTRINITÉ: Joint que prendre le nom de Dieu en vain, et en abuser, estcomme un peché particulierement contre le S. ESPRIT, ainsi que se<f 69r> parjurer est pecher contra sa propre conscience, qui luiSymbosile; ce qui n'est pardonné en ce siecle icy, ny en l'autre; Non peierabis in nomine meo, nec pollues nomen Dei tui. Levit. 19. LEQUATRIESME; Souvienne toi de sanctifier le jour du Sabbat, àla Sphere de Saturne, lequel est un infauste, malin et nuisible planete;Dont Moyse jugeoit ne se devoir rien entreprendre ne faire ce jourlà, ains demeurer du tout en repos, et vacquer au service divin; parce qu'il preside à la premiere heure du Samedy, qui commance au soirà la nuit; comme fait Mars à la derniere, qui est pernicieuxaussi de sa part; et cela ne se rencontre en pas une des autres journees:pour raison dequoy le Zohar et autres Cabalistes alleguent, que les mauvaisesprits ont plus de puissance de nuire à toutes les quatriesmes etseptiesmes nuicts, ausquelles ces deux planetes president, qu'en autre tempsde la sepmaine. LE CINQUIESME, Honore ton pere et ta mere; à finque tes jours te soient prolongez sur la terre; à la Sphere deJuppiter qui est benevole, et represente la paix, amour, pieté etclemence; comme faict aussi la Sphere ou numeration de Chesed, etle nom divin El, lequel luy est attribué. LE VI. Tu netueras point, à Mars, qui preside aux guerres, meurtres, effusionde sang, pilleries et autres telles violences. LE VII. Tu ne commettrasadultere, à Venus; suivant l'opinion des Brachmanes etGymnosophistes; ensemble des autres philosophes de l'Inde, qui la mettentau dessus du Soleil, combien que <f 69v> la plus commune opinion,au dessous; et pour ce qu'elle respond à la numeration Nezach ou victoire, cela nous admoneste, que nou-nous devons efforcer de vaincrenoz illicites concupiscences. LE VIII. Tu ne desroberas point; auSoleil, lequel ravist, substrait, et desrobe à toutes les estoillesleur clarté, et lumiere, qu'il esteint et offusque. LE IX. Tu neporteras aucun faux tesmoignage contre ton prochain, à Mercureauquel on attribue la langue, si qu'en ses sacrifices les Payens luyoffroient ceste partie des victimes; et est au reste patron de toutetricherie, barat, deception et fraude. Et LE X. Tu ne convoiteras pointla femme de ton prochain, ny sa maison, son serf, son boeuf, ny autre chosede sa substance, à la Lune, la plus basse de tous les corpscelestes, ainsi que la convoitise est la plus infime et abjecte passion denostre ame.
  CES DIX Sephirots ou mesures, sont outre-plus des Cabalistesappellees de ce nom Belimah, c'est à dire sans aucuneaddition, telles que sont les nombres, tressimples de soy, et premiereorigine de toute apprehension et demonstration. Car tout ainsi que lescaracteres comme plus composez et materiels conviennent à la Magie,qui est une moienne operation entre les choses celestes et les terrestres,que la Chimie prend pour son subjet en ses artifices, dont le feu en estl'instrument, ainsi que la chaleur du ciel, du Soleil, et des astres qui sevient empraindre icy bas, l'est de la nature; {natuture} Sublato enimcalore nullus omnino fit motus, dict le philosophe Alphide; les nombresaussi sont plus propres <f 70r> à la Cabale, comme estans unaccess et passage des choses celestes aux intelligibles. Et quant auxlettres, elles tiennent un moien lieu entre les nombres et les figures: Apropos dequoy ce mot de [H] Belimah signifie encoretaciturnité ou silence, pour monstrer que les choses divines, sepeuvent plustost et plus commodément atteindre par une profondemeditation de pensee recueillie en soy, que par un gazouillement deSophistes: et pourtant la philosophie Pythagoricienne, plus spirituelle quenulle autre de tous les Gentils, estoit fondee là dessus. Mais pourdire quelque chose encore des Sephirots, qui soit plus approchant etconforme à l'escriture, et mesme aux chiffres, ils sont representezpar les trois lettres appellees meres dans le livr. de Jezirah, lesquelles symbolisent aux 3. Elemens; et par les sept doubles, qui denotentles 7. Planetes; à qui les douze simples qui restent representans les12. signes du Zodiaque servent de domiciles, pour parfaire le nombre de 22:et ce à l'exemple que chaque cercle en sa circonference contient 22.septiesmes de son diametre: de maniere que tout ainsi que des divers aspectsdes 7. planetes en ces 12. signes, là où ils joüent commeaux barres, viennent à se produire dans les 4. Elemens où ilss'espandent, tous les corps en semblable des caracteres de l'escriture quileur symbolisent se forment les noms de toutes choses qui en sont composees.Toutes lesquelles considerations ne tendent point à autre but que denous aprocher de la divinité; et elle reciproquement de nous, parl'intellect qu'il luy a pleu nous eslargir, <f 70v> qui nous joinctà elle, moyennant ses emanations, que les Cabalistes appellentvehicules et vestemens: car selon leurs traditions, Nulle chosespirituelle descendant en bas, n'opere sans quelque voile et couverture;selon que l'experience nous monstre, ne pouvoir si bien endurerl'esbloissement des raiz du Soleil à veuë immediate toutà descouvert, que quand ils viennent à estre rabbatuz parl'interposition de quelque crespe ou estamine, qui amortist aucunement etrebouche leur par trop penetrante lueur: Et de ceste sorte se monstra Moyseaux enfans d'Israël, au retour de sa conference avec Dieu; lequel luyavoit empraint une clarté si estincellante en la face, qu'ils ne lapouvoient supporter. Ces numerations derechef sont accomparees par euxà un arbre renversé le pied contre-mont: et de faict l'hommequi est façonné à la ressenblance de Dieu, est dictmesmement d'Aristote estre un arbre retourné c'en dessus dessous: cequi se conforme aux dessusdictes traditions; Plantatus est homo in hortovoluptatis per radices capillorum; de quibus dicitur in Canticis 7. Comaecapitis tui sicut purpura regis iuncta canalibus; A sçavoir cesinfluxions d'enhaut, procedans de la vive source de la divine Existance,dont la racine, qui est EHIEH, est attachee au monde intelligible, lavraye terre des vivants; ( Radicem tuam euellet de terra viuentium, pseaume 52.) et la tige est le sacré-sainct Tetragrammaton ineffable [H], origine de toutes choses; avec ses principales branches, qui sontles noms divins dessusdits; <f 71r> lesquels, à guise desrameaux qui poulsent encore hors de soy des drageons, syons, rejectons pourservir de greffes, produisent plusieurs surnoms et soussurnoms; de maniereque toute la loy vient à estre comme entee sur le seul Tetragrammaton Jehova, de la mesme sorte, que la clause complecte d'une escritureconsiste des mots; les mots des syllabes; les syllabes des lettres; ettoutes les lettre du Jod, qui est le commancement du nom ineffable,auquel encore il equipolle:
Le grand respect du peuple Judaique, envers le saint nom Jehova, figure de celui de JESUS.
Car il est mis aussi pour le mot entier; tenu en tel respect anciennement,et honneur des Israëlites, qu'il n'y avoit que le grand Pontife toutseul, qui le portoit gravé en une lame d'or appellee des Hebrieux [H] Tzitz Zahab, dessus le devant de sa mitre, à qui il futloisible de l'exprimer par ses caracteres; et encore une fois seulement enl'annee, le 10. jour de la Lune du mois de Tizri qui respondà nostre Septembre, appellé Jom Hachepurim, le jourde remission, auquel se celebroit la grande propiciation et absoultegenerale de tout le peuple Judaïque; le proferant tout au profond duSainctuaire à par-soy, par une secrete tradition et Cabale reveleede Dieu à Moyse, et de luy à Aaron, tout d'une autre sorte quene sonne la suitte et disposition de ses caracteres. Et comme le tesmoigneRabbi Joseph en ses portes de la lumiere, les anciens Juifs reputoient pourun article de foy infallible, que quiconque le profereroit par ses propreslettres, sans une bien urgente necessité, n'auroit point de part ausiecle advenir; <f 71v> parce qu'il n'est communicable qu'auCreateur tant seulement; et n'y a rien en icelui qui soit commun entre Dieuet ses creatures, comme il y a en ceux de [H] Tzadik Juste [H]Daiian Juge; [H] Hannun gracieux, pitoiable, et autressemblables; d'autant qu'il represente l'Estre de Dieu incomprehensibleà elles toutes, et la substance, avecques ses proprietezintrinseques; et sa quiddité, par une ostention manifestetres-accomplie; sans aucune equivocation ne meslange, ny respect quelconqueou relation audehors: Tous les autres noms estans derivez des operationsdivines fors cestui-cy; qui pour ce regard est appellé le grand nom; Quid facies magno nomini tuo ? Josue 7. Lequel ne signifie pointpar effects, ains par une pure existence; dont il est tresredoutable ethorrible, suivant le 98. pseaume; Confiteantur nomini tuo magno, quoniamterribile et sanctum est: Et en la 2. à Timothee 2. Discedatab iniquitate omnis qui inuocat nomen Domini. Aussi est-il escrit, maisil ne se lit pas selon l'ordre et suitte de ses caracteres; car il estnommément prohibé en Exode 20. de prendre le nom de Dieu envain; ce que les Rabbins interpretent, de le preferer des levrestemerairement et sans occasion;
Dieu ne veut estre importuné temerairement.
et les Gentils mesmes se conformans en cecy aux traditionsHebraïques, advoüent qu'on ne doit point importuner ladivinité hors de saison, et abuser de sa grace et bontétemerairement et à toutes heurtes. C'est pourquoi l'Eglise nous aprefix certains jours et heures pour les <f 72r> prieres plusparticulierement en un temps qu'en autre, selon le pseaume 55. Vespere,et mane, et meridie precabor; si lon ne vouloit entendre par ces troisstations la journee entiere qu'elles comprennent; comme une chosetressalutaire de prier Dieu incessamment, et à tous propos leloüer et remercier de ses graces et beneficences; Benedicam dominumin omni tempore; semper laus eius in ore meo; au 34. Car quant àce que le Zohar met sur cecy du 119. Media nocte surgebam ad confitendumtibi, sent un peu sa superstition Rabinique; que c'est pourcequ'à la minuict commance la troisiesme veille ou garde nocturne, quiselon les Cabalistes est la plus gracieuse et passible, Ad vesperumdemorabitur fletus, et ad matutinum laetitia, pseaume 30. d'autant quelors finent les courses et ravagemens des malins et nuisibles esprits desTenebres; à quoy ils appliquent ce lieu du 91. Non timebisà timore nocturno; à peste per ambulante in tenebris, etc. Et ces trois versets du 104. Posuisti tenebras: Catuli leonum:Ortus est sol: Car lors commance à remonter le Soleil en nostrehemisphere, qui estoit allé jusqu'au bas: aumoien dequoy le sacrificematutinal se peut dire agreable à Dieu sur tout autre, selon Job au38. Cùm me laudarent astra matutina, et iubilarent onmes filiiDei; Ce qu'ils interpretent pour les Anges, et ames bien-heureuses: Etde là peult estre venue l'institution de nos matines, pour la plusgrand-part à minuict; et le service du matin avant midy. Mais plusencore est fantastique, ce que poursuit le mesme Zohar là dessus;<f 72v> si daventure on ne veult dire que c'est par allegorie qu'ilparle, comme est ordinairement la coustume des Cabalistes; Qu'àla minuict Dieu entre au Paradis de delices et recreation, pour s'y resjoiravec les justes ses favorits. Mais pour reprendre nostre propos durespect qu'on portoit en l'ancienne loy à ce grand nom de Dieu [H]Jehova, qui est le propre du MESSIHE et du Verbe, Iuraui innomine meo magno ait dominus, quia nequaquam ultra vocabitur ex ore omnisviri Iudaei dicentis, Viuit dominus Deus in omni terra Aegypti; Jeremie44. Qui est l'un des plus pregnans tesmoignages de l'abolition de la loyJudaïque: et en Tobie 13. Nomen enim magnum inuocabunt in te: ce respect donques estoit si grand, que Rabbi Henina fils de Tradion, selonqu'il est racompté és portes de la lumiere, nonobstant quefort excellent et devot personnage, pour avoir voulu exprimer cesacré Tetragrammaton par ses caracteres, non ja pour le prophaner,ains pour s'exerciter seulement à la meditation et cognoissance dessaincts mysteres, ne peut neaumoins eviter la punition de ce delict.L'exprimer au reste par ses caracteres, cela s'entend selon qu'il estoitineffable; pourautant que ce sont toutes voyelles, si qu'on ne pouvoitbonnement discerner quelle en devoit estre la prolation, attendu que lespoincts et accents qui peuvent redresser tout cela n'y estoient pas encoreadjouxtez; les uns le prononçans JAHVE, qui sonneroit presque Dieuavec la nature humaine, à cause que JAH signifie Dieu, et mesme demisericorde, <f 73r> le Vau puisapres est une particulecopulative; et le second He qui est à la fin, denote lanature humaine du CHRIST: les autres le proferent et transcrivent Jova, induëment ce neaumoins, parce qu'il fault plustost dire Jehova; les autres Jeve. Mais par tout où il serencontre en l'escriture, ils souloient lire Adonai Seigneur, commeestant ce mot là un acces et entree pour parvenir au nom ineffable:Et pourtant és dix Sephirots Adonai est mis le premierd'embas, comme le premier eschellon pour monter jusqu'à Ehieh; et le dixiesme en descendant. Car il y a trois noms quis'entreregardent, dont le premier est icelui Adonai, au bas, quiest la cime de l'arbre renversé: au milieu ou en la tige est letetragrammaton ineffable [H]: et au hault en la racine, Ehieh. Tout le Thorah donques, assavoir la loy contenue és cinqlivres de Moyse, n'est autre chose que ce Quadrilettre ineffable estendu endivers noms, surnoms, soussurnoms, ou effects, à guise des brancheset rameaux d'un arbre, qui toutes procedent, et sont nourries, vivifiees,entretenues, et renouvellees de leur tige; et la tige de sa racine: lequelnom est celui que Dieu en Exode 6. dit n'avoir manifesté àAbraham, Isaac, ne Jacob; l'ayant selon les Cabalistes reservéjusqu'au temps de Moyse, afin de prosterner par luy le pouvoir du faulx Jova ou Jupiter Ammonien, qu'ils appellent Ammomino protecteuret patron tutelaire des Egyptiens; et reveré d'eux en ressemblanced'un Bellier; parce que c'est le premier <f 73v> signe du Zodiaque,à qui l'Egypte correspond icy bas selon leurs traditions; laquellele Zohar dit denoter en l'escriture tousjours quelque chose de sinistre etpernicieux, comme adversaire directement du peuple de Dieu; ainsi que leMammon ou Ammon superintendant de la pecune, et quant et quant de l'avariceen S. Luc 16. l'est de JESUS CHRIST:
La puissance d'Egypte ou du diable, renversee en vertu du nom Jehova.
Au moien dequoy l'Egypte est appellee [H] Mizraim, comme quidiroit angusties et oppressions. En vertu donques du nom [H], Moyseprosterna dutout cest Ammomino, assisté de son frere germain Amael, avec leurs six cens coadjuteurs d'esprits immondes, familiersausdits Egyptiens, et designez dans le Zohar par les six cens chariots armezen guerre, que prend Pharaon en Exode 14. pour aller apres lesIsraëlites. Car selon la secrete theologie, qui le collige de cestesorte de plusieurs lieux de l'escriture, Nul ne peult estre surmontéicy bas, comme le remarque Rabbi Joseph ben Carnitol au livre des portes dela Justice, sur ce passage, In die illa animaduertet dominus Jehova in omnem exercitum excelsum in excelso; et in Reges terrae in terra, que l'intelligence qui luy assiste d'enhault ne le soit avant, et distraictede sa protection;
Homere au 20. de l'Iliade, du combat des dieux devant Troye.
comme il se voit au 28. d'Ezechiel, où Dieu se deliberant dedestruire la ville de Tyr, en retire premierement le Cherub; Et en Daniel10. de ce Prince du Royaume des Perses, assavoir leur genie et patron, quiresista à l'Ange Gabriel par 21. jours, jusqu'à ce que Michelluy fut arrivé de renfort; <f 74r> car ces bien-heureuxesprits administratoires nous assistent, gouvernent, instruisent, poulsent,retirent et guiddent, tout ainsi que fait l'homme aprenant un cheval, unchien, un oiseau; Tesmoin ce qui s'allegue du demon Socratique; et ce quiest dit en Job trente huit, Num nosti leges caeli, et pones rationenillius in terra ? A l'exemple dequoy les Romains, selon que le recitePline livre 28. chapitre 2. apres Verrius Flaccus, és sieges desvilles avoient de coustume, premier que d'entrer en aucun effort, de faireevoquer par leurs prestres le Dieu protecteur du lieu, luy promettant deplus amples honneurs à Rome; comme faict Furius Camillus à ladeesse Junon en la prise de Veies dans le 5. de Tite Live: Et pour cesteoccasion, de peur qu'on ne leur fist de mesme, ils tenoient le vray nom deleur ville secret; si que Soranus pour l'avoir osé divulguer, mourutsur le champ, ainsi que le tesmoigne Plutarque en la 61. question Romaine.Mais le plus grand fait, et le plus excellent de tous les prodiges de Moyse,fut quand il estendit le quadrilettre [H], à luy revelépour renverser la puissance assistante d'Egypte, le faulx JovaAmmomino, en trois fois septante deux lettre, qui font le nombre dedeux cents seize, autant que monte le Cube du Six representé par le [H] Vau, qui est le caractere particulier du Jehova, etd' Ochmah, le verbe et la Sapience du PERE: Car 6. fois 6. font 36.le carré; et 6. fois 36. 216. le Cube: Si que tout le Thorah<f 74v> ou loy Mosaïque, contenant selon la curieusesuppuration des Cabalistes autant de lettres que sortirent d'ames d'Egypte,assavoir deux millions, compris les vieillards, les femmes, et les enfans,n'est autre chose que ce grand nom Schemhammaphoras ou expositif,estendu des 72. lettres en trois fois autant; Et de là encore enplusieurs autres noms et surnoms subalternes, qui expriment l'Estre, et leseffects du souverain Dieu, entant que l'esprit humain est capable de lescomprendre. CES 216. lettres ausurplus sont tirees de trois textes duditquatorziesme d'Exode: Le premier, en l'article dix neuf; Et l'ange deDieu ( Elohim) qui alloit devant le camp d'Israël, sedesplaçant de là, se mis à leur queuë; ensemblela colonne de nuage qui se partit du front de l'armee, pour se mettreà leur dos. Le second: Et se vint cest ange poser entre lecamp des Egyptiens, et celui des Israëlites; qui fut esclairétout du long de la nuict; et celui-là offusqué de broulhas etobscurité: durant laquelle ils ne s'entr'aprocherent point les unsdes autres. Le troisiesme, Et comme Moyse eust estendu sa main versla mer, Dieu en retira par un impetueux vent de Siroc les eaux toute nuict,et la mit à sec; en sorte qu'elles demeurerent separees àguise d'une chaussee des deux costez, tant à dextre comme àsenestre. Chacun desquels Pasukim textes ou versets contient72. lettres en l'Hebrieu, si qu'elles viennent à establir autant denoms explicatifs d'iceluy Tetragrammaton [H] , chacun de trois lettres:et ce en dix manieres differentes, selon autant <f 75r> de Zyruphs ou de variees commutations des lettres les unes ésautres. Laquelle extention de ces quatre lettres en septante deux, lesCabalistes colligent par la voye arithmeticale de leur Ghematrie en cestefaçon. Le Jod en premier lieu vaut dix, He, cing, Vau six, et He derechef cinq, lesquels assemblez feroient26. Mais à les prendre par une reiteration d'assemblemens, en lesreadjoustant les uns aux autres, arriverent precisement à 72.
Exemple de l'art calculatoire des Hebrieux.
Car Jod valant dix, mis avec He fera 15. Jod he, et vau, 21. Et finablement les quatre ensemble, 26. Assemblez ces quatrenombres, 10. 15. 21. et 26. ce seront 72. et telle est l'art calculatoireen leurs chiffres, comme nous le monstrerons cy apres. Ceste extention ausurplus se rapporte à ce qui est dit au 5. du Deuteronome;Souvienne-toy que tu as esté esclave en Egypte; et que le Seigneurton Dieu t'en a retiré à main forte, et bras estendu: cequi est repeté par Jeremie és mesmes mots au 27. et 32. Carle bras estant mis pour le Jehova, selon que l'allegue S. Jean 12.du 53. d'Isaie; Le bras du Seigneur a qui à il estérevelé; en vertu de ce nom et de ses dependances et appartenances,Moyse prosterna de sorte toutes les puissances d'Egypte, avecques leursfacultez et moiens, qu'elne se peurent onques pui relever; non tantseulement les six cens chariots dessusdits, ains par mesme moien les 72.potentats, et langages representez au bord de la robbe du grand Pontife, parautant de Grenades et de cymbales, esquels s'estoient divisees<f 75v> toutes les nations de la terre en la confusion Babylonienne:et à chacun d'eux, comme l'allegue Rabbi Joseph fils de Carnitolés portes de la justice, où ils les appelle le mystere desescorces exterieures du prepuce, qui environnent tout ainsi qu'une couronnele throne de la gloire de Dieu, avoit esté assignée sa partet portion de la terre; mais Israël fut choisi de luy pour son peupleparticulier, separé des autres, avec le langage Hebraïque, commepour sa favorite demeure: et de là depend l'un des principaux secretsde la circoncision, et revelation de la glande. Les Cabalistes appellent cesforces et vertus Egyptiennes, celles de la couppe inferieure; selon qu'enl'Apocalypse 17. il est faict mention d'une femme toute accoustree depourpre et d'escarlate; et parée d'orfaiverie, de pierres precieuseset de perles; tenant au poingt une couppe d'or pleine d'abominations etd'ordures de sa paillardise: et en son front cecy escrit; MYSTERE, LAGRANDE BABYLONE MERE DES LUBRICITEZ ET ABOMINATIONS DE LA TERRE. Lerenversement desquelles puissances, ou mauvais demons presidans aux peuplesidolatres esbauché par Moyse, comme figure de JESUS-CHRIST, fut detous points accomply de luy; Maintenant le prince du monde serajetté hors; en S. Jean 12. et assez appertement en l'Apostreencore, aux Coloss. 2. Despouillant les principautez et lespotentats. et la 1. aux Corint. 15. Cùm euacuauerit omnemprincipatum, et potestatem, et virtutem. Surquoy vient à noterun fort beau mystere; <f 76r> Que par cinquante fois se trouve estreen l'escriture reiterée ceste delivrance et issuë d'Egypte, etnon moins ny plus aussi, pour denoter le grand Jubilé de nostreredemption, et eslargissement de la servitude du diable: car comme il aesté dit cy devant au fueil. 60. il n'y a eu que le seul MESSIHE quisoit entré en la cinquantiesme et derniere porte de l'intelligence,comble de la parfaite beatitude, qui est la fin du Binah, etcommencement du Chocmah, assavoir la sapience et le Verbe; lequelpar sa mort et passion nous à ouvert ceste porte du grandJubilé de planiere remission de salut, et parfaictement delivrez del'Egypte ou captivité de Sathan: ce qui ne fut pas octroyéà Moyse, qui ne passa que jusqu'à la 49. porte; ce nombrenaissant de la multiplication carrée des 7. inferieurs Sephirots: Et pourtant personne ne peut estre sauvé par la loy, comme letesmoigne l'Apostre aux Rom. 3. et Galat. 2. plus au 13. des Actes; nonpotuistis in lege Moysi iustificari; ains en JESUS-CHRIST: aussi nepromet il aux Israëlites, et mesme en Deuteronome 28. que toutebeatitude et felicité temporelle: et si ne luy fut pas octroyéde les introduire en la terre de promission, qui estoit le type et figurede la gloire de Paradis; cela estant reservé au mediateur Dieu ethomme, dont il est dit en Isaie 61. Spiritus domini super me, eoquòd unxerit me ut praedicarem captiuis indulgentiam, clausisapertionem, et annum placabilem domino, etc. Parquoy il envoya leSAINCT ESPRIT au 50. jour, ouquel nous fut ouverte de tous <f 76v>points la porte du ciel, c'est à dire la remission de nos pechez:comme il est dit en S. Jean 20. Accipite Spiritum sanctum; quorumremiseritis peccata; remittuntur eis, etc. CES TANT belles donquesinquisitions et recherches Cabalistiques des plus profonds mysteres de ladivinité, au monde intelligible, dont depend à guise de deuxclairs ruisseaux procedans d'une vive eternelle source, tout ce que l'esprithumain peut atteindre de cognoissance des admirables effects de la natureet de l'art, au monde sensible; car il y a une telle analogie et relationde Dieu avecques ses ouvrages, qu'ils ne se peuvent bien comprendre sinonreciproquement l'un par l'autre, nous invitent assez d'y appliquer nostreentendement; attendu mesme que de là sourd l'une des plus secreteset ingenieuses modes de chiffre; lequel consiste de caracteres tous egaux,sans aucune difference de forme, quantité, ny couleur; tels quepourroient estre un ciel tout parsemé d'estoilles, un arbre revestude ses fueilles, une mer agitee de vagues, des points et lignes toutessemblables; et en somme tout ce que la nature produit de perceptibleà noz yeux, ou que nous pouvons imaginer en nostre pensee, comme nousle monstrerons cy apres en tres-claire practique et usage: Si que tout cestunivers semble un livre, ouquel soient escrites les merveilles du Createur,qui anoncent incessamment ses louanges, à ceux au moins qui ysçavent lire. Car c'est un chiffre et fort occult pour la plus part,qui ne contemplent les corps celestes <f 77r> d'autres manierequ'ils feroient un grand nombre de lampes ardentes dans une synagogueJudaïque, ou Mosquee de Mahometistes; ou bien selon le philosopheXenophanes, autant de gros charbons allumez de nuict, et esteints sur jour;sans passer plus outre à leur ordre, assiette et disposition, (jelaisse à part les intelligences qui invisiblement leur assistent, etme retiens à ce qui se peut appercevoir par le sens) dont dependtoute l'efficace en ce cas: ce que la Ghematrie des Hebrieux nous descouvre,source de tous les chiffres et secretes manieres d'escrire de quoi l'ondoive faire compte; et nous introduit par la vraye Arithmetique etGeometrie, que Pythagore appelle les convenances et proportions, envers luyles principes de toutes choses, à infinies revelations de secrets destrois sciences non vulgaires, attribuees comme ja a esté dict auxtrois mondes. Car tout ainsi qu'en un beau palais, où il y eust enpremier lieu au plus bas estage une grande quantité d'ustancilles etmeubles exquis; comme de mesnage de bois, linge, tapisseries, et autrestelle commoditez pour la vie humaine: puis au dessus dedans quelqueGarderobbe secrette, force buffets de vaisselle d'or et d'argent, vases etcouppes: et au plus haut un cabinet de pierreries; de ces trois pieceslà bacclees de forts cadenats et serrures, il faudroit en avoir lesclefs, pour considerer à l'oeil ce que c'est: le semblable est-il destrois mondes, dont les trois sciences occultes sont les vrayes clefs, quiseules nous peuvent<f 77v> defermer les secrets thresors qui y sont, comme il est dicten Isaie vingt-neuf, La vision de toutes ces choses vous sera comme d'unlivre cacheté, lequel estant presenté à un quisçait les lettres pour y lire, il respondra qu'il ne peut àcause qu'il est fermé; et autant en dira l'ignorant. Mais de lapropre sorte que d'un mesme gazon ou motte de terre se produisent de bonnesherbes salutaires pour le corps humain, avec des venimeuses et nuisiblesparmy: de la mesme rousee empreinte és fleurs, l'Abeille succe etelaboure sa gracieuse liqueur de miel; et l'araignée tout au reboursun mortel poison pestifere: et d'un mesme texte de l'escriture le fidele etobeissant fils de l'Eglise Catholique tire le vray sens propre à sonsalut; et le contumace heretique une faulse et erronée intelligencequi la meine à perdition; aussi n'ont jamais manqué nullepart, ny en aucune profession et doctrine des cerveaux devoyez hors dudroict chemin, qui ont perverty toutes ces belles cognoissances à devains abuz, à des curiositez illicites, et impies superstitions; lesuns soubs la couverture et nom de Cabale; les autres sous le tiltre etqualité de magie; science, autre-fois si honoree, que Platon dans leCharmide l'appelle la vraye medecine de l'ame, qui s'aquiert de làune parfaicte tranquillité; et le corps une bonne habitude: et aupremier Alcibiade, il met qu'elle se souloit enseigner aux enfans des grandsRois de Perse, par leurs Theologiens et philosophes appelles <f 78r>Mages; à fin de leur apprendre à former leur dominationtemporelle, sur le patron de l'ordre et police de l'univers. Et les autresfinablement descrié toute la troisiesme dicte Chimie, sous desamorces, et faulx apasts d'une montjoye de richesses nées àun instant, par d'imaginaires transmutations metaliques, à quoy cesbons personnages, qui y ont si soigneusement employé leur estuden'aspirerent onques: trop bien ont ils cherché par là quelquesremedes plus souverains que les vulgaires, encontre les accidents ausquelsl'imbecillité de la chair nous soubsmet: Et voulu sonder par mesmemoien les metaux, la plus belle, permanent et admirable substance que lanature produise point: car oultre la diversité d'ornemens provenantd'eux, dont la personne se peut es-jouir et parer: outre tant de commoditezque la vie humaine en reçoit, en l'agriculture, au navigage, et entoutes sortes d'arts et mestiers, qui sans cela demourroient manques; et enfin les medicaments qui s'en font tant pour le dehors que dedans, leurmerveille en tout cela est, qu'ils se peuvent metamorphoser d'infiniesmanieres, sans pour cela perdre leur forme specifique, qu'ils ne serestablissent tousjours en leur premier estre; (si ce n'est par untres-ingenieux artifice, et de fort longs preparatifs) nonobstant qu'ilsayent esté reduicts en pouldre impalpable; en chaux, sel, eau,huille, verre, esmail et semblables alterations; à guise d'un autreProthée; lequel comme dit le Poëte, au 4. des Georgiques.<f 78v> Omnia transformat sese in miracula rerum;
  Ignémque horribilémque feram, fluuiúmqueliquentem.
C'a donques esté leur intention, et non une vaine et frivoleavarice, de descouvrir par ceste science elementaire les cachezprogrés de nature, qui n'est autre chose selon Empedocle etAnaxagore, que la mixtion et separation des elemens, autour dequoy la Chimieverse, dont elle est dite Spagyrique, comme separant et reconjoignant lessubstances. Et en la revelation de ces beaux secrets, se manifeste la gloirede celuy qui en est le premier autheur, pour y prendre son esbattement;ainsi que nous ses creatures faisons à l'inquisition de leurs causeslatentes, avec leurs proprietez et effects; l'une des plus savoureusespastures de l'ame: car cela nous est comme en lieu d'eschelle pour monterlà haut; et un eslevement de nostre pensee hors de lasensualité de ceste ville et abjecte escorce, qui ne tache que parun surpesant contre-poix de la ravaller et tenir en bas submergéedans les oysives voluptez, et bestiales concupiscences, à l'aide dece faux et traistre abuseur, nostre inveteré adversaire; ce mauditassavoir, et ancien serpent nommé Hazael par les Cabalistes,pere du Tumah et Lilit, la pollution et ordure; lesquelcomme met le Zohar, est la fin finale de toute chair, où ilpredomine, et au sang; aussi luy sont ils assignez pour viande et breuvage,comme estans de terre; en Genese 3. Terram comedes cunctis diebus vitaetuae: dequoy ne s'esloigne pas fort Pythagore Cabaliste Grec; qu'auBinaire,<f 79r> (c'est le DEUX, qu'il prend pour le diable et mauvaisprincipe) appartient toute la matiere de ce monde visible; laquelleil nomme aussi le Binaire: Ce qui se conforme encorse à ce que leSAUVEUR appelle le commun ennemy, le Prince du monde. Mais les esleuz, Qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri,sed ex Deo nati sunt, (en S. Jean premier) se retiennent tousjours aubien, sans s'extravaguer hors du droit chemin: là où si lesautres à la suggestion du mauvais, lequel est incessamment auxescoutes et en vedette, à espier quelques humeurs propres auxzizanies qu'il tient tousjours appareilles pour y semer, pervertissent lebien en mal, ou luy le pervertist par eux; le vray en mensonge; et ce quiexiste reellement, en fumee et frivoles illusions deceptoire, ce n'est pasà dire pourtant qu'il le faille ainsi descrier; nomplus qu'un beauvase d'or enrichy de pierres precieuses, que pour avoir estétemerairement employé à quelque infame et ord service, ceseroit trop grande simplesse vouloir rejecter pour cela, attendu que cen'est qu'une exterieure contamination, qui ne penetre pas dedans lasubstance, laquelle est incorruptible de soy: et les Juifs ont bientortionné infinis lieux de l'escriture voire de l'expresse parole deDieu, à de vaines superstitions abusives, appliquans cruëmentà la lettre, ce qu'ils devoient prendre spirituellement et au sens;comme il leur reproche en Isaie 29. Ce peuple ne me glorifie qu'assez deslevres, mais leur coeur est bien esloigné <f 79v> de moy;en est elle moins recommandable pourtant ?
Les Phylacteres Judaiques.
Pour exemple; y a il rien de plus ridicule que ces Tephillin practiquez par eux de tout temps, et encore pour le jourd'huy ? Ce sontcertains brevets appellez en Grec [G] ou preservatifs; mot assez prochede l'Hebrieu, et comme un anagramme d'iceluy, qu'ils portent au front, etbras gaulche; les Mezerusa, ils les placquent sur le sueil del'huis; moiennant lesquels ils se proposent avoir accomply tout ce qui estordonné en la loy; mesmes en Deuteronome 6. Et ligabis verba haecquasi signum in manu tua, etc. se garentir par mesme moien de tousdangers, inconveniences et desastres; et se prolonger leurs jours icy bas;se fondans en cela sur le formel texte de l'escriture: LE premier desquelsbrevets est tiré du 6. du Deuteronome, verset 4. EscouteIsraël, le Seigneur nostre Dieu est seul Dieu etc. Et les lieraspour signal sur tes mains etc. Jusques à la fin du 9. LE secondest pris du 13. d'Exode; Et le Seigneur parlant à Moyse;Jusques à la fin du 10. Tu garderas ces convenances. LEtroisiesme depuis le onze du mesme; Or quand le Seigneur t'auraintroduit, Jusques à la fin du 16. ET le 4. de l'onziesme duDeuteronome, à commancer au verset 13. Si donques vousobeissez, Jusques à la fin du 21. Pendant que le ciels'estendra sur la terre. Ils les escrivent avec de grandes ceremoniesen du parchemin vierge: et quand ils tuent un veau pour en faire, ils dient;Je sacrifie ce veau cy, en intention d'emploier sa peau à en fairedes Tephillin. Et de mesme quand ils la donnent <f 80r> àconrroier; puis finablement à l'escrivain; avec tout-plein d'autresmysteres; mais cela ne se fait que du costé de la chair, et nompasde celui du poil. Pendant qu'ils les portent sur eux, ils se garderont biend'aprocher d'une sepulture, ny aussi peu de hanter leurs femmes, quepremierement ils ne les aient serrez en double bouëtte, de peur de lescontaminer; car selon les traditions du Talmud; Quiconque a les Tephillinà son chef et au bras, et sur le sommier de sa porte, il se preparecomme une habitude à se contregarder de peché, suivant ce quiest escrit, QU'UNE FISCELLE CORDELLEE EN TROIS, EST PLUS FORTE A ROMPRE.J'ay appellé ceste superstitition ridicule: et à laverité malaisément se pourroit-on garder de rire les voyantainsi equippez de ces brassals et frontauvollans; joint la bonne pipeequ'ils font. Au surplus s'il est loisible ou prohibé d'employerl'escriture Saincte ores qu'a quelque bon effect; comme à guerir desmaladies, estancher le sang, amortir et faire tomber le feu espris en unecheminee, conjurer les fouldres et gresles, et autres semblables, c'est unequestion à part où je ne pretends pas m'embarquer: Trop bienme veux-je faire acroire, que le plus seur sera tousjours de se retenirà ce dont la propre escriture nous reigle: En mon nom, dit leRedempteur en S. Marc 16. ils dechasseront les serpents; et là ouils mettront les mains sur les malades ils seront gueris: Car, il n'ya point d'autre nom sous le ciel, qui ait esté donné auxhommes, ouquel il nous faille esperer salut; és Actes 4.<f 80v> là où le mot de [G] importe non tantseulement la savation de l'ame, mais du corps avec, et de nos fortunes. Ceneaumoins l'on est d'accord qu'il y a des choses plus scabreuses les unesque les autres; ainsi que la Geomantie et Astrologie qui sont fondees surla nature, sont moins reprouvables que l'Hydromantie, Pyromantie,Lecanomantie, et plusieurs telles, où il y a de l'interventiond'esprits: Dont Varron racompte qu'il y eut un jeune garçon qui parles sortileges de quelques-uns veit en de l'eau l'image de Mercure, qui parcent cinquante vers anonça tout l'evenement de la guerreMitrithratique.
Zairagia, predictions practiquees par les Juifs et Mores.
JEAN LEON, à propos de ces Devinailles, de Mahometiste convertyà la foy Chrestienne, au 3. livre de son Aphrique, fait mention d'unereigle en fort grand' vogue tant à Fez, qu'en tout le reste de laBarbarie, ditte en langue Moresque Zairagia, qui signifie autantque Cabale ou reception traditive; mais il ne l'atteint que du bout deslevres, et comme s'il se vouloit seulement rinsser la bouche en passant paysà la haste, dans l'eau du Nil, en lieu suspect de Crocodiles; aumoiendequoy il m'a pris autrefois envie d'en estre plus amplement instruit pardes Juifs et Mores qui en estoient souverains Maistres; non ja pour raisondes devinemens, et responces presqu'infallibles de tout ce qu'on leursçauroit proposer, car je n'euz onques graces à Dieu, nycreance ny inclinatoin à de telles curiositez inutiles, ainsseulement pour l'importance dont cela est à tousjours tant mieuxconcevoir<f 81r> l'affinité du monde sensible avec le mondeintelligible; estant ceste reigle establie totallement sur les convenancesarithmeticales, et les proportions geometriques d'une part; et de l'autresur la trifourchee racine des trois lettres meres, les Principes de touteschoses, Aleph, Mem, et Shin;
Mysteres des trois lettres appellees les meres.
dont la premiere represente la Paternité, etl'unité des nombres simples lineaires; la terre des vivants aussi:la seconde qui est au beau milieu de l'alphabet, et la quatriesme desdixaines, la filiation ou premier progrez; et l'eau salutaire. Et latroisiesme qui est vers la fin, en la seconde des centaines, l'esprit et lefeu, qui anime tout l'univers, et le maintient en son reel estre, comme fortelegamment le descrit le Poëte au 6. de l'Eneide:
  Principio caelum et terras, campósque liquentes,
  Lucentémque globum lunae, Titaniáque astra,
  Spiritus intus alit, totámque infusa per artus
  Mens agitat molem, et magno se corpore miscet.
  Puis tout soudain; Igneus est ollis vigor, et celestisorigo. OR il ne se sçauroit guere trouver de similitude pluspropre pour correspondre à ces trois lettres, et en remarquer lasignifiance, que ceste petite matrice de cuyvre où lon fond lescaracteres de l'Imprimerie, pour l' Aleph, ou le mondeintelligible; et l'Idee: Puis le caractere, qui y est jecté, pour le mem, ou le monde celeste receptacle des formes: et finablementl'escriture qui en est empreinte, pour le Shin, et l'Elementaireauquel la forme s'imprime en la matiere,<f 81v> dont resultent les individuz lesquels equipollent aux motsformez d'iceux caracteres. Il en reste consequemment dix-neuf, departizcomme il se dira, pour parfaire le nombre de 22. en un si grand predicamentenvers les Cabalistes, qu'ils se sont imaginez de pouvoir par le fondementd'icelui arriver à cognoistre celuy des Estoilles; ainsi quel'attenta autrefois Hipparque à l'ayde de ses instruments; chosepresque par trop outrageuse à Dieu mesme, ce dit Pline livre 2. chap.26.
Fantastique numerations des estoilles.
Mais nompas selon le Psalmiste 147. Qui numerat multitudinemStellarum et omnibus eis nomina vocat: et ce par les reitereesmultiplications des 22. lettres, qui arrivent finablement à un nombreincomprehensible ineffable; trop plus grand sans comparaison que celuy quia esté touché cy devant en la page car cestuy-cy monteà 340342437295386858641036799104. Que si l'on vouloit adjousterensemble toutes les 21. multiplications chacune à par-soy, que seroitce ? mais ils ne commancent qu'au Beth, d'autant que l' Aleph qui represente l'unité ne peult rien produire multiplieede soy seule, et en soy: et font ainsi, 22. fois 22. font 484. 22. fois 484.pour le Gimel 10648. Et ainsi du reste; laquelle curiosité denumeration est de vray du tout frivole et incertaine; car quel fondement ypeult-il avoir en cela ? n'estant qu'une couverture, sans bien peu ou riend'apparence de vraysemblable; aussi bien que celle dont les Talmudistess'efforcent de nombrer les anges par une autre voye; <f 82r> maislà dessous ils comprennent quelques secrets dont tout cecy leur sertde chiffre; à l'exemple duquel Daniel au 7. chap. nombre les angespar milliers, comme font aussi Ezechiel au dernier et l'Apocalypse au 7. lapluspart des choses divines.
Autre fantastique numeration des anges; mais tout cecy n'est qu'unchiffre mystique.
Les Talmudistes donques distinguent les trouppes et exercites des angesen six ordres; assavoir Mazalot, El, Ligion, Rihatton, Chirton, et Gistera. Les Mazalot puisapres sont par eux divisez en 12.regimens, selon les 12. signes du Zodiaque; chacun desquels contient trenteenseignes appellees El, autant qu'il y a de degrez en chasquesigne; et par ce moien arrivent à 360. Chaque El, contientencore autant de Ligion arrivans par ce moien à 10800.chaque ligion 30. Rihatton, qui sont 324000. chaque Rihatton 30. Chirton; 9720000. Et chaque Chirton estantfinablement multiplié par 30. Gistera ils reviennentà 291600000. Somme toute 301655160. qui n'aproche aucunement de ladessusdite multiplications des Ziruphs en la page 42.
  MAIS pour revenir à ceste reigle Cabalistique de Zairagia, nous en avons icy reduit la practique d'une autre methode;Dressé assavoir, de la seule Spherique figure qu'ils font en quatreou cinq cercles envelouppez l'un dans l'autre, autant de tables separees,pour rendre plus intelligible le tout; et de l'usage de ces devinaillesoisives, la reduire à celuy de la Ghematrie qui ne bat que sur lesvrais dechiffremens des secrets mysteres de l'escriture; et des<f 82v> predictions prophetiques: Car de là depend la vrayeArithmantie rationelle, et la Geomantie formelle; dont celle-làsymbolise au monde intelligible, à cause de la subtilité desnombres, plus essentiels, esloignez, et abstraicts de la matiere que lesmesures, et qui sont comme raisons, relations et respects, à quoy seraportent les especes du monde sensible; à peu-pres ce que veultinferer Aristote au texte cy devant amené du douziesme desMetaphysiques; Species se habent sicut numeri: Et la Geomantieestablie sur les mesures, comme formes introduittes en la matiere,correspond au monde sensible participant de la matiere, plus deliee etformelle au ciel, et plus grossiere et materielle en la terre: le toutà l'exemple des Sephirots, aux trois superieurs desquelsconviennent les nombres, et aux sept inferieurs, les mesures. A ces deuxencore dependances de la Ghematrie se raportent, assavoir àl'Arithmantie, et au monde intelligible, les interieures conceptions denostre pensee; et à la Geomantie, l'escriture qui les exprime: carde la pluralité des poincts qui consiste és nombres (jen'entends pas ceste fortuite projection de poincts qui se respandentà l'adventure, car ce n'est qu'une pure nigauderie sans fondement,ny dont on puisse rien tirer de solide) se produisent les lignes tantdroictes que courbes, desquelles se forment puisapres les lettres; et deslettres accouplees en syllabes, et en dictions, <f 83r> vient unsens à se procreer, qui manifeste et jette dehors tout ce quel'entendement peut apprehender au dedans: lequel sens est analogiqueà l'esprit qui vivifie les parties d'un corps, designées parlesdites lettres, ainsi qu'est le corps par le mot qui en est tissu;representant naifvement la proprieté naturelle de chaque chose qu'ilsignifie, au moins au langage Hebrieu, ouquel l'on tient qu'Adam imposa lesvrayes et signifiantes appellations de toutes celles qui furentcreées. Et tout ainsi qu'en la corruption d'un individu, la forme quiy souloit estre venant à s'en effacer, une autre succede en sa place,et s'y introduit; de mesme en un contexte descriture, si les lettres en sonttransposées, et jettées hors de leur precedant ordre, assietteet disposition, le sens qui y estoit auparavant s'alteré et change;car en peu de façons sauriez vous gueres tourner n'assembler lescaracteres Hebraïques, qu'il ne s'y en trouve tousjours: et pour autantque les lettres consistent de nombres et de mesures, ce que comprend laGhematrie; et que d'icelles se formant les mots, qui portent en eux la vrayeessence et quiddité de la chose qu'ils representent; Que tout cestunivers au reste est regy par un intellect espandu et meslé en toutesses moindres parceles, auquel tant le passé que l'advenir sontpresents, on prend en ceste reigle de Zairagia les lettres de lademande proposée, pour fondement; desquelles jettées hors deleur premiere assemblement et contexte, et restablies en un nouveau,moiennant les convenances et les proportions <f 83v> de leursnombres et de leurs mesures; joinct cest intellect universel qui conduittout, resulte un nouveau sens, qui manifeste la responce de la demande, soitdu passé soit du present, où de l'advenir: Car depuis que leslettres viennent par l'aide desdits nombres et proportions às'eslever hors du premier sens, ainsi que de leur terrestre matiere,à une forme celeste, l'ame de l'univers qui est toute intellectuelleles attire bien plus aisément à soy, que si elles demeuroienten leur crassitude sensible; de la mesme sorte que les esprits eslevent lecorps; l'ame les esprits; et l'intellect où le Nessamah l'ame finablement à soy, qui est une autre eschelle de Jacob; et lachesne d'Homere, à l'imitation de ce que le Sauveur dit de soy en S.Jean 12. Ego si exaltatus fuero à terra, omnia traham admeipsum. Ce n'est donc pas notre intention d'enseigner icy rienquelconque de divinement illicite ne licite, par la voye de la Ghematrie,ains au rebours par cest exemple Cabalistique, faire tousjours tant mieuxconcevoir ce que c'est de la Ghematrie, source de tous les artifices dechiffres: enquoy l'on procede de ceste sorte. TOUT PREMIEREMENT il voustrassent un cercle, qu'ils partent en quatre par deux diametress'entrecroisans à angles droits; la où ils marquent les quatrepremieres progressions numerales 1. 2. 3. 4. comme celles qui gouvernenttout, faisans 10. ensemble; et consequemment les Geometriques qui leurcorrespondent; le point, la ligne, la superfice ou triangle; et lecarré, qui represente le Cube <f 84r> et le corps solide,ayant toutes les trois dimentions de longueur, largeur profondeur. Audessous de cela se mettent les trois lettres meres, Aleph, Mem,Shin, qui denotent les trois Elemens terre, eau, et feu; car lesHebrieux n'en admettent nomplus, rejectans l'air hors de ce compte, commene servant que pour une maniere de colle ou de gluz d'iceux Elemens; et parmesme moien à remplir le vuide, que la nature abhorre tant; au lieuduquel s'establist icy un petit rond, tenant lieu de zero en chiffre0, qui sert au calcul pour les pauses et distinctions des dizaines.Ils y adjoustent puis apres les quatre saisons de l'année, et lesquatre parties du monde, avec les quatre vents qui en viennent; Inducamquattuor ventos à quattuor plagis caeli, Jeremie 49. Et lesquatre Anges qui y president, en l'Apocalypse 7. car les vents, ores quenaturelles impressions de l'air au monde elementaire, sont neantmoins enl'occulte philosophie referez au reng des esprits, selon ce qui se pourraveoir cy apres extraict de quelques Rabbins, conforme à plusieurspassages de l'escriture; et mesmes au pseaume 148. Spiritus procellarumquae faciunt verbum eius; c'est pourquoy on les rechasse aucune foispar adjuremens, et au son des cloches, qui sont benistes et exorcisees: maisplus pregnamment au 37. d'Ezechiel, parlant de la resurrection de nozossemens; A quattuor ventis veni spiritus, et insuffla super interfectosistos, et reuiuiscant: et en Daniel 7. Et ecce quattuor venti caelipugnabant in mari magno; que la glose explique pour les quatreintelligences <f 84v> angeliques qui president aux quatre cantonsdu monde; et ce en la grand' mer de l'intelligible, où consistent lesvives permanantes sources de tout ce qui se derive icy bas par les canauxdes Sephirots, et y retournent finablement, comme les fontaines,et les rivieres qui en procedent, dedans la mer. Car tout ainsi que le cielinfluë ses actions, proprietez, et effects icy bas au mondeelementaire, dequoy la Lune est comme un magazin et apport, où toutcela vient à s'assembler et reduire pour nous le distribuer endetail; de mesme, et trop plus encore sans comparaison, le mondeintelligible influë au ciel, qui est comme un instrument et moien parlequel Dieu agist en nous, et effectue ce qu'il luy plaist envoier en terre:mais cela passe nostre apprehension, pendant que l'ame est submergee dansceste masse corporelle, dont elle ne voit que comme à travers unespoiz-terne chassis dormant. Quant aux vents, derechef plus apertement enZachaire 6. à quoy se conforme de telle sorte le 6. de l'Apocalypse,qu'il semble presque en avoir esté transcrit mot à mot: carapres avoir descrit la diversité d'attellage des quatre chevaux, ildemande à l'Ange; Et que signifie cecy monseigneur ? Il luyrespond; Ce sont les quatre vents du ciel, qui se jettent hors pour sepresenter devant le grand monarque de la terre.
<f 85r> [FIGURE]
  ET POURAUTANT que le TROIS est un Symbole de la divinité,et du monde intelligible, et en nous du Nesamah ou intellect quiy correspond; et le QUATTRE represente l'elementaire, <f 85v> et lecorps: et que tout moien participe de l'un et de l'autre de ses deuxextremes; surquoy faut noter ce que l'Apostre en la premiere aux Cor. 15.appelle le mediateur composé de la divinité, ethumanité, l'homme celeste; ils adjoustent avec le dessusdictQuaternaire le Trois, pour faire le Sept, lequel represente le ciel,à cause de pareil nombre de planetes, quo sont les principauxinstrumens d'iceluy; et dont dependent presque toutes les varietez etalterations d'icy bas, tant en la production des choses, qu'en la fortunedes personnes, au moins selon Trismegiste au 1. chap. de son Pymandre: Ilfabriqua consequemment sept gouverneurs, qui par leurs revolutions etSpheres enveloppent le monde sensible; la disposition desquels estappellée le destin fatal: et en font un cercle, qui enclostl'autre: lequel ils divisent en sept espaces, qui servent tant pour lesplanetes, que pour les Anges, intelligences, et esprits qui y president;assistans au reste perpetuellement devant le throne face à face dugrand Dieu, en l'Apocalypse premier: et au 4. plus expressément;Il y avoit sept lampes ardentes devant le throne, qui sont les espritsde Dieu: lesquels au 5. ensuivant il dict estre les yeux du Messihe:au milieu des vingt-quatre anciens un aigneau estoit là commeayant esté mis à mort; et avoit sept cornes, et autant d'yeux,qui sont les sept esprits de Dieu envoiez en toute la terre; carà eux est commise toute la dispensation et regime de la cour celeste,et de ce bas monde soubs la Sphere de la Lune. Ce sont ceux qui avec leurchef pour le septiesme, designez<f 86r> par le chandelier du tabernacle, sont continuellement devantle Mercava ou throne de Dieu, ainsi que quelques secretaires descommandemens, dont ils commettent l'execution à autres six Angessubalternes, garniz chacun de six esles: et se tirent les noms des six Angesmajeurs dessusdicts, des six renversemens ou anagrammes de ces trois lettresdu grand nom [H], qui seront cy apres plus aplain specifiez, selon lessix constitutions du monde; le hault, et le bas; le devant, le derriere; ledroict, et le gauche. Ces sept Anges donques, ou intelligences ausquellessont soubsmis les sept planetes par des alternatives vicissitudes d'heuresés jours; de jours és sepmaines; de sepmaines en 354.revolutions annuelles, avec quatre mois, qu'elles president successivementchacune à son tour; administrent et gouvernent tout ce qui seprojecte là hault au ciel, pour s'executer en la terre: et de cesAnges le plus proche de nous, et qui nous doit estre, si à nous netient, le plus familier, est Gabriel, auquel appartient l'interpretationentre autres choses des songes, comme celuy qui preside à la Lunenostre plus prochaine voisine de tous les astres et corps celestes; età elle regentant la nuict ainsi que le Soleil faict le jour, se doitreferer la charge des songes, qui interviennent plus communément ence temps là destiné au dormir, que nompas sur-jour, et parconsequent à l'intelligence qui luy assiste. A ces sept Anges sedeferent encore selon le livre de Jezirah, les sept souspiraux<f 86v> de l'ame en la teste des animaux; assavoir les deux yeux,autant d'oreilles, et de nazeaux, avec la bouche au dessoubs: les septterres en outre; car chaque planete est presupposé aussi bien que lesmetaux denotez par eux, d'avoir sa terre, c'est à dire sa partieferme, fixe, solide consistante, avec ses autres Elemens, mais plus depurezqu'icy bas: plus les sept Sabbatismes ou reposoüers, tant des sepmainesdepuis Pasques jusqu'à la Pentecoste, que des annees; et des 7.septenaires d'annees, au bout desquelles eschet le grand Jubilé: Etfinablement le septiesme millenaire du grand Sabbat, apres les six mille ansque doit durer ce transitoire monde, duquel se doit faire lors l'universellerenovation. Parquoy ce ne sont pas icy des anciens enchantemens de Tolede;ne l'art magique de Raziel, ou de Picatrix, ains belles choses naturellesdignes de contemplation, qui par leur sympathie et accord, par leur ordrecompassé et incommuable, nous tesmoignent le grand ouvrier avoir toutfait, et le regir par sa sapience, se servant en celà des Anges pourministres et conducteurs; et du ciel avec ses estoilles en lieud'instruments, dont il opere et agist icy bas, où toute la creationde monde tend; selon mesme que dit Chrysostome en une Homelie de laPentecoste; Que le ciel a esté fait pour cause de l'Eglise(militante faut il entendre) et non l'Eglise pour le ciel. Car cestunivers n'est qu'un temple, voulté tout autour; au milieu duquel estla terre plantee ferme pour servir d'autel; la mer y adjointe, en lieu dePiscine; et les astres d'autant <f 87r> de lumieres; lesquelsoutre-plus, avec tout ce que la nature produit en la terre, ne sont quelettres dont est escrit le livre de vie, auquel se chantent incessamment lesloüanges du souverain, par toutes sortes de creatures: mais c'est unchiffre dont l'alphabet consiste en leur harmonie, convenance et proportiondes unes aux autres.
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  CES deux nombres 3. et 4. qui reduits ensemble font 7. si vousles multipliez l'un par l'autre, ils produiront 12. autant qu'il y a designes au Zodiaque; par où se voit la grande affinité qu'ily a des Planetes avecques eux; Tout-ainsi que de 7. à 12. et de 6.à 8.<f 87v> car 2. et 4. font 6. et 2. fois 4. donnent 8. lesquelssignes servent de domiciles aux planetes, à guise des 64. carreznoirs et blancs du doz d'un damier, pour les differentes assiettes despieces en un jeu d'eschets, et leurs diverses dispositions et aspects desunes aux autres; dont il n'y a rien de plus convenable pour representer ceuxdes corps celestes; comme aussi sont les multiples rencontres des lettres,tant en general en toutes sortes d'escritures, qu'en particulier éschiffres carrez, qui ont plusieurs sens dessous un mesme caractere: car lesregards et les habitudes des planetes és signes se venans adjoindreaux quatre elemens, dont se produisent tous les corps, symbolisent auxcaracteres de l'escriture, qui constituent les mots. Ces douze signes aureste que Platon appelle les portes du ciel, desquels le Capricorne est ditl'ascendant, parce que le Soleil commance à remonter en iceluy; etl'Escrevice le descendant, à cause qu'estant arrivé là,il redecline, denotent les douze portes de la saincte cité celestedescrite en l'Apocalypse 21. ausquels sont attribuez autant d'Anges qui yassistent, departiz trois à trois en garde à chacune desquatre regions du ciel, Orient, Occident, Midy, Septentrion, de la propresorte que les Astrologues les distribuent: et à chacun d'iceux signesest appropriee une lettre des douze simples; appellees ainsi parce qu'ellesse proferent tousjours d'une mesme façon, comme les signes de leurcosté demeurent tousjours en une mesme proprieté et vertu.Tout<f 88r> cecy se peult veoir en la table suivante, où lasignifiances desdites lettres y est quant et quant apposee, avec les 12.mois de l'an qui correspondent aux douze signes: Et c'est le troisiesmecercle; par où il nous est demonstré que le ciel, auquelconvient fort ce nombre de douze, est un passage et entremoien des chosesdivines, designess par le nombre de Trois, aux terriennes representees parle Quatre, comme celles qui consistent des quatre elemens: de sorte quenostre Sauveur qui participe de l'une et l'autre de ces deux natures, a euce nombre de douze en estroite recommendation, comme on peult veoir en toutplein d'endroits de l'Evangile; et en l'Apocalypse encore touchant lasaincte dessusdite cité, toute compartie par douze, ainsi que Platona fait la sienne mondaine és 5. et 6. des loix; si conformement l'unà l'autre qu'il ne seroit possible de plus; dont se voit assez lagrand' sympathie et colligance qu'il y a des choses superieures avec lesinferieures.
<f 88v> [FIGURE]
<f 89r>   CONSEQUEMMENT multiplians le nombre de 7. par le 4. quiest autant comme marier le ciel avec la terre, d'où dependent toutesles operations et effects de la magie naturelle, se viennent àproduire les 28. mansions de la Lune és douze signes du Zodiaque,qu'elle parcourt en 28 jours; car cependant le Soleil s'esloignant d'undegré, elle le va ratteindre au 29. Et de cela se forme le quatriesmecercle; y appliquans les intelligences qui y president, avec les lettresHebraïques y correspondentes, et la signifiances desdites mansions. Ensorte que ceste figure de Zairagia estant parfournie, elle consistede quatre cercles, pour representer les quatre elemens, principes de touteschoses aussi bien en-hault comme en bas, suivant la table d'Esmerauded'Hermes; Quod est superius est sicut quod est inferius, et econuerso,ad perpetranda miracula rei unius. Et les Cabalistes à ce mesmepropos; Domus sanctuarii quae est inferius, disponitur iuxta domumsanctuarii quae est superius. Desquels quatre cercles àl'imitation des quatre elemens, il y en a un qui demeure ferm'-immobilecomme fait la terre, qui sert de base et de fondement à l'univers,lequel tornoye tout alentour; Fundauit terram super stabilitatem suam,non inclinabitur in saeculum saeculi; pseaume 104. Et les autres troiscercles se meuvent à l'exemple des trois elemens mobiles, eau, air,et feu, pour les rencontres de ce qu'on cherche, tout ainsi que font lesPlanettes.
<f 89v> [FIGURE]
<f 90r>   TOUT cela premis, dont depend la principale traditivedes operations merveilleuses de l'occulte philosophie, qui n'est autre chosequ'une deüe attraction et associement des celestes vertuz agissantesen la passive matiere des elemens, susceptible de toutes formes, moiennantl'Esprit commun espandu par tout l'univers,
  Unde hominum pecudúmque genus, vitaeque volantum;
  Et quae marmoreo fert monstra sub aequore pontus;
Quant est de l'usage et practique de la dessusdite reigle de Zairagia, nou-nous en passerons atant icy, comme n'estant de nostrepropos ny intention, et nous contenterons de dire, que tout procede par lavoyde des commutations, et diverses transpositions literales des Ziruphs, avec les convenances et proportions des nombres formels; dontvient à se procreer un nouveau sens, ny plus ny moins que par desanagrammes de mots renversez: chose tresadmirable à la verité,et qui nous manifeste de plus en plus l'infallible providence divinejusqu'aux moindres choses ( Nonne duo passeres asse vaeneunt, et unus exillis non cadet super terram sine patre vestro: Vestri autem et capillicapitis omnes numerati sunt, S. Mathieu 10.) en l'ordre par elle unefois estably au concours des choses humaines, esquelles il n'y a rien defortuit ny à l'adventure pour son regard; et qui ne soittres-sagement regy d'elle, d'une incomprehensible raison par sesadministratoires esprits; du nombre desquels pource que nous avons mis cydessus estres les vents <f 90v> aucunement; ( Et ascendit superCherubim, et volauit; volauit super pennas ventorum, pseaume 18.) Etque cela semble avoir quelque affinité avec ceste transmission depensee de la Steganographie de Tritheme et Agrippe, j'adjousteray tout d'unemain ce qui s'en retrouve en certain fragment bien fort rare, quequelques-uns attribuent à Rabi Simeon fils de Jochai, autheur duZohar; apres avoir inseré icy la table de la signifiance des lettresHebraïques, qui concerne le propos dessusdit encore.
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<f 91v>   SALOMON dit; comme le feu est distinct là hautdes quatre Elemens d'icy bas, aussi est-il plus pur beaucoup qu'ils ne sont;et pourtant je veux dire icy quelque chose de ses animaux.
Les six animaux celestes et ignees.
Car il y a quatre inferieurs Elemens, dont chacun endroit soy à lessiens à part: et au dessus sont les cieux avec les leurs propresaussi, purs et mondes sans point de corruption. Mais ce feu qui est enhault, n'est pas de cire, bois, huille ou graisse, ny d'autres tellescompositions, ains fort simple, et les choses qui vivent en iceluy sontAnges purs, clairs et luisans, semblables aux raiz du Soleil, ou flammes defeu, ou estincelles, ou estoilles lucides en couleur d'argent-vif, ou d'orfin: laquelle semblance se trouve és animaux du feu: Et se voientlà des figures telles en monstre et apparence qu'est le Souphre, quipar son exterieure couleur citrine represente la lueur des estoilles; etestant allumé, par sa flamme bleufve l'azur celeste du firmament,d'où par un temps serain et non empesché de nuages, àtravers la rarité des autres Spheres, il se transmet à nostreveuë. Ce sont esprits qui presentent les oraisons des creatures devantle Mercava ou throne de Dieu;
Quando orabas cum lachrymis, acsepeliebas mortuos etc. ego obtuli orationem tuam domino, dit l'AngeRaphaël à Tobie chap. 12. (Les Cabalistes appellent le chef etprincipal d'entr'eux tous, Sandalphon) et portent les oracles etrevelations divines icy bas aux prophetes; et par mesme moien les penseeset secretes intentions des personnes insensiblement, ainsi que parinspiration, d'un lieu à autre, à quelque longue distance quece puisse estre, en moins d'un clein d'oeil. LE SECOND animal ouesprit est plus <f 92r> tenebreux que les precedans, et estaccomparé au vent; sa figure au reste estant telle qu'il la veultprendre selong l'un des quatre Elemens avec lequel il s'associe; et se formede ceste maniere ou en eau, ou en nuee, ou en humeur liquante; ou àguise de brouilhas espoix et obscur; et par fois comme un son, ou la voixde quelque elementaire animal: Prenant corps en l'un d'iceux elemens, selonque la matiere est disposee à recevoir la plus proche et convenableespece. LE TROISIESME est l'ame, dont les sages disent qu'elles'accompagne volontiers du corps, et se joint à luy par le moien del'esprit; Parquoy sa figure se rencontre souvent de nuict en lieu tenebreux;et s'entend et se voit: la couleur d'icelle estant semblable au temps qu'ilsfaict lors; d'apparence ausurplus humaine, et par fois ayant la figure ducorps dont elle est partie; tellement que quelques-uns en voient éscemetieres. De ceste sorte d'animaux dient nos sages, que l'ame qui estsortie d'un corps, et peult quelque chose, n'est, ny ne fut sinon d'un hommeou d'une femme: et les appellent spirituelles, et celestes; spirituellespour leur bonté; celestes à cause de leur subtilesimplicité. LE QUATRIESME animal est le vent, que nous oyonsbien, mais nous ne le voyons pas pour cela; comme d'ailleurs il y a d'autreschoses que nous voyons; et n'oyons point; ainsi qu'est l'harmonie des cieux;dont il est parlé au 38. de Job; Concentum caeli quis dormirefaciet; et plusieurs autres, dont les corps s'aperçoiventreellement à l'oeil, selon la partie dont ils ont leur consistencetemporelle: Que si le vent est de l'Orient ou midy, il sera naturellementchauld; si de l'Occident ou du Septentrion, <f 92v> froid aucontraire. Et nous le voions avoir une grande force et puissance; car ilcharrie des nuees pleines d'eau, de gresle, orages et tempestes: trouble lecalme de la mer, et y meut de grosses vagues; rompt, desracine et met parterre les plus gros arbres dans les forests, dont il fait un terrible etpiteux abbatiz. Et est cestui-cy appellé air vif comme feu; mais enhault il est dit vif et simple: et pourtant a il double appellation; de fixeassavoir et mobile: le mobile est qui se meut à divers endroits: etle fixe, celuy qui s'arreste en l'un des quatre coings du monde, combienqu'il descende d'enhault; dont ceux desquels il est descendu et aesté crée, s'eslancent pour le venir lier. Cestui-cy est ungrande et puissant ouvrier en la mer, en la terre, et en l'air, selon latemperature et disposition dont il vient.
  LE CINQUIESME animal est le fantosme ou la vision, c'està dire une ombre de plusieurs sortes de ressemblances, composeesdiversement les unes des autres: et se procree ceste apparition en lieudesert, ou air corrompu, en forme quelquesfois de gensd'armes descendans lelong d'un coustau; ce qui s'appelle l'armee antique: Par fois il s'apparoistsur les eaux, en guise de quelque belle femme bien accoustree: ou en desprairies, là où il semble à quelques-uns que ce soitun trouppeau de vaches; mais cela leur advient de la corruption de leurhabitude, et malice de leurs humeurs, dont on les appelle demoniacles; parceque les vapeurs vicieuses, et fumees de l'estomac leur montent aux yeux, quileur pervertissent la veuë; si qu'ils s'imaginent de voir plusieurschoses qui ne sont rien. LE SIXIESME animal est le demon, lequeldescend de la haulteur des cieux aux abismes; <f 93r> et futcrée de la premiere matiere sans corruption, parquoy il ne definepoint, ains persistera à tousjours, nonobstant qu'il aye receuquelque espoisseur des tenebres encloses dedans les profonditez de la terre.Il est au reste compliqué aucunement à la matiere, mais d'unetresforte habitude de corps: Et de ceux-cy dient les Sages, que par leurmoien l'on a eu fort long temps des responces de beaucoup de choses,desquelles on desiroit sçavoir la verité. Mais ils habitenttousjours en tenebres, sans jamais se separer d'elles: Trop bien par foisle souverain Createur leur permet de prendre en terre telle forme que bonleur semble: si que mesmes ils se transchangent jusques en anges de lumiere,d'une clarté trespuissante; beaux et resplendissans presqu'àpair du Soleil, de la Lune, et plus claires estoilles; ou d'un bon ange;d'une nuee, oiseau, poisson, homme, ou beste; de couleuvre, lezard etsemblables vermines rempantes; et autre telle figure qu'ils veulent: maistout cela est impalpable, à guise d'esprit ou de vent. Sachezoutreplus que chacun d'eux peult toutes les fois qu'il luy plaist prendreun corps en quelqu'un des quatre elemens; combien que leur vie depende dufeu, et que leur demeure consiste au feu, avecques tout leur faict etmaintenement. LE SAGE dit sur ces six sortes d'animaux, que leurinvocation et apparition; consideration, liement, delivrance, estquelquefois bonne et licite; quelquefois mauvaise et du tout reprouvable,selon les diverses fins où cela s'applique. TOY donques quies amateur de la Sapience, et curieux de cognoistre les oeuvres etmerveilles du Createur, n'entre point en scrupule et en doubte, qu'il y aitdifference ne division entre le<f 93v> corps et l'esprit quant à ces six sortesd'animaux, car ce n'est qu'un, estans faits et conjoints ensembleinseparablement à tout jamais. La conjonction au reste de l'espritet de l'ame, d'où provient la vie, est appellee vent, en Job mesme,chap. 7. Mememto quòd ventus est vita mea: Si que le ventvif est ce que nous disons l'esprit et l'ame; et est dit estre vif, quandcest assemblement se fait sans corruption: Mais quand il se fait une telleconjonction de ces deux, assavoir de l'ame et de l'esprit, qu'un corpscorruptible intervient avec, adonques l'esprit et l'ame qui estoient un,sont dissociables du corps.
  LA TABLE des Ziruphs suivante (ce sont diversassemblemens de deux lettres, et les permutations qui peuvent estre de l'uneen l'autre) est extraite du Jezirah, et par nous inseree icy, pourmonstrer en premier lieu la grande antiquité des chiffres: En aprespour tousjours de plus en plus esclarcir ce que nous avons des-ja dit cydevant, que tous les artifices des chifres sont premierement venus desHebrieux: faire veoir outreplus que la premiere et seconde table des 46. et50. fueillets, quiconque en ayent esté les autheurs; et les autresencore des chiffres doubles et carrez qui se traicteront en leur lieu, ontesté empruntees de ces tables icy des Ziruphs. Surquoy ceuxqui seront soigneux d'un peu mediter à loisir, trouveront sans doubteplusieurs autres belles manieres d'escrire, que pour cause debriefveté nous laissons tout expres à leurs curieusesrecherches, et dexterité d'esprit: car c'est la vraye racine et lefondement <f 94r> de toutes les sortes de chiffres qui procedent parla voye des transpositions et commutations de lettres, simples ou doublesqu'il puissent estre: Mais elle n'est pas en sa Quadrature complette, ainsà demy tant seulement; à sçavoir la partie ducosté droit en tirant à gauche suivant la façond'escrire Hebraïque: ne du mesme ordre et suitte de lettres, que lesdeux dessusdites, ains d'une autre maniere d'accouplemens particuliere auxCabalistes, qui l'ont excogitee telle pour leur usage, tant àl'extraction des noms divins de certains lieux de l'escriture, que pourl'investigation et recherche du sens interne, couvert sous le contexteapparent et exterieur de la lettre. Pour exemple, le nom de [H]Mazpaz approprié au regne de David, dit Malchut, etpar consequent du Messihe; encore qu'il ne se trouve en l'escriture, est unchiffre neaumoins et symbole de l'ineffable quadrilettre [H] ;tiré de l' Ethbas, ou 22. et dernier alphabet des Ziruphs et commutations, comme vous pouvez voir icy, où le [H] Mem est mis pour le [H] Jod; [H] Tsaddi pour [H] He; [H]Pe pour [H] Vau; et [H] Tsaddi derechef pour [H] He. Et est ce mot composé de Maz, qui au 5. et6. ordre des conjugaisons des verbes Hebrieux, signifie, a Succéet esprint; ce qui convient au Malchut, le Sephirot ounumeration de la Lune, qui reçoit toutes les impressions d'enhault,pour les pressurer et espreindre audessous; et de Paz, qui en lapremiere conjugaison veult autant à dire que s'escrier et chanter dejoye; selon <f 94v> qu'il est escrit, Seigneur tu ouvriras meslevres, et ma bouche anoncera ta loüange; pseaume 51. Et on la 2.conjugaison il signifie faire une incision, ouvrir, separer, navrer,delivrer; Ego occidam, et ego viuere faciam etc. Deuteron. 32. Pourle regard donques du premier point, il ne faut que renverser lesaccouplemens, pour la rendre carree et complecte: comme de plaine entreeoù il y a Aleph et Lamed joints ensemble,tornez-les au rebours, et il y aura Lamed et Aleph; etainsi du reste suivant ce qui est escrit dans le JEZIRAH: Qua de reappendit literas Deus, et permutauit eas; Aleph cum omnibus, et omnes cum Aleph: Beth cum omnibus, et omnes cum Beth. et vers la fin: Omniafecit unum è regione alterius, Deus.
<f 95r> TABLE DES ZIRUPHS, OU COMMUTATIONSD'ALPHABETS.
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<f 95v>   OR pour le contentement et satisfaction de ceuxqui n'estans versez en l'Hebrieu, ne lairront desirer de cognoistre quel estcest ordre des Ziruphs, dont se descouvrent tant de beaux et raresmysteres, et aussi comme ils se peuvent accommoder pour servir aux chiffres,nous avons bien voulu en leur faveur representer icy au plus pres qu'il aesté possible la correspondance des lettres Hebraïques auxnostres, ce qui ne seroit possible de faire du tout, parce qu'ils en ont quenous n'avons pas; et nous d'autres en recompence qui ne leur sont point enusage: mais tant est que cecy servira aucunement pour leur faire apprehendercertaine ombre de la maniere dont elles se peuvent raporter les unes auxautres.
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  OUTREPLUS pour rendre la dessusdite table entiere et complecte,d'une nous en avons fait deux: dont ceste premiere suivante la represente:et l'autre d'apres est sa renversee: esquelles deux, selon la doubledimension de la superfice en longueur et largeur, sont parfaictes etaccomplies toutes les revolutions <f 96r> des Ziruph,Thmurah, et Ethbas; assavoir des accouplemens, metapheses, etorchemes ou transpositions, et saulx de lettres les unes és autres;dont la polygraphie de Tritheme, avec un si extreme labeur, etmultiplication inutile de rouës et expansions de tables directes etrenversees; et tant de sortes d'alphabets, n'en a sceu atteindre lamilliesme partie; car cela va comme en infiny, à cause de lamultiplicité de rencontres: et neaumoins tout cela vient às'effectuer de soymesme sans point de difficulté ny de peine,moiennant les quadratures et entrecroisemens d'alphabeths, en une table tantseulement.
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<f 97v>   AUMOIEN dequoy pour poursuivre tout d'une maince qui peult convenir aux chiffres carrez; et par un mesme expedientpenetrer au descouvrement de plusieurs tresexquis secrets de nature, par lavoye de la Ghematrie, ou arithmetique, et geometrie Cabalistiques, nousviendrons à examiner les principaux compartimens qui se peuvent faired'un d'iceux carrez, dont nous avons formé icy un alphabet de 27.caracteres, autant qu'il y a de lettres Hebraiques, y compris les cinqfinales; pour certaines commoditez de la philosophie Spagyrique que noustoucherons cy apres.
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  MAIS il y a d'autres choses à considerer en cescaracteres que pour s'en servir en un simple usage de chiffres; combien queceux qui y voudront mediter un peu <f 98r> attentivement, sepourront de là trasser à par-eux force desguisemensd'escriture secrete non à mespriser, dont je me deporteray de la plusgrand' part, attendu qu'elles se rapporterent toutes presqu'à cellesque nous traicterons en cest oeuvre. Et encore de là ont estéextraites tout-plein de sortes d'armoiries des plus grandes maisons de laChrestienté, pour appliquer en leurs escussons, ou escuts, comme onles appelle de ce mot Latin Scutum; plus loüables à laverite que les aigles, lyons, et semblables animaux ravissans et cruels,conformes au sanguinaire naturel de ceux qui les ont choisiz, se complaisansés choses qui symbolisent à leur humeur. La forme desquelsescuts n'estoit pas ronde ny ovale, ainsi qu'aux Grecs, aux Romains, etautres nations Ethniques, mesme aux Troyens de l'ancien siecle, selon Plineliv. 35. cha. 3. Scutis qualibus apud Troiam pugnatum est, continebanturimagines; ains d'un triangle equilateral, tant soit peu desguiséen le recourbant sur les flancs: non sans mystere comme je croy, ains pourdenoter la sacré-sainte TRINITE, et son equalité de personnes;l'un des principaux points, voire la base et le fondement de nostre foy; ourl'exaucement de laquelle les Chrestiens jadis, qui seuls ont autrefoisusé de ces escuts triangulaires, car il ne se trouve point nulle partque les Juifs ny Mahometistes s'en soient servis; souloient prendre lesarmes, et les emploier contre les infideles mescreans; et non pours'entre-courir suz, et deposseder tyranniquement l'un l'autre. Que la pointe<f 98v> d'iceux au reste fust droit en bas, et le chef àmont, cela procedoit en partie de la commodité qui est plus grandeen ceste sorte; en partie aussi pour signifier, que la divinitéestant estendue là haut en son Ensoph ou infinitude, sesinfluences viennent de là incessamment, tout ainsi que quelqueliqueur qu'on passe pour la clarifier par une chausse de feultre pointue,à degouter et couler à travers les cieux, et s'espandresuccessivement parmy le monde elementaire. Mais pour venir maintenant auxconsiderations de ces compartimens de quadrangles, en ce qu'ils peuventconcerner la philosophie Spagyrique, ce mot n'importe autre chose qu'uneseparation des parties de quelque corps mineral, vegetal, ou animal; et lareconjonction d'icelles apres leur parfaict et entier depurement; ce qui serapporte à ce que dés l'entree de ce traité aesté amené du Zohar, des deux sortes de sacrifices, dont celuydu soir; car Moyse commance par le Vespre, ainsi que nous faisons aussi entoutes nos veilles de festes; qui estoit dedié aux puissancesnocturnes, denote la separation, comme il est là dit; et ce enmontant contre-mont, par ce qu'elles sont au plus bas estage du monde qu'onappelle enfers, où consiste le feu obscur caligineux, dont le propreest de separer: et le sacrifice matutinal qui s'offroit à Dieu,source de toute lumiere et de vie, la reunion descendant en bas, d'autantqu'il est au plus hault sommet de la circonference, qui envelouppe touteschoses et soy-mesme encore, d'où le feu est reunissant, clair surtoute autre clarté, luisant sur toute autre <f 99r> lumiere;trop plus sans comparaison que n'est le Soleil au respect de quelquechassieuse lampe: et au reste immense par dessus toute la machine du mondesensible; plus assez aussi hors de toute mesure, que n'est le dixiesme cielpar dessus le globe de la terre, et de l'eau; lequel nonobstant qu'ilcontienne de cinq à six mille lieües de circuit par son grandcercle qui le partist en deux egalles moictiez, n'a toutesfois point deproportion envers seulement la sphere de Mars, ainsi qu'on peult appercevoirpar l'observation des Paralaxes. Voilà doncq les deux sacrificesrapportez aux deux regimes generaux de la philosophie Spagyrique, l'un deseparation au soir, et l'autre de reunion au matin; de divorce etreconciliation, de tristesse et de joye, la montee, et la descente; dontcell là denote les deux qualitez froid et humide, des deux moiensElemens liquides et mols, l'eau, et l'air; et ceste cy le chaud et le sec,des deux extremes feu et terre, en redevallant; que les PhilosophesChimiques appellent les durs et pierreux, comme nous dirons cy apres encore.Par ainsi la separation se fait en montant par subtiliation, rarefaction,dissolution, distillation et sublimation; comme quand la terre se transmueen eau, l'eau en air; et l'air en feu; tout par decuple proportion, selonTimee en son livre de l'ame du monde, mais plus distinctement Raymond Lulleen sa practique testamentaire: et la reunion au rebours en redescendant, parinspissation, condensation, descension, calcination, et fixation;<f 99v> ainsi que le feu fait en air, l'air en eau, l'eau en terre;ou tout doit finablement devenir et se rapporter en cest art; estant la mereet norrisse universelle de toutes choses, et treschere espouse du cielestellé, selon que le luy attribue Homere en son hymne: mais plusconvenamment à ce propos Hermes en sa table d'esmeraude, oùtous ces beaux secrets sont fort bien exprimez: Nutrix eius terra est.Vis eius integra est si versa fuerit in terram. Separabis terram ab igne;subtile à spisso. Suauiter cum magno ingenio ascendit à terrain caelum; iterúmque descendit in terram; et recipit vim superioriumet inferiorum. A quoy se rapporte pareillement la montee du Soleil surnostre Orizon, jusqu'à ce qu'il soit parvenu au meridian: et sadescente puis apres du midi jusqu'à la minuict, à la partiedu Septentrion, où finist la seconde veille et garde nocture,infestee comme nous avons dit cy devant des mauvaus esprits qui y regentent,souz Samaël, Tsaphon, et leurs adherans; car la troisiesmerecommance lors, qui est propice et favorable. Mais pour venir àdesduire toutes ces choses plus clairement, il faudra user de demonstrationsarithmeticales et geometriques: En quoy ces artifices ne procedent pas selonl'ordre, suitte et methode d'Euclide et autres semblables, dont lespropositions et maximes sont enchaisnees de telle sorte, qu'elles sepreuvent et verifient, voire naissent les unes des autres; trop bien s'ypeut on servir d'aucunes d'icelles, avec certaines proportions de nombresformels et rationels, et des figures<f 100r> y correspondentes; comme on peut veoir en ce carré,comparty et anatomisé selon qu'il a esté dit cy dessus.Laquelle voye pourra sembler non que nouvelle, ains quant et quant rude etgrossiere à quelques uns; toutes-fois non du tout si absurde qu'onn'en puisse obtenir son intention: car il y a divers moiens et manieres deproceder pour arriver à un mesme but, comme dit Geber; Multaesunt viae ad unum effectum, et unum intentum: Et les oustils desartisans, nonobstant qu'ils soient de diverses sortes, et les uns plusadroits et compendieux que les autres, ne laissent neantmoins de leurproduire un mesme effect.
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  CE CARRÉ donques est comparty en quatre autres moindrescarrez tous egaux, par les deux lignes marquees de rouge s'entrecroisantesà angles droits à travers le centre; et en autant de grandstriangles egaux entr'eux, et aux carrez, par deux autres lignes<f 100v> diagonales, qui passent pareillement par le centre,où est apposé le nombre de dix; pour autant que de toutesparts ceux qui sont marques sur les coings, et sur le milieu des costez seviennent rapporter à dix: comme celuy d'embas 1. et 2. qui font 3.avec l'autre d'enhaut 3. et 4. faisans 7. mis ensemble constituent dix; et5. et 5. des deux collateraux tout de mesme. Les deux lignes diagonalesaussi jointes ensemble, à sçavoir 1. et 3. faisans 4. et 2.et 4. six. Mais à fin de ne surcharger ceste figure par trops, donts'en ensuivroit de l'embarrassement et confusions qui y voudroit appliquertoutes les particularitez requises, il vaut mieux en dresser une tableà part; en laquelle se pourront plus distinctement discerner tous lesrapports et convenances de l'un à l'autre: esperant que cela amenerabeaucoup de lumiere à cest art vraye imitatrice de la nature; voirela plus ouverte revelation qu'on puisse avoir de ses secretes manieres deproceder; qui ne se peuvent mieux descouvrir sinon [G]; suivant cestemaxime de Geber, Compositionem rei aliquis scire non poterit, quidestructionem seu resolutionem illius ignorauerit.
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<f 101v>   J'AY mis au commencement de ceste table, les quatrepremiers nombres, pour principes de tout, comme representans àla verité les quatre Elemens, et reduits ensemble font dix; qui estla fin des nombres simples, et un passage aux composez, tout ainsi que ladixiesme Sphere, qu'on appelle le ciel empyree, l'est du monde sensible,à l'intelligible; lequel ciel est appellé le siege de ladivinité; et la terre son marchepied; Caelum sedes mea; terraautem scabellum pedum meorum, Isaie 66. OR que ces quatre premiersnombres soient la source et principe des autres, cela se peut verifier parles deux primitives reigles de l'Arithmetique vulgaire, assavoir l'addition,et multiplication; Cella là presupposant la substraction, sonrenvers; et l'autre la division: de sorte que les deux premiers 1. et 2.produisent 3. et 4. par ces deux reigles; par ce que 1. et 2. font 3. paraddition; et 2. fois 2. font quatre par multiplication. En apres 1. et 4.ou 2. et 3. font 5. par addition seulement: dont les deux premiers 1. et 4.representent les deux extremes de ce carré philosophique, ausquelsse rapportent la terre, et le feu, les deux extremes Elemens, costez par lesmesmes nombres: et les deux autres, 2. et 3. les deux Elemens moiens, eau,et air, cottez pareillement par le 2. et le 3. qui sont le premier pair etimpair:
Autres mysteres des nombres.
ce qui presupose la matiere denotee par le nombre pair, avoiresté en ordre avant la forme representee par l'impair; le Tohu, et Bohu: que met Moyse au commencement de Genese; lafemelle et le masle; de l'assemblement desquels<f 102r> deux viennent à se procreer toutes choses; etpourtant le cinq est dit des Pythagoriciens le nombre de mariage; ouquel onavoit accoustumé d'allumer 5. flambeaux selon Plutarque en la secondequestion Romaine: il est attribué aussi par les mesme à lajustice et equité par ce qu'il partist le dix en deux moitiez toutesegales: et de fait assemblez les deux nombrea l'un d'audessus de luy, etl'autre au dessouz, s'ils sont bien ordonnément arrengez, en uncercle divisé par cinq diametres, vous rencontrerez tousjours dix;comme 5. et 5. en apres 6. et 4. plus 7. et 3. Item 8 et 2. et finablement9. et 1. qui est ce qu'a voulu tacitement inferer le Comte Pic de la Mirandeen la 68. de ses propositions Cabaliques: Qui sciuerit quid sit Denariusin Arithmetica formali, et cognouerit naturam primi numeri sphaerici, scietillud quod ego adhuc apud aliquem Cabalistam non legi; et est quod sitfundamentum secreti magni Jobilaei in Cabala. Lequel premier nombrespherique ou circulaire est le cinq, comme nous l'avons touché cydevant: et est denoté par la cinquiesme lettre de l'alphabetHebraïque [H] He, redoublée au grand tetragrammaton [H]; qui depuis en la loy de grace a esté amplifié auQuinaire JESUS par l'adjoustement de la lettre [H] Schin, S. quiest le symbole de la nature humaine, et de la misericorde de Dieu. Le sixest composé par l'addition de 2. et de 4. et par la multiplicationde 2. et de 3. estant dit le nombre de perfection, par ce qu'il n'y a queluy seul qui resulte de la composition de ses parties, sans <f 102v>aucune defectuosité ny excez; car sa moitié 3. sa tiercepartie 2. et sa sixiesme 1. le constituent justement; ce qui n'advient pointainsi à nul autre des simples, comme au huict, dont la moitié4. sa quarte partie 2. et sa huitiesme, 1. ne font que sept: parquoy le sixest attribué à l'engendrement, d'autant qu'il s'engendre etconçoit soy-mesme: tellement que non sans mystere Moyse en lafabrication du monde commence par un mot de six lettres Bresit, etle met avoir esté creé avec toutes les choses y contenues ensix journees; puis en la septiesme Dieu se reposant regarda tout ce qu'ilavoit fait, qui estoit tresbon, et tresbeau; et ainsi les cieux et la terrefurent parfaits, avecques tous leurs ornemens; par le sainct et sacréTERNAIRE: qui ne sçauroit mieux se representer que par la figure desix points arrengez en forme de triangle, contenant trois d'iceux de quelquecosté qu'on le puisse prendre; si qu'encor qu'ils soient six, ils nesemblent neantmoins estre que trois: et d'autre-part paroissent neuf, parce qu'il y a trois costez, chacun de trois points ou dimensions faisansneuf, qui est le carré du ternaire de ce triangle. Outre plus lesommet est un qui denote le PERE; le milieu deux, quo sont ses deuxemanations; et la base trois, pour monstrer que toute la fabrique du mondeest procedee de ces trois personnes unies en une seule Essence, qui est sonsommet, dont tout procede, et où tout revient, comme au premierexemplaire, forme et idee; de laquelle la premiere issuë adextra, est par le binaire, qui represente <f 103r> la matiere.Car de tous costez ce triangle est tousjours egal: et le ternaire en iceluypar le binaire tend à l'unité: estant finablement en forme dePyramide, attribuee au feu, qui est l'un des symboles de la divinité.LE SEPT est produit par la seule addition de 3. et de 4. tellement qu'il estappellé sterile et infecond; et pour ceste cause dediéà Pallas tousjours vierge; et attribué au monde Celeste, commenous avons desja dit cy devant. Et parce qu'il symbolise à l'ame dela part du trois; et au corps de la part du quatre, qui sont les deuxparties de l'homme, Virgile introduit Enee exclamant en son naufrage, O térque quatérque beati! pour une beatitude complette.Il est aussi appellé le nombre de repos, pour raison que Dieu sereposa le septiesme jour: A l'exemple dequoy auroient esté ordonnezen l'ancienne loy, trois especes de Sabbats; l'un toutes les sepmaines,l'autre de sept en sept ans, et le troisiesme au bout de sept septenairesd'annees, qui estoit le grand Jubilé. LE HUICT provient de la seulemultiplication de 4. et de 2. dont il est le Cube; et le premier Cube detous les autres; parquoy il est appellé le nombre de plenitude,pource qu'on ne peult aller plus avant que luy; assavoir quand un nombre,ou une figure sont parvenus à leur triple dimention, de longueur,largeur, profondeur. Finablement le 9. provient assi de la seulemultiplication carree du 3. Voilà comment les quatre premiers nombresqui constituent le dix, representant tout l'univers, sont par consequant lesprincipes de toutes choses.
<f 103v>   CELA PREMIS la premiere division du carréen deux moitiez par la ligne transversale, nous monstrera l'une descombinations des Elemens deux à deux, entant qu'ils conviennent enl'une des deux qualitez, dont il y en a une qui leur est propre etessentielle, comme le sec à la terre; et l'autre associee etintervenante, assavoir le froid, qui est le propre de l'eau, et son associeel'humide, propre à l'air; duquel l'associee est le chaud; qui est lapropre qualité du feu, et son associee le sec, par le moien duquelil se va rejoindre avecques la terre; car les Elemens sont circulaires,comme nous avons dit ailleurs apres Hermes: pour le moins il sontcirculairement convertibles, selon que dit le Philosophe. La partie d'enhautdonques consistant d'air et de feu, est appellee de Moyse le ciel et celled'embas la terre; In principio creauit Deus caelum et terrem: etd'Hermes le haut et le bas; Quod est superius, est sicut quod estinferius, et è converso: et des autres Philosophes Chimiquesl'esprit, et le corps: à quoy se rapporteront aussi toutes lessubstances contenues en la precedente table selon qu'elles y sontarrengees.
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<f 104r>   MAIS en cest endroit il ne faut pas prendre cesquatre substances cruement à la lettre pour les communes etvulgaires, ains celles dont tous les composez d'icy bas consistent, qui seresolvent en icelles: car telle que se trouve la resolution d'une chose,telle sans doute fut premierement sa composition; que nous ne pouvons pascognoistre, fors par son evisceration et renversement, comme mettent lesPythagoriciens: Singula haec nostra ratio disputat per itercompositionis et resolutionis, ultro citro; susque deque gradiens. Etde faict bruslez du bois ou quelque autre chose surquoy le feu puisse mordreet avoir action; ou bien pour plus le distinctement observer, mettez la enun alembic ou cornue; premierement vous verrez partir la substance aqueuse,qui se resouldra en eau dedans le recipient, ou bien s'evaporera enfumée: puis sort un huille adustible de nature de soulphre, qui estcelle qui cause la flamme. Ces deux substances separees totalement,resteront les cendres, dont en faisant comme une lexive avec de l'eausimple, vous extrairez le sel; lequel du tout tiré dehors, il vousrestera une terre privée de ses esprits, laquelle fort facilement seconvertira en verre; ainsi que le tesmoigne le mesme Geber, Omnepriuatum propria humiditate nullam nisi vitrificatoriam praestatfusionem: mais cela se peut veoir par une experience fort legiere sansdavantage s'amuser à le prouver avec raisons. Par ainsi le verre estune substance despouillee de tous ses esprits corruptibles; fixe etpermanente encontre tous les efforts <f 104v> du feu, air, eteau;
La terre vierge.
et la terre vierge et pure, suivant ce que dit Raymond Lulle en sonrestament; In centro omnium rerum in est quaedam terra virgo; laquelle a esté extraite de ses feces et impuritez qui la couvroientà guise d'un triple enveloppement, so qu'elle ne se pouvoit pasmanifester à noz sens, tout ainsi que la divinité renclosededans les attributions et mesures des dix Sephiroths: dequoy apresle Zohar, s'est voulu aucunement approcher Postelle au premier livre de laConcorde du monde, chap. 5. où il dit; Cineres esse terramsinceram fatentur philosophi. mais de cecy plus amplement cy apresencore sur le propos du sel:
Le sel de quatre natures selon les 4. Elemens, dont il est commele principal receptacle.
Lequel est au reste de quatre natures, qui symbolisent aux quatreElemens, et quatre substances elementaires dessusdites; assavoir le selcommun dont nous usons en nostre manger, à la terre, et au sel yassocié, estant fixe et incombustible: le sel armoniac qui s'envollebien du feu mais pourtant ne se brusle pas, à l'eau, et au Mercureou argent vif qui est de sa nature: le salpetre, au soulphre; car ils sonttous deux adustibles: et finablement le sel alcali au verre, qui en procede;car de toutes choses qui sont bruslees en vaisseau ouvert avec ladisperdition de leurs esprits, les cendres s'en convertissent en un verremort; lequel n'est pas toutesfois celuy que nous avons appellé cydessus la terre vierge pure et sincere: là ou si ceste separation sefait en vaisseau si bien clos qu'il ne puisse aucunement respirer; et commedit Geber au chap. de la calcination en sa somme, Modus calcinationisspirituum fit in <f 105r> vase undique clauso; Ne aersubintrans inflammationem praestet, dit Raymond Lulle en son derniertestament; Et spiritus dispergantur per aera; quod quaeritur enim nonfieret; selon le philosophe Alphide, le sel qui s'extraira des cendresapres sa complecte calcination conservative de l'humidité radicale;si c'est de quelque puissant vegetal, qui ne se dissipe pas de legier, commepourroit estre de la menthe, saulge, melisse, marjolaine, et pareillesherbes, estant semé produira son semblable, tout ainsi que sa propresemence, et commes s'il n'avoit point senty le feu; lequel par cesteexperience nous voyons n'exterminer pas les formes intrinseques des composezelementaires qui leur sont transmises du ciel; et au ciel, des Idees dumonde intelligible, qui est l'archetype, et premier exemplaire de touteschoses. Au surplus qu'icy l'or qui est le vray soulphre incombustible, soitassocié avec le verre, entre lesquelles deux substances il sembleroitde prime face y avoir si peu d'affinité, ce n'est pas sans cause; parce qu'elles sont comme pararelles l'une à l'autre, et conformes enbeaucoup de choses; en ce mesmement qu'elles sont la derniere fin desactions, l'un de la nature, et l'autre de l'art: l'or assavoir estantproduit du Soleil, qui est le vray instrument de nature; et le verre du feu,dont dependent tous les principaux artifices de l'homme; car en la derniereresolution de toutes choses qui se fait par l'action du feu, se trouve del'or, selon le plus et le moins, et du verre pareillement; ainsi que nousl'avons discouru plus aplain sur <f 105v> les tableaux dePhilostrate. En apres l'un et l'autre sont entierement incombustibles etinexterminables, quand ils sont conduits au dernier degré de leurparfaite depuration: parquoy ce n'est pas en vain ny à la volee s'ilssont mis au haut de ceste figure en la partie celeste, comme symbolisansavec le ciel, pour raison de leur incorruptibilité permanente: AussiJob au 28. n'a point differé de les accoupler par ensemble; Nonadaequabitur sapientiae aurum vel vitrum; par où il appert assezqu'il les met là pour les deux plus parfaites substances de toutesautres. Mais l'Apocalypse en deux endroits du 21. chap. plusparticulierement encore: [G] La cité, dit-il, de laceleste Jerusalem estoit un or pur et fin, ressemblant à du verrepur. Et un peu plus outre, [G]: la place de la cité estoitd'or pur et net, comme du verre transparent. Soubs quoy gisent cachezde fort beaux secrets et mysteres, tout ainsi que dessouz la couverture d'unchiffre quelque sens de grande importance.
  CE COSTE outre plus du carré 1. et 2. nous monstre lepremier congellement du Mercure, moiennant la vapeur du [X] qui lemortifie; et l'introduction spirituelle du soulphre incombustible,caché dedans la salsuginosité vitriolique, qui est rembarreeau profond de ses Elemens avec le verre, si qu'elle ne sort en evidence parles separations du feu, sinon que la troisiesme en ordre, en laissant leverre qui se demesle puis apres des finales impuritez de la terre<f 106r> morte par reiteration de lavemens, et la forte expressiondu feu: et de ce soulphre parle Geber au 28. de sa Somme, où il lenomme en termes expres, lumiere, alum, et teinture; car le vittriolest d'une nature participante d'un costé des selz et alums, et del'autre des soulphres, comme on peut veoir bien aiséement en saseparation de substances: dont rien ne peut, dit Georges Riplai Angloisphilosophe non impertinant en sa pupille d'Alchimie, extraire la teinturereelle du vittriol, et la separer de ses deux extremitez terre et eau, forsle seul Mercure; tout ainsi qu'il n'y a que l'Abeille qui puisse succer laliqueur emprainte dedans la rosee des fleurs, pour en elabourer le miel. Etainsi se parfait le premier assemblement de ces deux esprits; Quorumunum sine altero nihil agit, nec esse potest; au 3. chap. del'Investigation Geberique; le soulphre, autrement appellé Adamou terre rougeastre, tenant lieu du masle, et comme de la presure aucaillé; aussi est il cotté en la figure par le nombre impair,qui le designe, comme le pair fait la femelle, qui est en cest endroit leMercure, et le lait, lequel se produit tant seulement és femelles,et nompas és masles. Et tout ainsi qu'en la generation de lacreature, la semence de l'homme n'intervient qu'en lieu de forme et vertuagente; là où celle de la femme sert de matiere, recevantl'autre dedans soy pour y estre corrompue et putrefiee à nouvellegeneration, tout ainsi que le germe du grain dans sa propre terre qui luysert de putrefaction et de nourriture au commencement; aussi ceste substance<f 106v> cristaline exaltee par sublimation, et blanche par dessusla nege, contient occultement en soy la semence soulphreuse, rouge commeescarlate; selon qu'il est dit en la Turbe; Mirati sunt philosophirubedinem in tanta albedine existere: Appellee au reste selanimeé, eau vive, eau seche, et eau congellee: dont se peut entendrece qui est allegué de Moyse Egyptien au 2. liv. de son directeur,chap. 31. Diuisit Deus lumen et tenebras; Et aquas ab aquis: quaequidemdiuisio est secundum formam materialem, et firmamentum ipsum ex aquisfactum; sicut sapientes dixerunt; CONGELATA EST GUTTA MEDIA. Voiladonques une partie de ce que nous demonstre ce costé d'embas; avecplusieurs autres secrets, qui voudra examiner de plus prez les substancesqui y sont opposees respectivement; car de cela s'en pourront tirer de fortbeaux. AU REGARD de celuy d'enhault cotté 3. et 4. tout ainsi qu'auprecedant on passe de la noirceur de la terre à la blancheur del'eau, selon les quatre principales couleurs de cest art apposees en lafigure; de mesme on passe icy de la citrinité de l'air laquelle esten l'or, à son accomply rougissement et teinture, à quoy l'artle peut bien conduire et hausser, qui commence son oeuvre, où lanature acheve le sien: car le jaune citrin qu'on appelle autrementorengé, n'est autre chose qu'une moienne disposition entre le blancet le rouge, selon le dessusdit Geber au 60. de sa somme; Citrinitas nonest aliud, quàm determinata rubei et albi proportio: et qu'onle peut veoir par experience, destrempant <f 107r> du saffran ou dusang avec de l'eau, ou broyant du vermeillon avec de la croye. Lesquelrougissement de l'or non sans bonnes erres, je ne feindrois point de prendrepour le Casmal mentionné au premier chap. d'Ezechiel, queS. Jerosme a tourné en Latin Electrum; toutesfois RabbiSelomo tres-sçavant docteur Juif, qui devoit bien entendre la langueHebraïque, advouë en cest endroit de ses commentaires, nesçavoir bonnement ce que c'est; ou verre, ou esmail, ou quelquealliement de metaulx, ou quelque autre composition artificielle:
Rabi Selomo; touchant le Chasmal d'Ezechiel.
Trop bien,
dit-il, [H] Chasmal est le nom d'un Ange, de lacouleur que le Prophete le vit au milieu, ou du dedans du feu: Chose quiadvint, ainsi que nos maistres tesmoignent, à un jeune homme curieuxen l'oeuvre du Merchava, ou throne de Dieu, faict à guised'un chariot: là où considerant ce Chasmal, soudainil en sortit un feu qui le consuma. Il y en a d'autres qui veullent ce motlà estre composé de deux dictions: Car aiant un jouresté enquis Rabbi Jehuda, quelle chose estoit ce Chasmal, il fit responce, que [H] Chaioth Esch Memalleloth, comme quidiroit animaux feu-parlants: lesquels ainsi qu'il est repeté auThalmud, par fois se taisent et par fois parlent; Pourtant que lors que laparole sort de la bouche de Dieu, ils se taisent; et quant il se taist, ilsprennent la parole à leur tour; c'est à dire qu'ils celebrentet loüent Dieu. Au moien dequoy il est convenable ( poursuit lemesme Rabbi Selomo) que ce Chasmal soit un nom aprochant de la couleuret lustre de feu; Parce que le Prophete dit au premier chap.<f 107v> et 8. qu'il sortit du milieu du feu, en guise d'unoeil estincellant, ayant la splendeur de Chasmal, ainsi qu'unaspect du feu audedans de luy tout autour. A ce mesme propos dit BaalAruc, que ce sont deux dictions accouplees en un seul mot, qui signifientTaire et parler: Car quand la parole sort de devant Dieu, [H] Chasoth, elles se taisent: et telle fois est que [H]Memalleloth schir bechoz, elles prononcent un cantique de force,suivant ce qui est escrit Ghoz vecheduah bimmecomo, Force et allegresseen son lieu. Mais David Chimhi, tant en son Miclol, qu'en sescommentaires, adjouxte que quelques docteurs ont tenu que ce fust Notariaconde ce mot Chasmal, c'est à dire que chaque lettre ou syllabeemporte une diction entiere; si que le [H] Cheth, signifiast [H]Chaioth, animaux: le [H] Shin, [H] Esch, feu: et [H] mal [H] Memalleloth, parlants: le tout assemblé,animaux feu-parlants. Car les Cabalistes traictans de la Ierarchieet ordre des anges, leur donnent d'autres noms et distinctions, que ne faictS. Denis; mettans au premier les [H] Chasmalim, comme qui diroitparlans à par-eux, quand on murmure entre ses dents; ou bruist toutbas, en façon de quelque petite mouche debile; ce qui s'aproche dece mystere [H] kol demamah, un murmure bas, tintant sourdement devois de silence, en laquelle estoit Dieu, quand il passa devant Elie au 3.des Rois 19. Qu'Eliphaz dedans le 4. de Job appelle les veines dususurrement de l'occulte parole, que son oreille <f 108r> receutpresqu'ainsi qu'à la desrobbee: Porrò ad me dictum estverbum absconditum, et quasi furtiuè suscepit auris mea venassusurrii eius. En toutes lesquelles choses, et les pluspart encore desprincipales de cest ouvrage, je serois d'un naturel trop ingrat etmescognoissant, si je taisois en cest endroit puis qu'il vient àpropos, combien j'ay esté assisté, secourur, etredressé d'une des plus claires lumieres de nostre siecle, celapuis-je dire sans offence ne reclamation de personne, en toutes sortes debonnes lettres et disciplines; et tresparfaicte cognoissance des languesHebraïque, Chaldee, Syriaque, Arabesque et Grecque, monsieur Genebrarddocteur en Theologie, et lecteur du Roy en Hebrieu; dont la sainctereformation de vie; tant de doctes escrits emanez de luy, n'estant encoretoutesfois qu'en la fleur de son âge; ensemble ses assiduellespredications et lectures, celebrent trop mieux les loüanges qu'on neles sçauroit exprimer: et enapres du jeune Sieur de la Boderie,Nicolas le Feure frere de Guy, ces deux freres tant renommez ésmesmes langues, et doctrines; et assez cogneuz par leurs oeuvres; Parquoynon à tort admirez de beaucoup de gens, mais leurs merites malrecongneuz. CE CHASMAL au reste ne peult estre le Succinum ouambre jaulne appellé des Grecs [G], que Servius sur le 8. del'Eneide interprete pour un alliage de trois parts d'or avec une d'argent;enquoy il n'y a aucune apparence, selon le contexte mesme de ce Prophete:Parquoy mieux aucunement <f 108v> auroit dit Isodore; Pyropumautem igneus color vocauit: Nam in singulis aeris unciis, additis scrupulissenis auri praetenui lamina ignescit, et flammas imitatur: Qui est laquarte partie d'or meslé au cuyvre: voulant sans doute entendre deces fueilles qu'on met soubs les rubiz, saphirs, esmerauldres.
L'artifice des fueilles de pierreries.
Mais il n'a pas tout expliqué, si au moins il en a cogneul'artifice; car il fault de l'argent quant et les deux autres, par diversesproportions, selon les pierreries qu'on veult enchasser: dont celles desrubiz consistent de cinq parts d'or, quatre d'argent, et quatre et demy defin cuyvre rouge: qu'on fond et mesle bien ensemble; Puis on bat le lingot,en le recuisant souvent de peur qu'il ne se rompe ou esclatte; tant qu'onl'estend aussi subtil comme une peau de parchemin; mais il se fault biengarder de l'esteindre en ces recuissons dans de l'eau, ains le laisserà chaque fois fort bien refroidir à par soy: et finalement leracler avec un rasouer, pour parer les inegalitez qui y pourroient estre;et le lustrer, pollir et recuire tout doulcement avec une grand' patience,pour luy donner le lustre et la splendeur qu'il y a. Et certes il seroitbien malaisé de veoir rien de plus gay ny de plus granderesjouïssance à nostre oeil, fussent les pierreries mesmes lesplus naifves; ne qui plus aproche de cest description du Prophete. Car enpremier lieu il racompte; Qu'il y avoit une grande resplendissance autourdu tourbillon qu'il vit en sa vision; et du milieu d'iceluy comme unemaniere d'Electre; c'est à dire du milieu du feu. En apres:<f 109r> Que les estincelles ressembloient à l'esclat d'uncuyvre embrasé. Et derechef; Que la semblance des animaux, etleur regard, estoient tout ainsi que charbons ardens, et la lumiere deplusieurs lampes. Puis vers la fin: Et je viz (dit-il) commeune maniere presque d'Electre; et ainsi qu'un aspect de feu par dedans, toutautour de luy; Et comme une espece de feu resplendissant à l'environ,à guise de ce qu'on voit l'arc au ciel en une nuee par un jourpluvieux. Toutes lesquelles particularitez se conforment àl'artifice qui se faict en l'or, doublement:
Deux manieres de proceder au Chasmal ou Electre.
l'un en nature de metal, et l'autre de vitrification. Au premier lonpeult proceder par trois voyes: l'une en fondant de l'or avec son doublepoix de fin cuivre; puis les reduisant par la tranchefile en subtileslamines comme papier; et les cimenter pas 40. ou 50. heures, à fortgrand feu, lict sur lict, avec un ciment royal faict de bricques et de selcommun, de vittriol rubefié, et de verd de gris, et un peu de selarmoniac; le tout arrousé de fort vinaigre. Tout le corps du cuyvres'esvanouist en cest examen, mais son soulphre incombustible et teinturedemeurent imprimez en la substance de l'or; Cum à cuproextrahatur sulphur mundissimum tingens et fixum; met Geber au 18. chap.des fourneaux: Si qu'à la huict ou dixiesme reiteration, adjouxtanttousjours nouvelles estoffes, tant du cuyvre que du ciment, il devient plusrouge que sang; avec un esclat metallique, de ceste plaisanlueur doree quiflamboye à travers la rougeur, tout ainsi que quand avec de la laque,une couleur <f 109v> fort cramoisie qui n'a point de corps, ains esttransparente, comme aussi est le verd de vessie, dont on glace quelquepeinture, ou autre ouvrage enduit de fueilles d'or par dessus. L'autremaniere de rougir l'or, est de le fondre comme devant, avec autant de cuyvreou quelque peu plus; et jecter leur poix de soulphre vif dessus, le remuantavec une verge de fer: Puis verser le tout en un mortier de bronze,là où estant recueilly, tout le cuivre bruslé àguise d' aes ustum, se renge tout autour par dehors, l'or demeurantenclose au milieu tout ainsi qu'un noyau d'abricot ou de pesche, ethaulsé de couleur: il ne fault puisapres que reiterer comme auprecedant. La trosiesme est de fondre l'or avec quatre ou conq partiesd'anthimoine, qu'on chasse à grand feu de soufflets, tant qu'il n'ydemeure que l'or; et reiterer par six ou sept fois: Une partie de cest ordorera plus que trois d'un autre, et bien plus vermeil comme on l'appelle:et meslé avec son poix d'argent preparé, le haulse sans doubteà vingt ou vingt deux caracts, selon qu'il est plus ou moinscoloré; mais ceste graduation et teinture ne persiste pas ésfusions, ains s'en va toute à la 3. Trop bien est cest or trespropreà faire les fueilles des pierreries; mesmement si le cuyvre estlavé avec l'argent vif selon l'art, en les amalgament par le moiend'un peu d'eau fort, et le lavant par plusieurs fois avec du vinaigre et dusel; puis avec de l'eau chaulde; car par ce moien la plus-part des impuritezse separent du cuyvre; Argentum viuum enim quod suae<f 110r> naturae est retinet, dit Geber, alienumrespuens, et igni exponens. Il se peut faire aussi de cest or desouvrages d'orfaiverie fort plaisans à l'oeil, beaucoup plus sanscomparaison que du vierge, lequel n'a point encore senty le feu, parquoy lesGrecs le nomment [G]; et des couppes avec, non de peu decommodité pour les princes et grands seigneurs; parce que soudain ilmanifesteroit tant soit peu de venin ou poison que tant seulement on encuideroit aprocher; à cause de l'esprit du cuyvre y introduit; quin'est au reste ny fetide ny de mauvais goust ou odeur en aucune sorte,nomplus que l'or; lequel seul en son naturel, ne se fait que mocquer deschoses le plus corrosives.
La vitrification du Chasmal, ou Rouge clair.
  RESTE l'artifice de verre du Chasmal, qui ne peultcertes estre autre chose que l'esmail tant celebre qu'on appelle le rougeclair, dont l'invention est pieça perdue, si elle n'a estéredressee puis peu de jours; tant nous sommes nonchaillans et avaricieuxés choses où nous le devrions le moins estre. Ce rouge clairdonques, dequoy nous avons serné quelques traicts en Philostrate surle tableau des bestes noires; et encore ne le donnerons-nous pas icy toutmasché, et en paroles manifestes, sans quelque petite reservation;se faict d'or calciné avec de l'eau fort; et de làtraicté comme il appartient, avec du sel, tant qu'il soit rendu enpouldre impalpable. Adjouxtez y lors du soulphre le double ou triple de sonpoix, avec de l'eau ardente bien affinee; et mettez le feu: y adjouxtant deladite eau et du soulphre, par l'espace <f 110v> d'un bon quartd'heure. En cela se practique et descouvre ce que Geber aiant dit toutapertement mot pour mot, au 96 de sa Somme, fort peu de gens y ont prisgarde; Sol quidem rubeum clarum ex sulphuris adustione protendit. Puis on incorpore ceste chaulx ainsi preparee avec de l' aes ustum, et de lorpiment reduit en rubiz, à forte et soudaine expression defeu; et du Mercure precipité, tant que de sa nature volatilespirituelle il soit rendu fixe; car sans cela il ne se pourroit pasvitrifier, suivant ce que dit le mesme Geber au 52. chap. Spiritus quimagis naturam seruauit spiritus magis à vitrificatione defendet Puis finablement mesler le tout par certains proportions avec du verrecristallin, bien depuré par du minium ou chaulx rouge deplomb: et descuire cela au four des verriers si long temps, que cestecomposition qui premierement apparoistra noie, et puis se deschargera peuà peu, se reduise à une tresparfaicte couleurRouge-claire.
Autre vitrification du Chasmal.
  L'AUTRE maniere de la vitrification du Chasmal, aproche plus de la couleur de l'electre ou ambre jaulne, sinon qu'il tired'avantage sur la Jacynthe: mais en cest endroit il fault estre adverty, quece n'est pas ceste couleur hyacinthine, qui dans le Pentatheuque, et partout ailleurs és Prophetes, est mise pour la Saphirienne de bleuturquin ou celeste qui est un peu plus dechargé. Ceste vitrificationdonques se faict du plomb seul à forte expression de feu desoufflets; car finablement il se couvre comme d'un huille, qui estantrefroidy se reduit en certaine gomme jaulne orengee, transparente<f 111r> comme du verre, et de fort tendre fusion; mais ellene s'evapore plus au feu, ains y est fixe et permanente, et tousjours s'yaffine tant plus à guise du verre; et tire la teinture de tous lesmetaulx qui y sont meslez: toutesfois elle se reduit lors en une maniered'esmail sombre et opaque; lequel se dissoult dans le vinaigredistillé, en la couleur particuliere du metal dont elle est animee:ainsi que de l'argent et estaing, en du jaulne paille: de plomb, en ce queles Grecs appellent [G], les Hebrieux [H] Jaroch, jaulneverdoyant, ou verd d'oye: le cuyvre fait un verd à pair d'esmeraulde:le fer plus rouge que sang: et l'or, couleur de Jacynthe. Le dissolvant,assavoir le vinaigre, en estant separé par une legiere evaporation;et la gomme qui reste mise en une petite cornue bien luttee avecques sonrecipient, s'en distille une grosse fumee blanche et espoisse, froide commeun glaçon au toucher; qui finablement se reduit en huilletres-odorant, de la couleur du metal dont elle est partie, aiant lesfacultez et vertuz d'iceluy expliquees en nature vegetative. Que si onvouloit alleguer qu'il y aura tousjours du plomb meslé parmy, et enplus grande quantité; on peult respondre en premier lieu, que leplomb est de la proprieté du mercure, de se convertir en ce qui luyest appliqué; comme on peult veoir en cecy par le goust, odeur, etcouleur, les trois esprits de tous simples, qui se reçoiventlà dedans, tout ainsi qu'en de l'eau commune, qui n'a aucunequalité de soy dont elle est dicte<f 111v> des Grecs [G], celles de tout ce qu'on y decuit.Enapres on peult faire qu'il n'y aura point de plomb du tout: car prenezhuit pars de cette vitrification de plomb, et adjouxtez y en une d'or, ouautre tel metal calciné que voudrez; et cuisez en four de verrier,ou autre de reverberation par deux jours: mectez y derechef la huictiesmepartie d'or, et cuisez; reiterant tousjours ainsi la huictiesme partie: etquand ils seront par portion egalle, ce qui adviendra à la huictiesmereiteration, ne prenez que la moictié de la masse, et y adjouxtez lehuictiesme d'or: faisant ainsi, à la 30. ou quarantiesme reiteration,il n'y aura plus que de l'or; lequel estant par ce moien reduit envitrification dissoluble, se resoult puisapres luy mesme par la voye qu'onappelle de fermentation, ny plus ny moins que le levain leve et aigrist sapaste propre dont il est yssu; ou le vinaigre le vin droict et entier en sanature; suivant le dire de Rhases, Prout mutatur, mutat. Tout cecyn'ont point ignoré Calid fils de Jazichi, Rachadibi, Veradian, etChanid, philosophes Perses; ny pareillement Rhodian en son traictédes trois paroles; bien qu'ensevely en des tenebres Cimmeriennes: mutatur spiritus iste fumosus, aquosus et adustiuus, (entendant deceluy-du plomb) in nobilissimum corpus (pour raison qu'il est fixe) et non fugit amplius ab igne, sed currit ut oleum; etc. Et a sonimitation un petit livret ancien en ryme Françoise, intituléLa fontaine des amoureux de science, non à rejecter:
  <f 112r> Avoir par chaleur on prochasse
  Graisse qui luy couvre la face.
Des Prophetes et de leurs escrits depend la vraye cognoissance detoutes choses.
  OR j'ay insisté en ce Chasmal ainsi longuementtout exprez, pour monstrer que c'est aux Prophetes qu'il faut recourir pourrencontrer les vrayes sources de toutes les philosophies et occultessciences; parce qu'ils lisoient (dit S. Augustin au premier du liberalarbitre) dans le livre de vie; au moien dequoy Eusebe en sa preparationEvangelique, non tant seulement les prefere aux Grecs, ains les simplesmesmes Theologiens Hebrieux; à comparaison desquels (ce dit-il) lesautres, bien que pour leur regard entr'eux il y ait de tres-excellens, voireadmirables personnages, pour une superficielle subtilitéd'entendement, paroissent fort peu neaumoins quant au fonds solide, tel queceluy sur lequel estoient posees et establies les visions des Prophetes,regardans sans aucun destourbier ny empeschement, comme en un mirouërbien certain, le premier exemplaire et original de toutes les chosescreées en leur reelle et vraye existence; là où toutesles ratiocinations des naturalistes dependent des sens corporels, laplus-part du temps incertains et trompeurs. Ce qui auroit meu Democrite, demettre en jeu certain profond puits, où il disoit la veritéestre cachee; ne s'esloignant pas beaucoup de Jeremie, lequel au chap. 2.introduit Dieu se complaignant des Israëlites qui l'avoientdelaissé, luy qui estoit la vraye et pure source d'eau vive, pour secreuser des cisternes esventees et dementies, ne pouvans<f 112v> retenir les eaux. Car tout ainsi que la terre des vivantsest au monde intelligible, de mesme y sont aussi les eaux vives; dont sedoivent entendre ces deux passages du Levitique 14. et 15. In aquisviuentibus; comme le demonstre assez le Sauveur par tout le 4. de S.Jean; au moien dequoy il est dit en Isaye 49. pour une des benedictions dupeuple de Dieu, Ad fontes aquarum potabit eos. Les prophetesdonques sont la vraye source où l'on doit puiser tout ce qui se peutsçavoir et cognoistre, non seulement pour le simple salut de noz amesdedans le monde intelligible, où est estably le siege de ladivinité, mais le sensible aussi, touchant les secrets de nature,tant au ciel, qu'és quatre Elemens: Car l'esprit des prophetes estantravy et transporté hors de leur caisse corporelle jusques devant lethrone de Dieu, que l'Apostre appelle le troisiesme ciel, autrement letroisiesme monde ou l'intelligible, ils voient là tout apertement etsans aucun voile les Idees, et premiers exemplaires de toutes choses, plusparfaits en Dieu dont ils procedent qu'ils ne sont en eux mesmes, surlesquels elles ont esté comme pochees et empraintes: et pourtant leurrapport en est plus certain, que noz conjectures telles quelles par lenaturel discours de raison, qui se m'esconte le plus souvent, pour dependredu sens animal: A quoy se conforme l'Apostre en la premiere aux Corinth. 2. Spiritualis homo omnia iudicat; et nompas l'homme corporel: et celase fait ou par une vision en veillant, reellement apparente, et familierecollocution face à face, <f 113r> telle qui intervintà Moyse avec Dieu: ou totalement endormis, et en songe, qu'Orphee enson hymne dit estre celuy qui durant leur sommeil descouvre aux humains lesprojets des dieux bien-heureux, et sans parler leur annonce tacitement leschoses futures: Homere l'appelle Ange ou messager du grand Dieu Jupiter:à quoy convient ce que met le Zohar, qu'aux mechantes ames pendantle dormir du corps se presentent plusieurs visions de mauvaise et hideusefigure; mais qu'aux bien disposees, Dieu parle mesme quelque fois, comme ilest escrit é Nombres 12. In visione apparebo ei; vel per somniumloquar ad illum. Et encores en sommeillant, qui est une moiennedisposition entre le dormir et veiller, que les Hebrieux appellent [H]Tardemah, et les Grecs [G], car ce qui apparoist en dormant ilsle nomment [G]: S. Jerosme la ordinairement traduit sopor; comme en Genese 15. Sopor irruit super Abram: et au 4. et 33. deJob. In horrore visionis nocturnae quando sopor solet occupare homines,pauor tenuit me. Mais il y a une autre espece de ces exstases etravissemens qui gist en une vision en esprit, quand les exterieurssentiments corporels sont tellement assoupiz en l'homme, qu'il n'entend plusà rien qu'à Dieu seul, si qu'ores qu'on luy fist quelque griefmoleste en son corps, à peine le sentiroit il: fui in spiritu indominica die, en l'Apocalypse premier: Et Trismegiste tout aucommencement du Pymandre; Sopitis iam sensibus corporis quem admodumaccidere solet eis qui ob defatigationem somno grauati sunt,<f 113v> subito mihi visus sum cernere, etc. A proposdequoy Jamblique au chap. des songes; Quand nous sommes parfaictementendormis, nous ne pouvons pas si bien et distinctement remarquer ce qui sepresent en noz communs songes, que quand c'est la divinité qui nousles envoie en particulier ne dormans pas à bon escien; car nousappercevons bien plus clairement lors, la vraye et reelle verité deschoses, que nous n'avons accoustumé de faire en veillant: au moiendequoy en ces visions là consiste la principale espece de divination.Et de fait l'ame a double vie, l'une conjointe avec le corps, et l'autreseparable de toute corporeité. Quand nous veillons, nous usons laplus part du temps de la vie qui est commune avec le corps, hors-misquelquesfois que nous venons à estre totalement separez d'iceluy;mais en dormant, nostre esprit peut estre du tout delivré des lienscorporels, qui le detiennent comme en chartre et captivité. Etlors à la verité la personne à son esprit commeconjoint avec le divin, quand l'ame animale vient à estre du toutretranchee de l'esprit, par la vertu du verbe divin, que S. Paul auxEphesiens 6. appelle le glaive de l'esprit; Assumitte et gladiumspiritus, quod est verbum die, per omnem orationem orantes in spiritu: de sorte qu'il ne respire plus, ny ne desire autre chose que de demeurer unyavec Dieu; qui adhaeret domino (dit-il en la premiere auxCorinthiens 6.) unus spiritus est; et separé du tout ducorps, dont s'en ensuit la mort precieuse mentionnee au 115. pseaume, Preciosa in conspectu domini mors sanctorum eius; la plus part du tempsanticipee outre le commun cours de nature: au moien <f 114r> dequoyle mesme Apostre, aux Philipp. premier; desire de se veoir à delivreseparé de ceste chair, et estre avec CHRIST; reputant à ungrand gain de mourir. Et en cest endroit dient les Mecubales, que lors queles prophetes viennent à estre touchez de l'espit prophetique, toutleur poil se herisse d'horreur, leur corps se lache et agite, leurs dentsclaquettent, et leurs os sont esmeuz, ainsi que s'ils sentoient le froidd'un tresfort et violent accez de fiebvre: comme Daniel dit au 10. Domine mi in visione tua dissolutae sunt compages meae; et nihil in meremansit virium; jusqu'à ce qu'ils viennent à estreimmuez de l'ordre et estant où ils estoient auparavant, et que leurintellect soit bien repurgé de ce qu'il avoit peu attirer de lacontagion corporelle: et lors il voient distinctement ce qui se manifesteà eux en apparente vision; dont il est escrit, In visione eiinnotescam; et ce par le moien de [H] Nesach et [H]Hod, victoire et decoration, qui sont le lieu de l'alaictement desprophetes.
  IL y a en outre une autre maniere de vision imaginaire appellee [H] Bath kol, la fille de la voix; quand quelque chose qui doitadvenir se manifeste sous l'apparence de certaines images et figuresd'animaux, et autres semblables aprochans des hieroglyphiques; ainsi que lesvisions de Zacharie, et de S. Jean en son Apocalypse ou revelation: et celase fait par forme d'Enigme, qu'il n'est pas permis à chacund'interpreter à sa fantasie, et sans une tres-parfaicte notice de laconvenance et relation des choses mondaines <f 114v> auxintelligibles; comme met l'Apostre aux Rom. 1. Inuisibilia enim ipsiusà creatura mundi, per ea quae facta sunt, intellectaconspiciuntur. Et au rebours aux Hebr. 11. ut ex inuisibilibusvisibilia fierent: mais cela ne se peut obtenir sans l'illustration duSAINCT ESPRIT, qui nous fait veoir clair en noz tenebres; selon quetesmoigne Baruch 3. Non est qui possit scire vias sapientiae, sed quiscit universa nouit eam. A quoy se conforme l'astrologien Ptolemee,quand il dit, qu'il n'y a ceux qui sont halenez de l'esprit divin, quisachent predire les particularitez; parce qu'elles dependent desuniversalitez qui sont au premier exemplaire, et original riere Dieu. Etc'est là où conversent et se promenent les Cabalistes; dedechiffrer c'est assavoir les dicts des Prophetes qui ont parlé parces Enigmes et profondes obscuritez, pour ne descouvrir les secretesmerveilles de Dieu aux indignes: outre ce que malaisément cesmysteres se peuvent manifester par paroles humaines, n'yaiant point devocables assez propres et emphastiques pour les exprimer; parquoy ils sesont retenus en cela à certaines manieres de chiffres, nond'escriture, mais de locutions par figures, transportees hors du communusage de parler ainsi que quand on transpose ou eschange une lettre pourl'autre, dont le context vient à s'alterer de sorte qu'il n'est pluslisable fors seulement à ceux qui en ont l'alphabet.
La fille de la voix, ou voix du ciel.
Quant au Bath kol, ou fille de la voix susdite, c'estoitencore comme une maniere de chiffre vocal, et nompas muet, ains tel<f 115r> que celuy qu'on voudroit dresser pour l'oye, avec quelquessons de trompettes ou semblables instruments haultains, qui se font entendrede loing, accommodez en lieu de lettres; ainsi que se font des signalsà la veuë, avec des lumieres de nuict, et de la fumee sur jour,par le moien dequoy on peult faire entendre ses conceptions à desassiegez, ou d'un lieu à autre, dont l'artifice est assez commun, etde longuemain; car Polybe en a fait mention, comme le remarque Cardan au 12.liv. de la Varieté des choses chap. 61. où il en met quelquesartifices; et au 17. encore de la subtilité: mais les chiffres quisuivront cy apres vous fourniront d'infiniz expediens en cela, beaucoup plusexquis et aisez. Ce Bath kol donques estoit comme à guisede quelque Echo, ou resonnement d'une voix, laquelle se venant àenfourner et rabattre dans certaines concavitez propres à ce, ressortde là avecques l'air qu'elle a heurté, multipliee en plusieursreiterations; ainsi qu'un ballon, qui pour un coup qu'on l'auraflaqué contre terre, en rebondira plusieurs d'abondant: En cassemblable, ces visions sont comme images, qui procedans de l'archetype seviennent à reverberer en ses creatures, ny plus ny moins que les Raysdu Soleil, lesquels escartez parmy l'air se recueillent en un miroüercave, ou une fiolle pleine d'eau, en une figure semblable à luy; etde là se redilatent derechef par reflexion comme au precedant: etquand ils passent à travers quelque verte teint, ils se revestent enapparence de la couleur <f 115v> qui y est empreinte, tout ainsi quefait la Divinité de ses Sephiroths ou ornemens, par lesquels, yestant cachee quant à son Essence, elle se communique à sescreatures, qui n'en pourroient rien apercevoir autrement.
  IL y a encore une autre espece de vision, intuitive comme onl'appelle, qui regarde dedans le miroüer propre du grand ouvrier, queles Hebrieux appellent Bespecalariot, parce qu'il est double; leluisant que est le Soleil ou le Tipheret; S. Augustin le nomme lesacrifice matutinal, dont il a esté parlé au commancement decest oeuvre; et l'autre le miroüer non luisant, qui est la Lune, et le Malchut, autrement la mer celeste, qui contient en soy, une pleinefecondité de generation de toutes les choses inferieureselementaires; et leur donne immediatement vie, à mesure qu'elle lareçoit des influxions du sacré Tetragrammaton, [H] engendré eternellement du Pere; qui se retenant là hault enun perpetuel repos dans son Ensoph, ou infini; qu'Anaximandre mesmealleguoit estre le principe general de tout; en commet la productionà son verbe ou Chochmah, Sapience: lesquel Ensoph est ce grand supramondain ocean, Source perpetuelle qui arrouse l'arbrede vie, comme met le Zohar; la raison de toutes raisons, la cause descauses; l'intellect, et vie du corps; appellé d'Orphee et Homerele Pere des dieux et des hommes; dont partent tous les fleuves, ou divinesinfluences, (en Ecclesiaste 1.) et puis derechef y retornent; mesmement<f 116r> ces quatre arrousouers de toute la terre, en Genese 2. quiprocedent du paradis ou de ceste mer; la Tetractis ou Quaternité dePythagore; Tigris assavoir, et Gion ou le Nil, qui representent l'air et lefeu, les deux superieurs Elemens, ausquels l'homme ne commande pas; carc'est dient les Poëtes dessusdits, la demeure des dieux bien-heureux:et les autres deux l'Euphrate, et Phison ou Ganges, la terre etl'eau, les inferieurs elemens estans en la disposition de l'homme; enquoyse parfait la croisee de tout l'univers: designez au reste par les quatreanimaux d'Ezechiel; Tigris et l'air par l'Aigle; le Nil, et le feu par leLyon; Euphrate, et la terre par le beuf, destiné au labourage; et leGange et l'eau par l'homme à cause de sa semence aqueuse, dontVirgile auroit tacitement dit, Agitata tumescunt -- aequora. A cepropos que les fleuves ou divines emanations procedent de ceste grande merou piscine de benedictions (car [H] berachah signifie l'un etl'autre) et y retornent, Zoroastre entre ses autres traditions magicalesenseignoit, que l'ame de l'homme avoit des esles, dont quand les plumes leurtomboient, elle se venoit à precipiter icy bas dans le corps; etapres qu'elles leur estoient revenues, s'en revolloit de nouveau au ciel.Ses disciples luy demandans comme c'est qu'ils pourroient en brief tempsfaire renaistre ce pennage, afin de remonter au plus tost là hault? en les moillant leur respondit-il, continuellement d'eau de vie. Mais oupourroient-ils recouvrer ceste eau ? des quatre fleuves <f 116v>dont le paradis terrestre estoit arrousé: celuy de la partie dulevant appellé Chiddekel, qui vault autant à dire quelumiere, et de l'occident, Dichon ou expiation: celuy du midy Perath, que nous pouvons interpreter pieté, religion, devotion,et zele; vers laquelle region du midy addresse tousjours son chemin lesainct pere Abraham en Genese 12. comme en lieu dont tout les mauvaisesprits sont excluz, selon que le tesmoigne la doctrine des CabalistesHebrieux, et des Maures: et du Septentrion Pischon, equité,raison et droicture; favorable à son fils Isaac, qui d'un grain debled en recueillist cent. Toutes lesquelles choses sont representees ausacré Tetragrammaton [H] abstrait des dix Sephiroths; lequel se varie en douze Avaioths comme nous dirons cy apres.
  IL y a finablement le plus hault degré de revelation destous autres apres le premier cy dessus allegué de Moyse; qui està plaine, distincte et manifeste voix, laquelle ordinairement seredouble pour denoter une grandissime familiarité et amour; commeà Abraham en Genese 22. à Moyse en Exode 3. à Samuelau premier des Rois 3. à S. Paul és Actes des Apostres 9.Aumoien dequoy S. Jean surnommé Baptiste, qui se dit la voix ducriant au desert en S. Jean premier, est tesmoigné pour plus queprophete par le Sauveur mesme, en l'onziesme de S. Matthieu. Il n'y au restecreature pour petite et abjecte qu'elle puisse estre, qui ne porte en soyune representation <f 117r> ou image notable, au moins quelquemarque ou vestige, à tout evenement disons ombre, de l'ouvrage de sonCreateur; non en son estre tant seulement, ains en ses proprietez eteffects; ainso qu'au 3. des Rois, chap. 19. il est dit, que le SEIGNEURn'estoit pas au vent fort et tempestueux, lequel renversoit les montagnes,et brisoit les pierres; ny en la commotion, ny au feu qui passerentpremierement comme en monstre; ains en une doulce ondee sifflante d'un ventgracieux et doux. ET tout à l'opposite du precedent plus sublimedegré, est le plus infime; la fille comme on l'appelle de la voix ouEcho, causee des creatures et de leurs images; surquoy sont fondees cespredictions qui prennent les noms des elemens où elles versent; commela Geomantie, Hydromantie, Aeromantie, Pyromantie, et leurs autrescollaterales et alliees; toutes frivoles et incertaines, sinon entantqu'elles dependent et se conforment aux influxions des corps celestes, etdes canaulx des dix Sephiroths, desquels ont esté arrousez lesprophetes en toutes leurs visions et presages; qui est ce que j'ay vouluparcourir du commancement, que l'homme ne peult avoir rien de certitude deschoses occultes, et qui passent la portee de son discours, que par lesravissemens d'esprit, où il les voit toutes en leur reel Estre dedansle premier exemplaire; ou bien par quelque inspiration, qui est comme unereflexion plus debile que le rayon dont elle procede. A quoy se raporte etconvient fort bien la fiction <f 117v> de Persee, qui vit la testede Meduse dans la splendeur d'une targue reluisante comme un miroüer,que Minerve luy tenoit expres audevant, de peur qu'il n'en demeurastoffensé s'il l'eust regardee à plaine veuë d'un oeildirect. Que s'il ne nous est loisible s de parvenir à cedegré, comme à la verité il n'est plus depuisl'accomplissement de tous les oracles et propheties, tout nostre recours estde mediter en icelles; là où ce qui depend entierement destrois mondes, et des cognoissances y assignees, est contenu, combien qu'endiverses sortes d'interpretations; du sens assavoir literal, del'allegorique, analogique et anagogique.
  ET à quel propos, derechef pourra lon dire, prophaner ainsitous ces beaux secrets, et en termes si manifestes, hor du tiltre encore etsubject principal de cest oeuvre ? Dont quelques-uns se voudront rire, etme blasonner de certaines qualitez fort descriees pour le jourd'huy: maisen premier lieu je ne pretends pas d'agreer à tous indifferemment,aussi ne le pourrois-je faire, estans les gousts si differends; et si celaseroit autant à vray dire, comme ne contenter personne; tout ainsique l'escellent jouëur de fleuttes Timothee ou Ismenias, je ne meresouviens pas bien lequel c'est, rompit les siennes par despit, pourcequ'il avoit esté unanimement loüé de tous en uneassemblee, estimant par là n'avoir rien faict qui valust: et Phocionen cas semblable ayant harengué au peuple d'Athenes, et eu de toutela congregation <f 118r> de fort grands applaudissemens, demandaà ses amis qui le reconduisoient à la maison, pour se conjoyravec luy de ce qu'il eust ainsi bien satisfait un chacun, ce qu'il luypouvoit estre eschappé de travers, parce qu'il estoit impossibleautrement. Mon but donques n'est pas de faire tout à l'universelappetit, ains me contenter aussi de ma part, et recevoir quelque plaisir enmoy-mesme de mon labeur; joint que je ne m'estudie pas tant d'avoir unevogue transitoire en deux ou trois jours, et de mon vivant digitomonstrarier hic est, comme durable à l'advenir, s'il m'estpossible d'y arriver; à guise des peintres qui peignent àfraiz; en quoy ils ne se soucient tant seulement quelles paroissent leurscouleurs lors qu'ils les employent, ains de ce à quoy par successionde temps elles devront redevenir. Et certes il y a eu force Princes etgrands Seigneurs, voire des Rois, comme Geber, Mesué, Almansor, etassez d'autres, lesquels outre le plaisir qu'ils ont pris de cognoistre etesprouver telles choses, ne se sont pas vergoignez d'en escrire d'amplesvolumes; aians par là cherché de tirer leur principale gloireet reputation pour l'advenir, s'ils en transmettoient à laposterité de leur main une cognoissance; combien qu'ils l'ayent tenuefort chere, et en ayent esté plus jaloux que de leurs sceptres etcorones. Salomon mesme le plus grand Roy qu'eurent onques lesIsraëlites, et le plus sage et sçavant de tous les mortels; n'apas desdaigné plusieurs artifices que nous tiendrions non seulement<f 118v> à mocquerie et derision, mais pour illicites etprohibez; s'il est vray aumoins ce qu'en dit Josephe. Moyse aussi atraicté infiniz secretes de nature, soubs l'exterieure apparenced'une histoire dont toute sa loy est tissuë; comme le deduittres-excellemment le Zohar, et mesme sur le Levitique, où toute laphilosophie naturelle est comprise, bien d'une autre façon que n'ontfaict les Grecs, où il n'y a que certaines petites subtilitez fortplausibles de prime face, mais bien peu solides. En toy ( dit-il) enla priere d'Elie, au Tikun, s'addressant à Dieu, il n'ya ne ressemblance, n'image de chose quelconque interieure ny exterieure:mais au reste tu as creé le ciel et la terre; et produit d'eux leSoleil et la Lune; les estoilles, et les signez du Zodiaque: et en la terreles arbres, et herbes verdoiantes dedans un jardin ou parc de delices; avecles bestes, oiseaux, et poissons; Et les hommes finablement: afin que delà les choses superieures se puissent cognoistre; et au rebours dessuperieures les inferieures; ensemble la sorte dont les unes et les autressont gouvernees, etc. A tout rompre, qu'on prenne que cecy soit commequelque secrete escriture, que je me propose pour un exemple de dechiffrersans son alphabet, lequel ait esté perdu, comme il est, de fortlonguemain.
  VOILA donques le premier mipartissement du carré en deuxmoitiez par la ligne transversale, dont le costé d'enhaut marque le Chasmal ou rougissement de l'or; et celuy d'embas la premierecoagulation du Mercure en l'oeuvre de l'art, par le moien de la vapeur del'estain introduitte en luy; et sa sublimation, où il<f 119r> emporte quant et soy le soulphre spirituel et incombustibledu vitriol, qui l'anime et rechauffe, luy eslargissant la faculté etvertu d'agir en l'or, et de le dissoudre et le teindre; ce qu'il ne pourroitautrement, pour estre le Mercure froid et flegmatique de son naturel, quisont plustost qualitez patientes qu'agentes; encore que la philosophieperipatetique tienne aucunement d'autre sorte, assavoir le froid pour unagissant; mais à la verité les qualitez, et les Elemensagissent et patisent reciproquement, et se transmuent à tour deroolle les uns les autres; comme par subtiliation et rarefaction la terreen eau; l'eau en air; l'air en feu en montant; et par inspissation etingrossation en redescendant contre bas, le feu en air, l'air en eau; l'eauen terre' enquoy s'accomplist leur parfaite circulation tant en la naturequ'en l'art. Conuerte ego elementa, et quod quaeris inuenies; ditle philosophe Rhafis: Nam postquam aquam ex aëre habueris;aërem ex igne; Et ignem ex terra; tunc totum magisterium eritcompletum. Au surplus ceste figure qui est le second compartiment ducarré, et l'autre maniere d'association de deux Elemens, se fait aurebours de la precedente par la ligne perpendiculaire; dont le costéopposite à nostre main gauche represent en montant une diverseassociation d'Elemens; assavoir des deux mols et humides, l'eau et l'air quisont passibles: et une autre en redevalant; des deux secs et pierreux commeles nomment les Chimistes, tenans lieu d'agens; y aians bien plus deconformité entr'eux par cest voye d'accouplement, <f 119v>que nompas par la precedente; ce que demonstrent tacitement les deux nombresapposez à chaque costé 5. et 5. qui sont pareils: làoù en l'autre figure celuy d'embas n'estoit que de 3. et d'enhaut de7. bien et vray que mis ensemble ils font 10. aussi bien comme 5. et 5. carencore que chaque Element par une revolution circulaire participe tousjoursde l'une de ses qualitez avec chacun des deux autres dont il est enclose;comme la terre du sec avec le feu, et du froid avec l'eau, et ainsi dureste; si y a il bien plus de convenance de l'eau avec l'air à causede l'humidité qui y domine par dessus le froid et le chaud; et du feupareillement avec la terre, pour leur secheresse, que de la terre avecl'eau, et de l'air avecques le feu; nonobstant que par ce moien ils soientmipartiz selon le bas et le hault. Par ceste figure nous voions encore lamontee et descente des Elemens, à quoy se rapporte ce trait d'Hermesau commencement du Pymandre: De là le verbe divin, des Elemenstendans contre bas lya ensemble le pur artifice de la nature, lequel futlors uny à l'ouvrier souverain, l'intellect, car il y estoitconsubstantiel; et les elemens tombans sans raison contrebas, delaissezà la nature, pour servir comme de matiere tant seulement. Par cemesme departement du carré, nous venons aussi à lacognoissance de l'affinité qu'il y a du Mercure avec l'or, lequelseul s'engloutist et submerge dans le vif argent, là où toutesles autres choses y surnagent, si ce n'est à force d'incorporationpar le broyement. Mais ce n'est pas à dire pour cela qu'ils puissentagir l'un en l'autre sinon superficiellement;<f 120r> car leur meslange n'est qu'exterieur et non interne,à cause que se sont comme deux extremes en la nature metalique: Non fit enim (ce dit Geber au 26. de sa Somme) transitus ab extremoad extremum nisi per medias dispositiones: Ideóque (particularisant puisapres ceste maxime generale) non sit transitusà mollitie argenti vim ad duritiem alicuius metallorum, nisi perdispositionem quae est inter duritiem et mollitiem illorum. Aumoiendequoy, il fault avant que venir à aucune alteration complette, quele triangle soit parfourny: Mais d'autant que qui voudroit poursuivre toutcela, il faudroit un juste volume à part tout expres, il suffistd'advertir comme en passant; ainsi que quelque vaisseau qui renge la costecontinuant sa droicte routte; que qui voudra de pres examiner les figuresappropriees pour des caracteres de lettres en l'alphabet dessusdit, avec lessubstances et les nombres qui s'y raportent, il y trouvera un bien grandesclarcissement des principaux points de cest art, et de ses regimes.Cependant voicy celle dont il est icy question.
[FIGURE]
<f 120v>   ON pourroit maintenant alleguer que j'ayimproprement mis l'or au rang de l'air, là où plustost ildevroit estre en celuy du feu; et de fait il luy symbolise pour raison desa splendeur, comme met Pyndar, [G]. En apres les PhilosophesPythagoriciens, et mesme Timme Locrien en son livre de l'ame du monde, fonttrois ordres d'elemens au monde sensible: un assavoir en l'elementaire,terre, eau, air, et feu; et deux autres dans le celeste; qu'ils attribuentaux sept planetes, et à la huitiesme Sphere: le premier tout ainsique le precedant; assavoir la terre à la Lune, qui denote l'argent;l'eau à Mercure, ou argent vif; l'air à Venus, et au cuivre;et le feu au Soleil, qui est l'or; et l'autre à contrepoil enretrogradant; le feu ou le fer, à Mars; l'air ou estain àJuppiter; l'eau ou le Mercure à Saturne; et la terre à lahuitiesme Sphere, à laquelle l'on n'a point en cest endroitaproprié ouvertement aucune substance des metalliques qui ycorresponde; au moien dequoy ceux qui y ont regardé de plus prez, luyont assigné le Stibie ou Marchasite: mais ces deux ordres d'Elemensne peuvent pas se rapporter de tous points aux metaux; car l'orrepresenté par le Soleil qui est là mis au rang du feu,convient mieux à l'air pour raison de sa couleur citrine, qui est unemoienne disposition entre le blanc, propre à l'eau, et le rouge, aufeu; suivant mesme le philosophe Rhases surnommé l'Aristote Arabe ensa lumiere des lumieres; Quoniam nulla nostro operi necessaria est aquanisi candida; nec aër nisi croceus: joint que la <f 121r>substance de l'or est fort aëreuse, tant pour sa grandeanaticité et temperature, que pour l'affinité qu'il a encouleur, et en proprietez avec les huilles, greffes et beurres, la plus partde couleur citrine, et qui se dilatent plus subtilement que nulle autrechose; comme fait l'or pur, lequel est si mol et flexible, qu'un ducat sepeut estendre en plus de cent ou six vingts fueilles larges de quatre doigtsen carré. A quoy fait encore la grande conformité qui est dumot Latin aurum, (dit ainsi de la similitude qu'il a avec lacouleur de l'aurore selon Festus; ou au rebours comme veut Varron au 6. Aurora dicitur ante solis ortum; eo quod ab igne solis tum aureo aëraurescit ), et de celuy d' aura, qui est une subtile vapeuraëreuse s'exhalant de la terre, comme l'haleine du dedans de l'estomac;Pacuvius, dans le mesme Varron au 4. Terra exhalat aurum, atque auroramhumectam. La conformité donques qu'a le mot or ou aur avec l'Hebrieu [H] Auer, ou Auir, nous monstrera l'orestre plus convenablement approprié à l'air qu'au feu: car enostant le Jod, il restera Aur; et le Vau, il y auraair. Lequel en ces deux ordres d'elemens celestes estattribué, pour le regard de celuy d'embas, à Venus quidenote le cuivre; et d'enhaut, à Juppiter ou l'estain; dontle premier assavoir le cuivre est rouge, et l'estain blanc; lesquelles deuxcouleurs meslees ensemble, comme dit est, font l'orengé ou jaulnedoré, qui est la vraye couleur de l'or, duquel elle a pris aussi sonappellation. Mais cela se doit entendre pendant que l'or demeure en sanature: car quand il vient à estre separé<f 121v> son soulphre avec esprit ou teinture, ce n'est qu'une mesmechose, rouge à pair d'un rubiz, s'appelle feu; et son corps demeureblanc à guise d'argent, comme le tesmoigne Geber en son testament,au chap. de la calcination du Soleil ou de l'or, Omnis res rubea amotasua tinctura remanet alba. Tout ce que dessus vous sera mieux esclarcypar cest petite figure; laquelle raportee avec l'alphabet precedant, et latable qui suit apres au fueillet, sera un fort grand abregement et secoursà l'introduction de la philosophie Spagyrique.
[FIGURE]
<f 122r>   SUIT puisapres en l'alphabet un autrecompartiment du carré, par deux lignes diagonales s'entrecroisantesà angles droits dans le centre, qui font quatre triangles egaux auxquatre petits carrez dessusdits, ainsi que vous le pouvez veoir au caractereaccommodé pour la lettre H. Et és deux autres subsequentes I.et N. qui monstrent la reduction d'iceux quatre petits triangles en deuxplus grands, mipartiz en quatre; le premier en montant, cocté de cesnombres 1. 2. 3. et son compagnon, en redescendant, 3. 4. 1. en la lettreI. Et en celle de N. le premier en montant aussi, cocté 2. 3. 4. etson associé en redevallant, 4. 1. 2. Le premier d'iceux triangles enI. monstre la composition de l'eau seche mercuriale, dissolutive des deuxcorps parfaits, or et argent, tant celebree et tenue secrete d'Arnauld deVilleneufve, et de Raymond Lulle à l'entree de sa practiquetestamentaire, où il en dresse un alphabet; car par la voye desalphabets procede toute sa maniere de philosopher. Il y a infiniz autresrares choses à descouvrir par les divisions et soubsdivisions de cecarré philosophique, telles qu'on les peult veoir appropriees auxvingt sept lettres de cest alphabet; et ce à l'imitation desHebrieux, qui en ont autant, y comprises les cinq finales, que nous avonscocté pour nulles, pource que nous n'en avons pas tant: mais celaimporte de peu, car il est bien aisé de rapporter le tout l'unà l'autre; comme il a esté desja dit cy devant,<f 122v> Chaque caractere ausurplus ne represente pas seulement unelettre, ny encore une seule diction, selon le notariacon des mesmes Hebriex,ains une clause toute entiere, voire plusieurs, dont il sert de marque etsymbole, à guise des Hieroglyphiques des Egyptiens; y adaptant lesquatre nombres marquez és quatre coings du carré, avec leschoses qu'ils representent. Et au regard des trois lettres meres, Aleph,Mem, et Shin; elles denotent les trois esprits de tous lescomposez elementaires; couleur assavoir, odeur, et saveur, comme met IsaacPhryson, en son traicté des trois substances, et Raverius Anglicusavant luy: mais particulierement icy les trois esprits, principes de tousles metaulx; l' aleph assavoir, la teinture blanche appellee Arcenic parles philosophes Chimiques; qui est contenue dans l'argent dit la Lune, lapremiere terre celeste: et le Shin qui represente le feu, le soulphrerouge enclos au Soleil qui est l'or: le mem, par lequel estdesigné le Mercure de nature d'eau, est au milieu, comme communà l'un et à l'autre. Les sept lettres doubles, Beth,Gimel, Daleth, Caph, Pe, Res, et Tau, denotent les septmetaux, plomb, estain, fer, or, cuyvre, arg. vif, et argent: attribuez auxsept Planettes, Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Venus, Mercure, et laLune: dont les uns sont en lieu de forme, d'agent, et de masle; ainsi queles deux luminaires et corps parfaits, or et argent: et les imparfaits, aureng desquels est compris l'argent au respect de l'or, en lieu de matiere,de patient, et de <f 123r> femelle: suivant ce que mettent lesCabalistes en leur secrete Theologie, sur le cantique des Cantiques,à propos de l'espoux et de l'espouse; que le superieur au regard del'inferieur est dit l'homme et le masle; et l'inferieur luy tient lieu defemelle, ainsi que la terre à l'endroit des cieux dont elle estempregnee: lesquels envers le monde intelligible d'où ilsreçoivent leurs influxions, sont comme femelle. Les douze lettressimples, He, Vau, Zain, Hheth, Teh, Jod, Lamed, Nun, Samech, Ain,Tsadde, et Coph, designent les douze regimes de l'art; lacalcination, dissolution, digestion, distillation, congellation,sublimation, separation, fixation, fermentation, inceration, multiplication,et projection. Et les cinq finales, Caph, Mem, Nun, Pe, et Tsaddi; les cinq instrumens esquels tout cela s'effectue et met enpractique; la terrine assavoir ou escuelle, avec l'eau, les cendres, ousable, selon les degrez de feu qu'on y veult donner; l'alembich; la cornue;et le mattras ou recipient. Voila en partie ce qui peult concerner cechiffre destiné aux oeuvres Chimiques; duquel dependent tout-pleind'autres belles considerations et secrets.
  MAIS pour raporter tout cela bien plus hault à son analogiesuperieure; et de la terre, monter où le psalmiste au 8. met, lamagnificence du Createur estre eslevee pardessus les cieux; les quatretriangles equipollens à autant de carrez, nous monstrent lareciproque convenance qui est entre le Ternaire, symbole de Dieu; et leQuaternaire celui de ses creatures, <f 123v> produites toutes enestre quant au corps, du [H] Tohu; Rudis, indigestaque moles, - - -- - - - Quam dixere chaos; designee par le Binaire, à quiappartient proprement le mot de creer, qui decline plus àl'imperfection et mauvais part, là où celuy de faireconcerne la forme et perfection; Vidit Deus cuncta quae fecerat, eterant valde bona: former est comme au milieu des deux, selon quel'exprime bien distinctement ce texte d'Isaie 43. Totum quod nominaturde nomine meo, creaui illud, formaui illud, et feci illud. Plus au 45. Ego dominus, et non est alter; formans lucem, et creans tenebras;faciens bonum, et creans malum. Car creer est de rien, qui se termineau sujet ou à la matiere; et le faire regarde la forme; si que tantplus les choses s'approchent de la supreme forme ou Idee, tant plusparticipent elles du [H] Tiphereth, [G], le beau et le bon:pourtant est il dit au mesme prophete quarante six; Creaui ut faciamillud. Laquelle supreme forme ou Idee, est le grand nom divin [H], dont dependent successivement toutes les convenances et relativesproportions des trois mondes; trop plus rationelles et formelles sanscomparaison, que toutes celles que sçauroit concevoir ny apprehendertout humain esprit, pour subtil, eslevé et contemplatif qu'il peutestre. Ce qui n'a esté revelé à personne, sinon apresl'adjonction de la lettre [H] Shin, qui denote la grace et misericordede Dieu envers nous; laquelle à guise de quelques tuyaux de fontaineou d'un arrousouer, se decoule graduellement et de main en main de cestesource inexpuisable <f 124r> du Jehova; etpareillement une animadversion et severité s'il en est besoin, caril importe l'un et l'autre, sur toutes sortes de creatures, par les ordresde ses Hierarchies: Ausquelles se raportent les Deitez de l'ancienpaganisme; comme Pallas ou Minerve à la Sapience, et verbe divin,issuë du cerveau de Pere: Mercure, à son esprit et intelligence:Junon, à l'occulte nature des choses: Neptune, à uneproductrice faculté, qui depend de l'humide accompagné se sonsel radical, source de toute generation; dont Heraclite appelloit Mer, quiest du department de Neptune, la substance des choses sensibles: Et il n'estpas aisé à croire que tant de bons entendemens, bien queprivez de la vraye cognoissance de Dieu, laquelle ne s'est manifestee quepar son fils, et S. esprit, mais au reste non destituez de la lumiere denature, aient esté si aveuglez, qu'en leurs secretes pensees ilsvoulussent cognoistre en dernier ressort, plus d'un Dieu. De celànous en avons infiniz tesmoignages dedans leurs oeuvres; et entres autresde Varron au livre de la veneration des dieux; Ainsi que toutes lesames (ce dit-il là) se reunissent à une seule, qui estl'ame de l'univers (mais nous ne le tenons pas ainsi) En semblabletous les dieux se reduisent au seul Juppiter, lequel est reveré soubsdiverses et plusieurs deitez. Cela se peult plus particulierement veoirés hymnes d'Orphee, par tout si remplis de mysteres, que rien pourun homme Payen ne se sçauroit souhaitter plus divin. Parainsi toutesces choses ne sont <f 124v> pas totalement hors de propos, et envain amenees icy, puis qu'il est question des chiffres qui dependent del'escriture; et l'escriture des lettres ou caracteres d'icelle, dont lesHebraïques ont esté le premiers de tous, voire formez au cielde la propre main du grand Dieu, qui en grava les deux tables perseesà jour, contenans la loy qu'il donna à Moyse; en Exode 24.Je te donneray (luy dit-il) deux tables de pierre, et la loy,avecques les commandemens que j'y ay escrits. Et plus apertement encoreau 31. Le Seigneur donna à Moyse deux tables de pierre, escritesdu doigt de Dieu; Qui est autant à dire que creéesnaturellement par son verbe; comme l'interprete Rabbi Moyse Egyptien au 65.chap. du premier livre de son directeur; et en l'exposition de lamisné. Lesquelles tables selon que tiennent constamment lesHebrieux, estoient de saphyr, au tesmoignage mesme de delyra en la glose dupremier passage allegué; dont en leur secrete theologie il et dit; Moses dorsum suum ex fragmentis tabularum ditauit; comme s'il sefust enrichy grandement des briseures de ces deux tables: mais les saphirsne sont pas bien aisez à rompre, parquoy cela se doit sainemententendre, de couleur bleufve de Saphir appelle en Hebrieu [H]Thecheleth, qu'on torne communement hyacinthine: autrement c'eustbien esté à la verité une des merveilles du Createur,excedant tout le cours de nature, si elles eussent esté d'un ou deuxsaphirs, car elle n'en a point produits de tels; et eust-on estéencore bien empesché d'en trouver<f 125r> grand nombre pour faire ces tables, si grandes qu'ellescontenoient six cens treize lettres, autant qu'il y a de preceptes entout;
Mystere du nombre des commandemens de la loy.
assavoir 248. affirmatifs, correspondens à pareil nombred'ossemens qu'il y a au corps humain: et 365. negatifs, autant que de nerfs,tendons, et ligatures; et de jours aussi en l'annee; si que chaque lettredes dix commandemens radicaux, que JESUS-CHRIST reduit à deux,representoit un precept entier expliqué au long: joint que toutes leslettres estoient persees à jour, et se pouvoient lire de part etd'autre; qui seroit une autre tresgrande merveille, attendu la duretédu Saphir qui seconde celle du diamant. Au moien dequoi il y a plusd'apparence d'estimer, comme aussi quelques uns des Hebrieux y balancent,qu'elles fussent de ce que nous appellons lapis lazuli, ou pierred'azur, mouchetee de gouttes d'or; et non toutesfois d'une seule piece, ainsde plusieurs jointes ensemble: ou bien colorees d'azur saphirique ou bleuf,qui symbolise à la premiere des trois couleurs d'enhaut, (met leZohar) assavoir le ciel, dont on l'appelle bleuf celeste; la seconde estanttransparente et claire comme estoit la lettre; et celle là estattribuee aux intelligences: mais la troisiesme est non seulement claire,ains resplandissante ainsi qu'un esclair; ou pur feu estincellent de sagrande ardeur, qui est de la divinité. Au regard de l'occasion pourlaquelle se rompirent ces tables du Decalogue, chacun sçait assez quece fut pour le grand despit que Moyse eut d'avoir trouvé à sonretour du<f 125v> mont de Sina, les Israëlites adorans le veau d'orqu'ils avoient fondu durant son absence, en Exode 32. present Aaron, et luymesme y mettant la main; lequel il brisa et reduit en poudre, puis la baillaà boire au peuple d'estrempee avecques de l'eau; dont les pluscoulpables (ce dient quelques Rabbins là dessus) creverent: mais au9. du Deuter. il dit, qu'il la jetta dans un torrent qui descendoit de lamontagne; appellant là endroit ceste idole par certaine antonomasiele peché des Israëlites, comme le plus enorme qu'ilscommirent onques avant l'advenement du Christ, à leur adveu mesme;dont ils estiment d'en porter encore la penitence, sans l'avoir peu expier:surquoy exclame Rabbi Moyse Gerundense, comme en lamentant; Non accidittibi ô Israël ultio aliqua, in qua non sit vel uncia deiniquitate vituli. Et Rabbi Salomon, sur la fin du mesme chap. Egoautem in die ultionis visitabo et hoc peccatum illorum; met, qu'en tousles desastres et calamitez qui advindrent depuis aux Juifs, ils receurentquelque loyer et chastiment de ceste faute. Mais pourquoy c'est qu'ilschoisirent plustost ceste forme d'Idole qu'une autre; et que mesme le texteporte souz le personnage d'Aaron, Proieci illus aurum in ignem,egressúsque est hic vitulus; comme si c'eust esté parquelque art magique et enchantement, cela n'est pas sans mystere; ains(dient les Cabalistes) que c'estoit pour vouloir attirer à soy lavertu et protection du Taureau celeste, qui est le second signe du Zodiaque,contre le premier qui est le Mouton; souz la figure duquel Juppiter<f 126r> Ammonien estoit reveré des Egyptiens, comme leurprincipal Dieu Patron, protecteur et intelligence: car apres que son pouvoireust esté du tout prosterné par Moyse, selon qu'il aesté dit cy devant, en vertu du grand nom Jehova, sans qu'ilse peust plus ressourdre ny leur assister, ils prindrent en son lieu l'Apisou Taureau: et en fondant ce veau d'or, les Cabalistes mettent queSalu coronel de la Tribu de Simeon, lequel Phinees mit à mort,jetta dedans le metal tout bouillant, certain billet contenant ces mots cy [H] Chumi Sor, lieve toy Taureau; lequel billet Moyse avoit faitpour tirer les ossements de Joseph hors de l'eau: à quoy convientaucunement ce que dit saint Augustin au premier des admirables del'escriture, chap. 15. que les Juifs voulans idolatrer au desert, choisirentceste figure du veau, pour ce qu'estans en Egypte ils avoient veu lesEgyptiens en adorer un, qui estoit planté pres le sepulchre deJoseph. Il y a assez d'autres allegations de ce veau, lequel quelques unstiennent avoir mangé à l'heure mesme, meuz de ce passage dupseaume 106. Et fecerunt vitulum in Horeb; et adorauerunt conflatile,et mutauerunt gloriam suam in similitudinem vituli comedentis foenum. Mais c'est assez de ce propos, ouquel nou-nous sommes tant plus hardimentembarquez, que ces tables semblent avoir esté comme le premier livreet escriture distincte de toutes autres; estans mises par les Talmudistespour l'un des ouvrages de la creation, avec la penitence, gehenne, maisondu sainctuaire, <f 126v> Throne de gloire, Jardin de delices, et lenom du Messihe: voire le premier chiffre, puis que l'escriture s'en lisoitde plusieurs sens. Tellement que si les caracteres Hebraïques estoientaccompagnez de tresgrands secrets contenuz en leur forme et figure,majorité ou minorité, et autres telles differences:pareillement en ce que quelques-uns se ressemblent, comme le [H]Beth, et le [H] Caph; le [H] Daleth, et le [H]Res; le [H] He, au [H] Cheth, et [H]Thau; le [H] Samech, et le [H] mem final, lesmots aussi qui en estoient composez le devoient estre encore plus; esquelsà l'adveu mesme des Gentiles, il y a certaine emphase et vertulatente, qui ne se trouvent point és autres langues; d'autant qu'ilssont plus proches de la Divinité, et les lettres aussi, comme enestant immediatement emanees: si que les Mages anciens, comme Zoroastre,Hermes, Orphee, Osthanes, Evax, Arthephie, Kirannide, Gilgil, Picatrix, etautres semblables; Indiens, Perses, Chaldees, Ethiopiens, Egyptiens, etGrecs, tiennent que chaque mot a efficace en la magie, entant qu'il estformé de la voix de Dieu, qui est la premiere chosse où lanature vient à exercer ses plus admirables effects, dependans commed'un mariage de la terre avecques le ciel, de la matiere avec la forme, duPatient avec l'agent; de la parole ou escriture avec le sens qu'ellerepresente. Tellement que pour le regard de ces miraculeux ouvrages,surpassans la commune portee des hommes, et aussi l'ordre de nature, lesvoix articulees et les dictions, voire les caracteres <f 127r>encore qui ne signifient rien quant à nous, ont plus d'efficace etde proprieté, que ceux qui ont quelque sens et intelligence. DontPlaton au dialogue du Cratyle met que la loy ordonnoit en termes expres,qu'en toutes prieres on eust à invoquer les dieux par les noms quileur estoient les plus agreables; et desquels ils prenoient plaisir qu'onles appellast, sans se soucier autrement de ce qu'ils peuvent signifier. Etde faict les bons demons ont souventesfois revelé aux hommes, descaracteres, des figures, et paroles estranges, où l'on n'entendoitrien du tout quant au commun usage de parler; mais par une tacite etprofonde admiration, ils eslevent les ames là hault comme ravies enecstase, et les tirent à une ferme confiance, de laquelle s'ensuitla clef et production de ces operations merveilleuses: Non que par de telsmots ou caracteres nous puissions contraindre, ny attraire à nous lesintelligences; ou les esmouvoir à effectuer rien quelconque ànostre appetit; ains tout ainsi qu'à force de bras nou-nous eslevonsle long d'une corde à quelque creneau ou fenestre, au lieu de lesfaire venir contrebas; ou que du dedans d'une barque avec un chable etcabestan planté au rivage, nous n'aprochons pas la terre de nous,ains en hallant nous an accostons; en semblable par le moien de cessymboles, marques et notes, nous n'attirons pas icy bas les puissancescelestes, quelque chose que puisse gazoiller Hecaté dans lesResponces de <f 127v> Porphyre; Exorata tuis veni sermonibusisthuc: et en un autre endroit,
  Victa hominum precibus caelestia numina terram
  Coguntur petere, et casus aperire futuros;
Au contraire nou-nous eslevons à icelles: et de ce fondementdepend toute l'efficace des ceremonies et sacrifices, ainsi que le deduisentPlotin, Jambliche, et autres philosophes Platoniciens; parquoy on ne vouloitpas que ces vocables mysterieux fussent changez ne transportez en autrelangue, ains delaissez en la leur propre, selon mesme qu'observe leChristianisme en tout-plein de mots; comme Amen, Alleluiah, Osanna,Iphatah au baptesme, et assez d'autres; d'autant qu'on les tient estreprocedez de la propre bouche de Dieu, lors qu'il enseigna à Adam ladroicte appellation des choses creées; dont ils contenoient en euxla propre et essentielle signifiance.
Question si le parler et escriture Hebraïque sont lespremiers.
Neaumoins ce n'est pas un point tenu pour si absolument resolu, que lelangage et escriture Hebraïque soient les premiers de tous les autres,qu'il n'y ait quelque doubte et contradiction là dessus: Car aucunsd'entre les Rabbins mesmes tiennent, que les caracteres Samaritains furentles premiers, alleguans là dessus certaines raisons; et entre autres,que ces gens là eurent tousjours le Thorah ou lePentatheuque, en leur escriture particuliere: Enapres pour les tresantiquesmedailles, et pieces d'or, d'argent, et de cuivre qui se sont de tout tempstrouvees és ruines d'infiniz <f 128r> endroits de Jerusalem,et la Palestine, inscriptes de lettres Samaritaines; si que lesHebraïques, assavoir celles qu'on voit par tout, furent de l'inventiond'Esdras, avec l'usage des points, et accens; ce qui est faulx, car onsçait assez que ce furent les Massorets qui les practiquerent tousles premiers, pres de mille ans apres Esdras; et du temps mesme de S.Jerosme il n'en estoit point encor de nouvelles. Il y a au reste de toutcecy une fort grande varieté dans le Talmud, où il est escriten la sorte: Premierement, ce dit Marsuka, fut donnee la loy au peupled'Israël en caracteres Hebraïques, et en la Saincte langue;laquelle loy du temps d'Esdras fut changee en langage Arameen, et encaracteres Assyriens; mais quelque temps apres les gens doctes retenansl'escriture Assyrienne, la restituerent en la Saincte langue, assavoirl'Hebraïque; et le langage Arameen demeura aux idiots, que Rabbi Histaappelle le peuple des Chusiniens, lesquels ont bien quelque craincte etrespect du souverain Dieu, mais ils reverent par mesme moien les idoles. Ily a un autre Rabbi qui afferme, que dés le commancement la loy futdonnee et escrite és mesmes langue et caracteres qu'on voit encorepour le present, mais que pour la prevarication des Israëlites, lorsqu'ils vindrent à se separer de Judah, ceste escriture fut changeeen une autre, et puisapres estans venus à se recognoistre, et fairepenitence de leur mefait, l'escriture premiere leur fut restablie:Toutesfois Rabbi Simon fils d'Eleazar maintient, que le langage nel'escriture ne furent onques changez, ny autres que ceux qu'on practiquepour le jourd'huy.
<f 128v>   ESQUELLES choses je me suis bien voulu dilatericy tout expressément, parce que la pluspart des chiffres que jepretends toucher en cest oeuvre, et encore les plus singuliers et exquis,procedent tous de l'imitation de ceux des Hebrieux: et enapres, que destrois sciences attribuees aux trois mondes, comme nous avons desja dit aucommancement, les secretes sont ainsi que chiffres envers les vulgaires;assavoir la Cabale à l'endroit de la doctrine literale des Juifs;pour le regard du monde intelligible: la philosophie occulte naturelle, etlicite; nompas cest detestable accointance et commerce des malins esprits,qu'on a voulu colorer du nom de Magie, où il n'y a que tenebres etconfusion, au monde celeste: et l'Alchimie, qui consiste ésseparations et reconjonctions des substances és trois genres descomposez, mineraux, vegetaux, animaux, non és vains et frivolesamusemens des transmutations metalliques, sinon entant qu'elles nous peuventreveler les progrez et manieres de proceder de Nature, au mondeelementaire.
  MAIS pour retorner à nostre propos; et poursuivre ce qu'ondoibt mediter sur les chiffres avant que d'en venir à la practique,afin que de tout ce qui s'employe en nostre usage en ce bas monde, laportion la plus esleüe se refere à la cognoissance du Createur,qui est le souverain but où tous nos discours et actions doiventtendre; à la gloire d'iceluy, et à sa loüange; laconception de la pensee, la parole, et <f 129r> l'escriture, ont jene sçay quoy d'analogique et conforme envers le sacréTERNAIRE, representé és lettres sainctes par la loy, lesprophetes, et les agiographes docteurs, approuvez de l'egliseuniverselle;
Mysteres et relations du Ternaire.
et là hault, és numerations et mesures superieures, parla fontaine, le ruisseau, et la piscine ou le vivier: car le discours etconception qui est toute mentale de soy, renclose dans l'entendement seraporte au PERE, qui est l'EHIEH ou essence des essences; et HU aussiluy-mesme, comme le pronom le plus remot; pour lequel aprocher denous, et nous le mettre en evidence, il fault que le [G] leverbe, ou le fils, qui est l' Hochmach ou Sapience, denoteepar le quadrilettre [H], et le pronom [H] Athah toy, s'incorporeen voix et parole articulee: et à ce propos Plutarque autraicté de la norriture des jeunes enfans, met, Que les deuxprincipales parties de l'homme (qui est le Microcosme ou petit mondesymbolisant à tout l'univers) sont l'entendement, et la parole;dont celui-là est comme le maistre et superieur qui commande; etceste-cy le serviteur qui obeist. Mais l'un ne l'autre ne peuvent estreen la creature sans le soufflement ou haleine que les Latins appellent Spiritus, les Grecs [G]; et les Hebrieux [H] Ruach; quiest pris aussi par l'Apostre en la premiere aux Corinth. 14. pour la voixet le son de la langue; c'est l' Adonai, et le pronom [H] Animoy, comme le plus proche de nous. Enquoy par consequent se vientà manifester le TERNAIRE; car la parole contient la <f 129v>conception de l'entendement; la voix articulee; et l'esprit ou respiration.Le mesme Plutarque, au traicté de trop parler: Pendant que laparole est retenue dans la pensee, elle ressemble àl'unité (au poinct indivisible, et au Jod) et quand elle sejecte dehors, au binaire (ou la ligne). Ce qui se conforme auxCabalistes, qui appellent ce que nous disons le PERE, [H] Echad un, ou plustost le principe de l'unité; car envers les Hebrieux [H]Aleph denote aussi bien le commancement, et [H] thau lafin, pour estre les premiere et derniere lettres de leur alphabet, qu'auxGrecs [G] et [G]: ce que les Latins representent par ces mots prora et puppis, le devant, et derriere d'une navire:Neaumoins les Cabalistes mettent aussi le mot de Ensoph ou non finypour [G] et [G]; et celui de [H] Had pareillement, quisignifie infinitude, dont l'emanation est (ce disent-ils) ainsi graduee;l'esprit ou respiration et haleine; la voix; et la parole articulee. Rabbimesme Azariel en son commentaire de la Saincteté met, Que del'esprit se produit la voix, et le Verbe, non par ouverture des levres, nypar une parole distincte formee en la langue; ny par la respiration ouhaleine de la personne; tous ces trois n'estans qu'un seul esprit; d'autantque Dieu est un en soy, comme le tesmoigne le livre de Jezirah en cespropres termes: DIEU VIVANT EST UN ESPRIT, QUI EST VOIS, ESPRIT, ETPAROLE; ET CELA EST L'ESPRIT SAINCT, DEUX ESPRITS D'UN ESPRIT. Et Rabbi Hamaau livre de la Speculation; Ces trois sont le <f 130r>commancement, le milieu, est la fin; et rien qu'un poinct indivisible:duquel, tout ainsi que du centre partent toutes les lignes qui s'estendentà la circonference, procedent toutes choses; comme du Jod qui le represente, sont formez tous les caracteres de l'escriture; qui doibtestre comptee pour la troisiesme avec les deux autres, la pensee et laparole; et comme une seconde emanation qui part de nostre entendement, etdes conceptions d'iceluy; laquelle estant de soy muette; et ne se pouvantcomprendre que par la seule veuë, sens qui est le moins corporel detous, par consequant elle est plus spirituelle et mentale que la parole,à qui elle sert de vicegerent:
L'escriture plus spirituelle que la parole.
de maniere qu'elle participe de la pensee, pour estre muette aussi bienqu'elle; et de la parole, pource qu'aucunement materielle, et tombe soubsl'un des sentiments corporels, bien que le plus delié et subtil detous. Au moien dequoy l'escriture tient le lieu et fait l'office de laparole, non de bouche à bouche, et en presence tant seulement, ainsà quelque longue distance que ce puisse estre; qui est plus le proprede l'esprit que nompas du corps. Car l'escriture est un certain bouttehorsdes conceptions de nostre ame, qui se vont incorporer en des notes, marques,et signes sensibles, pour se manifester taisiblement des uns aux autres: etest ceste conception de pensee, comme un symbole de Dieu le PERE; lesmarques et notes, du FILS incarné; et le sens contenu làdessous, du SAINCT ESPRIT: <f 130v> si que tout ainsi qu'il faut quel'escriture tienne du corps et de l'esprit, qui sont les deux extremesd'icelle; aussi le corps et la deité deux extremes, se vindrentassembler au CHRIST, pour en faire une moienne disposition et mediateur,entre Dieu son pere, et ses confreres par adoption. A cela correspond encorela facture du monde, que Dieu souverain, eternel, infiny, incomprehensible,par dessus toute forme et matiere, tenant en cest endroit lieu de nostreconception interieure, boutta hors comme une escriture formee du ciel et descorps luisans qui y sont, et de la terre avec ce qui s'y produit, et enl'eau, tout cela tenant lieu de lettres; et ce qui en resulte à lagloire du Createur, et le sens contenu soubs ce beau chiffre universel: cartoutes choses ont esté faites mediatement pour cause de Dieu, etimmediatement pour cause de l'homme; c'est à dire que Dieu acreé ce beau temple icy de nature, assavoir le monde ou l'universpour l'amour de l'homme, et l'homme pour l'amour de luy; Omnia propterte feci, dict Mahomet mesme, introduisant Dieu qui parle ainsi àl'homme, Te ipsum autem propter me: et Ciceron au 2. de la naturedes dieux; au commancement le monde a esté fait pour raison desdieux et des hommes; ensemble toutes les choses qui y sont: dont HermesTrismegiste met, que Dieu a fait deux choses à son image etresemblance; le monde pour s'y joüer et esbatre d'infinis beaux chefsd'oeuvre, et l'homme où il auroit mis tout son plaisir etcontentement; à fin que pour <f 131r> tant de graces etbeneficences il soit reveré honoré, et sur toutes chosesaimé de luy; qui est la capitulation qu'il fit avec Abraham, et lesautres Peres au nom de toutes ses creatures; dont il parle ainsi autrentetroisiesme chapitre de Jeremie, selon la verité Hebraïque; Nisi esset pactum meum, statuta caeli et terrae non posuissem: laquelle paction s'estend encore au devoir à quoy sont reciproquementobligez tous les humains l'un envers l'autre; assavoir la charité etdilection qu'ils sont tenuz de s'entreporter, à l'example de nostreSauveur, qui reduit à ces deux preceptes, d'aymer Dieu sur toutechose, et son prochain comme soymesme, toute la loy et les prophetes:Ce que les payans mesme n'ont ignoré, comme le tesmoigne Ciceron aupremier des offices; Les Stoiciens (dit-il) tiennent, que tout cequi s'engendre en la terre, est creé pour l'usage de l'homme; et leshommes pour cause des hommes; afin de s'entresecourir et aidermutuellement.
Excellence de l'escriture.
L'escriture donques est une fort spirituelle invention, et presquedivine; de sorte que les Indiens occidentaux, quand les Espagnols lesconquirent, l'eurent en telle admiration et respect, voians que par le moiend'icelle ils s'entrefaisoient entendre leurs conceptions d'un lieu àautre, quelque esloignement qu'il y peust avoir, comme s'il y eust eu undemon ou esprit familier renclos dedans ces caracteres, qu'on ne les pouvoitpresque <f 131v> engarder d'adorer les paquets et depesches qu'onleur mettoit entres les mains pour porter: ce qui leur servit de beaucouppour tenir ces barbares en obeissance et souz bride, et les desmouvoir detoutes conspirations et revoltes: mesmement comme le racomte Pierre Martyren ses Decades, s'il estoit question de traiter quelque chose de secretentr'eux, ils se gardoient bien d'aprocher d'un arbre qui croist en cesregions là, dict Copei, par ce qu'à faute de papierles Espagnols avoient accoustumé de s'entr'escrire sur ses fueillesavec un poiçon, qui sont fort grandes et espoisses, à guisede celle du Nenuphar.
Ce enquoy consistent les chiffres.
  MAINTENANT pour venir aux chiffres, tout leur fait dependaussi bien que de l'escriture en general, de trois differences; de la formedes caracteres; de leur ordre, contexte et assiette; et de leur valeur etpouvoir. La forme et la figure consiste és lineamens et couleurs, cartous deux font la difference, comme si l'on vouloit mettre un A rouge aulieu d'un noir; et ainsi du reste: Icy il est seulement question de laforme, qui est, ou de lettres communes et usitees, ou de caracteres formezà plaisir; qui se peuvent puis apres emploier d'infinies sortes; dontla practique és cours des Princes est telle à peu pres quenous avons dit cydevant. Mais cela n'avoit point de cours envers lesHebrieux, qui se servoient en cest endroit des propres caracteres de leurescriture commune et aperte, pour toutes manieres de chiffres, lesquels netendoient qu'à exprimer secretement les mysteres <f 132r>secrets de leur loy; là ou nous les appliquons seulement, et lesprophanons aux affaires du monde.
Six voyes de chiffres Hebraïques.
Ils en ont au reste de plusieurs sortes, qui toutes dependent de sixprincipales voyes: assavoir les Ethbas ou transpositions delettres: Thmurah, leurs commutations materielles: Ziruph combinations et eschanges formels, quand on les transporte de leur vrayefaculté et puissance en d'autres: Ghilgul, unequottité numerale: le notariacon, mettre une lettre ou unesyllabe pour un mot, et au rebours: et la Ghematrie, qui est uneequivalence, de mesures et de proportions. Toutes lesquelles varietezviennent comme dient les Cabalistes, et mesme Rabbi Moyse Gerundense, de ceque Dieu donna à Moyse la loy escrite en lettres confuses etembarrassees, si qu'on y pouvoit lire de tous costez, à droit,à gauche; à l'endroit, à lenvers; du hault en bas, dubas en hault; comme il a esté des-ja dit; et chacun se former delà divers sens, qui est la vraye Steganographie qu'a voulu imiterTritheme: ce neantmoins, qu'il en monstra la vraye lecture et intelligenceà Moyse; lequel la laissa de bouche tant seulement aux septante Sanhedrin du conseil secret; et eux de main en main aux autres. Lapremiere donques de ces manieres se soubsdivise en deux autres; l'une parequivalence de nombres; l'autre par des metatheses, et transpositions delettres, syllabes et dictions entieres hors de leur ordre, suitte, etassiete; dequoy resulte un nouveau sens caché souz le contexte del'escriture. Par equivalence <f 132v> de nombres, quand les lettresde deux vocables viennent à se raporter justement à une mesmesomme, selon qu'ils font valoir leurs caracteres, de la sorte qu'il se peultveoir par la table suivante. Comme pour exemple, les lettres de [H]Metattron duquel nous avons parlé cy dessus, et de l'un desnoms divins [H] Sadai, font en chacun d'iceux le nombre de 314.si qu'on les eschange et interprete bien souvent l'un pour l'autre.
[FIGURE]
  LES Grecs à l'imitation des Hebrieux, ont faict servirpareillement leurs caracteres de nombres, enquoy afin que leur Iota lequel se raporte au Jod, peust de mesme se rencontrer en l'ordrede dix, là où il n'est que le neufiesme, ils ont pour ceregard inseré en leur alphabet ce caractere [G] au 6. lieu quisert d'une abbreviation [G]; et puis ces deux autres pour<f 133r> parfaire le nombre de 27. assavoir, [G] et [G]: Etpour marquer les millenaires, ils emploient les capitales tout d'un mesmeordre: Ce qui monstre assez qu'ils ont emprunté beaucoup de chosesdes Hebrieux: ou bien ils ont appliqué aux petites un accentaigu.
[FIGURE]
  A L'IMITATION encore desquels, ils ont presqu'une semblablemaniere d'Arithmantie que celle dont il a esté parlé cydevant, c'est à dire divination par les nombres apropriez àleurs caracteres; excogitee premierement à ce qu'ils dient parPythagore; les traditions duquel ne son autre chose qu'une vraye cabaleHebraïque; qui emploie pour ce regard ce passage de la Sapience 11. Omnia in numero, pondere, et mensura disposuisti: A quoy ne contredisent pas mesme Aristote ny Ptolemee, advoüans bien que les lettresimportent en elles mystiquement <f 133v> certains nombres, quiés noms propres des personnes, des Royaumes, Empires, Citez,Republiques, contiennent quelque chose en secret de leurs fortunes etdestinees; ainsi qu'on peult veoir par ces vers de Terentian, qui enmonstrent l'usage et practique:
  Et nomina tradunt ita literis peracta,
  Haec ut numeris pluribus, illa sint minutis;
  Quondoque subibunt dubiae pericla pugnae,
  Maior numerus quà steterit, fauere palmam;
  Praesagia lethi minima patere summa.
  Sic et Patroclum Hectorea manu perisse:
  Sic Hectora tradunt cecidisse mox Achilli.
Assavoir que prenant les noms de deux qui veullent entrer en duel etcombat singulier d'homme à homme, celuy dont les lettres du nomsurmonteront selon le calcul dessusdit celles de sa partie adverse, enobtiendra pareillement la victoire; comme par experience il advint àHector, qui mit à mort Patrocle, et fut puisapres tué parAchille. Car les caracteres de ce mot [G] font ensemble 1225. assavoir, [G], 5. [G], 20. [G], 300. [G], 800. et [G], 100.là où ceux de [G] bien qu'en plus grand nombre, n'arriventneaumoins qu'a 871. en ceste sorte; [G], 80. [G], 1. [G], 300. [G], 100. [G], 70. [G], 20. [G], 30. [G], 70. [G], 200. Tout de mesme en Hector et Achille, parce que [G] passe jusquesà 1276. comme on le peult veoir par les nombres de ces caracteres.Quelques-uns mesme ont voulu de là inferer, que c'est mauvais augureen <f 134r> mariage, si les lettres du nom et surnom de la femme,surmontent en valeur celles du mary, comme si elle luy devoit dominer: maisde celà la foy en soit pardevers les autheurs, car ce sont chosesincertaines, et qui ne reuscissent pas tousjours s'il n'y a autre artificeque ce que dessus, ainsi qu'il s'est rencontré en [G] Carthage,et [G] Rome; dont la premiere qui fut suppeditee par les Romains,advance de beaucoup en nombre le nom de Rome: ce n'est pas à direpourtant qu'il n'y ait de fort grands secrets et mysteres és nombres;selon mesme qu'on peut veoir en l'Apocalypse cha. 13. [G] Qui aentendement si compte le nombre de la beste; car c'est le nombre d'un homme,duquel le nombre est 666. auquel se raporte justement celuy de [G] ou [G] car [G] fait 40. [G], 1. [G], 70. [G], 40. [G], 5. [G], 300. [G], 10. et [G], 200. D'autrepart ce nom de [G], auquel il y a quatre voyelles, et deux consones fait 888. suivant cesvers de la Sibylle:
  [G]
Car [G] fait 10. [G], 8. [G], 200. [G], 70. [G], 400. [G], 200. qui sont en tout les dessudits 888.
  QUANT à l'autre maniere de chiffre Hebraïque, qui sefaict par metathese et anagrammes; ce sont <f 134v> transpositionsde lettres, et aucunefois de syllabes, l'exemple suivant entr' infinisautres, vous pourra monstrer comme cela va; et les estranges mysteres quise retrouvent dans le contexte de l'escriture saincte, en la langue etés caracteres Hebrieux, dont les autres ne sont pas si capables.
Mysteres du mot Bresit, le premier de la creation en Genese.
Le premier mot de Genese [H] Bresit, est de six lettres,differentes, denotans les six jours esquels Dieu parfit toute la machine del'univers; dont les trois premieres [H] Bra signifient ilcrea; ostez de tout le mot la lettre [H] beth, restera resit, c'est à dire commancement. Ausurplus pource quece beth est marqué là en capitale [H] qui vault2000. en nombre, quelques Cabalistes ont voulu delà inferer, ditRabbi Moyse Egyptien au second de son directeur, chap. 31. en le reprouvanttoutesfois; Qu'il a esté tout expres ainsi aposé au devantde ce mot Resit, pour monstrer que deux mille ans passerent avantla creation du monde; se fondant sur ce qui se trouve escript du premier,second, et troisiesme jour, avant que le Soleil et la Lune fussent encor enevidence, qui distinguent le jour et la nuict, les mois et annees: carcomment pourroit-on sans ces deux luminaires mesurer le temps ? Par celadonques voyons nous (dit là mesme Rabi Jehuda.) Quel'escriture nous tesmoigne l'ordre des temps avoir esté de touteEternité envers Dieu: Et un autre, dont l'opinion est beaucoup pire,que Dieu le Createur a fait et defait plusieurs mondes l'un apres l'autre,à certaines periodes de temps. <f 135r> Mais cela sentsa vaine superstition Rabinique. Et là dessus il fault entendre,qu'envers les Hebrieux tout ce qui passe le nombre de mille, est pris commepour infiny, selon qu'on peut veoir par le pseaume 119. La loy de tabouche m'est un fort grand bien, plus qu'or ny argent à milliers:au moien dequoy il faut plustost referer cela à ce que Beth comme estant la seconde lettre represente le verbe, la sapience, et le FILS,la seconde personne de la Trinité, qui a esté de touteeternité inseparablement conjoint et uny ensemblement à l' Aleph le PERE; et par lequel selon le pseaume 33. les cieux ontesté establis, c'est à dire tout l'univers: ce que mesmetesmoigne Trismegiste en mots expres au 4. de son Pymandre; Uniuersummundum verbo non manibus fabricatus est opifex. Avant la creationduquel monde, dient Rabbi Eliezer en ses chapitres, et le prealleguéMoyse, Rambam; rien n'estoit sinon Dieu, avec son tressainct venerable nomQuadrilettre, et sa sapience; suivant ce texte du 8. des proverbes,où elle est introduite parlant ainsi; Le Seigneur m'apossedé dés le commancement de ses voyes, (c'est àdire de ses ouvrages) avant qu'il eust encore rien fait deslors. Oubien ces deux milliers d'ans se peuvent referer à ce qui estallegué des sectateurs d'Elie dans le Talmud, au livre des Sanhedrin chap. helec, que six mille ans doit durer le monde;deux mille assavoir, le [H] Tohu, deux mille la loy; et deux millele MESSIHE; là où il, ne faut pas prendre ce Tohu, pur l' inane qu'a tourné S. Jerosme; ou informité,solitude, et privation de toutes <f 135v> creatures; ains pour lagrossiere et inculte vie que menerent les premiers hommes, vivanspresqu'à guise de bestes brutes, sans loy, sans civilité, nepolice, n'ayans comme encor atteint la douceur cultivee de la societéet vie humaine, dont Dieu a rendu l'homme capable moiennant son industrieet labeur; ainsi que puis cent ans en ça il s'est descouvertés sauvages des Indes occidentales, du tout conformes à cepremier siecle. Donques la creation du monde ne commance pas par Aleph, nonobstant que ce soit la premiere lettre qui denote le PERE,et ce que nous appellons le PREMIER, mais par Beth, la premiere dumot Bresit, qui vient de [H] Rosch le chef, où estle siege du cerveau source du [G] ou discours de raison; et qui en sacollocation est la premiere partie du corps de chaque animal. Pourtant Beth est dit le principe, selon Mnahem Rachanat sur le commancement deGenese: Paraventure vous demanderez (ce dit-il) Pourquoy lasapience, attendu qu'elle est mise pour la seconde numeration, estneantmoins appellee PRINCIPE; à quoy vous respond ce passagedu livre d'Habbahir, que rien n'est principe fors la sapience. Tellementque le PERE est premier, et le FILS principe: Tu quis es ? Principium,qui et loquor vobis; en S. Jean 8. Voila doncq une partie des mysteresdu mot Bresit, touchant les premiers Elemens d'iceluy. Or joignezmaintenant avec Beth la troisiesme lettre Aleph, il y aura Ab qui signifie PERE: redoublez avec la seconde r, quiimporte quant et soy sa voyelle a, vous aurez Bebar, par<f 136r> le Fils: ostez le dit mot entier, restera Refit, commancement. Joignez la quatriesme Shin avec le Beth, et la derniere Tau, il y aura Sciabat, fin ourepos. Prenez les trois premieres seulement, elles feront Bra, il a creé: laissant le Beth, prenez lestrois subsequentes, vous aurez Rosch, teste ou chef: lesdeux premieres retranchees, les deux d'apres feront Esch, feu.joignez la quatriesme avec la derniere, assavoir Shin et Tau, il y aura Seth, fondement. La second Res, avecla premiere Beth fait Rab, du grand. Si apres Aleph la troisiesme, vous mettes la 5. Jod, et puis la 4. Shin, il y aura Hisch, homme. Les deux premieres lettres Beth, et Res, avec les deux dernieres Jod et Tau, feront Berith, alliance: et la derniere Tau, avec la premiere Beth, Tof, bonne et louable: si que tout celaamassé ensemble il y aura en substance ces mors icy; LE PERE PAR LEFILS, LE COMMANCEMENT, ET LA FIN, A CREE LE CHEF, LE FEU, ET LE FONDEMENTDU GRAND HOMME, PAR UNE ALLIANCE TRES-BONNE: tout cela provenant desanagrammes, resolutions, et rassemblement des lettres de ce mot BRESIT. Que le Fils au reste soit le commancement et la fin de tout, l'Apocalypsele tesmoigne chap. premier. Je suis [G] et [G], lecommancement et la fin, le premier et le dernier; ce qui est reiteréencore au dernier cha. Quant à ces mots, chef, feu,fondement du grand homme; il faut presupposer que si l'homme estappellé le Microcosme ou petit monde, le monde reciproquement serale grand homme: et delà Moyse <f 136v> prenant occasion derepresenter les trois mondes par l'homme, assavoir l'intelligible, leceleste, l'elementaire, il a par le chef où consiste l'entendement,la cognoissance, et ratiocination, voulu denoter le monde intelligible:Depuis le col puisapres jusqu'au nombril, est la seconde partie oùdomine le coeur source de la chaleur, de la vie, et du mouvement; ainsi quele Soleil fait au ciel, qu'on tient estre de substance ignee, pour raisonde sa pureté, et de sa continuelle agitation; aumoien dequoy le feuest icy pris pour le ciel, comme mesmes le disout Anaxagore: La troisiesmeet inferieure depuis le nombril contre bas, où reside lafaculté generative, est le monde elementaire, sous la sphere de laLune, où consistent la generation et corruption. Et tout ainsi queles pieds sont comme une base et fondement sur lequel pose tout le corps del'homme, aussi le monde elementaire, mesmement la terre qui est l'inferieureportion d'iceluy, est icy appellee le fondement; car elle est mise pourtoute la masse des bas elemens corruptibles par le mesme Moyse, tout aucommancement de la creation: et Hesiode l'appelle le fondement ferme detoutes choses; Orphee, le siege du monde immortel. Puis finablement estadjouxté, Par une alliance tresbonne; Parce que ces troismondes se correspondent harmoniquement l'un à l'autre par unetresbien accordee concorde, que Platon appelle Amour, Homere la chesnedoree; et l'escriture saincte, l'Eschelle de Jacob, qui consiste de 72.eschellons, autant <f 137r> qu'il y a de lettres au Schemhemmaphoras; et d'Anges qui montent de la terre au ciel, puis enredescendent, portans tous le nom de Dieu, avec ses loüanges, suivantce qui est escrit au Cantique des enfans de Chore; secundum nomem tuumDeus, sic et laus tua. Et est ceste alliance appellee bonne, pourraison de souverain bien; qui à son exemple et portrait ainstitué de tout un si bel accord, ne produisant de soy que chosestresbelles et bonnes, selon qu'il est dit en Genese; Que Dieu vit toutce qu'il avoit fait estre bon merveilleusement. Somme que ce seul motde Bresit s'interprete et lit par les Cabalistes en plus dequarante ou cinquante sortes differentes, toutes pleines de grands mysteres.Et entre autres le docteur Elchana, de grand nom entre les Hebrieux, met quele Beth qui signifie maison, denote la Sapience superieure, enlaquelle toutes choses estoient colloquees avant qu'estre deduites enformes; et par elle mesme ont esté procrees, suivant le pseaume 104.Tu as fait toutes choses en ta Sapience. Et l'autre lettre qui suitapres, assavoir le Res, à quel propos est-elle icy laseconde ? pourautant dit-il que le Beth qui és nombresimporte deux, monstre la premiere emanation en la divinité, qui estLE FILS, la seconde personne d'icelle, et ce en la simplicité desneuf premiers nombres au dedans du dix; car Res importe deuxcentaines, et par consequant la premiere production és chosesmaterielles grossieres, assavoir la matiere, que les Pythagoriciensrepresentent par le Binaire, qui est <f 137v> le deux. En troisiesmelieu est la lettre Aleph, un des symboles de la divinité,et de la premiere source de tous les biens qui sont en ce monde; cela nevoulant signifier autre chose, sinon que la matiere fut de rien procree enEstre; et l'informateur influant là dessus dans le Beth, etle Res, fait qu'elle reçoive ses formes, et soit vivifieepar le FILS, qui est la sapience procreatrice, et la vie de toutes choses.Mais le plus beau de tout, est que l' Aleph joint avec le Beth, , fait AB, qui signifie le PERE, lequel ne peult estre sans soncorrelatif le FILS. Au reste le premier donneur des formes, introduisant enla matiere celles qui estoient au FILS, comme la souveraine Idee, et la viede ce qui se devoit produire, charrie le Shin apres soy, quiimporte trois centaines, et demonstre mystiquement que la forme estintroduitte en la matiere crasse et grossiere. Et comme il n'y ait rien quipuisse consister en ce monde qui ne soit remply de divinité, selonle pseaume 104. Auferes spiritum eorum, et deficient, (assavoir lavie que toy ô souverain Dieu leur as donnee) et in puluerem suumreuertentur: et un peu audessus; Te aperiente manum tuam, omniaimplebuntur ubertate; pour ceste occasion au cinquiesme lieu de Bresit est mis le Jod, qui denote la divinité estreinfuse en toutes choses, qu'elle remplist, dit Jeremie au 23. Nunquidnon caelum et terram impleo: Et en S. Jean 1. De plenitudine eiusnos omnes accepimus; laquelle a esté tresparfaicte au CHRIST,comme le tesmoigne l'Apostre aux Colocens. 1. In ipso complacuit Patri<f 138r> omnem plenitudinem inhabitare. Toutes choses donquesainsi produites; et la masse du genre humain coacervee, delà futtrié à part le peuple que Dieu voulut choisir pour soy,appellé la congregation d'Israël, representee par le Tau: de maniere que tout ce que dessus raporté en un sens de lasuitte de ces six lettres de BRESIT, ne veult dire autre chose sinon cecy:En la Sapience, qui est le verbe et le FILS du souverain PERE,a esté produitte la premiere matiere de toutes choses: puisapresde la source inexpuisable de tous biens, leur a esté donnee la formeet consequemment tout a esté remply de la bonté opulente deDieu pour le genre humain; et en especial, pour ses esleuz.
  TELS mysteres, et autres encore se trouvent presque par touten l'escriture, où ils sont noiez et enseveliz sous l'escorce ducontexte apparent de la lettre, ainsi que le sens secret qui estcaché dedans un chiffre; mais pardessus tout au sacresainctTetragrammaton [H]; qui n s'en pourroit jamais espuiser, nomplus que lavraye essence de Dieu, que ces quatre caracteres portent en eux, ineffablespour nostre regard, et incomprehensibles mesme à la nature Angelique;dont en cest endroit la divinité se desrobbe pour s'aller plongerdans le vaste abisme de son Ensoph ou infinitude, qu'Orphee etHesiode appellent la nuict; à laquelle est faite aussi allusion enIsaie chap. 16. Pone quasi noctem umbram tuam in meridie. Al'imitation de cela Platon a basty la plus grand part de son Cratyle, auquelentre les autres noms divins <f 138v> Socrate espluche celuy de A [G], non avec de moindres mysteres que les Cabalistes font celuy duSouverain Dieu, le tout dependant (ce dit-il là mesme) de laresolution des mots en syllabes et lettres,dont consiste la representation de l'essence des choses qu'on veut exprimerpar leurs droites appellations;
L'essence des choses ne se peult mieux representer, que par lescaracteres de l'escriture.
ny plus ny moins que fait la peinture par les traits de lineamens etcouleurs; ce qui s'appelle les resouldre en leurs premiers Elemens, commeles mixtes et composez mineraux, vegetaux, animaux par les actions eteffects du feu; our delà puis apres en former un nouveau sens etintelligence mystique, couverte exterieurement de la diction; et de cecydepend presque tout l'artifice de la Steganographie et Poligraphie del'Abé Tritheme, tirees de ces chiffremens Hebraïques; tel pourle regard de la transposition des lettres, qu'en Jehoachin, et Jechoniah, qui sont le nom d'un mesme Roy, et de mesmes lettres, maistransposees. Dequoy nous amenerons encore icy cest autre exemple de laMetathese ou renversement de deux seuls lettres, qui diversement assembleessignifient diverses choses, non sans grand mystere; assavoir [H] EL Dieu, et [H] non; comme si dela on devoit comprendre, Dieu estreplustost en nostre endroit une negative et privation, qu'une affirmative;selon que nous avons desja allegué du pseaume 139. Ainsi que sontses tenebres, telle est sa lumiere; car les tenebres symbolisentà la privation. Au moien dequoy la tres-absoluë Essence de Dieuse retirant de nostre<f 139r> sens et apprehension dedans son infinie obscuritépour nostre regard, elle est aussi appellee [H] Ain, non ou rien,à propos de ce texte du dixseptiesme d'Exode selon la veritéHebraïque; Num est Ens Adonai inter nos, an non Ens ? Sique les Cabalistes alleguent de ce lieu du vingthuitiesme de Job, Ipse( [H] Hu) nouit locum illius, que la sapience est trouvee parprivation, assavoir de l'endroit dict [H] Ain. A quoy bat ce quiest discouru en Platon au Dialogue du Sophiste; Hors de toute choses iln'y a rien, fors le rien mesme: Et pourtant l'un ne peut entourer fors cequi est, si d'aventure il n'environnoit le rien. Et le traittédu Jezirah met, que les dix Sephiroths ou divinesemanations procedent du [H] Belimah, qui entre autres chosessignifie rien, et privation; par ce que l'imbecillité de nostreesprit faict que les choses que nous ne pouvons atteindre ne concevoir, etqui ne nous apparoissent aucunement, nous les tenons pour n'estre point:dont l'Apostre en la premiere aux Corinthiens premier; Dieu a esleu leschoses qui ne sont point, pour abolir celles qui sont. Mais plusapertement encore Platon en l'epistre 6. à Hermias, Erate, etCorisque; Que dieu est le chef de toutes les choses, tant de celles quisont, que des autres qui doivent estre, et ne sont encore. Aussi cestenote de nullité 0, qui est circulaire et revoluble en soy-mesme, sansfin et sans commancement, ne faict rien de soy, mais avec l'unitéconstitute le nombre de dix 10. Et de là se va multipliant en lacompagnie des autres <f 139v> jusqu'en infiny, comme le demonstreArchimede au traicté de l'Arene: Car selon que met S. Denys en samystique theologie; DIEU n'est ny nombre, ny ordre, ny un, nyunité. Et en un autre endroit il dit; Nous oserons bien encoreaffermer par raison, que ce qui n'est, participe du bon et du beau.Tellement que ce NON-ESTRE pour nostre regard et capacité se raporteà Dieu; duquel avec Simonide au Roy Hieron, nous pouvons dire, quetant plus on y pense, tant moins on peult comprendre ce que c'est: Si qu'ilest bien plus aisé d'apprehender Dieu n'estre le ciel, le Soleil, laterre, ny autre chose quelconque qui nous puisse tomber non tant seulementsous la veuë, mais nompas mesme en nostre imagination et pensee, qued'affermer que ce soit cecy ou cela: Parquoy tant plus nou-nous cuidonsaprocher de luy pour en atteindre la cognoissance, tant plus il s'en fuitet reculle, ainsi que l'ombre fait du corps dont elle procede, quant onpense courir apres. Tous les efforts donques d'y parvenir par aucuneratiocination ny elevement de nos esprits, nous estoient vains et inutiles,avant que son [G] ou verbe qui est la parfaicte raison, se fust venucommuniquer à nous, en prenant le vestment de nostre nature en lachair humaine, car nulle chose spirituelle descendant en bas, comme nousavons dit, n'opere point sans vestement. C'est pourquoy les sacremens etmysteres qui sont tous spirituels de soy, ont besoin d'estre accompagnez dequelque signe materiel; comme dient les <f 140r> Cabalistes dedansles portes de Justice de Rabbi Joseph fils de Carnitol, Superos,indigere auxilio inferiorum; à propos de ce, Rorate caelidesuper, et nubes pluant iustum: aperiatur terra, et germinet saluatorem,et iustitia oriatur simul. Isaie 45. Mais depuis l'incarnation duverbe, la divinité au lieu de se reculler de nous comme auparavant,au contraire se presente à bras estendus et ouvers pour se manifesterà nous, et s'insinuer en nostre ame. Tout cela est par nous icyamené à l'imitation d'une escriture non aparente, ainsi qu'onpeult faire avec de l'alum destrempé en de l'eau, et plusieurs autresartifices; laquelle estant seche se blanchist à pair du papier, siqu'on ne cuideroit pas qu'il y eust rien de marqué; mais mouillee ende l'eau, ou chauffee au feu, le papier se venant par là ànoircir, elle se manifeste lors; et ainsi est-il des secrets mysteres deDieu, qui à guise d'un fort secret chiffre se forlongeoient de nostrecognoissance, jusqu'à ce qu'ils nous aient esté revelez parson fils, qui est la vraye eau, eau de Sapience salutaire; et l'espritSAINCT, le feu d'ardente charité et dilection. Il y a d'autres encoreanagrammes communement en l'escriture, ainsi qu'en [H] Chamor, asne, et [H] Rechem Pieté ou debonaireté,qui sont les mesmes lettres mais transposees; à quoy s'aproprie fortbien ceste prediction du MESSIHE en Zacharie 9. Voicy ton Roy qui viendrapour toy, juste et sauveur, humble et debonaire, monté surl'asne: et plusieurs semblables. Par les Acrostichides d'abondant desmots, se revelent de <f 140v> grands secrets dans les textes del'escriture, et mesmes touchant le Messihe; tels que S. Augustin livre 18.de la Cité de Dieu, chap. 23. en ameine de la Sibylle en carmesGrecs, dont les premieres lettres reduites ensemble font ces mots cy: [G];JESUS-CHRIST FILS DE DIEU, SAUVEUR. Et en premier lieu, en Genese 49. [H]Jabo Siloh Velo, donec veniat Messiah, les premieres lettres de cestrois mots font JESU: et de mesme au 72. pseaume; [H] Janin Semo Vait barcu: et au 96. encore en cest endroit; Laetentur coeli, etexultet terra: commoueatur mare et plenitudo eius, gaudebunt campi, et omniaquae in eis sunt; toutes predictions du Messihe, les premieres lettresdes quatre premiers mots; Josmehu, Hassamaim, Vetagel, Haarez, fontle grand tetragrammaton [H] Jehovah; et celles des troissubsequents; Irham Haiam Umluo, le mesme encore, sans le dernier He, qui denote la nature humaine, que le Christ lors de cesteprediction n'avoit point encore vestue: et les autres premieres lettres detrois dictions qui restent, assavoir Jahelaz Sadai Uccol asserbo, celuy de JESU. Infinis autres tels mysteres se presentent de tous costezdans l'escriture, à quoy les Juifs ferment les yeux esbloiz, et leursendurcies oreilles, pour n'estre contraints d'advoüer ce qu'ils voientmanifestement par les reigles de leurs propres chiffres, qui ne leur sontpas incogneuz.
  CE SONT à la verité de fort belles choses, diraquelqu'un, et bien propres pour tirer à soy, et retenir<f 141r> des cerveaux contemplatifs estant desormais de repos, horsde toutes occupations et charges publiques, et nompas de ceux dont la vieconsiste encore en action; car à quoy peuvent estre bonnes ces sicurieuses recherches, où paraventure Moyse, ne les autres prophetesne songerent onques ? nomplus que les rencontres des Sibylles que Ciceronau 2. de la Nature des dieux tient pour suspectes, pour y avoir un sens sinet et expres; Atque in Sibyllinis (dit-il) ex primo versucuiusque sententiae, primis literis illius sententiae carmen omnepraetexitur: Sed hoc scriptoris est non furentis, immo adhibentisdiligentiam, et non insani. Mais je n'advoüe pas cela, ains tiensfermement que c'estoit un ouvrage du sainct Esprit, qui guidoit le leurparlant par leur bouche, et addressant leur plume à de telsrencontres non fortuits; esquels encore que la langue et escrituresHebraïques soient plus propres que nulle des autres, si n'en sont ellespas pourtant du tout desnuees, tesmoin les anagrammes de Lycophron, et lesvers dessusdits Sibyllins; et quelques uns dans Ennius, au rapport mesmedudit Ciceron:
Divers anagrammes de ce mot ROY.
Si que m'estant pris un jour fantasie d'essaier si à l'imitation decela, j'y pourrois rien atteindre en la nostre, ce mot de ROY se vint lepremier presenter sur les rengs, comme l'un des plus magnifiques et dignesde tous; et que la divinité propre ne dedaigne pas; Rex meus, etDeus meus, pseaume octante quatre; et au nonante cinq, Rex magnussuper omnes deos; et infinis autres passages de l'escriture: Estant enpremier lieu de trois <f 141v> lettres ainsi que tous lesprimordiaux des Hebrieux; et au reste d'une syllabe, ce qui symboliseaucunement au tressaint et sacré TERNAIRE; et pour le regard deschoses humaines, marque les trois principales parties que celui qui esthonoré de ce tiltre doit avoir en luy; la foy assavoir, pure et netteenvers Dieu; la charité et amour paternelle envers ses subjects; etla providence és affaires de la corone. Enapres je vins àexaminer les trois lettres dont il consiste, selon les mesmes considerationsque touche Socrate dans le Cratyle de Platon: [G] etc. En premierlieu la lettre R me semble estre comme un instrument de toute mouvement,parce que la langue en la prononçant se remue fort, et sanss'arrester. Cela me sembla soudain se raporter à la continuelleaction où doit estre le souverain Magistrat, pour l'exercice dudevoir et acquict de se charge. O puisapres denote larotondité dont il doit egallement proceder envers un chacun: [G] Qu'en ce mot de Strongylon c'est à dire rond, l'on a meslébeaucoup de o, comme aiant besoin de ceste note laquelle de vray estanttoute ronde, egalle et unie, sans aucunes pointes ny encoigneurs qui seforjectent endehors, en semblable la parole du Prince, et ses actions eteffects doivent estre tous uniz et ronds, comme on dit en commun langage,quand on veult denoter quelque chose de candeur et syncerité. Etfinablement la lettre I, represente<f 142r> une lenité et douceur, parce que la prolation en estla plus gracieuse de toutes autres; et en outre l'industrie etsubtilité d'esprit, et son exacte intelligence: Toutes lesquelleschoses signifie le mot de [G]; ensemble un conseil secret etcaché, là au mesme endroit du Cratyle; [G] etc. OR suivantles traditions des Cabalistes la lettre [H] Res representel'heredité et succession, comme si cela vouloit inferer que lesroyaumes, hereditaires soient trop mieux instituez, tel que fut celuy deJuda, qu'on ne doubte point avoir esté excellent sur tous autres,comme estably de Dieu sur son peuple particulier, et non par une usurpationtyrannique, que nompas les Electifs, où les combustions des brigueset partialitez mettent la plus-part du temps tout à vauderoutte, avecune extreme affliction et ruine des peuples. Dans le livre de Jezirah R est pris pour la bien-vueillance, vray lien de la societéhumaine, qu'à l'exemple de l'amour pitoiable que Dieu a àl'endroit de ses creatures, en semblable le Prince est tenu de porter aussià tous ses sujets. Au regard de o; c'est la plus aisee lettreà prononcer de toutes et comme moienne entre le gozier oùs'enfonce a, la premiere des lettres et voix, et le bout des levresoù se vient reduire la derniere u; si que Tohu et Bohu, les premiers et rudes principes de Moyse en la creation deschoses, en consistent la plus grand part; et aussi le nom du premier hommeAdam, appellé autrement Odom. Davantage les Hebrieux<f 142v> n'aians point proprement de voyelles, font servirordinairement [H] Ain pour o, non sans mystere: car comme ain signifie non, ou rien, de mesme ceste note 0 au chiffreà compter n'importe aucun nombre seule à par soy, si ellen'est accompangee de quelqu'une des neuf. Au surplus ce caractere denotel'oeil, que le Roy doit avoir à tout, et par tout: et suivant celales Egyptiens en leurs Hieroglyphiques representoient la Royauté parun oeil pacqué au dessus d'un Sceptre, ainsi que le specifient Oruset Plutarque au traité d'Osyris, le Sceptre signifiant la force,authorité et pouvoir; et l'oeil la prevoiance. Le Jod enapres assavoir I, duquel sont composees toutes les lettresHebraïques; et qui par mesme moien constitue le nombre de dix,perfection, reposoüer et accomplissment de tous autres nombres, denotepar là, que toutes les parties et membres d'un royaume dependent dela personne du Roy; et qu'en elle tout se parfait et accomplist; parquoytout s'y doit raporter et reduire, ainsi que la circonference au centre. Le Jod en outre est pris pour exaltation et loüange, àquoy tout Roy doit aspirer par ses bons et loüables comportemens.PASSANT puisapres des mystiques interpretations et signifiances de ces troislettres, à ce qui peult resulter de leurs divers anagrammes etrenversemens; en premier lieu se presente Iro, quasi [G] demidieu, tels que sont les Rois, image du grand Dieu en terre: et àce propos en l'ancienne loy les Rois, les Prophetes, et les prestres quiestoient oincts du sainct<f 143r> huille, estoient reputez estre plus qu'hommes, et commedemidieux; les Rois d'autant qu'ils administrent la Justice, qui appartientproprement au Messihe, le Roy des Rois; dont il est escrit en S. Jean 5. Omne iudicium dedict mihi pater: les prophetes à cause qu'ilsestoient inspirez du SAINCT ESPRIT, qui parloit par leur bouche; si que lesCabalistes les appellent certains dieux cachez dans le corps humain, suivantle pseaume quarante sept Dii fortes terrae vehementer eleuati sunt: et les Prestres pour les haults mysteres et sacremens qu'ils manient;à quoy se raporte le pseaume cent trente trois; Sicut unguentumquod descendit in barbam, barbaram autem Aaron, le grand Pontife etArchiprestre: et estoit ceste onction, moiennant laquelle le don deprophetie se conferoit, comme on peult veoir au premier des Rois, chapitredix, un signe exterieur de la vertu et efficace du nom divin, selon lepremier des Cantiques, Oleum effusum nomen tuum. Car l'huille oule chresme est un symbole de misericorde et cle-qmence, qui se confere parle moien du nom de CHRIST; Auquel, comme dit sainct Pierre au 10.chapitre des Actes; tous les Prophetes rendent tesmoignage, que quiconquecroira en luy, oinct du SAINCT ESPRIT, recevra remission de sespechez par son nom: Mais tous ceux qui estoient oints de cest huille,ne recevoient pas pourtant ceste grace, nomplus que nous celle de nossacremens si de nostre part il y a de l'indignité.
I. aux Corinth. II.
  IRO derechef fait allusion à [G], gracieux,<f 143v> amiable, debonnaire; estant derivé de [G] amour,et de là paraventure le Latin Herus, maistre et Seigneur,qui doibt estre tel envers sa famille et ses serviteurs, comme le Royà l'endroit de ses vassaulx. L'autre transposition de Roi est Rio, quasi [G], fluer, couller, emaner; parce que tout doitproceder de lui, et par consequent aussi affluer et couller à luy,ainsi que les rivieres dedans la mer, qui renvoie reciproquement de nouvelleeau doulce à leurs sources, par les occultes spongiositez de laterre, où elle laisse ses salsitudes. La troisiesme sera ori, de [G]; veoir, d'autant que l'oeil du Roy doit s'estendre de toutesparts, comme celuy d'un bon Pere de famille à son mesnage; et ceà l'exemple de Dieu selon Hesiode, [G] l'oeil du grand Dieu quitout voit et cognoist. Celuy d'apres à ce mesme propos, estoir; lequel estant purement François n'a besoin d'autreexplication, sinon que le Roy est tenu d'oyr et prester l'oreille sansacception de personne, aux plaintes et doleances de son peuple, pour fairedroit à un chacun, et luy administrer justice: Et c'est pourquoy lesLacedemoniens representoient le grand Roy des Rois Juppiter, avec quatreoreilles. Finablement il y a Ior, car trois lettres ne se peuventassembler qu'en six sortes, comme qui diroit [G], qui signifie portier,lequel prend garde à ce qui entre dans le logis, et en sort, selonque le doit faire un Roy en son royaume, qui luy est en lieu de domicileà une personne privee; ou une eschauguette assise au hault<f 144r> d'une montagne, où il est constitué envedette, et en sentinelle, pour de là descouvrir tout ce qui se faitd'importance; mais nompas espier les privez et menus affaires desparticuliers, qui n'attouchent en rien au publicq: y estant aussiexposé de sa part en veuë, afin que ses actions puissent estreobservees de tous, mesme des estrangers. Que si nous voulons làdessus passer outre à une autre belle consideration dependant encorede ce propos, suivant les Thmurah, et Siruphs desHebrieux, qui sont certaines commutations reciproques des lettres l'une pourl'autre; et changer R en L, car l'eschange de ces deux liquides est fortaisee, voire frequente, comme nous voions és petits enfans, et ceuxqui ont la langue un peu grassette, dont ils besgaient aucunement, lesquelsprononcent L, pour R; Il y aura Loi, de laquelle la justice est lafin intentionaire; et la loi l'ouvrage du Prince, comme met Plutarque autraicté Que les Princes doivent estre sçavans: Aumoiendequoy, disoit Agesilas Roy de Sparte, le bon Prince se doit laissercommander par les loix; car s'y soubsmettant, il soubsmet par mesme moientout le peuple à son authorité et obeissance, puis qu'il estle manutenteur et executeur de la loy.
  VOILA aumoins d'assez plausibles petites recherches en un mot desi peu d'estendue; à l'imitation desquelles s'en peuvent forger assezd'autres, mais oisives au reste, et infructueuses, et dont l'on ne doibt pasfaire beaucoup de mise ny de recepte; ne penser <f 144v> obtenir parlà tant soit peu de reputation, car elle seroit trop mendiee àbon marché, joint que tous les mots ne se pourroient pas ainsirencontrer si heureux; encore est-ce en langue estrangere pour la pluspart;là où les Hebrieux n'ont occasion de rien chercher hors de laleur, tresfertile en cest endroit sur tout autre; et tirent de cesanagrammatismes les principaux secrets mussez sous l'escaille del'escriture, dont nous convenons mesmes avecques eux. Et encore qu'il nenous soit point besoin de semblables choses pour la confirmation de nostrecreance, qui depend de la seule foy, sans avoir affaire de raisons ned'authoritez, suivant le dire d'Alpharabie, nonobstant que Mahometiste;Que les choses divines qui se doivent croire par la simplicitéd'une pieuse et devote foy, sont d'un ordre et degré si hault, qu'ilsurpasse nostre entendement, comme estans tirees de la divine inspiration;aumoien dequoy, d'autant que là consiste la profondité desdivins secrets, toutes les ratiocinations et discours humains viennentà s'y affoiblir et elangourer, si qu'ils ne les peuvent ny atteindreny concevoir: N'aians dis-je point de besoin de toutes ces subtilitezen ce qui depend de nostre religion et creance, cela neaumoins peult servirpour combatre l'envieuse et perfide malignité, et obstinationJudaïque par ses armes propres; qui fait l'aspic aveugle, et le SOURD,à ce qui luy est trop plus que manifeste; comme ont fait aussi deleur part les plus doctes Mahometistes Arabes, plus par une contumace etorgueil, <f 145r> qu'ignorance. Car par ces chiffres Cabalistiquesde metatheses et commutations de lettres, equivalences de nombres, notes etmarques, et autres tels artifices practiquez d'eux, se peut faire toucherau doigt et à l'oeil, le mystere de la Trinité, et sasubstancielle union de trois personnes en une seule divine essence;mesmement par le nom des quatre lettres ineffables; celuy de douze; dequarante deux, et soixante et douze. Dieu donques qui est une tressimpleunité tousjours une, a il plusieurs et divers noms, attendu ce quiest escrit en Zacharie 14. Erit dominus unus, et nomen eius unum ? A la verité non, aumoins pour exprimer par iceux diverses essencesde deitez; mais trop bien des proprietez et attributions seulement;lesquelles nonobstant qu'elles procedent d'une mesme souche de ladeité où elles sont enracinees, ne sont sinon qu'UN; mais pournostre regard elles acquierent une certaine pluralité, à causedes diverses beneficences, dons de grace, et octroiz que nous en parcevons;comme si une mesme eau et d'un mesme vase degouttoit sur nous par diverstuyaux. Par ces chiffres Hebrieux outreplus, se manifeste l'eternellegeneration du Primogenite, qui est le VERBE, et la sapience du PERE;l'introduction de la mort en l'homme par le peché originel;l'expiation d'iceluy par le sang du Messihe; son incarnation etnativité temporelle; sa mort, et resurrection; la penitence etremission des pechez; la consommation du siecle; et le jugement universelpar le<f 145v> fils de l'homme: et semblables articles de nostre foy; avecinfinies autres belles meditations, qui eslevent nos ames à Dieu.
Trois principalles procedures des Cabalistes.
Et en tout celà les Cabalistes procedent principalement partrois voyes; l'une en le retenant au sens literal, et contexte des mots;l'autre en reduisant l'escorce de l'escriture à un sens allegorique,et analogique; mais la troisiesme estoit parti-aculiere aux prophetes, quiillustrez de l'esprit de Dieu, penetroient aux profonds secrets d'iceluy,et raviz d'une sainte fureur et ecstase, s'unissoient presqu'à ladivinité.
Chiffre du Notariacon.
  LA SECONDE maniere des chiffres Hebrieux, pour retourner aupropos d'iceux intermis au fueil. 51. va par la voye du Notariacon,comme ils l'appellent, quand une lettre seule, ou une syllabe se mettentpour une diction entire; et un mot pour toute une clause: ce qui aesté autresfois practiqué mesme par les Romains, enl'escriture et langue Latine, dont il y en a infinies inscriptions etformules toutes de lettres capitales, importantes chacune endroit soy un motcomplect; comme S.C. Senatusconsultum: S.P.Q.R. Senatus,populúsque Romanus: D.T. Duntaxat: D.M. Diismanibus; sur tous leurs tombeaux: H.M.H.N.S. Hoc monumentumhaeredes non sequitur. Q.R.C.F. quando Rex Comitio fugit; ou, quando Rex comitiauit fas: A.A.A. F.F. Auro, argento, aere,flando, feriundo: et infinis autres qu'on peult voir és livres,marbres, bronzes, medailles, et camayeux antiques; dequoy Valerius Probus<f 146r> a faict un traicté, de Romanorum notis; quePaulus Diaconus a amplifié de beaucoup.
Les notes Ciceroniennes.
J'ay veu aussi en plusieurs endroits un gros volume intitulé de notis Ciceronianis, dont l'artifice tient plus du chiffre que leprecedant; par ce que ce sont tous caracteres formez à plaisir, pourservir d'abreviations, plus convenables aux Greffiers qui recueillent lesplaidoiers des Advocats, comme on faisoit anciennement ceux des Orateurs,et leurs harengues, que pour autre effect; à cause de la promptitudeet vitesse de la parole, qui passe soudain comme une fleche bien empennee;car chacun de ces caracteres ou notes importoit pour le moins un mot, voireplusieurs la plus grand' part, selon que tesmoigne le poëte Ausone;
  Qua multa fandi copia
  Punctis peracta singulis,
  Ut una vox absoluitur.
Quelques uns attribuent cest oeuvre, et mesme Eusebe, à unaffranchy de Ciceron, appellé Tyro; mais il fut depuis enrichyet accreu par Perennius Pilargyrus, et Aquila, autre affranchy de Mecenas;et encore quelques ans apres par Seneque, qui les arrengea en ordrealphabetique jusques au nombre de cinq mille: saint Cyprian y en adjoustaaussi, et accommoda le tout à l'usage du Christianisme. Mais c'estune profonde mer de confusion; et une vraye gehenne de la memoire, commechose laborieuse infiniment; <f 146v> et avec tout cela inutile;parce que chacun se peult dresser à par soy des abreviations àluy propres et particulieres, empraintes voire presqu'innees au profond deson souvenir; et quant et quant plus promptes, et courantes plus legierementsous la plume; comme nous voyons és greffiers des cours souveraines,dont la soudaineté de la main accompagne non seulement, ains devanceles plus legieres et delivres langues des advocats; et aussi en tous leschaffourremens et minutes de notaires, procureurs, et exploits desergens.
Plusieurs sortes de Notariacon.
QUANT au Notariacon des Hebrieux, il ne sort point de leurs lettresaccoustumees, bien est-il de diverses sortes; assavoir quand une syllabe ouune lettre sont mises pour un mot entier; et un mot pour toute une clause,comme nous avons desja dit cy dessus: et au rebours une clause complectepour un seul vocable; et un vocable pour une lettre, selon qu'on peult veoiren la Polygraphie de Tritheme, une assez gentille et ingenieuse inventionà la verité, si ce n'estoit le prolixe et ennuyeux sens querendent ces synonimes joints ensemble de suitte, et le peu de subject qu'enfin ils expriment. Une lettre se met pour un mot, ainsi qu'au Quadrilettre [H], auquel la premiere lettre Jod represente en plusieursendroits tout le mot entier: mais au Targhum ou translationChaldaïque, ce quadrilettre est ordinairement representé partrois Jod en triangle; un fort grand tesmoignage au Judaisme de laTrinité, encore que deslors ils n'en <f 147r> comprissent passi parfaictement le mystere, comme nous avons fait depuis par l'incarnationdu verbe, lequel nous l'a manifesté du tout: et c'est pourquoy cetressainct nom leur estoit ineffable, selon qu'il est dit en Exode 6. Et nomen meum tetragrammaton [H] non indicaui eis. quelquesfois on tire ces seules et singulieres lettres qui representent unmot entier, de la fin, ou du milieu d'une diction; et les marque lonaudessus d'un tiltre pour les discerner: ou bien l'on prend les premieresou dernieres lettres d'une suitte de mots pour en faire un seul; ou deplusieurs clauses en bastir une; comme sur ce passage du 65. d'Isaie;Celuy qui sera benit sur la terre, sera benit au Seigneur A MEN. Etqui est ce Seigneur Dieu AMEN ? peult on demander, selon qu'annote RabbiRacanat sur le 15. d'Exode: c'est respondent les Cabalistes, [H] Adonaimelech Neeman, le Seigneur Roy fidelle, ou veritables; car lespremieres lettres de ces trois mots font [H] Amen. De cestartifice à l'imitation des Hebrieux, a usé Roger Bacchonexcellent philosophe Anglois, en son miroüer des sept Chapitres; quise commancent par les mots suivans; In Verbis Praesentibus InueniesTerminum Exquisitae Rei; lesquels assemblez font un sens qui manifesteson intention; et les premieres d'icelles reduittes en un vocable, ce moticy, IUPITER; tout ainsi que les dernieres des derniers mots de chaquechapitre, assavoir Proiectionis, debet, tota, tamen, bitumen, nutu,inaeternum, font STANNUM, qui est le mesme que Jupiter,<f 147v> selon le chiffre Chimistique. De semblables choses setrouvent infinis exemples dans Rabbi Jehuda Marinus, Samuel Nagid, et autresqu'allegue Abraham Aben Ezra au livre du mystere de la loy. Il y a outreplusune autre branche de ce Notariacon, quand toutes les lettres d'une dictiondenotent autant de mots, ainsi qu'au 3. pseaume; Plusieurs s'esleventcontre moy: et qui sont ces plusieurs en Hebrieu ? [H] Rabim; les Romains designez là par le Res; les Babyloniens par beth; les Javan ou Joniens, peuples de la petite Asie par Jod; et les Medois par le mem final; ce qui est le vrayNotariacon. LES Hebrieux ont encore un autre secret d'escriture dependantde cecy; quand on oste la premiere lettre d'un mot, ou qu'on l'y adjouxte;dont la signification d'iceluy se change; comme pourroit estre au Latin Claudo et laudo, tango, et ango; et pareillement aumilieu, Surgo, et Sugo; En François Paris,et païs; mais cela quant à nous n'est d'aucunecommodité et usage, pour le regard mesmement des chiffres, làoù à eux il importe tousjours quelque grand mystere; dont envoicy un exemple tresnotable entre les autres, qu'allegue Rabbi Jehudah enson livre de l'Esperance: Que le Prophete Jeremie aiant un long tempsmedité dans le traicté de la formation, (JESIRAH) Unjour la fille de la voix (bath kol, ainsi appellent ils l'inspirationdivine comme une tacite voix venant du ciel) l'admonesta d'y persevererencore par trois ans de suitte; et mesmes sur les permutations procedans des Ziruphs <f 148r> et diversitez d'alphabets; au bout duquelterme luy fut, et a ses escoliers, creé soudain à l'imporveuun nouvel homme, ce leur sembloit, avec ces mots escrits au front, [H]Jahveh Elohim Emet, le Tetragrammaton Dieu vray: Ce qu'eux contemplansattentivement, il s'en va soudain effacer la premiere lettre du dernier mot,si qu'il n'y demoura plus sinon [H] MET, c'est à dire mort;dont le prophete tout indigné se prit à deschirer par courrouxses habillemens, en luy demandant pourquoy il avoit retranché Aleph de Emet ? Pource, respondit-il, que par tout on s'est departy de lafidelité du Createur, qui vois a formez à son image etressemblance. Et à quoy le cognoistrons nous ? repliqua Jeremie:Escrivez, dit ceste representation en forme d'homme, les alphabets parespaces en ceste poulsiere espandue, selon l'intelligence de voz pensees:et tout à l'instant cest homme là fut reduit en pouldre, ets'esvanoüit de leur veuë.
Fueil. 95.
De là en avant le Prophete affermoit d'avoir eu la notice de lafaculté et vertu de ces alphabets, et de leurs revolublescommutations literales, par la voye des accouplemens, dont il avoit des-jaapris la maniere dans le livre de Jezirah.
Mais ce Rabbi taist, quetout cela ne vouloit denoter, sinon que Dieu se devoit faire homme, etmourir en homme; le Dieu de verité assavoir, qui est leMessihe; Quoniam Christus est Veritas, en Sainct Jean cinquiesmechapitre: Et au pseaume octante cinq; Veritas de terra orta est. Ausurplus ce mot de [H] Emet n'est pas destitué demysteres; <f 148v> car il est composé de trois lettres, quisont le commancement, le milieu, et la fin de l'alphabet; et davantagerepresentent, assavoir Aleph qui vaut un, la simplicité desnombres, qui est attribuee à Dieu, et au monde intelligible: Mem qui vaut 40. les dizaines, au monde celeste: et Thau, 400.les centaines, à l'elementaire. Et si il y a encore àconsiderer la quadrature ferme et solide, telle qu'il faut que laverité soit; laquelle quadrature s'apperçoit tant en la figurede ces caracteres qui sont tous carrez, qu'en leur valeur éssuputations; d'autant qu' Aleph signifie mille aussi, qui est la fin detous les nombres, et le Cube du dix: Mem 40. le mesme dixmultiplié par quatre qui le constituent, parce que 1.2.3.4. font dix:et le Thau, 400. le carré du dix, qui estcent, multiplié par le mesme quatre, ou les quatre dizainespar dix, car 10. fois 40. font 400. Tellement que tant les figures que lesnombres de ces trois lettres de [H] Emet verité, sont, dequelque sorte qu'on les puisse prendre, tousjours solides: et celles dumensonge [H] Secher au rebours debiles et chancellantes, suivantle proverbe, que la menterie a les tallons courts, comme presuposantqu'elle est bien aisee à renverser. Leurs nombres outreplus sont toust de centaines, qui denotent la crassitude de la matiere, en perpetuelchangement et alteration; car [H] Shin vaut 300. Coph 100. et Res 200.
Job. 38.
QUANT est d'enlever une lettre du milieu d'un mot, Rabi Simon, dans leTalmud, aiant esté interrogé, pourquoy en ce passage del'escriture, LA LUMIERE SERA OSTEE <f 149r> AUX MESCHANTS,l'on eclipsoit hors de [H] Mersaim, qui veult dire impie oumeschant, la lettre [H] Ain, de façon qu'il restoit [H] Meresim par une syncope, qui ne signifie plus impie, mais indigentet souffreteux ? Pource respondit il, que qui en ceste vie temporelle serendra nonchallant en la contemplation de la beauté du mondesensible, sera par mesme moien diseteux en la cognoissance des chosesintelligibles, dont cest autre là est comme un portraict; et parconsequant tombe en une misere pour le regard du siecle advenir: Devray, qui n'observe et ne prend garde à ce qui est icy basexposé à nos sentiments, bien que caduc et corruptible, nepourra nomplus penetrer à la perception de l'invisible et permanentqui est là hault; tout ainsi qu'on ne peult cognoistre la penseeinterieure d'un homme, que par la parole, ou escriture; et semblables signeset marques apparentes par le dehors: Qui est ce que veult dire l'Apostre auxRom. 1. desja allegué; Que les choses invisibles de Dieu, serendent manifestes et appercevables à la creature du monde, parcelles qui ont esté faites de luy. Plusieurs tels autres grandsmysteres se descouvrent dans les Prophetes, par les diverses collocationset suittes de lettres; et par leurs additions et retranchemens;
Mysteres des noms d'Abraham et Sara.
ainsi que vous pouvez veoir en Genese 17. où le nom d'Abram est changé en celuy d' Abraham, parl'adjouxtement de la lettre [H] He, l'une de celles duQuadrilettre [H]; non sans grand mystere; car le cinq qu'elle vaultés nombres, adjouxté aux 243, que montent ensemble ces quatre<f 149v> [H], fera 248. autant qu'il y a d'os au corps humain,et de preceptes affirmatifs en la loy: là où d'autre part lenom de [H] Sarai fut accourcy de cinq, parce que ces trois lettresvallans 510. celuy de [H] Sara ne fait que 505. En sorte que toutainsi que pour la formation d'Eve fut distraicte d'Adam l'une de ces costes,à ce que du masle et de la femelle se vinst à faire lamultiplication du genre humain subject à peché, en recompencefust osté à Sara le nombre de cinq, pour le donnerà son mary Abraham; et par ce moien là rendre fertile, debrehaigne et sterile qu'elle estoit, dont consequemment vinst ànaistre selon la chair, celuy qui devoit reparer la faute des premiersperes.
  LA TROISIESME espece de chiffres Hebraïques est encore deplusieurs sortes, aussi bien que les dessusdites, qui toutes reveiennent auxdivers assemblemens et commutations des lettres, dont selon le livre de Jezirah, toutes les creatures tant du passé, que du present, etde l'advenir ont esté, et seront formees: car mesme le grand nom deDieu [H] en est escrit, (Per quem fecit et saecula) ouquel setrouvent six anagrammes par les diverses transpositions des trois lettresdont il est tissu, pourautant que [H] He, y est redoublé:Assavoir [H] Ihu, qui denote l'infiny et le haut: [H]Iuh, le bas, et profond abisme: [H] Hiu, le devant, oul'orient: [H] Hui, le derriere, ou l'occident: [H] Vih, la main droite, ou la partie du midy: et [H] Uhi, la gaulche, etle Septentrion; à raison que les <f 150r> Cabalistesconstituent la face de Dieu comme si elle estoit tournee au levant, pourl'excellence et dignité de ceste partie, qui represente le jour, etla vie qui luy symbolise: le midy au milieu, est le plus haut, par ce quele jour monte jusque là, d'où il redescend puis apres versl'occident, qui denote la nuit et la mort: et finablement le Septentrion,le profond ou le bas; et est au reste comme une marque de cest espace detemps, qui est entre la mort du corps, et la renaissance ou resurrectiond'iceluy, avec sa propre ame qu'il reprendra au siecle futur. Maisn'entendez pas ce Profond, dit le Rabbi fils de Carnitol en ses portes dela Justice, estre le bas, comme pourroit estre le fonds d'un puits creux,ains toute chose qui est la plus esloignee d'acconsuivre et atteindre uneautre, qu'on appelle proprement [H] Hamok, comprenant tant lehault que le bas; la montee et la descente; comme en ce cantique desgraduations 130. De profundis clamaui ad te domine; que ce Rabbiinterprete pour la profondité d'enhault, qui est le [H] ainSoph, ou l'infiny du monde intelligible, appellé [H] leprofond profond. A ce propos le livre de Jezirah; la profondeurd'enhault, la profondeur d'embas; la profondeur de l'orient, celle del'occident; la profondeur du midy, et celle du septentrion: Enquoy ill'estend de toutes parts. De maniere qu'en cecy se parfait la revolutionaccomplie de tout l'univers, qui n'est autre chose qu'un cercle, mais finy,borné, terminé; là où celuy de ladivinité est infiny, suivant Hermes,<f 150v> Cuius circumferentia nusquam; car le monde n'estpas le lieu de Dieu, ains Dieu est le lieu du monde; Si que les angesviennent à exclamer en Ezechiel 3. benedicta gloria Dei de locosuo: Dequoy ne s'esloigne pas guere ce que Plotin met au liv. del'Intellect et des Idees; Que ce monde sensible est limité,renclos et determiné seulement en un lieu; mais l'intelligibles'estend par tout: Et à cela se raporte encore le dired'Heraclite en Plutarque, au traicté de la Superstition; Que leshommes pendant qu'ils veillent n'ont qu'un monde, lequel est commun àeux tous; mais en dormant, chacun a le sien à part.
  TOUT cecy au reste n'est à la verité autrechose, que le signe que nous faisons de la croix; pour le moins il lerepresente, et non par une payenne superstition; car y eut il onques gensplus scrupuleux, et alienez de l'Idolatrie, et tout ce qui en pourroitdependre, que les Hebrieux ? Neaumoins ils l'ont de tout tempspractiqué, comme il se peult veoir au premier livre du Talmud, dansle Massechot berachot, le traicté des benedictions etprieres; Que chaque Juif estoit tenu pour l'observation de la loy, derepeter deux fois le jour pour le moins, au soir et matin, avec une fortgrande reverence, et fervente elevation de pensee, ces mots icy du 6. duDeuteronome; ESCOUTE ISRAEL, LE SEIGNEUR NOSTRE DIEU EST SEUL DIEU; et enles proferant mouvoient la teste contremont, et en bas; puis àsenestre et à dextre; qui sont les susdits quatre endroits du monde:Ce que les Mahometistes <f 151r> ont emprunté du Judaisme,et de nous encore, en ce que quand leurs enfans aprennent à lire,principalement l'Alchoran, ils hochent la teste en hault, en bas, decosté et d'autre. A cecy se raporte outreplus ce qui est au 29.d'Exode; Sumes quoque pectusculum de ariete, sanctificabísque;illus elevatum coram domino: Surquoy il fault entendre qu'il y avoitdeux sortes d'elevations és sacrifices; l'une qui se mouvoit enhault, et en bas, ditte [H] Thrumah ou exaltation, autrement lesacrifice de Ventilation, qui n'est autre chose en la partie elementaire quel'eau, qui par l'attraction des raiz du Soleil et des estoilles, tout ainsique si on la vannoit s'esleve de la terre en hault, et derechef se renvoieen bas sur la mesme terre, pour l'arrouser, et fertiliser. L'autre est enavant, en arriere; à droit, et à gaulche; de l'orient assavoirvers l'occident; et delà du midy au septentrion, appellee [H]Thenuphah agitable, ainsi qu'est l'air, qui flotte et ondoye de touscostez; par laquelle agitation ils signifioient que Dieu est le souverainSeigneur de la terre, c'est à dire du monde elementaire; parce qu'aucommancement de Genese il est dit, que Dieu crea le ciel, et la terre, parlaquelle est designee la partie elementaire, qui est sous la Sphere de laLune. Et de cecy il y a encore pour le present quelque ombre entre lesJuifs; car quant ils s'en veullent aller de leur synagogue, leur serviceestant parachevé de tous points, au lieu de nostre Benedicamusdomino, le ministre a accoustumé dire cecy; Qui fait la paixla hault en son hault manoir, vueille faire aussi la paix dessus nous, etsur tout le <f 151v> peuple Israëlitique: à quoyl'assistence respond, Amen: Et ce en recullant trois pas en arriere;au premier desquels ils s'inclinent vers la main droicte; au second àgaulche; et au troisiesme, en avant: ce qui ne denote autre chose que lacroisee du monde, et une forme du signe de la croix: de quoy participentaussi les diverses manieres d'escrire; de la main droicte vers la gaulche,comme des Hebrieux, Chaldees, Syriens, et Arabes: de la gaulche à ladroicte, des Grecs, Latins, Esclavons, Armeniens, Ethiopiens: et du haulten bas, des Indiens Cathains, Brachmanes, et Gymnosophistes. Et pour leregard de ce demarcher du ministre, cela se conforme aussi àl'ancienne mode des Grecs en danssant leurs odes, peu esloignee de noscommuns bransles simples, doubles, et entremeslez; dont la Strophe alloitquelques pas de la main droicte vers la gaulche, representant le mouvementde l'univers, de l'orient à l'occident, et de l'escritureHebraïque; Ce que les Cabalistes referent à ce que la loy futattiree, ce disent-ils, à la main gaulche de la droicte; et de cestesorte donnee à Moyse, comme il est escrit au 33. du Deuteronome, A dextera eius de medio ignis lex scripta data est eis, commel'interprete Rabbi Joseph fils de Carnitol. l'Antistrophe au reboursprocedoit de la main gaulche vers la droicte, de l'occident àl'orient, à l'imitation de la huictiesme sphere, et des septPlanetes; de laquelle contrarieté de deux mouvemens viennent àse corrompre, et reproduire de nouveau toutes choses <f 152r> aumonde elementaire. L'epode puispres qui alloit quelques pas en avant, etautant en arriere, monstroit le flux et reflux de la mer. Et la pause,finablement le repos, station et immobilité de la terre: car quantà l'air, qui est commun à tous les elemens, et est comme pourremplit le vuide, il participe aussi de toutes ces manieres de mouvemens;deçà, delà; avant, arriere; en hault, et en bas: Si quel'escriture de Moyse bat en partie sur les oeuvres de la nature, comme l'unedes principales adresses pour parvenir à la cognoissance du grandouvrier, selon le livre de la Sapience, au 13. A magnitudine enimspeciei, et creaturae, cognoscibiliter poterit creator horum videri: et à cela onques nul autre ne parvint plus parfaictement que luy; carDieu le luy accorda ainsi en Exode 33. Ego ostendam omne bonum tibi; etvidebis posteriora mea, assavoir ses effects en ses creatures, commeest la maniere de disputer en logique, à posteriori, qui estle mesme que ab effectu; car autrement il n'eust pas descrit de lasorte qu'il a, l'arche du deluge, ny le tabernacle du Sainctuaire; enquoyest tresabsolument representé l'exemplaire et image du triple monde:de l'Archetype en premier lieu; puis du grand monde qui est le sensible; etdu petit, à quoy tout finablement se raporte comme à unmodelle, assavoir l'homme.
  IL Y A encore une autre chose dependant du propos dessusdit,parquoy elle se peult bien amener icy tout d'un train; qu'en l'ancienne loyJudaïque, quant le Prestre vouloit donner sa benediction au peuplesuivant le 6. des Nombres;
<f 152v> Mystere de la Trinité en la loyJudaïque.
VOUS BENIREZ AINSI LES ENFANS D'ISRAEL, ET DIREZ; LE SEIGNEUR TE BENIE,ET TE GARDE; il mettoit les paulmes des mains devant sa face, quelque peucourbees; et quant il prononçoit le mot d' ADONAI Seigneur, (aulieu de l'ineffable Quadrilettre [H] Jehova, fault entendre)il dressoit les trois doigts contremont, assavoir le poulce, l'indice, etle moyen; et le mot proferé, il les rabaissoit comme auparavant: cequi denotoit sans doubte le mystere de la Trinité: A quoy InnocentIII. liv. 2. chap. 45. des mysteres de la Messe, s'efforce d'aproprier celieu du 40. d'Isaie; Quis appendit tribus digitis molem terrae ? Et Durandus en son rational apres luy, liv. 5. chap. 2. Ce que Mahometvoulant subvertir, a institué seulement de haulser le poulse enfaisant profession de sa loy, pour denot qu'il n'y a que ce seul Dieu,envers nous appellé le PERE; comme le portent les paroles qu'on yprofere, l' Allah, Illahah, etc. Et ce à l'imitation desJacobites, et Euthychiens, qui ne mettans qu'une nature en JESUS CHRIST, nefaisoient aussi la benediction que d'un doigt.
Mysteres du sainct nom [H] Jehova.
  J'AY dit cy dessus, et ailleurs encore, qu'on proferoit ADONAI par tout ou se trouvoit le Quadrilettre [H] ineffable, parce qu'iln'estoit pas loisible à chacun de sçavoir comme il le failloitprononcer, ny quelles voyelles representoient les caracteres d'iceluy; nes'il en failloit redoubler quelques-unes, ou les enoncier simplement; si queRabbi Abina au <f 153r> livre des sanctifications au Talmud, surcecy d'Exode 3. Je suis qui suis, fus, et seray; c'est mon nometernellement; et ma remembrance au siecle des siecles; met qu'il ne sedoit pas lire comme il est escrit [H], Ains [H] Adonai, quisignifie Seigneur. Et au livr. des Sanhedrin, Rabbi AbbaSaul afferme que quiconque le prononcera apertement, selon que ses lettressonnent, n'aura point de part au siecle advenir. De fait au 24. du Levitiqueil est dict, qu'un Israëlite pour avoir blasphemé le nom deDieu, l'exprimant tout distinctement Jehova, et non Adonai, suivant la coustume, ce qui estoit tresabominable aux Juifs, il futlapidé: pourtant estoit f ce saint nom, qui bien souvent enl'escriture sans autre plus particuliere expression est par certaineantonomasie appellé [H] Haschem, le nom, dit ineffable, nontant pour l'impossibilité de sa prolation, que pour les mysteresqu'il importoit de la pure essence et substance de Dieu, Trine en unetres-simple et tresabsoluë unité; et une en Trinité depersonnes; chose du tout incomprehensible à l'esprit humain, fors quepar la seule foy et creance; et par ce moien inefable, suivant mesme ce quetesmoigne Trismegiste au Pymandre; Que le nom de Dieu ne peut estreproferé de bouche humaine: et que le confesse aussi l'oracled'Apollon Delphique; Que son nom ne peut estre exprimé par aucunediction ne parole. Car toutes les lettres de ce saint nom qui ne sontque trois, comme nous l'avons desja dit cy devant, [H] He y estantredoublee, sont comprises au verbe substantif, Je suis, et d'ellesconsistent les trois <f 153v> temps, le passé, le present,l'advenir; ce qui denote l'immuable et permanente stabilité del'essence divine. Neantmoins Moyse Egyptien sur le lieu cy dessusallegué, met que les prestres, et les anciens du conseil en faisoientune leçon à leurs enfans, et à leurs disciples une foisla sepmaine sans plus, pour leur monstrer non tant seulement comme il lefailloit prononcer, ains sa signification aussi, et les profonds secrets etmysteres qui en dependoient. Mais apres que par la depravation desIsraëlites, il eut esté supprimé au sainctuaire; car dutemps de Symeon le Juste, un peu auparavant l'advenement du SAUVEUR;
Les noms divins de 12. et de 42. lettres.
(ce fut le dernier de la grand' Synagogue, et qui benit le peuple ence tetragrammaton ineffable) ceste benediction commença à sefaire par le nom de douze lettres; et consequemment par celuy de quarantedeux: encore n'estoient ils point communiquez sinon aux debonaires ethumbles de coeur, de sainte et reformee vie; à qui il estoitexpressement defendu de les divulguer trop à la volee; ains qu'ilsles eussent à tenir secrets en leurs coeurs, de peur de les prophaneret reduire à un mespris d'une part; et de l'autre d'inciter parlà le peuple à idolatrie; jusques en fin que ce mystere sedeust cognoistre tout à descouvert sans aucun voile, ne couvertureà l'advenement du Messihe: car deslors, et encores auparavant lequadrilettre Jehova, en vertu duquel, Moyse et les autres prophetesdepuis, avoient fait toutes leurs merveilles, fut intermis; et les miraclesfaits apertement au nom de <f 154r> JESUS, ouquel l'autre par cemoien fut rendu effable. LE NOM au reste de douze lettres estoit tel; [H];Ab Ben, Veruach, Hakados, PERE FILS ET SAINCT ESPRIT. Et pour ce querien ne se trouve en Dieu qui ne soit Dieu; de là venoit àmaistre, et s'estendre l'autre nom de quarante deux lettres; Ab el, Benel, Veruach Hakados el; Abal la scheloschah Elohim, Chiim Eloha echadh. LePere Dieu, le Fils Dieu, le Sainct Esprit Dieu; toutesfois non trois dieux,mais un Dieu seul. Ou en ceste sorte; Ab Elohim, Ben Elohim, RuachHakados Elohim, Scheloschah Bechad, Echad bescheloschah; Dieu le Pere, Dieule Fils, Dieu le Sainct Esprit, trois en un, un en trois. Tout cecy metRabi Jehuda appellé communement Rabi Hakados le Docteursaint, en un traité intitulé Gale Razeya, lerevelateur des secrets, qui fut quelque temps avant la nativité deJESUS-CHRIST, selon que le recite Rabi Nehemias en une epistre à sonfils Hacana. Et faut en cest endroit noter, suivant ce que le remarque RabiJoseph és portes de justice; Que par tout en l'escriture oùle tetragrammaton Jehova precede celuy d' Adonai, tout le mondeuniversellement est remply de joye, plaisir et bonheur à souhait:mais si Adonai precede, comme au 15. de Genese, Adonai Jehovi qu'est-ceque tu me donneras ? Et en un autre endroit; Adonai Jehovi tu ésle comble de vertu et de force: Adonai Jehovi ne destruits point tonpeuple, et ton heritage, adonc il en sort quelque persecution et desastre.Car quand ce nom vient à se presenter et ramentevoir en cest ordrede posteriorité, cela est en intention que les Sephirots<f 154v> et divines numerations, avec les noms y annexezs'eslevent contremont comme à contrepoil, pour s'aller d'icy basreunir là hault; dont les choses inferieures demeurent vefves etdenuees du Quadrilettre Jehova, à qui il appartient tousjoursd'influer et couller en bas, comme est le propre de l'intelligence de neremonter point en hault, nomplus que les rays du Soleil, qui luysymbolisent; suivant ce texte du 19. d'Exode; Gardez vous bien de monter enla montagne, ny de vous aprocher de ses confins, car quiconque y attouchera,mourra de malle-mort. Mais quand le Jehova precede, et que [H] El l'un des noms divins, ou [H] Adonai le secondent, celàdenote que tout le monde joist de l'influence de ses graces et misericordes;si que tous les luminaires sont en leur plenitude et perfection. Jusquesicy Rabbi Joseph: mais il ne fault pas entendre pour ces luminaires ceux quiluisent là hault au ciel pour la distinction du jour et de la nuict,des saisons de l'an, et des prognostiques, ains le Urim, et Thummim, comme il sera dit cy dessous. Donques le Tetragrammaton [H]Jehova est le nom de Dieu pour nostre regard le plus propre, entantqu'on luy en peult attribuer quelqu'un, et que nostre portee est capable dele comprendre; car son vray nom, et son essence sont en luy une mesme chose,cogneuz tant seulement du fils, selon qu'il le tesmoigne en l'onziesme deS. Mathieu; Nul ne cognoist le Fils sinon le Pere, et nul ne cognoist lePere fors que le Fils; et à qui le Fils le veult reveler. Lequelnom (ce dient les Cabalistes) est la porte par où les justesentreront à luy <f 155r> (pseaume 118.) Et de fait onques lesenfans d'Israël ne le peurent provoquer à ire et courroux en cetressainct nom, qui fut par luy assigné en particulier à sonpeuple; si firent bien en tous les autres communiquez aux nations; commeinfere ce lieu de Genese 25. Qu'Abraham donna toute sa chevance etheredité à Isaac, avecques sa benediction au nom duTetragrammaton [H] Jehova, qu'il luy resigna, et consecutivementà sa posterité en ligne legitime et directe; et aux enfans deses concubines il bailla des dons en deniers comptans, et en meubles,assavoir Shemoth Stelthoma, d'autres noms divins à invoquer,comme nous dirons plus à plain ailleurs. N'ayans peu donques lesenfans d'Israël provoquer Dieu à indignation et courroux avecse sainct nom, combien qu'il soit entremeslé d'une justice rigoreuse,et de misericorde, ils l'irriterent en celuy de [H] El, lepervertissant par un anagramme et transposition de lettres en [H] nonou rien, suivant le dire du Prophete au 14. pseaume; Dixit insipiens incorde suo, non est Deus. Mais ce n'est pas ainsi du [H]Jehova; car en toutes ses douze transpositions, il ne se trouve riende contraire à sa primitive signifiance naifve, ny autre sens que cequ'il represente directement; ains tousjours une mesme chose, suivantMalachie 3. Ego dominus, et non immutor, Assavoir la vraye essence,et Estre de Dieu, que Platon et les autres philosophes Grecs appellent [G], les Latins ENS, l'ESTANT; S. Denis Areopagite, Je ne sçayquoy de suressentiel à <f 155v> tout Estre; et lesHebrieux plus apertement par [H] Ehieh: si que vous ne trouverezrien en tout cela que, DIEU LUY-MESME; denotant le mystere de laTrinité en une tres-simple unité d'essence: ce que lesCabalistes par leurs dechiffremens tirent en ceste sorte. Prenez les deuxpremieres lesstres de [H], vous aurez [H] Jah, qui signifieDieu, et denote le PERE; Hallelu-Jah, loüez Dieu; depuis lepseaume 105. Confitemini, et inuocate nomen eius, JAH. La secondelettre avec la troisiesme fait [H] Hu, qui designe le Fils:neaumoins ce nom se communique indifferemment aux trois personnses: Au PEREen Josue 22. Quod dominus IPSE sit Deus: et en Isaie 42. Ego dominus, HU est nomen meum; gloriam meam alteri non dabo: Du FILS, en Josue 35. Deus ipse veniet; et saluabit vos: Du S.ESPRIT, en Isaie 51. Ego ego ipse consolabor vos: La troisiesmelettre avec la quatriesme [H] Vehu, Idem; parce que l'ESPRITSAINCT est un mesme avec les deux autres dont il procede. En toutes lesautres dictions de ce monde, en quelque langue que ce puisse estre, cela nesçauroit advenir de la sorte; car comment que ce soit que vous enpuissiez transposer les lettres, elles signifieront tousjours une autrechose, ou rien du tout. VOICY donques les douze revolutions et anagrammesdu Tetragrammaton Jehova, que les Hebrieux nomment Havaioth; enquoy se parfont tous les renversemens d'iceluy, chacundesquels influe en chaque signe du Zodiaque toutes les vertuz et facultezqui y sont;
<f 156r> Mysteres du nombre de douze.
d'où par apres elles s'espandent à travers les cieux,pour venir finablement s'imprimer en ce bas monde elementaire: à quoysemble faire quelque allusion ce qui est au dernier de l'Apocalypse, del'arbre de vie qui porte douze fruicts l'an, par chaque mois rendant sonfruict: Plus les douze portes de la saincte cité celeste; les douzeTribuz d'Israël; autant de prophetes en l'ancienne loy, et d'Apostresen la nouvelle: les douze pierres precieuses enchassees au gorgerin duPontife, et pareil nombre de grosses pierres plantees au milieu du canal dufleuve Jourdain, (Josue 4.) douze pains de proposition: et en somme, toutce qui se compartist et mesure par ce nombre là, fort celebre tanten l'escriture saincte, que dans Platon, qui en faict fort grand cas en sonPhedon, et és livres de la Rep. où il limite la duree de tousEstats à 1728. ans qui est le Cube de douze; parce que 12. fois 12.font 144. le carré d'iceluy; et 12. fois 144. font 1728. Son cube ousolide; ouquel, si ma memoire ne me deçoit; Martianus Capellaés nopces de la Philologie, met que l'arithmetique vint saluer. Voicydonques ces douze anagrammes ou transpositions des quatre lettres du nom [H] Jehova, qui vont de cest ordre selon les Cabalistes, et mesmeRabbi Joseph ben Carnitol.
<f 156v> [FIGURE]
  DE maniere que ce n'est que pur chiffre par la voye destranspositions: et estoient ces douze revolutions du sainct nom, assigneesaux douze Tribuz d'Israël, à chacune la sienne à part;differentes quant à l'assiette des lettres, mais representanstousjours une mesme chose: gravees au reste és douze pierres dontestoit enrichy l' Hoschen ou rationel du jugement, comme onappelloit l'affiquet placqué à la poictrine du grand Pontife,de neuf poulces en carré, de la sorte que vous le voiez portraict cydessus. A l'imitation dequoy estoient façonnez les quatre principauxestendars desdites douze Tribuz, trois assavoir en chacun d'iceux, qu'ellessuivoient par tout au camp: Dont le premier, de Jehuda, Isachar, et Zabulon,avoit un lyon pour devise: le second, de Reuben, Simeon, et Gad, la figured'un homme: le troisiesme de Ephraim, <f 157r> Manasses, etBenjamin, celle d'un boeuf: et le quatriesme de Dan, Asser, et Nephtalin,d'une aigle; le tout plein de grand mysteres. Les Tribuz gardoient cestordre icy à camper; là où en la benediction de Jacob,et és douze pierres de l' Urim, et Thummim, ellesalloient de ceste façon: Ruben, Symeon, Levi; Jehuda, Zabulon,Issacar; Dan, Gad, Asser; Nephtalin, Joseph, Benjamin: En celle de Moyse,d'un autre encore; et aussi au denombrement de l'Apocalypse. En chaquepierre des 12. susdites, estoit outreplus gravé par le dedans le nomdivin assigné à sa Tribu; et par le dehors celuy de laditeTribu en 6. lettres: que si elle n'en contenoit tant, il y en estoitadjousté d'autres jusqu'à la concurrence desdites six;
L'oracle de l' Urim et Thummim.
affin que le tout ensemble parfist le nombre de 72. autant qu'il yavoit de lettres au nom expositif Scemhammaphoras, cachédans le reply de la doubleure de l'affiquet. Esquelles lettres quelques unsdient, que les noms des Patriarches, Abraham, Isaac, et Jahacob, autrementIsraël, estoient meslez; affin de parfaire en son entier l'alphabetHebraïque, dont toutes les lettres n'estoient pas contenues éssusdits douze noms des Tribuz: et s'appelloit cela Urim et Thummim, comme qui diroit, la declaration de la verité; ouilluminations, et perfections; assavoir ceste interpretation extensinedu Scemhammaphoras à 72. lettres, que Moyse, selon RabbiSelomon, par le commandement de Dieu insera secretement dans la doubleurede ceste placque; et dont il enseigna de bouche la secrete maniere d'yproceder, comme l'escrit<f 157v> Nehemanides, avec les autres mysteres principaux de la loy,aux sages et discrets anciens d'Israël; à quoy il adjouste queces Urim et Thummim estoient un ouvrage de Dieu, assi bienque les tables du Decalogue; aiant le tout esté donnéensemblement à iceluy Moyse sur le mont de Sina. URIM au resteestoient les sacrez noms, par la vertu desquels les lettres latentesvenoient à estre elucidees; et Thummim, ceux qui rendoientlisables lesdites lettres: car l'esprit du prestre deputé àenquerir le Seigneur par le moien de ces Urim et Thummim, venant à estre illustré par le Madregah qui est l'undes degrez du SAINCT ESPRIT, inferieur quant aux visions prophetiques, maissuperieur à ceste voix celeste qu'ils appellent Bath kol oufille de la voix, qui fut en regne durant le temps du second temple, depuisle retour de Babylone, jusqu'à JESUS-CHRIST, pouvoit accommoder leslettres qui se presentoient en veuë à des Miztarphoth ou assemblages de dictions, dont il se tirout quelque sens; comme quantDavid liv. et chap. 2. des Roys, se conseille à Dieu, s'il monteroiten l'une des villes de Jehudah, ils disent que là dessus seproduirent en evidence ces trois lettres cy [H] Aleh, qui signifiemonte; la premiere assavoir [H], du nom de Schymeon; la secondede celuy de Levi; et la tierce de Jehudah. Tellement que celan'estoit qu'un divin oracle dont on usoit és grands affaires; suivantce que est escrit au 27. des nombres; Ante Eleazarum sacerdotem stabit,qui interroget pro eo iudicium Urim coram domino: et se faisoit<f 158r> en ceste sorte, selon qu'il est declaré au Talmuddans le Massechtah Jomah, ou traicté des jours, chap. 6. Enpremier lieu il n'estoit loisible sinon qu'au Roy, et au president duconsistoire, d'interroger ny enquerir Dieu par ceste voye d' Urim et Thummim; et encore en chose de grand' importance; comme pourentreprendre une guerre; ou si le consistoire, assavoir la cour quiadministroit la Justice, ne pouvoit bonnement decider une cause, ny enopiner rien de resolu; En ces cas, le Roy, ou le Juge qui enqueroit,dressoit sa face vers le Prestre qu'il interrogeoit; et cependant le Prestretenoit la sienne fichee droit vers l' Urim et Thummim, etle Schememmaphoras d'audessous, estans en l'affiquet dessusdit del'estomach du Pontife. La voix au reste de celuy qui interrogeoit devoitestre doulce et tacite, et nompas esclattante et haultaine, ains seulementqui peust suffire à estre tant soit peu entendue du Prestre en motsdistincts: et ne failloit pas demander deux choses tout à la fois,mais une seule, si d'aventure la necessité ne pressoit: car encorequ'on en proposast deux, la responce neaumoins ne se donnoit que pour une;et adoncq les lettres dont elle se devoit former par la vertu du grand nom JEHOVA, venoient à s'esclarcir, et rehaulser par dessus les autres;Si que le Prestre aiant bon moien de les remarquer, en recueilloit en sonesprit ce qu'il y voioit estre representé. Que s'il en estoitincapable et indigne, elles ne s'illustroient ne rehaulsoient aucunement,et ne <f 158v> tiroit point de responce de sa demande. Quelques-unsveulent dire, que ces Urim et Thummim n'estoient pointautrement les lettres du nom Schemhammaphoras, ny pierres aucunesadjouxtees aux douze de l'affiquet, ains celles-là tant seulement quiesclairoient à pair du feu presque, si la divinité admetoitla demande, sinon elles demeuroient en leur premier Estre; et de fait Ur signifie feu: et quant à Thummim, qui vient de [H]thom, integrité ou perfection, celà denotoit que cespierreries, comme vrayz et exquis parangons en leurs especes, sans aucunetare ou default, rendoient toutes ensemble un lustre esclattant,entremeslé de diverses couleurs, telles qu'on voit en des opalles,ou l'arc en ciel, dont le prestre inspiré d'un Enthusiasme venoità comprendre et conjecturer ce que presagioit la Divinité.
l' Ephod.
Mais il y avoit outreplus l' Ephod, ce que les septante deux onttorné [G]; et Aquila [G]; Nous dirions le Camail, pourveuqu'il n'y eust point de Capuchon; ou un scapulaire qui n'arrivastqu'à demy pied pres de la ceinture. Cest Ephod au resteestoit tissu d'or, et de trois manieres de pourpre, comme il est dités 28. et 39. d'Exode, ayant sur chaque espaulette une grosse agraffeet estreinte, où estoit enchassé un [H] Soham, queles uns prennent pour Esmeraulde; Josephe livre troisiesme des Antiquitezchapitre 12. pour une sardoine; et ceux où il y a le plusd'apparence, pour une onyce: En chacune desquelles estoient gravez les noms<f 159r> de six Tribuz; assavoir des six aisnez fils de Jacob encelle de l'espaule droicte; et des autres six maisnez, à la gaulche;dont il se prenoit sensiblement des oracles, comme il est escrit au premierdes Rois, 30. là où David pour sçavoir de Dieu s'ildevoit poursuivre ceux d'Amalech, se fait appliquer l' Ephod parle prestre Abiathar; par le moien duquel Ephod il obtient responcede deux choses tout à une fois. Mais les effects tant de l' Ephod que de l' Hoschen de l' Urim et Thummim, comme tesmoigne le mesme Josephe au lieu allegué,avoient cessé environ deux cens ans devant qu'il se mist àescrire; quelques sept vingts avant l'advenement de nostre sauveurJESUS-CHRIST: Les autres le renvoient plus de quatre cens ans enarriere;
Les cinq principaux reliquaires du temple de Salomon.
parce que cinq choses defaillirent au second temple, qui souloientestre au premier; assavoir l'arche de l'alliance, avec le propiciatoire, etles Cherubins: le feu qui ardoit continuellement sur l'autel de bronze,où se brusloient les sacrifices à l'erte tout au descouvert,sans que jamais il s'esteignist par aucune pluyes, neges ou vents, ny autresimpressions de l'air: et aiant esté ce feu là transmis du cielsur un holocauste, du temps de Moyse et Aaron, (au Levitique 9.) il semaintint sans s'amortir, jusqu'a l'edification du premier temple parSalomon; car lors il fut renouvellé encore du ciel; et dura jusquesau temps du Roy Manasses, à la <f 159v> captivité deBabylone, que les prestres le cacherent au profond d'un puits: et au retourleurs successeurs l'en cuiddans tirer, se trouva en son lieu une eauespoisse, qui espandue sur les sacrifices, le feu s'y prit, comme il est ditau 2. liv. des Machabees, chap. premier. LA troisiesme chose estoit lapresence de Dieu appellee [H] Schechinah, qui se manifestoitautour de l'arche: Puis [H] Nebuah ou la prophetie: et finablementl'oracle de l' Urim et Thummim. D'abondant dedans l'arche,estoient contenues les tables du decalogue; la verge d'Aaron, garnie encorede ses fueilles, fleurs et amandres; le Ciboire remply de Manne; la burettedu sainct huille à oindre les Rois, et prophetes; et le coffret del'offrande des Philistins, (prem. des Rois, chap. 6.) Plus le fragment quiresta des deux premieres tables que Moyse rompit, en Exode 32. graveesà jour de part en part, si qu'elles se pouvoient lire des deuxcostez, comme met Rabbi Salomon, mais diversement: leurs anciennestraditions en parlent ainsi; Mem Setumah, vesamech beluchoth benisaionhavu; que le Mem clos ou final [H], et le Samech[H] estoient en fort grande admiration, pour estre closes tout àl'entour; Parquoy il failloit necessairement qu'elles fussent commesuspendues en l'air, sans tenir à rien. EN toutes lesquelles chosesje me suis un peu dilaté tant pour estre assez rares de soy, qu'aussique tout depend de l'escriture non vulgaire, et pourtant du subject deschiffres. De ceste maniere d'Oracle d' Urim et Thummim, où il failloit renverser <f 160r> les lettres tant qu'on enobtinst quelque sens, ne s'esloignoit pas fort celle d'Apollon Pythien enDelphes, et maintes autres des Ethniques, où il failloit agencer laconfusion de leurs embrouillees et confuses responces, en mots distincts:non toutesfois que j'en vueille faire comparaison, mais pour monstrer quel'ennemy s'est de tout temps voulu constituer comme un singe et emulateurdes sacrez mysteres de la divinité. L'on en attribue encore d'autresà quelques Sibylles, qui espandoient des fueilles d'arbres ou petitsbulletins de rouseaux au vent; à quoy se conformoit plus que rienautre, ce qu'on appelloit les Sorts Prenestines.
Trois sortes principales de devinemens les moins prohibez.
  TOUT ce que dessus nous fait veoir la sympathie etaffinité des trois mondes; et les manieres des predictions qui enprocedent: dont pour commancer à l'elementaire, lequel se vient toutreduire en la terre, on pourra deuement luy attribuer la Geomantie, quiaussi bien en prend son nom, comme fait encore la Geometrie, et ses mesuresdependans des lignes, et les lignes des points: ce que practique de sa partla Geomantie, qui fait en premier lieu une projection de points, qu'elleaccouple puis apres en lignes, dont elle forme finablement ses figures, quiluy sont pour sujet: Mais le fondement de tout cela gist au ciel, dont elleparticipe aussi, au moien dequoy elle est en lieu du Binaire, qui representela matiere. LA Zairagia consequemment, qui n'est autre chose quela vraie Arithmantie. Je laisse l'Astrologie à part, sans<f 160v> laquelle rien ne se peut effectuer en ces deux; seraattribuee au monde celeste; lequel comme estably au milieu de l'elementaireet l'intelligible, outre le visible cours des estoilles, participe de l'unet de l'autre; et pourtant versé autour des points et mesures; desnombres aussi, ensemble des lettres, plus formelles et rationelles beaucoupque les mesures ny les nombres; et plus proches de la divinité;d'où vient le mot de divination: à quoy se rapporte cecy dela sapience 11. Omnia in mensura, et numero, et pondere disposuisti; estans là, non sans mystere, arrengez de ceste façon; par ceque la mesure comme plus materielle est assignee au monde elementaire; lenombre plus formel, au celeste; et le poix plus rationel, àl'intelligible, ou se viennent finablement raporter tous les nombres etdimensions, de longueur, largeur, profondeur: car ny les lignes, ny lessuperfices, enquoy consistent les deux premieres, comme sans aucuneespoisseur qu'elles sont, ne peuvent point avoir de poix: auquel se referele corps solide, qui est le propre de la terre, la plus compacte de tous lesautres Elemens; celle de là haut fault entendre, qui est par dessustous les cieux, et non ce petit point d'icy bas; appellee pour cest causele firmament; non selon l'opinion seule des Cabalistes, ains mesmed'Anaximenes, qui tenoit que la circonference exterieure du ciel est deterre.
Plutarque, és opinions des philosophes liv. 2 chap. 11.
Ainsi la Geomantie avec sa projection de points ayant son fondement auciel, participera des figures et nombres: <f 161r> l'Arithmantie,ou Zairagia gouvernee du Nessamah, ou intellect universel,des lignes, nombres, et lettres: et l' Urim et Thummim, des lettres seules; non se venans rencontrer fortuitement et à lavollee, mais conduites par le Schechinah, presence et interventionde la divinité qui y assiste: suivant le livre de Jezirah; Experire ex ipsis (parlant des lettres) et coniecta ex ipsis:consitue rem in sua claritate; à propos de l'illustration despierreries en l' Urim et Thummim: pour autant, adjousteil puisapres, que, Spiritus sanctus ordinauit; et figuris suis expressitduas et viginti literas fundamenti; exquibus ipsis spiritus unus est.Quaequidem 22. literae fundamenti compactae sunt ad loquendum seu de bonoseu de damno. Il les appelle fondamentales, Eo quod (dit-il) formata est ex illis anima omnis creaturae creatae et creandae; parce que ce sont celles dont toutes choses viennent à estreexprimees. Et d'autant que la parole, et l'escriture sont la plus precieusechose qui soit en l'homme, parce qu'elles presuposent la raison, sanslaquelle elles ne sçauroient consister; par consequent les lettressont apropriees au monde intelligible, où est le fondement, sourceet racine de toutes choses; et les predictions qui s'en forment, pluscertaines et infallibles que celles des figures et nombres.
  LES lettres donques et caracteres de l'escriture, sont comme notesde la parole et prolation, et façonnees sur la ressemblance d'icelle,tant dans le gozier, qu'au pallais par le battement de la langue, etés levres; et la parole un boutte-hors des interieures<f 161v> conceptions de nostre ame, selon Aristote au livre del'Interpretation; Que le devoir de la parole est d'anoncer l'occulteproject de la pensee, et mettre en evidence l'intention de celuy quiparle. A quoy se conformans les Rabbins, disent que tout ainsi quel'homme a en soy trois sortes de verbe (il fault necessairement user de ceterme) l'escriture, la prolation articulee, et les conceptions de l'ame;où est la source des deux autres; Surquoy certain Poëte Arableauroit dit, Que le vray verbe gist dans le coeur; et de là passeen la langue, qui en est comme un truchement; en cas pareil, Dieu leCreateur qui a fait l'homme à sa ressemblance, a triple parole;assavoir l'escriture saincte, qui est és livres des Prophetes; età quoy il semble que cecy se doive raporter, d'Isaie 34. Requirite diligenter in verbo domini, et legite; quia quod ex ore meoprocedit, ille mandauit: Celle enapres que les docteurs aprouvez del'universel consentement de l'Eglise, ont anoncee de vive vois, selon lepremier chap. de Jeremie; Voicy que j'ay mis mes paroles en tabouche: Mais la troisiesme qui luy est propre et particuliere, est enluy, et part de luy, non d'ailleurs; dont il est escrit au pseaume 33. Laparole du SEIGNEUR est droicte: Et plus-avant, Les cieux ontesté establis par la parole du Seigneur; et par l'esprit de sa bouchetoute l'efficace d'iceux: laquelle parole est son verbe ou [G], sonfils; et le Beresit de Genese, c'est à dire l'executeur dela creation de tout l'univers.
<f 162r> Le parler des Anges, qui presupose une escriturey correspondente.
Parainsi les lettres sont plus spirituelles de soy que n'est la paroledes hommes; et l'escriture, plus approchante du parler des Anges, qui secoulle tacitement entr'eux, et d'eux à nous sans aucun bruit, toutainsi que la representation d'une image dans le miroüer, ou quelquefigure à noz yeux: en sorte que telle que pourroit estre la languede noz plus intimes pensees, telles sont en proportion les oreilles desAnges: et comme les Esprits divins parlent le langage des Anges; les espritshumains entendent de mesme par les oreilles de la pensee. Là dessus,les Cabalistes attribuent une maniere d'escritue aux intelligences, parlaquelle sont representees au ciel toutes choses, à ceux qui ysçavent lire: ( Complicabuntur sicut liber caeli; Isaie 34.)Les estoilles servans de lettres, comme nous le monstrerons cy apres: et unlangage aux cieux et aux astres, selon le pseaume 19. Les cieux racontentla gloire de Dieu, et le firmament anonce les ouvrages de ses mains: le jourcommunique sa parole au jour ensuivant, et la nuit manifeste sonsçavoir à l'autre nuit. Il n'y a langages ne parlers, de quileurs voix ne soient entendues. Surquoy Rabbi Moyse Egyptien au 5. chap.du 2. livre de son directeur, annote que le mot Hebrieu signifiantanoncer et racomter, ne s'attribue jamais aux chosesinanimees, ains à celles tant seulement qui ont intellect. Au moiendequoy les Mecubales, comme aussi fait de sa part Platon, afferment lescieux estre animaux raisonnables, et qui apprehendent la cognoissance deleur createur, auquel ils sont obeissans; et nompas corps inanimez comme lesElemens: mais nous ne <f 162v> le tenons pas ainsi cruement,nonobstant ce qui est escrit en Hosee 2. Exaudiam caelos, et illiexaudient terram; dont il semble ne se pouvoir rien trouver plusexpres. Leur parler au reste n'est pas en voix distincte et articulee pourse laisser entendre à nostre oreille, quant bien mesme nous serionstout contre, ainsi qu'est celle qui est formee par la langue, ains mentalet tacite, à guise presque de celui des Anges, et de noz pensers; sicela toutesfois se doit dire parole, suivant le pseaume 4. Dicite incordibus vestris, et tacete semper. Quelques uns là dessus sesont imprimez en l'opinion, que s'il y a quelque langage perceptible queparlent les Anges, ce devroit estre l'Hebraïque, attendu que ç'aesté le premier de tous, et qui emana de la propre bouche de Dieu aupremier homme; outre ce qu'il s'est tousjours conservé en son entierepureté, là ou tous les autres ont souffert plusieurschangemens et alterations; et que les demons és personnes qui en sontpossedees, parlent plus volontiers Hebrieu que nulle autre langue, s'ils ypeuvent estre entendus: parquoy les Cabalistes tiennent que les lettresHebraiques doivent estre aussi les premieres; et qu'elles furent forgees auciel quant et le parler que Dieu enseigna à Adam, aiant estécreé de luy en aage parfait, apte et capable de parler tel langagequ'on luy apprendroit. AU SURPLUS, il y a une telle correspondance àpeu pres, de l'escriture commune et vulgaire envers la secrete et occultedes chiffres, comme du parler des hommes envers celui des esprits; ce qui<f 163r> bat à ce que le Jezirah veut dire aupassage allegué cy dessus; Que la voix est l'Esprit saint quiprocede de l'esprit de Dieu; et avec lequel il a formé de leursfigures les vingt deux lettres du fondement, où consiste l'esprit duverbe divin. Et pour ce que l'hommne dit le petit monde a esténon seulement façonné sur l'exemplaire du grand, ains àl'image et ressemblance di Dieu mesme, dont le verbe est l'archetype, etpremiere idee de toutes choses, les trois esprits dessusdits, qui toutesfoisne sont que un seul, procedans l'un de l'autre, sont representez par lestrois esprits de nostre parole; dont le premier est le soufflement, ourespiration et haleine, que les Hebrieux appellent [H] Ruach, commun à toutes choses qui ont vie: le second est la voix, communeaussi, combien que de maintes diverses sortes, à la plus part desanimaux; car les poissons sont en general presque tous muets; et c'estpourquoy Ezechiel in descrivant le Merchava ou throsne de Dieu, neles y a voulu comprendre avec les autres ames vivantes; laquelle voix seprocree par le mouvement et agitation de l'haleine. Le troisiesme est laparole articulee et distincte, particuliere aux creatures raisonnables; sique les bestes brutes sont dites des Grecs [G], non seulement pour estreprivees de l'usage de la raison, mais de la parole aussi; et encore plus deceluy de l'escriture, qui tient plus que lieu de parole; car il se trouveassez d'oiseaux que par une rottine et accoustumance on aprend àprononcer distinctement quelques mots, voire de suitte; là oùil n'y a animal quel qu'il soit, <f 163v> oiseau ou beste fors quela creature raisonnable, à qui l'on puisse enseigner de former unseul caractere, si ce n'estoit fortuitement: Parquoy l'escriture aprochebien plus du discours de raison, et de l'intellect, que ne fait la parole;attendu qu'elle ne peult servir ny avoir lieu qu'en presence, et de procheen proche: mais l'escriture sert et de pres, et au loing, à quelquedistance que ce puisse estre; tant pour le present, que pour l'advenir.
  DERECHEF en ces trois lettres Hebraïques [H] Aleph,[H], Mem, et [H] Shin, qui s'appellent meres, sontcontenus de fort grands mysteres: car Aleph la premiere de toutes,est aussi comme une entree et ouverture du desliement de la voix etprolation, servant pour toutes les voyalles, dont elle est comme une racine,et la plus avant enfoncee dans le gozier: Mem au contraire comprimeet reserre les levres, que rien n'entre dedans la bouche et n'en sorte;parquoy c'est une marque et symbole du Sacré-silence, et parconsequent de l'escriture qui se taist; tout ainsi qu'on appelle lapeinture, uner poësie muette; et la poësie une peinture parlante.Ce silence dis-je, outre ce que nous en avons ja touché cvy devantau fueillet trente huict, tant recommandé de Pythagore, mesmementés choses divines; et que le Comique Terence perstreint en ces deuxmots, Fide et taciturnitate; Ce que quelques-uns ont voulurepresenter par un chien, le plus fidele animal de tous autres, et unpoisson qui est <f 164r> muet, mais non assez proprement en cecy,qui ne veult denoter autre chose, que croire et se taire, sansautrement disputer de ce qui depend de la religion; laquelle consiste en laseule foy et creance des choses imperceptibles à nos sens, et quisurpassent la portee de nostre ratiocination; (Nam syllogismus non caditin res diuinas;) de sorte que les premiers rudimens et introduction enla philosophie Pythagoricienne, empruntee la plus grand' part desCabalistiques traditions des Hebrieux, estoit d'accoustumer ses discipleset sectateurs à la taciturnité, modestie, et obeïssance;et leur communiquer ses beaux secrets soubs le voile de certains symboleset notes tenans lieu de chiffres, conformement à la Cabale, quicomprend un mysterieux sens caché sous l'escorce de l'escriture: Sique pour eslever en hault son ame à la meditation des choses divines,il n'y a rien de plus propre que le silence; lequel tout ainsi que lescouleurs sombres et mornes, comme est le noir, le tané, le viollet,le verd brun, et autres semblables reunissent et resserrent la veuëtrop escartee par la lumiere, et affoiblie des couleurs haultes brillanteset cleres, telles que le blanc incarnat, et bleu celeste; rabat en nous, etramasse les esprits dissipez d'un babil et parler excessif superflu;à guise des raiz du Soleil, qui espanduz en liberté ont moinsde force, que quand ils sont recueilliz en un cente dedans laconcavité d'un miroüer. LA troisiesme de ces lettres meres [H]Shin, n'est qu'une <f 164v> note de sifflement, et premiereemanation ou saillie de l'haleine hors de l'estomac, du gozier, palais,dents, et levres; lequel vient heurter à l'oye sans aucune distinctevoix; de maniere que cela est comme une moienne disposition et passage entreluy et le soufflement; tout ainsi qu' Aleph avec ses voyelles l'est entrela voix et la parole articulee: ceste voix non en ore distincte en mots,tenant le quatriesme lieu apres les trois dessusdites principales lettres;dequoy vient à se procreer l'ineffable Tetragrammaton [H], où il n'y en a que trois differentes, qui sont accompagnees detresgrands mysteres; tant par la raison arithmeticale pour les nombresqu'elles representent tous circulaires, que geometrique selon leurs formeset figures, comme il a esté dit cy devant; et se raportent aux troissuperieures Zephiroths ou divines attributions, qui concernent ladivinité seulement; parquoy on les dit n'estre point, parce qu'ellessont pardessus tout autre Estre; dont elles denotent ou l'infinituded'enhault, où est la lumiere, ou l'abisme d'embas infiny aussi, quisont les tenebres; ces deux en la divinité se correspondans l'unà l'autre; Amictus lumine sicut vestimento, porte le pseaume104. Et abyssus sicut vestimentum amictus eius. En ces troisdonques superieures numerations consiste le verbe divin, comme met le livrede Jezirah; lequel poulse impetueusement les sept subjacentes, etles fait aller et venir à guise de tourbillon et tempeste; ce quicause la procreation de toutes choses, dont les Idees<f 165r> et exemplaires sont prosternez devant le throne du grandDieu, attendans son commandement pour s'aller introduire és formes,et par ce moien leur donner ingrez dedans la matiere.
Les Idees instrumens de la Sapience à la procreation deschoses.
Car les Idees selon les traditions Cabalistiques precedent en ordre lesformes, comme estans creées de toute eternité, consistantesavec la Sapience divine; en laquelle, et par laquelle, dit le mesme pseaume,le grand Seigneur Adonai a fait toutes choses, afin que par leurministere et cooperation à guise d'un artisan par ses instruments,il mist le monde sensible en Estre; ny plus ny moins qu'au Microcosme,assavoir l'homme, le corps est en lieu de matiere, comme composé desquatre Elemens; l'ame raisonnable en lieu de forme; et l'intellect ou Nessamah en lieu d'Idee. Car tout ainsi que la nature est pardessusl'art; Dieu de mesme est pardessus la nature: et comme l'ame est la vie etlumiere du corps, aussi l'intellect ou divine Idee est la vie et lumiere del'ame, suivant ce passage du Deuteronome chapitre trente: Domino tuoadhaereas; ipse est enim vita tua. Parquoy il est escrit en Genese;Que la terre produise ame vivante selon son espece, assavoir commel'interpretent les Cabalistes, selon ceste divine Idee qui influe la vie icybas par le sainct nom ADONAI; car tout ce qui influe la vie tend contrebas, comme font les raiz du Soleil, et les influences celeste; et ce qui avie tend contremont ainsi que fait le feu, comme si c'estoit pour allerrechercher sa premiere source <f 165v> establie là; Igneus est ollis vigor, et caelestis origo, dit le Poëte: A proposdequoy Rabbi Joseph Salemitain, en son livre intitulé l Jardin duNoyer, met que l'ame intellective infuse en l'homme, et representant en luyla forme des formes, ou supreme Idee, s'appelle [H] Esch feu;suivant cecy de Salomon é proverbes 20. Lucerna Dei spiritushominis; dont Zoroastre est d'opinion que du feu soient engendreestoutes choses;
Plutarque és opinions des philosophes liv. 1. chap. 3.
quand il s'esteint, adjouxte Heraclite, qui l'a emprunté de luy.La premiere lettre donques du grand nom de Dieu [H] est le Jod ressemblant à un point indivisible, qui est le commancement de touteslignes tant droictes que courbes, et des lettres par consequent; Neaumoinsil vaut dix, qui est la fin de tous les nombres; parquoy il designe le PERE.La seconde puisapres est [H] He, laquelle estant formee de quatre Jod, denote le corps composé des quatre elemens, que leVERBE voulut vestir à certaine periode de temps. Et d'autant queceste lettre ne represente és nombres que cinq, la moictié dedix, elle y est redoublee, et mise deux fois, au second, assavoir etquatriesme lieu, afin de parfaire le dix, et rendre par ce moien le VERBEegal au PERE: Joint aussi qu'il est mysterieusement formé du [H]Daleth qui vault quatre, et du Vau six; de sorte quesecretement il importe dix: et cela nous monstre, que par ceste secondelettre est designee l'une et l'autre generation du VERBE ou secondepersonne; l'une eternelle, et l'autre temporanee. <f 166r> Maispource que nous ne comprenons rien sinon à posteriori, Moyseen ce quadrilettre a voulu exprimer l'humanité du FILS par le [H]He, et soustraire la divinité d'iceluy en [H] Vau; lequel en ce mesme endroit est la troisiesme lettre, composee de deux Jod, en forme d'une ligne descendant en bas; Ce qui monstre le S.ESPRIT proceder du PERE et du FILS, comme le nombre de six qu'il designe,provient de la simple unité du PERE; et du cinqattribué au FILS, tant pour le He qui vault autant,qu'à cause du Shin representant la nature humaine, et lamisericorde divine, qui a esté adjouxtee au quadrilettre pour lerendre effable. Par le mystere au reste de ces deux lettres Jod et Vau, on peul cognoistre que le MESSIHE comme Dieu, fut le principede soymesme, entant qu'homme.
Autres mysteres des lettres Hebraïques.
  MAIS pour retorner encore aux trois lettres meres qui sont lefondement de toutes choses, [H] Mem qui par le resserrement deslevres retient tout enclose et caché dedans le Palais, auquel il sertcomme de portier, denote la puissance divine qui est le PERE, lequel en sontaciturne silence et repos demeure restreint en son essence,incomprehensible à toutes sortes de creatures, et designee par letetragrammaton ineffable, lequel represente Dieu selon qu'il est pardessustout Estre: ADONAI, selon qu'il est maistre et seigneur de toutes choses:et SADAI suffisant à soymesme, n'aiant rien affaire d'ailleurs, nyhors de soy, et de son essence. Derechef Aleph, qui par<f 166v> le relaschement du Mem, vient à se jetterhors de la taciturnité et silence, represente la sapience, ou leVERBE procedant du PERE, lequel VERBE est le principe de tout, selon qu'ilest dit en Genese; Au commencement Dieu crea le ciel et la terre;c'est à dire que le PERE crea tout en, et par le FILS: et en sainctJean; Au commancement estoit le VERBE, et le VERBE estoitDieu; et Dieu estoit le VERBE, par lequel toutes choses ontesté faites. plus au 8. Ego principium qui et loquorvobis. Finablement le Shin ou le sifflement, tient le lieu duSAINCT ESPRIT, lequel procede de tous les deux. Et ne faut pas trouverestrange si tous ces symboles et attributions sont tantost approprieesà l'une, tantost à l'autre des trois personnes; car celainfere que si bien il y a distinction de personnes, il n'y a pas pour celadifference aucune d'essence et substance en elles. EN APRES passant outreà la construction et fabrique du mone; Aleph represente le [H] Tohu ou Chaos, et masse confuse inordonnee. Aristotel'appelle la matiere premiere, sans forme quelconque, ny espece; et au restede nature d'eau liquide et coulante, enquoy ce mot de Tohu nes'esloigne pas beaucoup du Grec [G] courir, qui est le propre de l'eau;laquelle ne se pouvant retenir et borner de soy-mesme, a besoin d'un termeet limite endehors de nature seche pour l'arrester: Parquoy ce Tohu ou matiere informe designee par ledit Aleph ou espanchement, amestier du Mem, c'est à dire d'une compresse et retinacle.Et pour ce que la matiere <f 167r> sans forme presuppose une formesans point de matiere, s'ensuit de ce Tohu par consequent le [H]Bohu, assavoir la vacuité du lieu, et la forme destituee dematiere, qui est l'Entelechie d'Aristote; et de ces deux manques, provientson troisiesme principe qui est la privation, les tenebres de Moyse, qui nesont rien de soy, ains seulement une absence et privation de lumiere,lesquelles estoient dessus la face de l'abisme, ou l' Ensoph etinfiny des Cabalistes, dont Socrate dispute fort exactement dans le Philebede Platon; le disant estre une seule chose, et plusieurs; et met làpour la substance de l'ame, l'infinité, qui est privation de toutnombre, mesure et proportion, qui n'a en soy ne fin ne terme, ne peu nemoins, ne similitude ou dissimilitude.
Plutarque au traité de la creation de l'ame.
Toutesfois Plutarque en la 2. question du 8. des Symposiaques, àpropos de ce que dessus, met que les philosophes anciens souloient appellerinfiny ce qui n'estoit point arresté ne determiné; et que Dieun'avoit point par autre moien fabriqué ce monde, sinon en finissantet terminant la matiere, qui estoit nompas infinie en grandeur et enquantité, ains plustost non finie ne terminee, pour raison de ladesordonnee et vague inconstance. Car quant à l'infiny, Chrysippetout conforemement à ce que les Cabalistes appellent Ensoph, alleguoit hors de ce monde sensible estre un infiny, n'aiant necommancement, ne milieu, ne fin. OR ceste matiere primitive dite [H]Hivili, qui aproche aucunement du mot Grec [G] que Moyse appelle<f 167v> aucunefois la terre; et la forme, la lumiere ou le ciel;est tousjours une mesme; mais la forme qui se doibt introduire au [H]Bohu l'informable, est diverse et de plusieurs sortes. LesPeripateticiens approprient la premiere en l'homme, à ce qu'ilsnomment l'intellect passible, et susceptible de toutes choses, comme tenantlieu de la matiere; et l'autre a l'intellect agent, lequel enfante etproduit hors toutes les conceptions interieures qui se reçoivent etimpriment dedans cest intellect passible, ainsi que fait la creature en lamatrice de la mere. Esquels deux, tant au recevant comme au produisant, seremarque le septenaire composé du trois, et du quatre; le Ternairedenotant la forme, le ciel, le simple, et le hault, dont sa quadrature estle neuf, et le Cube le vingt sept; et le Quaternaire la matiere, la terre,le mixte composé, et le bas, procedant du Binaire, dont il est lecarré; et le Huict, le Cube. De maniere que la divinité en laformation du monde, comme met Platon au Timee, vint en premier lieus'expliquer de son interieur en dehors, par le quatre et le neuf, et puisordonna ce beau chef d'oeuvre en ses parties, par le huit, et le vingt sept:esquels nombres et proportions d'impair, et de pair, tenans comme lieu defemelle et de masle, toutes les vertuz, puissances et facultez productrices,tant passives, qu'actives sont contenues et representees. Le mot de Tohu au reste ne s'esloigne de rien quant au son du [G] des Grecs,si fait bien <f 168r> en partie par la signification d'iceluy; car [G] veult dire viste et aigu, ce qui ne conviendroit guere bien àla matiere, qui comme corporelle doibt estre par raison plus pesante,tardive, et mouce, que nompas la forme, qui est plus spirituelle, etpourtant plus agile et aiguë: Neaumoins le [G] se prend aussi pourferme et solide: dont Homere souvent attribue l'epithete de [G] àla terre; combien que Plutarque au traicté de la cessation desoracles, et en celuy du rond de la Lune le vueille referer à aigu,pour raison que l'ombre de la terre nonobstant que ronde, se va tousjoursamenuisant en pointe de forme conoide, plus camuse un peu que la pyramide;laquelle est proprement attribuee au feu, comme le Cube est à laterre. Ce Tohu donques envers Moyse represente la matiere informe,à quoy d'un costé s'approprie la terre pour raison de sonimmobile stupidité, qui la rend ainsi establie-ferme; ( Terraautem in saecula stat, au commancement de l'Ecclesiaste,) ce quiconvient au susdit Epithete d'Homere; et de l'autre part l'eau, reduitte enune mesme masse globeuse avec la terre, toutes deux pour leur pesanteurtendans contre bas; l'eau au reste à cause de sa coullante et fluideinstabilité n'estant capable de recevoir aucune forme, si elle n'estretenue de quelque borne subsistente et solide. Mais par le BOHU estsignifiee la forme, à qui symbolisent l'air et le feu, dont la region<f 168v> superieure consiste toute; et qui sont en continuelmouvement, comme une forme qui cherche de s'introduire en la matiere pouravoir repos: et c'est ce que veult inferer à peu pres Homere enl'onziesme de l'Odissee; et Virgile apres luy au 6. de l'Eneide, par lesames vagabondes là bas és enfers; car l'ame en nous tient lieude forme, et le corps, de la matiere; lesquelles ames sont ainsi ardenteset convoiteuses de boire le sang des victimes qu'Ulisse y a esgorgetees dansune fosse, mixtionné avec du miel, eau, et vin; toutes liqueursparticipans grandement de l'humidité, et qui representent aucunementles quatre elemens, car cela n'est pas sans quelque mystere; assavoir lemiel comme le plus visqueux et gluant de tous, fait la terre; l'eau, l'eau;le sang, l'air; et le vin, le feu; tesmoin l'esprit qui s'en tire que nousappellons eau ardente. Les ames Donques desirent de s'humecter, commen'estans autre chose que feu, et par consequent secheresse, qui appetenaturellement de l'humide; Si qu'Ulisse à toute peine les peultengarder d'aprocher, quelques menaces qu'il leur face à tout sonespee:
  [G]
Ce qui ne s'esloigne pas fort de ce qui est escrit au 8. de SainctMatthieu, des Cacodemons, qui s'estans mis en deux corps sortans dessepulchres en la contree des Gerazeniens, infestoient la voye de sorte<f 169r> que personne n'y eust sceu passer bagues sauves: maisnostre Sauveur les en ayant dechassez, ils le requirent leur vouloiroctroier de grace, se pouvoir jecter en un trouppeau de porceaux pres delà; dedans lesquels tout à l'instant ils s'allerent precipiteren la mer, source de toute humidité, mesmement pour raison de sononctuosité adustible et grasse. Et pource que les choses spirituelleset corporelles s'entresuivent reciproquement, comme procedans toutes d'unemesme cause universelle, combien que par divers respects, nous pouvons veoirsensiblement cecy és esprits du salpetre en la distillation des eauxforts, où ils demourront en vapeur plus subtile qu'air, rouges etenflambez comme feu au recipient, sans se rasseoir qu'il n'y ait quelquehumidité d'alum, vitriol, et semblables, où il se puissentsubmerger: mais plus sensiblement encore vous en pouvez voir une experiencebien que mecanique, neaumoins assez admirable et estrange. Amalgamez 5. ou6. onces d'argent vif avec son poix egal d'estain; et broyez le tout avecdix ou douze onces de sublimé: Mettez à dissouldre dessus lemarbre à la cave, ou autre lieu humide et relent: en quatre ou cinqjours tout le sublimé coullera en liqueur ressemblant à huilled'olif, que vous mettrez à distiller, et sur la fin donnant feu dechasse, s'en sublimera en substance seche quelque portion. Remettez l'eausur les terres, et dissolvez ce qui en sera dissoluble: filtrez le clair,et redistaillez; puis achevez de sublimer: et <f 169v> reiterezquatre ou cinq fois tous ces regimes, vos terres seront alors si subtiles,que vous les verrez en continuel mouvement tout ainsi qu'atomes aux raiz duSoleil; mais blancs comme nege, sans jamais avoir repos, si vous n'y jectezun peu d'eau où ils se puissent retirer. Et certes je les ay gardeesainsi plus de six ans, tousjours en ceste agitation sans cesse: choseplaisante à regarder, mais paraventure ridicule à d'aucuns,et nompas à ceux, qui prenans garde de plus pres à ce qui enpeult resulter, parcevront en fin le fruict qui en peult provenir en laphilosophie naturelle. LA troisiesme lettre est le [H] Shin; l'esprit d' ADONAI ou Seigneur, qui en la creation des choses estoitespandu sur les eaux, qu'il empreignoit de sa vivifiante chaleur, laquellene peult rien sans l'humide, nomplus que l'agent sans le patient, ne laforme sans la matiere; Pour estre la substance humide molle de soy, etobeïssante à concevoir toutes sortes d'impressions; et aussi quela primitive source de vie gist en l'humide assisté du chauld; commel'on peult appercevoir au sang, vehicule, siege et maintenement de l'amevivante dans le corps, et son lien d'association avecques luy, qui endemeure vivifié, comme il est dit au Levitique 17. L'ame de lachair est au sang; lequel n'est autre chose qu'eau vive cuitte etdigeste, et pourtant rougie, selon qu'on peult appercevoir au vin, quiprovient de l'eau decuitte de la chaleur du Soleil au sarment, et delà es grappes, selon que le veult Empedocle; Que le vin se<f 170r> fait d'eau, se putrefiant dans le bois sousl'escorce.
Plutarque au traité d'Osyris.
Parquoy le philosophe Callistene le souloit appeller le sang de laterre, conformement aux traditions Egyptiennes, Que les prestres ny lesRois anciens n'en beuvoient point; ny n'en faisoient aucunes offrandes nyeffusions aux dieux; estimans que ce fust le sang des Geans qui leur firentla guerre; lequel meslé avec le terrein lors qu'ils furent accablezd'eux, vint de là à produire la vigne et son fruict. Aussiest-il dit au Deuteronome 32. le sang des raisins; Et sanguinem vuaebiberent meracissimum: Dont le prophete à ce mesme propos aupseaume 36. s'exclame; Inebriabuntur ab hubertate domus tuae: laquelle yvresse Musee tres-ancien poëte Grec, appelle beatitude etfelicité. A CES trois lettres donques appellees les meres dans leJezirah, et aux significations qu'il leur donne, se raportepresqu'en mesmes mots, cecy de la premiere canonique S. Jean: Il y en atrois qui donnent tesmoignage au ciel; le PERE, le VERBE, etl' ESPRIT SAINCT: et ces trois sont un. Trois pareillement quirendent tesmoignage en terre; assavoir l'esprit, l'eau, et le sang:là où il a mis le sang pour le feu: Et de fait le sang n'estautre chose que pur feu; tesmoin le baptesme d'eau et de feu dont l'Evangilefait mention, qui est le sang de JESUS CHRIST, et la grace du S. ESPRIT,conferee par l'effusion de ce sang; dont l'eau n'est que le signe exterieur,mais sacramentel. DU feu au reste furent creez les cieux, et la terre del'eau; suivant ce que le confirme la Turbe ou Synode des philosophescongregez <f 170v> par un nommé Arislee Pythagoricien deprofession, mais moderne; Ex grossitie aquae terra concreatur: Celapeult-on veoir par experience d'une eau agitee et battue; puis redistilleepar plusieurs fois, separant tousjours la six ou septiesme partie quipassera la premiere. L'AIR enapres est formé de l'esprit, qui procedede ces deux extremes, ou contenans, comme les appelle la mesme Turbe; feu,et eau; laquelle se subtilie par l'action du feu en bouillant, et monte enhault en substance d'air. VOILA quant aux trois elemens; ausquels le Jezirah appliqueces trois lettres meres: Puis il poursuit qu'en l'annee il y a aussi troissaisons meres, et principales varietez du temps, qui leur correspondent;l'esté assavoir qui est chauld, au feu, dilatant comme fait le Shin: l'hyver froid, à l'eau, et au Mem, qui resserre: et latemperature moienne du printemps et automne, ditte Reviah, àl'air, procedant de ces deux extremes,le feu et l'eau; dont se forme un doulx et simple halenement, tel qu'en laprolation de l' Aleph. CES trois lettres meres enapres represententles trois substances dont tous les composez elementaires consistent, tantmineraux, vegetaux, qu'animaux; sel assavoir, mercure et soulphre; ainsiqu'on peult appercevoir en leurs resolutions par les graduees actions dufeu: le sel estant designé par Aleph, source, racine, et siege de toute humidité liquante, comme parlentles philosophes Spagyriques, ouquel l'eau doulce est incorporee avec saterre arse et <f 171r> amere: car la salsitude gist en l'une desdeux terrestreitez, qui se retrouvent mesme en l'eau marine avant que lafaire glacer en sel: et de fait en separant d'elle toute l'eau doulce pardistillation, car la salleure ne monte pas, restera le sel congelléau fonds; duquel par les resolutions à l'humide, le mettant sur dumarbre en quelque cave ou lieu bien moicte, s'en separe une terre roussedoulceastre, qui n'a pas de moindres effects és medicamens, que laLemnienne qu'on appelle vulgairement Sigilee; et nomment ceste terre rousse,aussi bien les Cabalistes que les Chimiques, [H] Adam, dont lapremiere lettre est Aleph. L'autre terre participe de la salsitude;car distillez la dessusdite resolution par un legier bain, l'eau simple etdouce qui y peut estre en assez bonne quantité montera, laissant dusel encore au bas. Reiterez tous ces regimes de resolutions àl'humide, et distillations par le bain, tant que la terrestreité vousdemeure seiche et aride, sans se vouloir plus humecter de soy-mesme, et ilrestera une terre sallee et amere. Parquoy vous verrez manifestement commeces deux Elemens plus grossiers, terre et eau, sont ensemble accouplez ausel; dont l'acuité mordicante participe du feu; et la grasseonctuosité qui y est, de l'air. Du mesme en bruslant tout sur ce quele feu peut exercer son action, ainsi que du bois, et autres telles chosesadustibles, resteront des cendres; desquelles par une lexive d'eau simple,vous extrairez la salsitude qui s'y est revelee par<f 171v> la separation de l'eau qui s'en est allee en fumee; et del'oleaginité soulphreuse qui a causé l'adustion. Faites lescalciner de nouveau en four de reverberation, tel que des Verriers, ou celuyoù l'on cuit les pots, en sorte que rien d'estrange ne se mesleparmy; vous en extrairez encore du sel. Poursuivez ces calcinations etdissolutions avec eau commune de fontaine, ou de puits bien nette,jusqu'à ce que tout le sel soit dehors, et que rien ne se vueilleplus redissoudre, il vous demourra une terre morte privee de tous sesesprits, à sçavoir de couleur, odeur, et saveur; laquelleà forte expression de feu se convertira en verre; qui est laquatriesme substance, ou s'accomplist la revolution des accouplemenselementaires; que les Cabalistes en leurs chiffremens representent par les Ziruph, oucombinations literales. Il y a encore un autre mystere de ces troissubstances Sel, Mercure, et Soulphre, par une triplication d'Elemens: carle sel consiste du feu, terre, et eau joints ensemble; la mordicationd'iceluy provenant du feu y enclos; sa consistance et solidité, dela terre; et sa liquabilité de l'eau; car il se fond ny plus ny moinsque le metal. La Mercure en apres participera de terre, eau, et air, commevous avez peu veoir és figures des carrez et triangles chimiques: etcela se peut aiseement discerner en la separation de ses substances;là où vous trouverez des terres abondamment; de l'eauflegmatique; et de l'huile surnageant à l'eau. Le soulphrefinablement participera d'eau, air, et feu, car il n'y a pointd'onctuosité quelconque sans de <f 172r> l'aquositémeslee parmy: ce qui se manifeste tout apertement en la separation dessubstances, quand on le brusle dans quelque pot, avec une chappe d'alembicau dessus y aiant un peu d'air entre deux, autrement le feu s'esteindroitsoudain; car la partie qui se brusle est de nature aëreuse, grasse etcombustible; et la vapeur qui monte en la chappe, et puis se resoult enliqueur, participe de deux substances; l'une douceastre de nature d'eaucommune; et l'autre aiguë, voire un peu caustique, et salsugineuse, decelle du feu. OR pour autant que le sel est comme la base et le fondementde tous les mixtes elementaires, la nature par son accoustumee providenceen produit trois sortes, symbolisans aux trois substances dessusdites: lesel commun, fixe et permanent à toutes espressions de feu, sans qu'ilse brusle ny envolle: le sel armoniac qui s'en fuit du feu sans ardoir, toutainsi que l'eau, parquoy il correspond au Mercure: et le salpetreinflammable, au soulphre. Toutes belles considerations à laverité, mais couvertes de prime face souz une maniere de voile,à guise de quelque secret d'importance souz un desguisement dechiffre; ny plus ny moins que si l'on venoit à escrire en beauxcaracteres dorez, azurez, diasprez, ou autrement embellis de figuresd'arbres, herbes, fleurs, animaux, et semblables hierogliques, cela pourroitbien amener quelque contentement à l'oeil, comme feroit une autrepeinture; mais à plus forte raison combien plus en aura desatisfaction celuy qui s'apercevra de ce qui <f 172v> est contenulà dessouz ? selon ce qui est escrit en la sapience 13. Siquelques uns prenans plaisir en la beauté du Soleil, de la Lune, etsemblables choses visibles, les ont reputees pour dieux, qu'ilssçachent de là combien celuy qui y domine est plus beau sanscomparaison. Et à ce propos le ciel est appellé des sagesHebrieux Tiphereth, parce que tous les principaux ornemens et beautez visibles sont en iceluy,selon le Zohar, qui y approprie ce texte de Genese 2. Perfecti suntcaeli et terra, et omnis ornatus eorum: car la terre aride de soy, etpourtant dite des Hebrieux [H] Jabassah, des Grecs [G], est sterile et infructueuse si elle n'est arrousee du ciel: et defait elle ne produit (au mesme chap.) rien quelconque, devant que la pluiedegoutte dessus, qui l'empreigne et la rend fertile, comme le tesmoigne le28. de Deuteronome; Le Seigneur Dieu ouvrira son tresriche thresor,assavoir le ciel, pour donner de la pluye à la terre en saison propreet convenable: car les pluyes, selon que le met en termes expres leThargum ou paraphrase Jerosolymitaine sur le 30. de Genese, sont l'une desquatre choses de tout l'univers, dont Dieu s'est particulierement retenu lesclefs de la dispensation en sa main, sans les vouloir commettre mesme auxSeraphins: et là dessus pour le regard d'icelles pluyes ameine ledessusdit passage de Deuteronome. L'autre clef est de la norriturequotidienne de ses creatures, dont il est dit au pseaume 145. Oculiomnium in te sperant domine; et tu das escam illorum in tempore oportuno.Aperis tu manum tuam; etc. La troisiesme est <f 173r> dessepulchres, qui concerne la resurrection de la chair; en Ezechiel 37. Cùm aperuero sepulchra vestra; et eduxero vos de tumulis vestris. Et la quatriesme, de la sterilité, et lignee; oudit 30. de Genese; Recordatúsque dominus Rachelis. Mais la terre ausurplus quiest fixe et immobile de soy, tant l'opaque en la separation de l'eau douced'avec la saulmure, que la transparente consistant és cendres qui seconvertissent en verre apres l'extraction des sels (ce qui denotemystiquement la terre par l'opaque, et le ciel par la transparente etlucide) represente l'immobile d'Aristote, autour duquel, et sur lequel tousles cercles d'autour se meuvent et tornent ainsi que sur le moyeu d'unerouë: car il y a plusieurs sortes de terre, et mesme le firmamentimmobile est dit la terre des vivants; et nous presupposons d'avantage avecHermes et les Cabalistes, que les choses basses sont proportionnellesà celles d'enhault; comme le centre indivisible avecques sacirconference de quelque immense estendue qu'elle puisse estre;
L'excellence du sel.
et pourtant le sel à cause de sa fermeté permanente etfixe, est en la divinité comme une marque et symbole du PERE, lequeldemeure ferme et coy en son silence, repos et immobilité eternelle;qui est le grand et universel sabbatisme de tous les Sabbats: dont il ne sefaut pas esmerveiller si Homere a voulu attribuer au sel le tiltre de [G] ou divin; de maniereque les anciens au paganisme reputoient la table prophane, si la sallieren'y estoit mise, selon que le tesmoigne Arnobe; Sacras facitis mensassalinorum appositu: <f 173v> car pour le respect du selseulement, elle estoitreferee entre leurs sacrez vaisseaux; Tite Live au 26. Vt salinumpaterámque Deorum causa habeant: Et Pline livre 33. chap. 12. Fabricius Imperatores plusquam pateram et salinum ex argento haberevetabat. Mais on peult voir en quel respect il estoit tenu enl'ancienne loy, dans le 2. du Levitique; Tu saleras avec du sel toutesles oblations de tes sacrifices; et ne faudras de mettre le sel del'alliance de ton Dieu dessus ton sacrifice: Tu offriras en toutes oblationsdu sel. Plus és Nombres 18. Le pact du sel soit perpetueldevant le Seigneur, à toy et à tes enfans: Ce qui estresumé au 2. des Paralipomenes, chap. 13. Ignorez vous que leSeigneur, le Dieu d'Israël, ait donné le Royaume à Davidsur Israël à tout jamais, à luy, et à ses enfansmasles soubs la paction du sel ? Qui est par tout envers les Juifs prispour une ferme stabilité: et pourtant il estoit aposé en tousles sacrifices de leur loy, comme pour une marque de la fermeté del'alliance reciproque de Dieu avec eux. Rabi Salomon sur les passagesdessusdits, que le sel soit là appellé le sel del'alliance, allegue une fort bizarre raison, que j'estimerois neaumoinsavoir esté assignee par les Cabalistes anciens dont il l'a prise, parune forme d'allegorie; Que les eaux d'icy bas en la terre, à lacreation des choses, se mutinerent de ce qu'on les eust ainsi separees dessurcelestes, aiant esté le firmament interposé entre-deux:aumoien dequoy Dieu pour les apaiser leur promit de faire, qu'elles seroientperpetuellement emploiees à l'usage des sacrifices; comme il fitdepuis en la <f 174r> loy qu'il donna aux Juifs: Ce qu'ildit pour ce que le sel consiste d'eau. Il y a d'autres Rabbins qui parlentmoins fantastiquement là dessus, combien que celuy-là seretienne ordinairement à la lettre: Que le sel fait durer touteschoses, et leur eslargist une subsistance qui les empesche de pourriture:et à ce propos il se dit de la loy, qu'elle donne une bonne saveurà tout; parquoy elle est appellee alliance, et pact du sel eternel,à cause que toutes choses ont besoin de l'assaisonnement de la loy:qui est ce que veult inferer ce texte; NE FAITES POINT CESSER LE SEL DEL'ALLIANCE DE VOSTRE DIEU: Par où s'entend le pact eternel de sonsacerdoce; car il ne se peult faire des sacrifices sans la prestrise; et iln'y a point de sacrifices sans sel.
Particularitez du sel.
Et de fait y a il rien de plus permanent et plus fixe au feu, ny deplus aprochant de sa nature ? parce qu'il est mordicant, acre, aceteux,incisif, subtil, penetratif, pur et nect, fragrant, incombustible, etincorruptible, voire preserve toutes choses de corruption; et par sespreparemens se rend clair et transparent comme l'air: dissoluble au resteà l'humide; et liquable avec tout cela, és fortes expressionsde feu, ainsi que les metaux en leur endroit; qui sont neaumoins deuxresolutions contraires, et repugnantes l'une à l'autre: Principeenapres de toute humidité liquable, onctueuse et inconsumptible. Ace propos le Tharghum Jerosolomitain, sur le 19. chap. de Genese; Lafemme de Lot regardant derriere soy, devint statue de sel; met qu'ellefut convertie en une colonne de sel, qui doit ainsi <f 174v> durerjusqu'au temps de la resurrection generale, où tout les trespassezrevivront. Quelques autres, je ne sçay si on leur doit adjouster foy,se hazardent de dire que c'est une masse de sel, aiant je ne sçayquelle ombre et forme de femme, et qu'autant qu'on en peult oster,celà se repare soudain, et en renaist de nouveau autant en sa place,sans exceder l'accoustumee proportion, car David Kinthi l'interprete pourun morceau de sel: mais en la Sap. 10. celà est appellé Figmentum, ou effigie de sel, qui demeure ainsipour une marque de l'incredulité de ceste creature; suivant ce quiest dit en S. Luc 17. Memores estote vxoris Loth; à proposde regarder en derriere, c'est à dire aux choses du monde. Le seloutreplus est premiere origine, tant des metaux que des pierreries, voirede tous les autres mineraux; des vegetaux pareillement, et des animaux; eten general de tous les mixtes elementaires: Ce qui se peult verifier en cequ'ils se resolvent en luy; si qu'il est comme une vie de toutes choses; carcomme porte le mot commun, Sole et sale omnia conseruantur; et sansluy selon le Philosophe Morien, la nature ne peult rien ouvrer nulle part;ny chose aucune estre engendree, ce dit Raymond Lulle en son Testament: Donttous les philosophes Chimiques conviennent que rien n'a estécreé icy bas en la partie elementaire, de meilleur ne plus precieuxque le sel: duquel, comme met Pline liv. 31. chap. 7. La vie humaine nese sçauroit bonnement passer: et est un si necessaire element, quela signification de ce mot s'est transmise <f 175r> jusqu'auxdelices et plaisirs de l'ame; car on appelle ainsi les sels au nombreplurier: et toute la grace et douceur de la vie humaine; la courtoisie,gentillesse, et gayeté qui y est; le soulagement et repos destravaux, ne dependent point plus d'un autre vocable que de cestui-cy, lequelest encores approprié aux charges, dignitez et honneurs: et mesmeà la guerre, les salaires qui sont la paye et solde des soldats, enont pris leur denomination: car sans doute le mot de salaire, quis'estend encore bien plus-avant, vient de sel, comme de l'une desplus utiles choses qui soient, tellement qu'à beaucoup de nations ila cours en lieu de monnoye. Quelques-uns outreplus l'appellent les graces,parce qu'il rend savoreuses et aggreables au goust les viandes qui en sontdeüement assaisonnees; et mesme l'Apostre aux Coloss. 4. [G], Vostre parole soit tousjours consite en sel avec grace:
Plutarque en la 10. question du 5. des Symposiaques.
Et Platon au Timee, outre la commodité qui s'en tire pourl'usage de la vie humaine, et les commoditez du corps, le dit estresacré, selon la formule et teneur de la loy; l'appellant [G], unesubstance agreable aux dieux. Mais les Cabalistes le celebrent encore bienplus par une des reigles de la ghematrie et equivalence de nombres, appelleedes Hebrieux ghilgul, en cete sorte:
Mysteres du sel par la ghematrie.
Les lettres de ce mot [H] Malach qui signifie sel, montent enla supputation de leurs nombres, 78. car mem vault 40. lamed 30. et heth 8. Or divisez en telle maniere que vousvoudrez ces 78. il resultera tousjours quelque nombre qui representera unmystere des noms divins. Pour exemple, la moictié sont 39.<f 175v> autant que montent les lettres du [H] Chuzu, lefourreau, comme ils l'interpretent, du grand nom; assavoir Caph, 20. vau, 6. Zain, 7. et vau derechef 6. Si en troisparties, chacune montera 26. qui est le nom bre du tetragrammaton [H] :En six, ce seront 13. qui equipollent à la mesure de la pieté:En treze, ce seront 6. que vault le vau, lettre representant la vied'enhault; et le six est le premier nombre perfaict: En vingt six, ce serale nombre de la tressaincte et sacree TRINITÉ, trois. En trente neuf,DEUX, que vault le beth, symbole du verbe ou seconde personne; etla maison des Idees de l'Archetype: Et finablement les 78. denotent autantd'unitez, dont chacune represente l'unité d'un seul Dieu. Tout demesme est il du mot [H] lechem pain, qui est un anagramme duprecedant, parquoy les lesstres rendent de mesme 78. lamed 30. heth 8. et mem 40. Mais [H] Iain ou vin, ne vaultque 70. un nombre procedant de la multiplication du dix par le sept, quiconcerne l'ame, laquelle a son siege ou sang, où le vin se convertistfort facilement: aumoien dequoy la divinité s'est tousjours fortdelectee de ces deux substances de pain et de vin, tant pour le mysterequ'elles denotent de son Eglise composee de plusieurs ames, unies en uncommun consentement de creance, à l'imitation de ce que le pain sefait de plusieurs grains de froment empastez ensemble; et le vin s'espreintde ceux des grappes de raisin; qu'à cause del'incorruptibilité dont ils participent plus que nulles autres,<f 176r> provenant de la quinte-essence de l'eau de vie qui y resideen grand' abondance: Aussi sont elles accomplees au prem. d'Esdras, chap.6. avec le sel et l'huille, comme les quatre plus utiles et necessaireschoses que la nature produise point. Que le sel au reste soit incorruptible,voire preservatif de corruption; cela est assez cogneu d'un chacun, qui enfait d'heure à autre l'experience: mais cecy le demonstrera bien pluspracticalement encore: car estant dissouls à par soy en lieu humide,puis ceste liqueur bien clarifiee jusqu'à ne laisser plus de fecesne residences, mise à putrefier par deux mois en fiens de cheval quisoit souvent renouvellé, afin qu'il y ait tousjours bonne chaleur;par une tresforte distillation dans le sable, l'onctuosité salmastremontera avec l'eau flegmatique: Separez ceste eau par un bain legier, ilvous restera une liqueur, en laquelle mettez tremper ce que vous voudrez,fust-ce des choses les plus corruptibles, elles demourront en leur entierpar de longues revolutions de siecles, sans s'y alterer ne corrompre. Et deceste liqueur; que Paracelse appelle Viriditas Salis, qui a desfacultez et vertus incroiables, on a opinion qu'estoit embausmé cebeau corps de femme, que Raphaël Volaterran racompte avoir estétrouvé, il y a quelques 90. ans, du temps de Pape Alexandre VI. enune sepulture antique aupres d'Albane, aussi conservee, mesmement leslongues tresses de ses cheveux blonds et dorez, qu'à l'heure qu'elletrespassa; combien que selon l'escriture gravee au marbre de son<f 176v> tombeau, il y deust avoir plus de treize cens ans qu'elleestoit decedee. Le corps aiant esté apporté à Rome, lePape pour le grand cas qu'on en faisoit, car celà balançoitdesja à l'Idolatrie, le fit secretement jetter dans le Tibre. Le seldonc est en lieu d'une autre ame, laquelle pendant qu'elle est au corps lepreserve de pourriture; suivant ce que Pline apres les Stoïciens dit,que la chair de porc estant de sa nature ainsi que morte, Anima data estilli pro sale: car le sel a ceste proprieté, ny plus ny moinsque les ferments ou levains, de convertir à la longue en sa nature,tout ce qui sera meslé avec lui, s'il y peut au moins penetrer;consommant la superfluité de l'humeur visqueuse sujete àputrefaction; et mesmement ceste liqueur espandue parmy tout le corps(Raymond Lulle l'appelle l'humeur urinale, et paracelse la mumie) laquelleempesche la corruption de la substance doulceastre nutritive, car rien nepasse en nourrissement que le doux, selon Aristote, par une providence denature est salee, ainsi qu'on peut appercevoir au sang: dont quelques-unspourroient paraventure avoir pris leur theme, de penser que la mer soitainsi sallee par une mesme providence, pour en empescher la corruption: etde fait son eau ne se corrompt pas si volontiers que la douce, voire pointdu tout; car j'en ay gardé plus de deux ans en une fiolle touteouverte sans qu'elle se soit alteree; là où dans l'eau doulceen moins d'un mois se procreeront des moisisseures et araignees; bien estvray que les distillees se corrompent plus tard; <f 177r> mais leplus seur est d'y jetter quelque peu de sel selon leur proportion; car l'eauet l'air comme les deux Elemens mols se corrompent plus aiseement que laterre; le feu en est du tout exempt; parquoy le sel qui participe de sanature, empesche consequemment la corruption: Et pourtant au 2. chap. duLevitique allegué desja cy dessus, il est ordonné, maismystiquement, Que toutes les offrandes des sacrifices soient sallees desel; lequel on offrira en toutes sortes d'oblations: et Rabi Josephfiles de Carnitol au lïure des portes de Justice, met que le fondementde la loy est le sel, lequel contracte l'alliance; si que le regne de lamaison de David est dit l'alliance du sel. Pline au lieu devant dit, touchecela presqu'és mesmes termes; ce qui monstre que le Paganisme, lesRomains principalement, ont emprunté la plus patt de leurs ceremoniesdes traditions Judaïques: Maxime autem (ce dit-il) insacris intelligitur authoritas salis, quando nulla conficiuntur sine molasalsa; comme estant le sel un des symboles de l'alliance contracteeentre Dieu et son peuple: Dont il est pris bien souvent en l'escriture pourla sapience; ( Accipe sal sapientiae, és ceremonies de nostreBaptesme) et pour la vraie doctrine Apostolique, voire la lumiere del'Evangile: car aiant le Sauveur dit à ses Apostres (en S. Matthieu5.) Vous estes le sel de la terre; en un autre endroit il les appellela lumiere du monde: et en S. Marc 9. Tout homme sera salé de feu;et toute oblation sera salee de sel: c'est bonne chose que le sel; que s'ilest fade, dequoy l'assaisonnerez-vous ? Aiez doncq du sel en vous<f 177v> mesmes; et soiez en paix les uns avec lesautres: Enquoy le sel est proportionné au feu. Si donques il estun symbole de la Sapience, et la Sapience est le VERBE divin; et ce VERBEle Principe de toutes choses, à bon droit l' Aleph quidenote un Principe et commancement, representera le sel dont tout estproduit icy bas: Ce qui appert en ce que la plus grande portion de tous lesmixtes et composez, se resoult à la fin en sel; et qu'il ay degrandement à la generation, comme on voit par experience, sans avoirrecours aux authoritez de Plutarque, en ce qu'à faute de fiens, quin'est autre chose que sel, ou de marne, et semblables substances tenans lieude fiens, on brusle pour engraiiser et fumer les terres, le chaume, lesherbes, ronces, espines, genets et autres arbrisseaux qui y surcroissent:et en l'Ardenne fort aride de soy, ils n'ont autre recours qu'àbrusler le bois d'un essart, ainsi appellent-ils les terres qu'ils veullentensemencer; et puis les harser avec une maniere de fourche, qui mesle lescendres avec le terrein: car le sel est de nature grasse et onctueuse,toutes proprietez fort idoines à la production; voire inflammativecomme le tesmoigne iceluy Plutarque apres Aristote, és symposiaquesliv. prem. question 9. Et Pline au lieu preallegué; Est enim insale pinguitudo quod miremur. Ce qui s'aperçoit bien facilementés lexives: et au 106. chap. du 2. liv. Marinas aquas celeriusaccendi, etc. Bien est vray que le sel commun est pris quelquesfois enmauvaise part; et comme pour une marque d'extermination <f 178r> etruine; ainsi qu'au 9. des Juges, ou Abimelech seme de sel la ville de Sichemqu'il avoit destruite: mais celà est d'un autre propos.
  L'AUTRE substance d'apres designee par [H] Mem, est lemercure, de nature d'eau, comme le met le Jezirah où il estdit, Praefecit ipsum Mem aquis. ET la troisiesme est le soulphre spirituel encores, et volatil, aussibien que le Mercure et l'eau: de nature de feu; designé par la lettre [H] Shin, au mesme livre, praefecit ipsum Shin igni; qui denote l'ESPRIT SAINCT au monde intelligible; le Soleil auceleste; et icy bas en l'elementaire, le feu: lequel soulphre non sans causes'appelle [G] ou divin en Grec, qui est l'adjectif du sel; à quoyconvient ce qu'en met Raymond Lulle apres Alphide; Sal non est nisiignis; Nec ignis nisi sulphur; nec sulphur nisi arg. viuum reductum inpreciosam illam substantiam caelestem incorruptibilem quam nos vocamuslapidem nostrum. Ce qui bat à ce qui est dit au 29. duDeuteronome, là où Dieu menace les Israëlites quin'obeïront à ses commandemens, de brusler leurs terres parsoulphre et ardeur de Soleil. Le soulphre au reste est purificatif, selonqu'on peult veoir en Homere au 16. de l'Iliade; [G] etc. Et Ovide en sesElegiaques;
  Et veniat quae lustret anus lectúmquelocúmque,
  Praeferat et tremula sulphur, et oua manu.
  QUELQUES uns taschent d'analogiser ces trois lettres meres,et les substances qu'elles designent, par les trois lois; car la quatriesmequi est bastarde <f 178v> et illegitime, representee éspropheties de Daniel chap. 7. est la Mahometane: Par [H] Aleph assavoir qui est le sel et la terre, la loy de nature; dont [H]Adam homme terrestre comme il signifie, fut la racine et premieresouche, sans que luy ne ses descendans jusqu'à Abraham en cogneussentd'autre, sinon ce que par mysteres et adombrations pouvoit estrerevelé aux saincts Patriarches, d'une speciale grace du S. ESPRIT,de l'advenement du MESSIHE, qui est la fin finale, et perfection de toutesles lois. Par [H] Mem, l'eau ou Mercure, la loy de Moyse, Car cemot sonne autant, comme pris ou tiré de l'eau, en Exode 2. Mais toutainsi que l'eau ne lave que par dehors, aussi ne faisoit la loyJudaïque sinon superficiellement les faultes du peuple, selon que ledenote assez la piscine probatique, guerissant les infirmitez du corpsseulement, en Sainct Jean cinquiesme chapitre. Et pourtant estoit il besoind'une plus intime mundation, qui a esté faicte par le sang duMESSIHE, comme il est escrit en sa prem. cano. 5. Non in aquasolùm, sed in aqua et sanguine. Et de fait les Juifs avoientbien une maniere de Baptesme, mais comme mort, et non avivé encorede la grace de l'ESPRIT SAINCT, (au 3. de son Evangile) qui est ceste eaupure et munde, dont il est parlé en Ezechiel chap. trente six:J'espandray sur vous de l'eau pure et necte, de laquelle vous sereznettoiez en toutes voz ordures <f 179r> et souillemens.Et tout ainsi que l'eau est la plus prochaine matiere du vin, parce qu'ellese convertist en luy; aussi la loy Judaïque estoit la plus prochainede la chrestienne, ains la vraye figure et tige d'icelle, à quoy elledevoit finablement se renger comme à son but et perfection; et tousses sacrifices mystiques, au reel sang de JESUS-CHRIST; car le vin seconvertist aiseement en sang: et comme le vin ne soit autre chose que l'eaudistillee et decuitte au sep de la vigne, qui est un vegetal; le sang demesme n'est sinon le vin, ou ce qui tient lieu de vin, passé etdecuit par les officines du corps de l'animal. Il y a outreplus tout-pleind'autres mysteres de l'eau en la loy Judaïque; ainsi que le passage dela mer rouge; la nuee accompagnant les Israëlites au desert; l'eau devie mentionnee au vingtiesme des Nombres; Aperi tu eis thesaurum tuum,fontem aquae vivae. ET par le [H] Shin, le feu et le soulphrepurificatif, est designee la loy de grace, et le MESSIHE, purgationempeccatorum faciens; le second Adam, mais celeste; le Soleil de Justiceetc. lequel ne baptise pas seulement en la nuee, et en l'eau enquoy elle seresoult, mais au feu aussi, c'est à dire au S. ESPRIT.
  OR és divers meslanges et assemblemens de ces trois mereslettres, et des trois substances qu'elles representent, qu'Hermes en sontraicté des sept <f 179v> chapitres, appelle les grandselemens; Raymond Lulle, et Paracelse apres luy, les elemens redoublez; carsuivant la maxime des Pythagoriciens; Omne et omnia tribusterminantur; ce que tesmoigne mesme Aristote au livre du ciel,s'accomplissent tous les Ethbaz, Thmurath, et Ziruphs, transpositions, commutations, et accouplemens, non des lettres, mais deselemens, tant par la ligne, que par le triangle, et par le carré.Comme pour le regard du sel, il consiste en premier lieu de terre et eau,cela est assez notoire par ses resolutions; puis du feu, qui est sonacuité mordicante, incisive et penetrative; et finablement de l'airavec eux, pour raison de son onctuosité grasse et huilleuse, qui estde nature d'air. Le mesme est il des trois autres, ainsi que de touscomposez et mixtes, lesquels participent des quatre elemens, selon le pluset le moins des uns et des autres: Dont pour parfaire de tous poincts larevolution circulaire desdites substances, tout ainsi que des elemens,où le feu vient finablement à se rencontrer avec la terre;
Fueil. 104. B.
le verre participera le plus de ces deux, voire sera terre pure; Parceque comme Platon met n'y avoir que trois corps convertibles, car il ne lesdaigne pas appeller elemens, assavoir l'eau, l'air, et le feu, àcause de leur continuel mouvement et agitation; et la terre comme immobile,ne se torner en pas uns d'eux; en semblable le verre est du toutinconvertissable en autre substance; d'autant que le feu, et tant moinsencore la simple chaleur, ne peult avoir autre action sur luy,<f 180r> que tousjours de plus en plus l'affiner, et le mainteniren soy-mesme, ainsi que l'or: Aumoien dequoy non sans cause le prend oncomme pour un exemplaire de l'estat du siecle advenir, à cause de sonincorruptibilité, pureté, et lucidité transparente,plus propre à recevoir et rendre la lumiere que rien qui soit;à laquelle on estime devoir estre finablement reduit ce GRAND-TOUTpar l'universelle conflagration, ou le feu aura entierement consuméle corruptible, comme nous le voyons faire sensiblement; selon le passagepar nous des-ja cy devant amené du 21. de l'Apocalypse; Enapresje vey un nouveau ciel, et une nouvelle terre; car le premier ciel, et lapremiere terre s'en estoient allez; et la mer n'estoit plus. Puis iladjouste; Que la saincte cité de Jerusalem, d'une clartélumineuse comme cristal, estoit d'or pur semblable à pur verre: etles rues, ensemble les places d'or pur, comme verre tresreluisant.
  MAINTENANT si l'on veult aparier ces trois lettres meres endiverses transpositions, que le Jezirah appelle les six extremitezou anneaux, il y aura six anagrammes: Car (dit-il) deux lettresedifient deux mansions ou cellules: Trois en edifient six; quatre, 24, cinq,120, six, 720. Et de là passant outre imaginez en vostre pensee ceque la bouche ne sçauroit dire, ny l'oreille oyr. Esquellesmetatheses et transpositions consistent infinis secrets et mysteres: que sien cela l'on vouloit passer à des suittes de dix ou douze lettres,et de plus, cela s'estendroit comme en infiny. Et ne faut pas trouverestrange d'approprier ainsi en les ravallant, <f 180v> les chosessuperieures aux inferieures; les spirituelles et intelligibles, auxcorporelles et sensibles; les divines et permanentes, qui sont tousjours enun mesme estat, aux humaines, caduques et transitoires, qui vont et viennentincessamment en une continuelle alteration; et au rebours en remontant dubas en hault; par ce que toutes choses sont analogiques les unes aux autres;et comme disoit Anaxagore, toutes ensemble; ou toutes en toutes selonHeraclite, mais en, et par diverses manieres; la vraye eschelle de Jacob,le long de laquelle il vit monter et descendre les Anges, et le cordonretors triple, en l'Ecclesiaste 4. Toutesfois on le doit considerersobrement, et par divers respects; car les causes divines ne vont pas d'unmesme bransle que les humaines; pour le moins, nonobstant qu'il y aitquelque proportionnelle convenance, ne sont pas les mesmes: et les chosesnaturelles et sensibles ne sont pas assez dignes, suffisantes ne propres,pour nous representer les divines; tant moins encore celles qui dependentde la seule foy; n;estant possible par aucune ratiocination ne discours deles amener souz nostre apprehension et notice, suivant le dire de l'Apostre,Que la lettre occist, et l'esprit vivifie, qui est quand on s'arresteà l'escorce de l'escriture, sans profonder plus avant au sens, et auxmysteres cachez dessouz; à guise des chiffres, dont il ne seroit paspossible d'assigner une plus propre ne convenante similitude. PARQUOY ceschoses n'ont esté en vain si particulierement discourues sur ceux<f 181r> des Hebrieux, qui sont comme un moulle des autres; mais ilsne tendent qu'à cacher les sacre-secrets de leur loy, de la prophanecommunication du vulgaire, à qui aussi bien n'est il expedient enaucune sorte d'en avoir une trop claire cognoissance, de peur du mespris quis'en ensuivroit, suivant les traditions mesmes des Sanhedrin, commel'allegue Rabbi Moyse Egyptien, au 70. chap. du premier de son directeur;Les paroles que je t'ay communiquees pour les retenir seulement en toncoeur, il ne t'est loisible de les divulguer par escrit. Et un peu plusoutre; On ne revelera les mysteres secrets de la loy à unestranger, ains à ceux du conseil estroit seulement; et encores quisoient sages, discrets, et sçavans. Au moien dequoy le sensmystique de l'escriture, comme il dit encore, estoit caché souzdiverses envelouppes de chiffres, tout ainsi qu'un noyau souz plusieursescorces, peaux et escailles; si que les choses qu'on voit couchees dans leTalmud, ne furent pas en l'ancien temps redigees aucunement par escrit, nerien quelconque de la glose et explication de la loy, ains se lesentrelaissoient les uns aux autres de bouche, comme il le dit en son exordedu Deuteronome; et ce pour raison des inconveniens qui en advenoient;jusques à six vingts ans apres la seconde desolution du temple faitepar Vespasian, et son fils Titus; ce qui eschet environ l'an de lanativité de nostre Seigneur 190. lors que Rabbi Jehuda fils de Symoncolligea la Misne. Les chiffres donques Hebraïques n'ont rien de communavec les affaires du monde; <f 181v> et nous n'emploions point lesnostres à d'autres effets; à quoy les anagrammes etrenversemens de lettres ne nous peuvent pas de beaucoup servir, nomplus queles Equivalences de nombres, et le Notariacon; si qu'il ne nous reste rienà recevoir en cecy des Hebrieux, que la Ghematrie, avec les Ethbaz, Thmurah, et Zyruphs; non ainsi toutesfois limitez etrestreints que les leurs, ains relaschez en toute pleine libert , en autantde sortes que leurs commutations revolubles se peuvent estendre, selon quevous l'avez peu voir par les deux tables fueil. 96. et 97. qui est l'une desprincipales voyes de tous nos chiffres, et occulte escriture: car celuy quiconsiste en des caracteres nouveaux, et notes incogneuës que chacun seforge à sa fantasie; et les emploie à des lettres, mots, ouclauses comme bon luy semble, sans autre artifice, par ce que c'est uneinvention assez triviale et commune, et où il n'y a pas grandefinesse ne dexterité, nous ne nous y arresterons point autrement,ains passerons outre à de plus ingenieuses recherches; mesmesà une en premier lieu où il y aura tousjours divers sens; sique l'un y aiant leu en François, l'autre le lira en Latin; et unautre encore en langue Grecque, Italiane, ou Espagnolle, et semblables; sanspour celà outrepasser un seul caractere pour nul, ny rien changer,transposer, ne immuer: enquoy nous procederons de degré endegré, de plus subtils en plus subtils, jusques à finablementparvenir au dernier but de tous les chiffres, qui est d'oster toutesoupçon qu'il y<f 182r> ait rien quelconque d'escrit, ny de reservé ensecret, que ce qu'on voit en apparence d'escriture commune et intelligibleà chacun: car autrement les depesches venans à estreintercettes et surprises ne sçauroient de rien servir, par cequ'elles ne parviendroient pas où elles s'adressent; ains aucontraire nuire le plus souvent si l'on vient à les dechiffrer: quesi l'on n'en peut venir à bout, le danger court lors tout manifestepour le pauvre porteur du pacquet, d'estre gehenné, tortionné,tourmenté en toutes manieres, s'il ne revele le secret, dont on lemescroit consachant, ores qu'il n'en ait cognoissance aucune. De cestartifice l'Abbé Tritheme, en a le premier de tous reveléquelque chose en publicq, és deux premiers livres de sa Polygraphie;mais plus excellemment beaucoup en ceux de la Steganographie, s'il est vrayau moins ce qu'il en promet, car des trois premiers que j'ay veuz, il nes'en peut tirer rien quelconque d'instruction: l'exemple mesme qu'il enpropose en la clef de sadite Polygraphie, me semble surpasser les termes detoute possibilité, de faire valoir chaque mot pour un autrerevolublement, en tout ce qu'on voudroit exprimer par escrit de sesconceptions, si qu'il y ait un sens bon et intelligible sans aucunecontrainte, ne secrete marque qui vueille representer autre chose, que cequi est tout manifeste. Car comment est-ce que se pourroient rencontrerà propos tant de varietez dissemblables de genres, modes, et temps,és substantifs, adjectifs, et verbes, que l'oraison demeure tousjours<f 182v> en son entier, intelligible et congrue, et encore en diverssens ? mais sur tous les noms propres des lieux et personnes, qu'il n'estpossible estans particuliers ainsi qu'ils sont, representer par des vocablesgeneraux. Bien est vray qu'il y a certain artifice d'un papier persépar endroits (on l'appelle chassiz) les uns plus pres, et les autresà plus de distance; laissant vuide l'espace qui est entre-deux, afinde le remplir puisapres de quelque chose au mieux qu'on peult, pourdesguiser ce qui aura esté escrit dans les overtures, et par ce moienalterer et confondre ce qui y est exprimé de secret; si quemalaisément y pourroit-on rien discerner qu'en y appliquant un autrepapier persé de mesme: Mais cela est fort laborieux, et bien rarementse peuvent rencontrer des mots, nompas seulement des syllabes bien propres,pour remplir la suitte et le contexte de l'oraison, qu'on nes'apperçoive de l'artifice; outre ce qu'il n'y peult tenir que fortpeu de matiere. Il y a donques plus d'apparence, que cela se face, si fairese peult, par diverses formes de lettres, dont chacune puisse servir pourtoutes, comme nous en toucherons cy apres quelques ouvertures, n'estant pasraisonnable de divulguer cest artifice de fonds en comble, où tantde bons esprits se sont travaillez, jusqu'à y suer sang et eau; quenompas en mettant des dictions entieres pour d'autres dictions, selon quele porte l'exemple cy dessus mentionné qui est tel: Conspirauerunt in necem tuam Melancius, Tyberius, Ioannes, et Petrus, famuli<f 183r> comitis de Asoto; et quarta die post Laurentii innocte circum vallabunt domum tuam: Prouide quid agas. Il pretend del'escrire occultement, et le cacher sous les mots suivans, esquels on lepourra distinctement lire: Oro te amice carissime, vt mutuo mihitransmittas decem florenos cum latore praesentium, quia sunt valde mihinecessarij pro constructione cuiusdam aedificij: Eos tibi fideliterrestituam. Il est vray que le nombre des mots est pareil, chacund'iceux de vingt six; mais le nombre des lettres l'est presqu'aussi, lepremier n'en aiant que 147. et l'autre dont il est couvert, car parconsequant il doit estre plus grand, 157. qui sont dix de plus: mais aureste comme est-ce que se pourroient approprier ne convenir les noms propresy contenus ? ce qui me confirme en mon opinion que c'est plustost par lesdiverses figures de lettres que cela se fait, que par le rapport, une pourune, des dictions. L'AN 1569. que j'estois à Venice, le Turc Selimpere d'Amurath qui regne aujourd'huy, faisant sourdement ses apprests pourenvahir le royaume de Chippre; de peur que le Bayle des Venitiens residantà Constantinople, ne les advertist de ce qu'il en pouvoit pressentir,defendit qu'ils n'eussent plus à s'entr'escrire par aucune sorte dechiffre, ains à pacquets tous patents et ouverts, et en lettreintelligible: dequoy eux se trouvans en peine, se presenta un medecinnommé Lorenzo Ventura, qui leur presenta le secret cy dessus;d'escrire tout ce qu'ils voudroient, sur toutes sortes de propos, et enescriture commune, <f 183v> qui eust autre sens cachéaudessous, tel qu'il leur plairroit, moyennant certaines conditions bienadvantageuses qu'il demandoit pour son salaire. Ce que j'ay bien voulualleguer icy pour monstrer de quelle estime et importance est cest artifice;duquel pour ceste occasion il me suffira d'en esbaucher quelques simplestraicts, remettant le reste à l'ingenieuse investigation des bonsesprits, ausquels je pourrois faire tort de prostituer ainsi temerairement,ce qu'ils ont paraventure obtenu avec une extreme fatigue. Tritheme au resten'a pas esté le premier autheur de l'artifice des deux premierslivres de sa Polygraphie; car Reuchlin qui estoit de son temps, tesmoigneen avoir usé plusieurs fois, au 3. liv. de sa Cabale parlant duNotariacon, fort familier aux prophetes, dont sans doute est provenue cesteinvention; Aut igitur vna dictio per literas dispersa plures efficit;aut multae dictiones per certas earum literas retractae vnam colligunt: Hincex multis vnum; et ex vno multa. Vnde oritur quaedam epistolarum technologiaqua saepe lingua Germanica scripsi, quae à Latino viro in Thusciacognosci desiderabam; et econuerso latinè scripsi, quod Alemannumhominem latinitatis imperitum scire volui.
DES CHIFFRES carrez à double entente.
  POUR poursuivre donques nostre propos, nous commencerons parles chiffres qui ont double sens et lecture; ce qui se fait en premier lieupar les entrerencontres et croisemens de quatre cens caracteres<f 184r> s'il y a vingt lettres, car 20. fois 20. font 400. afin quecelà se puisse raporter de tous sens en carré: si que ces 20.lettres multipliees par elle-mesmes en autant de diverses combinations, font40. alphabets; vingt assavoir de perpendiculaires en descendant du hault enbas; et vingt traversans de la main gaulche vers la droicte, qui lescroisent en autant de chambres, dont chacune contient deux lettres apparieesdiversement. Et en celà l'on peult proceder de diverses sortes,tendans toutes à un mesme effect: Dont la premiere sera par lesditescombinations des vingt lettres en 400. accouplemens differends, esquels separfait leur complette revolution de toutes en toutes, suivant mesme lelivre de Jezirah: Aleph (dit-il) avec chaque lettre, et chaquelettre avec Aleph: Beth avec chaque lettre; et chaque lettre avecques Beth; et ainsi du reste. En voicy pour nostre regard la premiere tableet figure; propre et distincte pour nostre usage, plus que celles qui ontesté aposees cy devant és fueillets 96. et 97. àl'imitation des Hebrieux.
<f 184v1-2> [FIGURE]
<f 185r> Par les accouplemens des lettres communes.
  DE ceste table se tireront tout-plein d'usages: et en premierlieu, les mesmes que de celles des fueillets 46. et 50. et 96. et 97. pourles chiffres simples, establiz sur les revolubles commutations des lettres,avecques les clefs, et sans les clefs. Mais cestui-cy outreplus estcarré et a double entente; assavoir que chaque caractere va tousjourspour deux, de quelque costé qu'on le puisse prendre; si qu'on lespourra faire servir pour deux lettres de suitte; our pour deux sens, voireen deux langages, sans avoir rien de commun l'un à l'autre. Et nefault pas trouver estrange, que j'aye dit chaque caractere, nonobstant qu'ily en ait deux,; car ces deux ne sont proprement qu'un, et ne servent quepour un seul caractere, comme on peult voir en huit ou dix capitales quej'ay ay semé tout expres, lesquelles vallent le mesme que les deuxlettres accouplees ensemble; ainsi que L en la 3. chambre de la premierecolomne, va pour o b; et qu'on pourra voir plus à plain cyapres és tables d'autres chiffres carrez que j'ay reduits àseize lettres: cecy n'aiant esté basty que pour soullager d'autantle dechiffrement, quand la suitte des lettres y sera trouver soudain cequ'on cherche: car encore que o b soient là mises pourrepresenter le rencontre de e f, ainsi que a g, ou A,en la 6. chambrette de la 6. colomne, pour l i, ce n'est pas àdire pourtant que o doive signifier e à part, etb, f; ains estans adouees de ceste sorte, elles representent ef. L'invention de ces chifres carrez ausurplus a esté non tantseulement pour <f 185v> tousjours embrouiller les chiffres, et lesobscurcir davantage, ains quant et quant pour un eschapatoire de ceux quiestans en lieu de subjection, et leurs actions esclairees de si pres, qu'ilsn'eussent rien osé escrire qui ne fust veu, tant moins en chiffre,en danger s'il s'y fust rien trouvé de chattouilleux contre legré et vouloir du superieur, d'encourir quelque chastiment etestrette. Mais, comme dit le Poëte, la necessité venant de jouren jour à produire et comme enfanter des nouveaux remedes, leschiffres doubles furent trouvez: car lors qu'on n'estoit pas sidesniaisé comme on est, ny ces artifices tant rebattuz, si leurslettres estoient surprises, à tout evenement ils en estoient quittesd'exhiber leur chiffre, sans lequel il eust esté impossible d'envenir à bout, comme il se verra; mais à demy et par l'un descostez seulement; exprimant lequel des deux sens ils vouloient, et reservantl'autre à par eux; assavoir par les colomnes perpendiculaires duhault en bas; ou les transversales de gaulche à droit. Et pour ce quela demonstration de cecy depend plustost de la practique que de lamultiplication de langage, j'ameneray icy du tout des exemples, qui leferont trop mieux comprendre que tous les discours qu'on en pourroitfaire.
  MAIS avant que d'en venir là, il est besoin de remplir icy,ce qui auroit esté obmis de l'usage des deux tables insereesés fueil. 96 et 97. qui ne sont toutesfois autres chose que les Ziruph du Jezirah, <f 186r> estendus par leur accomplierevolution, en nos caracteres; afin de ne laisser aucune occasion desoupçonner qu'elles aient esté apposees sans necessité,et en vain. Ce n'est au reste des deux qu'une mesme chose, nonobstantqu'arrengees diversement; car la practique en est semblable; et font lemesme effect, que celles des fueil. 46. et 50.
En la prem. de S. Jean 4.
Pour exemple prenons ce subject, Aimons Dieu qui nous a aimez lepremier. Dont la clef soit, l'entree du ciel: Vous procederez enceste sorte par la premiere des deux tables; en laquelle les capitales dela main gaulche marquees de noir, servent pour la clef; et les rouges etnoires d'enhault, accouplees deux à deux, pour les lettres du subjectqu'on veult exprimer; la rouge respondant à la rouge, et la noireà la noire, mais il les faudroit avoir ainsi marquees tant auchiffrer, qu'au deschiffrer, et nompas en l'escriture: ou pour mieux faire,tout au rebours, la premiere à la premiere, et la seconde àla seconde. Donques a de l donne a: i de e, h: mde n, u: o de t, z: n de r, c: s de e, l: d dee, d: i de d, z: e de u, g: u de c, l: q dei, m: u de e, m: i de l, e: et ainsi du reste enreiterant la clef. Tout le mesme reussira par sa compagne qui suit apres.Il s'en pourroit aussi tirer un chiffre double, et d'autres secrets de plusd'importance, Quae vetat et ratio, nec non natura profari; (diroitle Poëte Augurel:) mais il suffist d'avoir monstré en cestendroit, que ny Tritheme, ny Belasio, ny Baptiste Porte, ne sont pas lespremiers autheurs
de cest artifice. <f 186v>   EN APRESvient icy à remanier ce qui auroit esté suspendu sur laseconde table, fueil. 50. aussi bien n'estoit il là question que deschiffres simples; car de peur d'embarrasser tant de choses ensemble, et lesrendre par ce moien plus confuse et moins dilucides, il a esté plusà propos de les remettre en cest endroit:
Chiffre double du fueil. 50.
laquelle le table agencee de la façon que nous avons là,avec les deux alphabets des capitales rouges et noires, tant au frontd'enhaut, qu'au costé gaulche, nous fournira d'une maniere de chiffredouble tresgentille et ingenieuse; et invincible a descouvrir sans lacommunication du secret. Car encore qu'il y ait deux lettres pour chaquesdeux lettres aussi bien qu'en la precedente, neantmoins il n'y en a qu'unequi serve de lettre, assavoir la petite estant és carrez; et l'autrequi l' accompagne, marquee par les capitales, ne denote que l'ordre etassiette qui fait valoir la simple lettre pour les deux du rencontreoù elle se trouve entre les rouges capitales du front, etcosté: Raymond Lulle en la tierce distinction de ses Quint-Essences,voulant tacitement demonstrer le progrez de l'oeuvre Chimique sous lacouverture et par le moien de son alphabeth, appelle cecy Anguluscontingentiae; de sorte que par la practique de ces chiffres doubleson pourra descouvrir la plus grand part de ses secrets, qu'il s'estingeré de cacher pour ne les prophaner aux indignes. OR pour exemple,prenons ce sujet, qui servira aussi pour ceux d'apres; assavoir pour lepremier sens; Les causes premieres meuvent les secondes; les secondes lestierces: et <f 187r> c'est autre pour le second; Il nes'effectue rien en la terre, qu'il n'ait premier esté esbauchéau ciel. Mais il y a double maniere d'y proceder; l'une de suivre toutde reng des lettres de l'un des deux sens, deux à deux; comme le s c a u; etc. l'autre de prendre une des lettres du premier, avecune aussi du second; l i e l s n c e: car cela va d'un mesmetrain. Voiez donques qu'elle lettre correspondra au rencontre des capitalesrouges de ces deux cy L au front d'enhault, et E acosté, vous verrez que ce sera F: mais d'autant que Fse trouve en toutes les rengees tant perpendiculaires que transversales,parquoy ce seroit à deviner pour lesquelles deux lettres des 20. elleseroit mise voire presque comme impossible, par ce qu'il y a quatre censaccouplemens tous divers; on l'associë d'une autre lettre, qui de soyne sert d'autre chose que pour monstrer le lieu du rencontre de ces deuxlettres l, e; si que c'est tout autant, comme qui y mettroit lenombre de la rengee, soit du front, soit de costiere; car il n'importe riend'où ce soit; l'un et l'autre faisans un mesme office, combien quepar divers respects: comme pour exemple si c'est d'enhault, vous prendrezle T, qui respond à F, en descendant; si c'est ducosté, vous prendrez O qui semblablement y respond entraversant de gaulche à droit. Et cela se peut varier d'infiniessortes, tant pour la transposition de la suitte des lettres; que pour seservir des capitales noires avec les rouges; et les entremesler diversement.On peut <f 187v> faire tout ainsi des deux sens: l, i; aurencontre desquelles se trouvera l, et audessus de l, s:à costé de i, s aussi: et ainsi du reste. Quoy que cesoit ceste maniere de chiffrer est fort occulte, et ne seroit pas possibled'en venir à bout, ny que conjecture aucune d'humain esprit, poursubtile qu'elle sceust estre, peust mordre dessus, tant à cause dela revoluble transposition des lettres, qui d'elles-mesmes se commuent eteschangent les unes és autres par la varieté de leursassiettes, et concomitances qui vont comme en infiny, que pour l'amusementque ceste lettre associee pourroit donner à ceux qui n'entendroientl'artifice, quand ils la voudroient prendre pour une lettre, et chercher envain celle qu'elle devroit representer; là où elle ne sert quede nombre pour designer l'ordre de l'assiette de sa compgagne.
  QUANT à la practique de ceste derniere table où leslettres sont accouplees deux à deux, elle est du tout semblableà la precedente; car il ne fault prendre que le rencontre des deuxlettres que vous voulez representer, en l'alphabet des capitales d'enhault,et celuy de costiere, marquez de noir, et qui sont transposez; car lesrouges vont le train ordinaire; toutesfois il n'importe de rien, et lespouvez entremesler comme a esté dit cy dessus. Pour exemple, l,e; ou l, i; le premier l, e, se vient rencontrer par lesdeux alphabet noirs en s g; et par les rouges en d m: etl'autre l, i; en a, g; ou A capital, qui y est aussiapposé, pour monstrer que les deux ne servent que pour un caractere.<f 188r> Ce que ces lettres au reste sont marquees de rouge et denoir, ce n'est pas à dire pourtant qu'il les faille ainsidiversifier, car il ne serviroit de rien, et n'est sinon que pour les fairemieux et plus distinctement discerner; tout ainsi que les capitales des deuxalphabets, dont l'un est en l'ordre accoustumé, et l'autretransposé; ce qu'on peult varier d'infinies sortes, pour avoir chacunle sien en particulier à par soy. Ces combinations d'autre-part, etaccouplemens de deux lettres, ne sont que pour eviter la confusion d'un sigrand nombre de caracteres, s'il les failloit faire tous differends; dontoutre la difficulté d'en trouver ainsi de quatre cens sortes, quisoient de belle figure, et coherens les uns aux autres pour la liaison etegallité de l'escriture, le dechiffrement en est trop penible auxcorrespondans, pourautant qu'a chacun d'iceux il les fault parcourir del'oeil presque tous, premier que de rencontrer ce qu'on cherche; de laquellesuperfluité de labeur nous sommes excusez par ces adouemens delettres, rengees d'un ordre qui se represente tout incontinent sans aucuntravail d'esprit à nostre apprehensioin et memoire: et si rendent lechiffre plus admirable, et hors de soupçon de son double sens, quandon n'y apperçoit que vingt caracteres pour tout, au lieu d'une tellemultitude que de quatre cens; mesmement de nostre commune escriture, qui vapuisapres tout de suitte, comme faisoit celle de Moyse, sans aucunedistinction de vocables; à quoy par le moien de y et z, et desdoubles si <f 188v> vous voulez ll, rr, ss, et autres telles, vouspouvez bien remedier; lesquelles serviront aussi de nulles comme il semblerade plaine arrivee; et d'un sens secret quant et quant, reservéà part, comme nous en monstrerons cy apres l'usage et practique, nonencore touchee d'autres quelconques qui soit venue en evidence. MAISn'estant pas tout nostre but de nous arrester simplement aux chiffres, sanstirer de là par mesme moien quelque belle consideration dephilosophie; ces lettres ainsi appariees deux à deux, faisansl'office de deux lettres, et ne sont neaumoins qu'un seul caractere, lequelseparé en deux n'establiroit rien; à quoy est-ce que cela sepeult bonnement raporter ? Tout ainsi donques que le temps estcomposé d'instants; les continuitez de poincts, ce dit Algazel; Sicut se habet punctus in continuis, sic instans in successiuis; et lesnombres d'unitez: que les poincts au reste consistent de nombres; les lignesde poincts; et des lignes toutes les figures, du nombre desquelles sontaussi les lettres, et par consequant de figure, lignes, et poincts; lesaccents des lignes et poincts; et les voyelles du simple poinct; toutemagnitude de mesme, soit en longueur, largeur, espoisseur, est congregee detrespetites et menues parcelles uniformes et semblables à soy, maisindivisibles pour leur extreme petitesse, parce qu'elles n'ont point dequantité; ce neaumoins estans jointes l'une avec l'autre, ce qui ensera composé en aura, et adoncq sera corps: voire qui est bien plus,si deux d'icelles viennent à se conjoindre, <f 189r> ellesne constitueront pas seulement un corps, ains l'une et l'autre sera corps,là où lors qu'elles estoient separees l'une ny l'autren'estoit corps. Et ainsi est-il de ces associemens de deux lettres, qui encest endroit estans disjointes n'expriment rien, et accouplees serventchacune pour une lettre: Ce qui derogeroit aucunement au traictécontre l'Epicurien Colotes; de Plutarque, où se meut un doute commeil est possible, que ce qui n'a aucune qualité de soy, ny en soy,puisse apporter toutes sortes de qualitez par leur assemblement etconjonction. Tout de mesme pourroit-on s'esbaïr comme la chaulx etl'eau commune estans à part, et ainsi froides quant au toucher,meslees ensemble peuvent engendrer à l'instant une telle chaleurqu'elle brusle: et de la lytharge dissoulte en du vinaigre distilléclair comme eau de roche, jectee sur de l'eau où il y ait un peu desel dissouls dedans, transparente aussi comme l'air, seront un cailléblanc et espoix, tout ainsi que d'une jonchee ou fromage de cresme. En caspareil les lettres qui ne signifient à part rien de soy, jointesensemble produiront toutes sortes de divers sens: à quoy se peultapproprier ce qui a esté dit cy dessus des atomes ou petitesparcelles indivisibles, extrait la plus grand' part du 72. chapitre dupremier livre des Perplexes de Rabbi Moyse Egyptien.
  NOUS avons desja dit cy devant tout le faict des chiffres dependrede trois differences, ainsi que <f 189v> de trois principales tiges,d'où procedent consequemment diverses branches et rameaux; la formeassavoir, ou figure des caracteres; leur valeur ou commutations; et leurassiette ou diverses transpositions: En chacune desquelles trois, il y atrois choses requises aussi pour rendre un chiffre en sa derniere etcomplette perfection: Qu'il soit en premier lieu inexplicable sans lacommunication du secret: en apres de quelque rare et gentile invention,nouvelle, et non encore trop battue ne practiquee; car celà estonnede prime face, et arreste court ceux qui se voudroient ingerer de donnerdedans, quand ils ne sçauront par quel bout s'y prendre: etfinablement d'oster entant qu'il sera possible, tout soupçon que cesoit occulte escriture, ne qu'il y ait rien de caché làdessouz, autre que ce qui se manifeste à l'oeil. Mais pas un de tousces trois points ne nous peut pas estre conferé par cestemultiplication inutile de caracteres, usitee és cours des Princes;car elle est par trop manifeste, et cogneuë de tous pour un chiffre;qui n'est pas invincible pourtant, ains voit-on journellement parexperience, que plusieurs personnes en viennent, et assez aiseement àbout:
Du retranchement des lettres.
Au moien dequoy en lieu d'accroistre le nombre des caracteres, ilvaudroit bien mieux l'accourcir, et le reduire au moins qu'il se peut, etmesme à un tant seulement; qui est une voye assez nouvelle etincognuë jusques icy. Celà se peut effectuer en trois sortes:l'une de retrancher les lettres dont aussi bien se peut on passer, commenous dirons<f 190r> cy apres: l'autre en desguisant un mesme caractere deplusieurs manieres; qui est une des plus grandes et secretes ruzes qui soit;comme s, et s; mais de façon qu'on ne s'en puissepresque appercevoir: la tierce procede par les redoublemens d'un mesmecaractere ou lettre; et pour exemple, qui empeschera qu'un a seulservant pour d ou e; estant redoublé a a neserve pour l; et triple a a a pour r; ou autrement. Etainsi des autres: si que cinq ou six lettres, et encore moins, suffiront parce moien pour exprimer tout ce qu'on voudra: joint leurs diversestranspositions, qui s'estendent infiniment, deslors qu'on passe sept ouhuit, pourveu qu'elles soient diferentes: car une lettre ne se peuttransposer; deux se varient de deux sortes, a b, et b a: troisde six: quatre de 24. cinq de 120. six de 720. sept de 5040. multiplianttousjours le nombre dernier resulte, par celuy des lettres qui succedeapres; comme deux par trois pour trois lettres, et ce seront six: six parquatre que produiront 24. pour quatre: Ces 24. par cinq, 120. pour cinq:cestuy-cy par six, pour les six 720. Et ainsi du reste: ce qui se rapporteaux divers aspects, meslanges, rencontres, et changemens des sept Planetesés 12. signes du Zodiaque, dont procede la varieté de leursinfluences à travers l'air, és Elemens; et de là secausent toutes les mutations qui y interviennent. Voicy toutes cesmetatheses et transpositions des 22. lettres reduites en table par ordre:neaumoins pour y en avoir dix, douze ou quinze, en un, ou deux mots, autantdu plus que du moins, ce n'est pas <f 190v> à dire pourtantqu'elles se puissent transposer en autant de sortes qu'il est marquéen ceste table, car cela s'entend si elles sont toutes differentes; sinonil ne les faudra prendre qu'au pro rata du nombre qu'il y en aura dediverses. Pour exemple ces a a a, Seigneur Dieu je ne sçayparler, par ou commance Jeremie, ne se peuvent pas transposer, pourraison qu'il n'y en a qu'une. Et en ce mot a r a qui se devroitvarier de six sortes, parce qu'il y en a trois, neaumoins à causequ'il n'y en a que deux differentes, ne se transposent qu'en la moictie,assavoir trois. En cest autre Pere qui est de quatre lettres, parquoyil y devroit avoir 24. renversemens, il n'y en a neaumoins que douze,nomplus qu'au Tetragrammaton [H] que vous avez veu cy devant:
Fueil. 156. B.
et en Sirij, qui en a cinq, dont il se transposeroit de sixvingts sortes, neaumoins pourautant qu'il n'y en a aussi que troisdifferentes, car de caracteres semblables il n'y peult avoir detransposition, il ne se varie aussi qu'en vingt sortes, si je ne me suismesconté, qui est la sixiesme partie; et ainsi du reste. Cecy ay-jebien voulu toucher icy en passant des anagrammes et transpositions delettres, ou renversemens de mots, comme on les appelle; soit pour les nomspropres, soit pour les devises, et autres usages à quoy on lesvoudroit appliquer; parce que c'est comme une maniere de chiffre: et sepourroient aisément dresser sur cecy des tables rondes et carrees,qui abbregeroient grandement le labeur extreme, que prennent ceux quicherchent de cest artifice<f 191r> quelque gloire et reputation; non en vain, car cela est enfort grand' vogue pour le jourd'huy; si je ne craignois qu'on m'imputast devouloir entreprendre sur leur marche; ou comme on dit en termes de vennerie,laisser courre dans l'enceinte, et sur les brisees des autres, qui se sontappropriez ceste chasse; parquoy je m'en deporte à tant. Au surplusil y a deux choses entre toutes autres, des plus vulgaires et mecaniques quenous ayons, dont neaumoins je ne me puis tenir d'admirer, quand j'y regardeun peu de pres, la si grande varieté qui y est; et encore en si peude difference de figure et de volume, si qu'il semble que ce ne soit presquequ'une mesme chose; les clefs assavoir des serrures; et les mords de bride:car de petites dents et refentes és unes; et quelques piecettesés autres disposees diversement, font qu'ils se varient comme eninfiny; si qu'à peine en trouverez-vous deux tant seulement, qui seressemblent de tous points: Au moien dequoy je ne voy rien de plus conformeà ces innumerables transpositions de lettres; de l'ordre, suitte etmeslange desquelles se produiroient plus de dictions et de divers sens, quel'esprit humain n'en sçauroit presqu'apprehender.
<f 191v> [FIGURE]
<f 192r> Chiffres doubles par les triplications des notes dealgorisme.
  MAIS pour reprendre nostre propos des chiffres doubles par unretranchement de caracteres, et leur reduction à un moindre nombreque l'accoustumé, il n'y en a point de plus à propos que ceuxdu chiffre; dix en tout, 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 0. dont nousn'employrons icy que les huict, reservant 9. et 0. pour servir de nulles;et pour faire la separation des vocables; car sans celà en un doublesens ce seroit un trop grand travail pour le correspondant au dechiffrer:et pour mesnager par mesme moien un troisiesme sens, plus secret encore queles deux autres. Il sont accouplez trois à trois pour arriver jusquesau nombre de 400. autant qu'il fault de caracteres en ce chiffrecarré de 20. lettres: car ce triplement va jusqu'à mille,où les notes se commancent à quadrupler, et non sans mystere;parce que mille est le Cube de dix, qui est constitué de 1. 2. 3. 4.Et d'autant qu'ils procedent par ordre, on les peult tout soudain trouverau dechiffrement, et sans peine; mais les lettres qu'ils representent sepeuvent transposer en tant de sortes que l'on veult. La practique au resteen est tout de mesme que les precedentes, prenant le nombre marquéen la cellule du rencontre des deux lettres qu'on veult exprimer, en cestesorte. Les causes premieres: et, Il ne s'effectue rien: l, eti, se rencontrent en 517. e, l, en 536. s, n, en 576.c, e, en 388. et ainsi du reste: enquoy, nomplus qu'ésprecedans, la diversité de couleur rouge et noire, n'est que pour uneplus claire distinction. Et certes celà n'estant point encore<f 192v> esventé, tout homme se pourroit estonner deprime-face, ne voyant que dix caracteres, dont encore il n'y en a que leshuict qui servent, les autres deux n'estans que pour embrouiller; car on lesmet à volonté, non tant seulement à la fin des troiscaracteres qui vont ensemble pour deux lettres, ains au milieu, apres lepremier ou second; et selon qu'ils se rencontrent pour le troisiesme sens;mais pour la distinction des mots, il fault qu'ils soient tousjours au boutdes trois.
<f 192v1-2> [FIGURE]
<f 193r>   PAR ces triplications de caracteres, nousentrerons si nous voulons, comme en une mer d'infinis divers chiffremens,à guise d'un autre Archipel tout parsemé d'Isles: Et ainsiqu'és precedantes combinations de deux lettres, conjointes neantmoinsensemble, et non à les prendre une pour une, et apart, elles sechangent circulairement en deux autres; icy trois associees de compagnie etsans division, n'iront que pour deux; et par consequent une et demie pourchacune s'il estoit question de les separer: dequoy naistront des artificesadmirables, et non encore que je sçache guere divulguez jusqu'icy;combien que je ne les cuide pas avoir esté ignorez des Hebrieux; maisbien rarement en ont ils usé, et fort à cachetes. Caroù est la vivacité d'esprit qui se peust imaginer necomprendre, s'il n'estoit adverty de la ruze, ne voyant que noz lettresaccoustumees, et tout d'une suitte et contexte, qu'elles fussent ainsicomparties en trois classes, chacune de huit; qui par leurs diverstriplemens constituent chacune un alphabet à double entente, toutainsi que le dessusdit des notes du chiffre; dont l'on n'a emploiéque les huit, reservant 9. et 0, pour servir de nulles, et d'autres effets? Et à leur exemple les trois doubles inserees icy, ss. ss.&. aller non seulement pour nulles, comme elles font en ces alphabets,ains par mesme moien faire encore deux sens apart; l'un par les diversespermutations de leur ordre, en les assemblant trois à trois pourfaire une lettre; et l'autre par leurs differentes collocations et<f 193v> assiettes, comme il se verra en leur lieu ? Enquoy severifie ce qui a esté cy devant allegué que tout le fait del'escriture depend de la forme, de l'ordre, et de la situation des lettres.Icy donques les nostres communes vont pour les notes du chiffre; et lesnombres en provenans sont en lieu de lettres, pour d'autant soulager lamemoire, tant au chiffrer qu'au dechiffrer, selon la petite table que vouspouvez veoir cy dessouz; dont la premiere rengee sert pour le premierchiffre, basty des huit premieres lettres; et les deux subsequentes pour lesdeux autres, en les evaluant aux nombres tousjours triples aussi bienqu'eux; mais il y a en elles plus d'obscurité, quand on les cuideroitestre tant seulement commuees par transposition les unes és autres;si qu'il seroit totalement impossible d'en venir à bout sans laparticipation du secret. Et tout ainsi que la premiere chambre commancelà par 111. cent et onze, qui vont pour r q, et nompas pourq r, car c'est 134. afin de monstrer qu'elles ne se peuvent pointseparer; et fine en 728. qui seroient q q; en semblable la premieredu premier de ces trois alphabets sera suivant la petite table a a a;et la derniere g b h. Du second elle commance par trois i i iqui correspond aussi à cent et onze, et à trois a a a;et fine par p k q: du 3. par r r r, et fine par Z s & :etc. Au moien dequoy, puis-je bien dire derechef, cecy se peut diversifieret estendre à infiniz rares usages et inventions qui en procedent;pour autant que les transpositions et eschanges en sont infiniz. Lapractique au <f 194r> reste en est toute telle que de la tableprecedente des triplications des notes du chiffre, parquoy il n'est pointde besoin de la repeter. Mais on pourroit mesler encore ces trois alphabetstout de suitte, en sorte que la premiere lettre du premier fust la premiere;la seconde d'iceluy, la quatriesme en ordre; et la troisiesme la septiesme.Du second la premiere fust la seconde; l'autre d'apres la cinquiesme; et latierce la huitiesme. Du tiers la premiere seroit la troisiesme; la secondela sixiesme; et la tierce, la 9. Et ainsi du reste: qui seroit unembrouillement plus malaisé à s'en depestrer que de tous leslabirinthes de Crete ou d'Egypte. Bien est vray qu'il y a du labeur biengrand, mais non tant encore qu'aux chiffres communs, lesquels avec toutcelà sont fort peu seurs. Que s'il y a en ce traitté parendroits certaines choses moins esclarcies et facilitees, que par adventureaucuns ne le desireroient, qu'on l'impute partie à ladifficulté du sujet, et au grand nombre de facheux points qui ontesté touchez en si briefves paroles; partie aussi, à ce quej'ay de propos deliberé espandu quelques tenebres à l'entour,pour ne les rendre, ensemble plusieurs autres artifices qui en dependent,communicables egallement, aussi bien aux indignes et ignorans, commeà ceux qui par leur sçavoir, estude et valeur le meritent.
<f 194v> [FIGURE]
  ON pourroit aussi accommoder en lieu de lettres, pour tous leschiffres que nous avons touchez jusqu'icy, et d'autres encore; et àleur practique et usage, les caracteres des sept planetes, avec une estoilledenotant la huictiesme sphere, ensemble ceux des douze signes; en lieu desvingt lettres, de la sorte que vous voiez; là où ceux desplanetes sont aposez pour les cinq voyelles, et les deux liquides;commançant à la Lune pour A; et non sans raison, parce quetout ainsi que la Lune est la plus basse de toutes les choses celestes,aussi A est la voix la plus profonde et enfoncee dans le gozier, voirepresqu'en l'estomac; et ainsi des autres de reng en reng, tant qu'on vienneaux levres ou reside V; comme le touche sommairement le Jezirah, et apres luy Rabbi Joseph Cicatilia, en son Ghinat Egoz. Et combienque ces caracteres ne soient plus malaisez à dechiffrer, ny d'autreimportance quelconque que les lettres communes estans transposees; cartoutes les plus bizarres et fantastiques que l'on sçauroit imaginerreviennent à<f 195r> un mesme effect, s'il n'y a d'autres artifices meslez parmiqui les desguisent, et esloignent de la conjecture des dechiffreurs;neaumoins ceux-cy estans accouplez de la maniere que dit est, leurdonneroient je ne sçay quoy à penser de pleine arrivee, quiplus longuement les pourroit tenir en eschec. De cest exemple vous pouvezimaginer tout le reste, car celà va d'un mesme bransle.
[FIGURE]
Amelioration de quelques chiffres de la Polygraphie.
  LES mots barbares pareillement, dont l'Abbé Trithemedresse tant d'alphabets és trois, et quatriesme de sa polygraphie,ne les y faisant servir neaumoins que pour une lettre chacun, se pourroienttrop mieux emploier à l'usage de ces chiffres doubles, quand l'on enarrangeroit quatre cens, voire huict en les accouplant deux à deuxpour plus grande varieté, au lieu des deux lettres, ou trois notesdu chiffre mises ensemble cy devant pour un mesme effect. Et si par un autreartifice encore, dont ledit Tritheme ne monstre pas en avoir eu seulementl'odeur, nomplus que des precedans, toutes les consonantes de ces mots, etsemblables que chacun se vueille forger à sa fantasie, iront chacunepour une lettre;<f 195v> car les voyelles en cest endroit ne serviront que pour lierles consonantes à quelque diction prononçable, à guisedu mortier ou ciment en un ouvrage de maçonnerie. Et en cecy il y adeux choses à remarquer, qui se toucheront plus à plein cyapres; la reduction assavoir des lettres à un moindre nombre; et lavarieté de figures en des mesmes caracteres; dequoy dependent detresgrandes commoditez és chiffres, selon la petite tablesuivante.
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  ICY il n'y a que seize lettres qui servent, parce que f g q x etz s'en peuvent retrancher; assavoir a b c d e h i l m n o p r s t u. En laconstruction des vocables, les voyelles qui y sont apparentes, assisterontcomme pour nulles; et ne serviront que de liaison: Pour exemple prenonsderechef le mesme <f 196r> subject que dessus; Les causespremieres; mais il fault estre premierement adverty, que les dixconsones qui servent, se transchangent l'une pour l'autre, comme vous voiez:h va pour h; et les cinq voyelles se couvrent sous les cinqconsones inutiles; lesquelles se representent si vous voulez par les cinqcaracteres qui leur respondent audessous, qu'il fault escrire ainsidifferemment comme ils sont en lettre italique, horsmis le k si on ne veult,parce qu'il n'est point employé ailleurs; et ce pour les discernerde ceux qui servent secretement de voyelles. Donques l, se change enr, apres laquelle il fault adjouxter une voyelle pour la liaison;prenons la premiere venue a; au lieu de e se met g,adjouxtez o: pour s se met c; il y aura ragoc: car il nefaut point de suitte de voyelle si vous ne voulez, d'autant que c'est la findu mot. Enapres c se represente par s; mettez o: a sereprsente par f, mettez e: u par z; vous aurez sofez: s derechef par c mettez a; e par g, mettez i; s par c; cagic: p par b; avec un o; r par l, avec a; e par g aveco; bolago: m par n; avec e; i par q avec u; e par g,avec i; nequgi: r par l, avec u; e par g avec o; spar c; avec a; lugoca. Somme qu'il y aura pour ces trois motscontenans 18. lettres ces six dictions; ragoc sophez cagic bolago nequgilugoca. Mais il ne fault oblier de les separer, de peur d'embrouilleret confondre tout; et de les escrire par les caracteres tels qu'ils sontrepresentez en cest alphabet: au lieu desquels six il en faudroit trois foisautant, selon le troisiesme de la polygraphie, <f 196v> en cestesorte: Abran madu badil cadilin pasa adur laron masaru damis bodur omerdromu drel varon masiru phis laru medis. Par le quatriesme livre il estencore plus prolixe, et plus aisé à descouvrir, jusqu'àun enfant qui sçauroit lire tant soit peu; parce que la lettre qu'onveult exprimer est tousjours la seconde du mot; comme Elamach mesarastrafi, LES: Acalach daban durman asyphas meron osiel, CAUSES, etc. Mais il n'est pas question de courir icy de suitte tous lesalphabets comme en l'autre si l'on ne veult; parce que vous pouvez chiffrerpar un tout seul ce que vous voudrez, en ceste façon; bien est vrayqu'un mesme mot y seroit repeté plusieurs fois; Elamach nerachasarach ecorach baldach lusaphac asarach nerac asarach; et si cesdesinences toutes semblables seroient merveilleusement ennuieuses, et lechiffre plus aisé encore à descouvrir; neaumoins on peulttransposer les valeurs de ces secondes lettres, les changeant les unesés autres. Mais avec tout les remedes et desguisemens qu'on ysçauroit faire, ce ne sont pas artifices dignes de comparoistre parmytant d'autres plus exquis, s'il n'y a quelque finesse latente qu'il n'avoulu manifester: aussi ne les ay-je icy aposez, que pour monstrer qu'ilsse peuvent meliorer.
  PLUS tolerable sans comparaison, et de plus grand abregementbeaucoup; Frustra enim fit per plura, quod per pauciora fieripotest; porte la maxime commune; seroit d'emploier à ce mesmeeffect, les monosyllabes, fort familiers en nostre langue plus qu'en nulleautre: <f 197r> à propos dequoy je vous en ameneray icy unehistoire, dont par mesme moien se manifestera l'artifice d'un chiffre,lequel s'estend à beaucoup d'autres; invincible au reste, de touteinvincibilité. L'an 1551. que j'estois encore à Rome, Monsieurde Termes qui depuis a esté Mareschal de France, y aiant estéenvoié au lieu de Monsieur Durfé, mais plustost pour dresserles preparatifs de la guerre qui se meditoit en Thoscane, et à laMyrande par le Pape Jules tiers de ce nom, à l'instance etsubornement des Imperiaux, que pour les depesches des benefices, et autrestelles negociations dependantes de l'ambassade, qui n'estoit pas si bien deson gibier que le fait des armes; comme les chemins fussent desja cloz parla voye ordinaire, si qu'il falloit aller prendre un fort long destour parla Romaigne, et delà par le Venitien à travers les grisons etles Suisses; et que toutes choses commençassent à sesurveiller de plus pres, il y avoit lors un Messere Paulo Pancatuccio deVolterre, apointé du Pape pour les dechiffremens, en quoyà la verité il estoit assez honnestement versé, et yfaisoit quelques petits miracles du bas bout; mais certains bons compagnonsdu party François, cherchans à luy donner une cassade, s'envont contrefaire une lettre en chiffre, adressante, à Monseigneur,Monsieur le Baron de Grissemenisse, grand Superintendant, etc. telleestoit la subscription du paquet; et en la mesme couverture ces mots encorede l'autre part; Cestuy-cy soit recommandé sur tout autre pourl'importance dont il est: <f 197v> et advertissent le courrierde ce qu'il avoit à faire: lequel joüa fort bien son roolle; cararrivé qu'il fut à Espollette à la poste, feignant dechercher quelque chose dans sa valize, il oublie de propos deliberéceste depesche sur le buffet; qui n'y fut pas plustost trouvee, que lemaistre de la poste ne l'envoiast tout à l'heure mesme au Secretairemaieur de sa Saincteté; lequel la mit és mains de MesserePaulo: et luy de donner dedans d'estoc et de taille, à tort ettravers; tant qu'assez aiséement il en arrache quelques mots; car cen'estoit qu'une bien simple transposition de lettres, telle que vous avezveu cy devant au fueil. 11. Dont remply de grande allegresse il s'en va dece pas porter au Secretaire ce qu'il en avoir dechiffré; contenanten substance ce qui s'ensuit. Les affaires vont icy de la sorte que jevous vois dire; et se font de toutes parts de fort chaudes menees souz main,par le moien de Monseigneur l'Illustrissime DINERO (ce mot estoitchiffré en capitales) qui commande à tout comme voussçavez: mais je vous supplie de ne divulguer ce que je vous mande;car peut estre on ne trouveroit pas bon que vous en fussiés servi lepremier. Pour commancer donques à vous le deduire de fil enesguille. S'en estant retorné poursuivre le reste, il trouve toutune autre chanson qu'il n'attendoit pas; et ce à l'exemple de cesteinterieure inscription de la sepulture de Semiramis; Herodote l'attribueà Nitocris, là où par le dehors il y avoit escrit engrosses lettres onciales; QUE CELUY QUI AVROIT AFFAIRE D'ARGENT LA FISTOUVRIR; MAIS QU'IL N'EN PRIST QUE CE QU'IL LUY EN FAUDROIT PARNECESSITÉ. Dequoy <f 198r> Darius, Prince avare aiant voulufaire espreuve, trouva d'autres lettres contr'escrites par le dedans, quidisoient ainsi: SI TU N'ESTOIS UN MAUVAIS HOMME ET INSATIABLE, TU NETROUBLEROIS PAS AINSI PAR TON AVARICE LE REPOS DES MORTS, EN DEMOLISSANTLEURS SEPULCHRES. Il y avoit donques en ceste sorte: O pauvre miserableesclave que tu es de dechiffremens, où tu perds en fin ton huille etta peine, que te sert-il de te ronger ainsi le coeur apres ces vainescuriositez, presumant par ta laborieuse recherche pouvoir atteindre àdescouvrir les secrets des autres, qui sont reservez à Dieu seul ?Or emploie ton loisir et occupation desormais à de plus fructueuseschoses, sans ainsi inutilement dissiper le temps, dont toutes les faveurset thresors de ce monde ne sont bastants pour t'en rachepter une seuleminute. Et de fait, espreuve encore si tu pourrois tant seulement parvenirà la moindre lettre de ce qui suit cy apres. C'estoit unchiffrement à double sens, tout formé de monosyllabes, selonla table que vous voiez, où chaque mot va tousjours pour deuxlettres, de quelque costé que on les vueille prendre; le rengd'enhault marqué de noir monstrant celles dont lesdits monosyllabescommancent, affin de les pouvoir choisir plustost au dechiffrer; et lesrouges y correspondantes, celles pour qui ils sont emploiez, avec les autrescapitales rouges aussi qui sont à costé, au rencontre desquelsdeux ordres, l'un perpendiculaire, et l'autre transversal, se trouve le motqui represente les deux lettres du double sens, dont l'un estoit, mais ilne le sceurent pas lire, et<f 198v> ne se pourroit en sorte quelconque sans le secret, LePape à l'appetit d'autruy a entrepris une chose: et l'autre;dont peult estre il ne mettra guere à se repentir. Carpremierement cela estoit chiffré en ceste sorte: pour l, dupremier, en hault, et d du second, à costé, àleur rencontre se presente ce mot poing: pour e, et o, nud:p, n, vous: a, t, gect: p, p, vueil: e, e, noir: a, u, gens; et ainsidu reste; de maniere qu'il y avoir ces mots icy, pour tous les deux sens,l'un quant et l'autre; poing nud vous gect vueil noir gens point gectvingt nect dent pain don moins gris fonds don bord flanc paix gaing nez seuldeux bled nain vingt beau pair cinq faim sens nuict loin art teint clefnain. Mais tout cela estoit puisapres couvert d'une seconde envelouppe;et surchiffré lettre par lettre, par la premiere table du fueil.
Fueil.49.
46. dont la clef estoit un P, en ceste sorte p, de p,donne l: o de p, i: i de o, p: n de i, f: g den, n: si que voila ce mot de poing mis icy pour les deuxlettres l, d, surchiffré par autant qu'il en contient, li p f n. Et qui est celuy maintenant qui peust venir à bout decela ? car en premier lieu il n'est possible d'obtenir ceste premierecouverture, dependant d'une clef mentale comme il a esté dit en sonlieu: et quant l'on en seroit venu à bout, ce seroit meaumoinsà recommancer, quant on ne trouveroit que ces monosyllabes quiservent d'un autre chiffre interieur, et qui est à double sens quantet quant. Mais de ces envelouppes à guise d'escorces et escailles,plus à plain cy apres: Cependant voicy la table de cesmonosyllabes.
<f 199.1-2> [FIGURE]
<f 199r>   OR tout ainsi qu'és chiffres doublesd'icy dessus, un seul caractere sert pour deux lettres, mais il en faultaussi 400. au lieu de vingt; ou 256. en lieu de seize; et tous differends,pour faire les quadratures desdits nombres; au rebours nous en amenerons icyde simples, ou plusieurs caracteres ne feront qu'une seule lettre; non jaassemblez en des vocables signifians, comme ceux du premier, et du secondlivre de la Polygraphie, ains ineffables en apert, nonobstant que ce soientnos communes lettres; car il n'en aura que de trois sortes si vous nevoulez, voire de deux, et encorse d'une tant seulement; estant possible parceste voye d'en escrire toutes vos intentions: dequoy nous amenerons icyquelques artifices, et par cy apres derechef de plus excellens; partieempruntez des autres, mais ameliorez de nous; et la plus grand partprovenans de nostre pure invention. En premier lieu voicy une tableoù il y a jusqu'à 27. accouplemens des trois premiereslettres; au lieu desquelles vous pouvez user de trois autres telles que bonvous semblera, ou de caracteres faits à plaisir, car cela n'importede rien: on peult mesme se servir de ceux du chiffre à compter, commeils sont icy evaluez ausdites lettres; de points aussi, et de lignes toutessemblables; et d'autres qui sont differentes par leurs longueurs: Plus desnotes dont se marquent les quantitez des syllabes, longues et briefves– +. Mais cela a diverses considerations et usages; car les<f 199v> points et lignes pareilles vont par certain ordre de leursassociations et redoublemens; comme font tout de mesme les quantitez,toutesfois non tant, parce qu'elles sont de deux sortes: quant aux lignesqui se varient par leurs longueurs, parquoy elles se pourroient infinimentdesguiser, nous n'en prendrons icy que trois differences, pour correspondreaux trois lettres, et notes du chiffre: mais à l'imitation de cecyse pourront mediter plusieurs autres inventions, et tant qu'on voudra;parquoy il suffist d'en avoir touché les maximes. Le nombre au restede vingt sept, a esté choisi tout expres; tant à l'exemple desHebrieux, que pour ce que c'est le Cube du Trois, autant qu'il y a delettres differentes icy; ouquel s'accomplist la parfaicte revolution detoutes les transpositions et assemblemens qui peuvent escheoir au Ternaire:et cela les pourroit bien avoit induit, d'adjouxter les cinq finalesà leurs anciennes vingt deux lettres, pour arriver à ce nombrede 27. Finablement les lettres que representent ces 27. triplications, sonticy transposees hors de leur ordre accoustumé, pour tousjoursobscurcir davantage le chiffre; mais celà se peult varier comme onveult.
<f 200r> [FIGURE]
<f 200v>   POUR exemple; L'esprit humain peult atteindreà tout; Celà sera escrit en ceste sorte de trois lettresseules, mais qui triplees ne serviront toutesfois que pour une; carcelà se faict moiennant leurs diverses associations: a c b a a b ba c b b c b a b a b c b c a a b b b c b a c c c c b a b c b b b b b c a ab b c b a c b b c a c c b b c a b c a a a b a b c b b b a a a b a b a a bc c b b c a b b a b c b b c a. Tout de mesme il se peult faire avec leschiffres, les points, lignes, et quantitez, correspondentes ausditeslettres. Par les chiffres; 4 8 7 4 4 7 7 4 8 7 7 8 4 7 7 4 7 8 7 8 4, l'esprit. Par les points · ·· ···· ··· ·· · ······ ··· ··· ·· ··· ··· ·· ·· ·· humain; les lignes – – – – –– – – – – – – –– – – – –– – – – – –– – peult: les quantitez – –. – – ++. – –++. – +. – – +. – +. – –. ++. – – – – +. – +. atteindre. Icy il y faut des points pourdistinguer les lettres, par ce que n'y aiant que deux sortes de caracteres – +. ils sont aucune fois seuls, ou doublez, triplez, quadruplez; etles autres tousjours uniment trois à trois. Il y en a eu de sicurieux de chercher par ces quantitez une autre maniere de chiffre qui s'yrapporte, fort ingenieux à la verité, et subtil, mais peniblece qui se peut; assavoir au lieu de ces caracteres chercher des vocables,Latins principalement qui y correspondent. Comme pour a, qui estmarqué par une longue toute seule avec un point – · cemot de Vox, qui est long; pour t, deux longues et deuxbriefves; – – ++, haec flebilis; pour e, unelongue et une briefve, alta, pour i, deux longues, et unebriefve, proferret; pour n, une longue, une briefve, unelongue, – + –, anxios; pour d, deux briefves ++, cruci; pour r, trois longues <f 201r> une briefve, –– – +, atus in pa; pour e, une longue, une briefve rente: Vox haec flebilis alta proferret anxios cruciatus in parente. Mais celà seroit si laborieux, principalement pour faire un senscongru, que je ne pense pas qu'il fust possible d'y arriver à lalongue, nompas mesme en quatre ou cing lignes de suitte. Trop plus commodeseroit l'artifice de la polygraphie; et ce qu'à l'imitation deTritheme en a projecté Baptiste Porte en ses chiffres. Quant auxasterisques *, triangles ¥ , rondeaux O, et semblables notes quin'ont aucune diference entr'elles; tout celà, comme une seule lettre,aussi, s'en va le mesme train que les points, en les separant aucunementl'un de l'autre ainsi qu'eux. Pour exemple, prenons o qui est rond; pourescrire le mot de Ateindre, il y aura en ceste sorte; ooo ooo oo ooooo o o o oo o oo ooo oo oo oo o o o oo o oo o o oo. Mais ce seroit lemeiller de remplir les espaces avec des lettres, une, deux ou trois àvostre fantasie et discretion; qui iroient pour nulles: comme si des troisdessusdites a b c vous ne voulliez prendre que le c quiservist, Il y faudroit aller ainsi: l'esprit; c b c c c a c c a cb c a c c b c c a c b c c c a c c b c c a c c c b c c a c b c c a c b c ca c c c b c c a c c c b c a. Et d'infinies autres manieres; mais il y vaune grande perte de lettres; et si cela se peut plus commodément cyapres de nostre invention. Cependant pour poursuivre celles encore quidependent de ce mesme suject de trois lettres, en voicy une table plusabregee, revenant neaumoins à un mesme effect.
<f 201v> [FIGURE]
  LA PRACTIQUE au reste en est telle. Voiez parmy les petiteslettres marquees de noir, celle que vous voulez escrire; et en son lieumettez les deux capitales rouges qui sont accouplees ensemble au frontd'enhaut respondantes à ladite lettre, avec la capitale rouge qui lesva croiser en travers, de la main gaulche vers la droicte; toutesfois il neles faut mettre en capitales, car celà n'est ainsi marqué quepour les pouvoir discerner; ce qui s'esclarcira mieux par exemple:L'esprit humain; au dessus de l, se presente a b, età costé a; mettez doncqu' a b a: au dessus dee, sont b b, et a costé b, b b b dessus s,b c, avec b a costé, b c b: sur p, a c, avecb; a c b: sur r, b c, et à costé, a; b ca: sur i, c c, avec c; c c c: et sur t, b c, avecc: b c c il y aura a b a b b b b c b a c b b c a c c c b cc et ainsi du reste. MAIS pour se resteindre des trois lettres qu'ilfaut emploier à deux seulement, il sera besoin se servir de cinq aulieu de trois, de ceste sorte, toutes-fois on les peut transposer àplaisir.
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  POUR chiffrer donques; Atteint par tout; faites ainsi: audessus de a se trouve e, és capitales d'enhaut, et encelles de costiere, d; mettez e d: au dessus de t, este encore, et a à costé; e a: e donne a d:i, b d: n, c c: t, e a: p, d a: a, e d: r, d c: t, e a: o, c d: u, e b: t,e a. Assemblez, il y aura; e d e a a d b d c c e a d a e d d c e ac d e b e a. Chiffre double.
  DE CECY part encore un bel artifice, de se reserver un secondsens caché parmy le premier, si l'on estoit surpris, et contraintd'exhiber son chiffre: et ce par le moien de cinq lettres des vingt-trois,qu'on reserveroit pour nulles; par ce qu'on se peut passer de dix-huit voirede moins, et retrancher q. mettant en lieu c u, et pour x,c s: Quant à y Z &, elles ne sont point autrementnecessaires: lesquelles cinq nulles iront pour les cinq voyelles, quijoüeront le roolle de ce double sens, comme il s'ensuit: mais le toutse peut aussi transposer. C'est icy le chiffre que vous pourrezcommuniquer.
<f 202v> [FIGURE]
  ET cest autre sera l'occult, que vous reserverez à partpour le sens secret, qui sera beaucoup moindre; et s'escrira par les cinqvoyelles qu'on alleguera estre inserees pour servir de nulles; en lesaccouplant deux à deux pour faire une lettre, comme au precedant.
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  SOIT donques que vous vueillez escrire ce qui s'ensuit,tiré d'une sentence du Zohar; par le premier <f 203r> de cesdeux chiffres: En toutes les divines persecutions le plus seur est des'enfuir bien tost et au loin devant la face de l'Ange qui en est leministre et executeur. Et l'autre qui est secretement mesléparmy; Cela n'est pas cogneu de tous; l'on procedera de maniere, queceluy-là ira son train par la transposition des lettres de lapremiere de ces deux tables, ou autres semblables; et cestui-cy se mesleraà la traverse selon la seconde: ce qui n'est qu'un esbauchement deplusieurs autres artifices, d'inserer un ou plusieurs sens souz le pretexteet couleur des nulles, qui se toucheront cy apres, non encore atteints depersonne, et celà pouvons nous affermer, car jusques icy on ne lesa point emploiees à de tels usages, aumoins dont on aye eucognoissance: e en premier lieu se change en l: n en t:t en b: o en x: u en c: t en b: e en l:s en & ; somme, En toutes et ainsi du reste. Entremeslezy maintenant les voyelles servans de nulles selon ceste seconde table, pourle sens reservé à part; mais celà depend de vostrediscretion de le faire bien à propos, combien que la carriere vousen soit libre; neaumoins il ne les y fault inserer que de quatre en cinqlettres; quelquefois les deux tout ensemble, car ces deux ne vont que pourune lettre; et aucune fois separees; parce que le consachant du secret lessçaura fort bien recognoistre au dechiffrement. Pour exemple, ce quile donnera mieux à entendre; apres l t qui font en,mettez pour c qui est la premiere lettre du second sens; les deux quiluy correspondent au front et costiere, assavoir a e, apres s&, qui <f 203v> est la fin du mot toutes, adjoustez poure la seconde lettre de a e: etc. Somme que l'escriture setrouvera estre telle que vous pouvez voir cy dessous. Enquoy il faut estreadverty, qu'icy les lettres qui servent pour le second sens, et qu'on voudrafaire passer pour nulles U tous autres qu'à son consachant, sontmarquees de rouge, afin de donner tant mieux à comprendre et fairediscerner l'artifice; car en escrivant à bon escien il ne le faultpas faire ainsi, ains toutes de noir de peur de donner soupçon: [X] l t a e b x c b l & a o r l & h q c q t l & i a y l z u o & l g c i bq x t & i r l y r c & a o & l c z o l & b o h l & l t m c q z u a f q l to b x & b a e b d c r x q t u o h l c d t b o o r d m d g l a e h l i o rd t n l e e g c q i i l t a l & b o r l u e s q a i t q & b z l a o l b ua l & l g c u e b l c z o o. Cecy tailleroit bien de la besongne auxdechiffreurs par conjecture sans alphabet; car l'une de leurs principalesreigles estant de compter le nombre que chaque caractere se trouvera en tantde lignes; et de prendre les plus frequentes pour les voyelles, d'autantqu'en toutes syllabes il y en a pour le moins une; c'est ce qui lesabuseroit, quand ils les trouveroient plus dru semez que nuls des autres,ne servans toutesfois de rien en l'un des sens; et en l'autre pour toutesles lettres.
  IL y a encore une autre maniere dont fut autheur certain Gueldrois,ce dit Cardan, qui procede aussi par trois caracteres; nompas par latriplication d'iceux, comme és precedentes, mais par leurs diversescollocations et assiettes; dont l'usage depend de <f 204r> cestepetite tablette, laquelle ne se doit eslargir davantage que vous voiez, carlà consiste tout le secret; que je n'appreuve pas beaucoup quantà moy, estant fort laborieuse et penible, et avec cela de peud'importance et engin. Pour x vous ferez comme cy dessus, ou bienvous adjousterez une virgule, ou un poinct, et pour h pareillement,ou en autre sorte; ce qui obscurcira le chiffre davantage, à causequ'on pourra referer cela à autant de punctuations.
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  AU SURPLUS elle doit estre carree, et couppee en la faced'enhault toute raze: Puis quand vous en voudrez escrire, il faudroitreigler vostre papier pour le mieux, avec du plomb ou du charbon, pour allerplus juste, et qu'on le puisse effacer apres avoir faict. Appliquez doncq'ceste face d'enhault sur la ligne trassee; et marquez tout premierementl'une des trois capitales que vous voudrez, car elle ne servira que pourconduire et addresser les petites lettres qui font l'escriture; esquellesvous chercherez la premiere de vostre subject; qui soit encore pour exemplele dessusdit, Es divines punitions; ce sera un e auquel<f 204v> correspond a és capitales. Transportez lesecond espace où est le petit a justement souz a jamarqué, Puis cherchez la seconde lettre de vostre theme, qui ests, et marquez celle qui luy respond, assavoir d: et poursuivezainsi, mettant tousjours le petit a souz la lettre derniere escrite,et y marquant en lieu, l'une des trois capitales A B C en petitvolume, car il n'y a qu'elles emploiees icy, à l'endroit oùla lettre que vous voulez representer se rencontre. Mais le mal est qu'ilse presente en certains endroits plus qu'en d'autres, des espaces bien plusdistans; qu'on peut neaumoins remplir d'autres lettres qui ne serviront quede nulles. Au surplus ceste invention se peut dire avoir plus desubtilité que d'effect dont on puisse se prevaloir; et la subsequentede mesme, pour autant que les vuides en seront plus distans encore, et plusmalaisez à remplir, et à discerner: mais je n'ay voulu laisserpour celà de les representer icy; parce que l'ordinaire des hommesest de convoitter plus ardemment, et faire plus de cas des choses absentes,que de celles qu'ils ont à leur veuë et en main: joint que cecydonnera lustre aux inventions qui sont trop plus ingenieuses, quand on lesviendra confronter par ensemble.
<f 205r> [FIGURE]
  TOUT de mesme est, celle du chassis ou papier perlé parendroits, de la sorte qu'on voit cy dessouz, ou autre telle qu'on voudra;ou quel dans les fentes et ouvertures on escrit ce qu'on pretend estrecogneu du correspondant; puis on remplist les espaces de quelques syllabesou mots entiers, qui confondent et pervertissent le sens qui y estexprimé: mais celà ne me semble pas gueres seur, parce qu'ilreste tousjours quelque marque d'inegalité en ceste reiterationd'escriture, qui ne va pas tout d'un mesme fil et teneur; joint qu'il estassez malaisé d'arriver si precisement à trouver une suittede mots sur ceste escriture premiere, où il y ait un sens sinaïf qu'on ne s'aperçoive de l'artifice. Il faut au reste quece chassis soit d'une lame fort deliee, d'argent ou de cuyvre, etproportionnelle au calibre dont on veut escrire: que vostre correspondantaussi en aye une semblable, et persee de la propre sorte: reigler quant etquant le papier de peur qu'on ne varie en escrivant. Quand on veut lire lecontenu, et celà est bien plus aisé que d'accommoderl'escriture, il ne faut qu'apliquer le chassis là dessus, lequelcouvre tout ce qui ne sert que pour desguiser <f 205v> ce qu'on veutmander, le lessant en veuë. En voicy un portrait, sur lequel s'enpourront former plusieurs autres tous differens, à la discretion d'unchacun: et la dessus se mesnager un sens secret par la voye des dimentions,selon les distances des trouz et des espaces comme il se verra cy apres;mais cela ne serviroit que pour un seul coup.
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  IL y a un autre artifice que touche Baptiste Porte, non àrejecter de vray; ains assez subtil et ingenieux; au reste si c'est de soninvention ou d'autruy, il n'en <f 206r> sonne mot: Tant est qu'ily procede avec des clefs, et par certain ordre des lettres, en cestemaniere. Il vous assiet autant de points à egalle distance les unsdes autres, comme le subject qu'il veult exprimer contient de lettres: etsans les desguiser autrement les marque esdits poincts, selon qu'elles serencontrent avec celles de la clef qui reiglent tout. Mais cela vous seramieux manifesté par exemple; car je l'ay leu et releu plus que d'unefois, avant que d'y pouvoir mordre, ne comprendre ce qu'il vouloit dire:laquelle obscurité provient en partie, pour ne se sçavoirexpliquer si bien les uns que les autres; en partie aussi pour ne nous estrela langue Latine si familiere et connaturelle comme elle estoit aux anciensRomains; et qu'à chacun de nous endroit soy est le vulgaire que noussucceons avec le laict de la norrisse; les autres ne nous pouvans jamaisestre si naifves et si aisees, ains contraintes, d'autant qu'ellesconsistent seulement en une rottine. Il prend donques ce theme icy; et pourclef celuy qui est audessous appliqué lettre à lettre. Po s t b e l l o m a x i m o a c e r r i m o c a s t u m f o d er a t l u c r e t i a p e q u e c o n f l a t o. c t u s a l ga z e l. La premiere lettre du subject estant p, et la premiere dela clef, c, qui est la troisiesme de l'alphabet, il met sur letroisiesme poinct, p. La seconde est o, a qui corresponda de la clef, qui est la<f 206v> premiere; parquoy il met immediatement o apresp: Pour s, la troisiesme du sujet, se retreuve un autres aussi de la clef; et pource qu'elle est la 17. il passe dudito, jusqu'au 17. point ensuivant, pour y marquer s. T suitapres au 4. lieu, tant du sujet que de la clef; et pour ce que c'est la 18.lettre, il saulte 18. points depuis s la dernier marquee, pour yasseoir t. Et va ainsi continuant comme vous le pouvez icy veoir: Quesi d'aventure deux lettres se venoient rencontrer sur un mesme point, commeil peut souvent advenir, il faudra enjamber par dessus sans le comprendreau nombre, jusqu'au premier point vuide ensuivant. c · p o t ·l o · i · a · · · · · · · l sm · b o x · · · m · · · · ·· Post bello maximo : mais quant il y aura une lus longuesuitte de sujet, celà dira mieux. Et certes ce n'est pas uneinvention trop disgraciee; bien que penible, et sujette à setraverser: au moien dequoy pour la rendre aucunement plus facile et moinsdangereuse, il nous a semblé d'y proceder par une autre voye, qui estplus claire et abregee; sans estre sujette à laisser des vuides, nysauteller ainsi par dessus les points qui seroient remplis, ains passeroutre tout d'un train sans interruption; ny s'embarrasser à desclefs, qui en cest endroit n'est qu'un superflu surcrez de labeur: mais nousen reserverons l'usage et practique pour les chiffres à plusieursescorces, dont nous parlerons cy apres; à quoy ceste tradition estla plus propre de toutes autres. <f 207r>
  QUI voudroitmaintenant parcourir toutes les diverses sortes de chiffres, celàiroit comm'en infini, par ce que chacun s'en peut tous les jours inventerde nouveaux, où les autres n'auront pas encore pensé: mais entout celà il n'y a que deux ou trois principaus buts où l'ondoive tendre; assavoir de se dresser des alphabets non trop embrouillez, neconfuz d'une oisive multitude de caracteres, afin qu'ils ne soient ennuyeux,mais assez aisez à chiffrer et à dechiffrer; et avec celainvincibles à tous ceux qui n'en entendront le secret: et qui ne sepuissent perdre, oublier, descouvrir, ne communiquer à personne sil'on ne veut: et tels sont sans doubte ceux des premiers tables; les carrezet doubles aussi; et en somme tous les autres que nous avons touchezjusqu'icy; qui se peuvent desguiser en tant de sortes qu'on voudra,neantmoins ce sera presque tousjours une mesme chose à peu pres.L'autre maniere est d'excogiter quelque bizarre et fantastique façond'escriture, qui n'aura encore comparu sur les rengs, ny estédivulguee en publicq, telle que quelques-unes que nous donnerons cy apres;en quoi toute soupçon soit ostee que ce puisse estre lettre lisablepar aucun artifice quelconque.
Artifices de la Steganographie, mais fort douteux.
Et finablement d'arriver, s'il se peut, à une du tout conformeà l'escriture commune, où il y ait exterieurement du sens, siqu'on ne puisse presumer qu'il y ait rien caché dessouz, ains tantseulement ce qui se voit en apparence; comme est l'artifice de laSteganographie, dont nous avons produit les exemples <f 207v> qu'endonne Tritheme. Cardan livre 12. de la varieté des choses, chap. 61.et Baptiste Porte en griffonnent je ne sçay quoy; qui est d'avoirdeux gros livres d'un mesme autheur, impression, et volume; l'un pour soy,et l'autre pour son correspondant; et ce en la langue où l'on veutescrire; comme pourroit estre un Pline ou Plutarque, et autres tels,où il y ait une grande diversité de matieres, qui est requiseen cest endroit: et cotter la page où l'on veut commancer, par ladatte de la depesche, ou semblable signe qui vous puisse servird'advertissement: Pour exemple, si c'estoit du 10. du mois, il faudroit queceluy à qui elle s'adresse, prist garde à la dixiesme page:mais de celà il n'y a qu'assez d'expediens trop plus propres, s'ilne tenoit à autre chose. On met donques au moins de paroles que fairese peut, ce qu'on veut escrire secretement: celà fait, il fautchercher le premier mot de vostre sujet en ceste page, où s'il ne ses'y rencontre, passer outre és autres suivantes; et au lieu d'iceluyprendre le precedant ou le subsequent, selon que vous en serezdemeuré d'accord. Et pour marquer l'endroit de la depesche oùle correspondant doit prendre garde au dechiffrer, ils enseignent quecelà se face avec une capitale un peu grandelette, pour la fairediscerner du reste; et finer ainsi, à fin de ne le travailler envain: ce que je trouverois trop meilleur de faire en rayant ce premier mot,ou un autre en lieu, comme s'il y eust eu quelque faute en l'orthographe ouescriture : et de <f 208r> mesme à la fin du propos; ou parquelque autre marque et signal; car la campagne est belle et large en cestendroit pour s'y dilater à plaisir, chacun selon sa fantasie enmaintes diverses manieres: puis faut ainsi poursuivre de mot en mot par lamesme voye. Mais quelque chose qu'ils veulent dire, je ne voy pas commecelà se puisse faire, m'y estant assez travaillé, et pourneant. Je ne dis pas qu'il ne puisse bien reüssir en quelque endroit,ainsi qu'és exemples par eux amenez, plustost à mon jugementasserviz sur la suite des livres, que les livres au sujet qu'ils ont voulurepresenter, ce qui est courre le contrepied; car il adviendra le plussouvent, que douze ou quinze mots qu'on voudroit escrire, ne serencontreront pas peut estre à propos en cent ou deux cens fueillets;et encore fort rarement pourra-il avoir du sens au contexte et suited'iceux. Puis, comment est-ce, selon que nous avons desja dit cy dessus,qu'on pense faire quant aux noms et surnoms; et infinies particularitez dece siecle, qui n'ont rien que ce soit de commun avec les autheurs anciens,ny le plus souvent aux modernes, ny autres livres qui soient en estre ? Carcelà se varie sans cesse selon les circonstances du sujet, et lesoccasions qui surviennent, rarement semblables les unes aux autres. Au moiendequoy c'est un trop extreme labeur; et qui quant et quant de cent fois n'enreüssira pas peut estre deux bien au net, qu'il ne le faillereplastrer, rabiller, racoustrer avec plusieurs adjoustemens, qui en finnoyent et esteignent du tout<f 208v> ce peu de lumiere que le dechiffreur en devroit recueiller:comme mesme est contraint d'advoüer iceluy Porte, liv. 2. chap. 17.où il s'interprete un peu mieux: At cùm sine ordine, etsine aliqua vera significatione veniet, sic eam accommodabimus: multainseremus verba, vt ordine aliqua significent; et vt supervacanea noscanturab amico, linea notabimus. Vel etc.
Autre artifice.
LE mesme est-il de l'artifice qu'il traicte encore, de choisir les motsdont l'on a affaire, dans quelque livre; et marquer leur place en unefueille de papier huillé, pour le rendre par là transparent,de la mesme marge que sera le livre: Puis les pocher sur du papier blanc nonhuillé, et du mesme calibre, et l'envoier à son correspondant;lequel l'ayant huillé, et appliqué sur les mesmes pages, ydiscernera les mots ausquels se doivent raporter les marques.
Autre encore.
D'AUTRES procedent par une autre voye par le livre aussi, mais non avecdes mots entiers, et hors de soupçon, comme ceux-là pretendentfaire, ains lettre à lettre par des nombres; dont le premieraccompagné d'un coma au derriere pour en faire la distinction, marquela page; le second avec une virgule, la ligne; et le tiers avec un poinct,la quantiesme lettre sera celle qu'on veult exprimer. Pour exemple soit cemot icy charité; je prendray la 17. page de ce traicté,en laquelle la lettre e arrive à estre la premiere de laseconde ligne; parquoy je marque, 17: 2, 1. h estant la 21. de la 3.ligne; je mets 3, 21. a, la seconde d'icelle mesme, 3, 2. rla 31. je mets 3, 31. i la 19. de la 4. je <f 209r> mets 4,19. t la 11. d'elle mesme 4, 11. et e la vi, 4, 6. Ce chiffreà la verité est inexpugnable sans la communication du secret;car que seroit-il possible de conjecturer là dessus ? mais il estfort laborieux tant au chiffrer qu'au dechiffrer; et subject à semesconter: Puis il y a tant de caracteres pour chaque lettre, qu je n'ytrouve pas grande faveur: Il suffist de l'avoir atteint en passant, parceque j'en ay veu quelques-uns le tenir fort cher, et en faire grand cas;comme fait du sien un Leon Alberti Florentin, degno, ce dit-il, d'un Imperator, o d'un Re; et au reste la plus fadde et ridiculeinvention qui sceust tomber en un foible et mince esprit de huict ou dix ansseulement. Il y a bien d'autres expediens plus aisez, comme nous lemontrerons cy apres: Et mesmes quant à cestui-cy quelques-uns yprocedent plus ingenieusement; deguisant ceste chiffrerie en forme de tablesastronomiques, du hault en bas comme escrivent les Cathains: enquoy lessignes monstrent l'ordre et suitte des pages; assavoir le mouton lapremiere, le taureau la seconde, les jumeaux la tierce; et ainsi des autres:la premiere des deux colomnes qui est des degrez, denote la ligne; et laseconde, des minutes, la quantiesme lettre c'est que vous y devez cherchercomme vous le pouvez veoir icy; ou le taureau monstre que c'est la secondepage à laquelle il se fault addresser. Bien est vray que celàdonneroit un peu à penser à un qui entendroit lesmathematiques, quand il le verroit ainsi desreiglé; mais il passeroità la plus grand-part.
<f 209v> [FIGURE]
  CE chiffre donques de plusieurs escorces et envelouppes, lequela esté promis cy dessus, n'a pas esté nomplus ignorédes Hebrieux, comme on en peult veoir assez de vestiges en plusieursinterpretations des Prophetes: à l'imitation dequoy quelques-uns quien ont eu l'odeur de loin, s'y sont exercez, plus ou moins heureusement lesuns que les autres, selon leur capacité et portee. Car comme laplus-part des esprits humains soient tendres et infirmes de soy; et fortsubjects non qu'à broncher, ains à donner le plus souvent dunez à terre tout à plat, en des impertinences et absurditezrabotteuses, s'ils ne sont ferme-soustenus par les resnes de l'experience,et du jugement, quand on pense avoir trouvé la febve au gasteau, etse resjoir trop outre mesure de son [G] à guise d'un autreArchimede, c'est alors qu'on en est le plus esloigné, en danger dedemeurer court avecques un empan de nez. Et certes à propos del'artifice <f 210r> dont il est icy question, je vy un quidam, ily a quelques trente cinq ans, qui estoit si extremement aveuglé enson faict (Plustost l'appelleray-je de ceste sorte qu'affronteur impudent)qu'il n'eut point de honte de demander au feu Cardinal du Bellay, unseigneur qui se delectoit de toutes rares et gentilles inventions, deuxmille escus pour la communication d'un sien chiffre, qu'il disoittranscender les nuees: mais il se trouva bien honteux, quand en moins dedeux ou trois heures on le luy eut tout interpreté sur l'essay qu'ilen presenta. Comme il y procedoit, nous le dirons par cy apres:
Chiffres de plusieurs couvertures reiterees.
cependent ce n'estoit autre chose comme n'est aussi l'artifice duquelnous pretendons parler, sinon qu'un mesme subject couvert de plusieurschiffres reiterez les uns sur les autres; tout ainsi que pourroient estrediverses chaloppes, escailles, peaux et tuniques, dont un noyau de noiz ouamende est revestu et enveloppé avant que de penetrer jusqu'àlui: Chose à la verité non à desdaigner, pourveuqu'elle soit prise du bon biez. Et en premier lieu voicy ce que j'en trouveestre tacitement touché dans Rabbi Moyse Egyptien au 70. chapitre dupremier livre de son directeur. CELA a esté de tout tempsobservé parmy nous, de ne rien rediger par escrit des profondssecrets de la Loy, à fin d'obvier aux sectes et partialitezd'opinions qui en pourroient sourdre, quand chacun les voudroit interpreterà sa fantasie, ains les communiquer seulement de bouche, pour lesretenir dans le coeur Et en la pensee; et encores non à toutespersonnes indifferemment, <f 210v> ny à autresqu'à ceux de nostre nation; qui soient quant et quant gens sages etmodestes, sçavants et discrets: ce qui a esté cause que laplus part des principaux mysteres sont deperiz entre nous-mesmes, tant parla longeur du temps, que par la domination des estrangers, lesquels enestoient et ignorans, et incapables; si qu'il ne se trouve plus rien decelà, sinon quelques petits recueils et sommaires pour y refueillerles gens doctes et d'entendement, telles que sont les traditions Et maximesqu'on peut veoir dans le Talmud, et autres endroits: lesquelles sont aureste de deux ou trois especes, tout ainsi que le coeur d'un arbrearmé par dessus de plusieurs escorces; ou un noyau revestu dediverses escailles: ce qui a travaillé tout plein de personnes,estimans qu'il n'y eust aucun fruit caché là dessouz. Etau second liv. chap. 44. il monstre comme par la transposition des lettres,se descouvrent de tres-admirables secrets en la sainte escriture. Le mercavamesme, ou chariot d'Ezechiel, et ses rouës l'une dans l'autre; etl'esprit de vie estant en icelles, auquel symbolise le sens contenu en uncontexte d'escriture, semblent battre sur ces enveloppes de chiffres;
Plutarque livr. 2. des opinions des philosophes chap. 7.
à quoy se rapportent aussi d'autre part ces corones entrelasseesl'une dans l'autre, de substance rare et espoisse; et comparties de lumiereet de tenebres, dont Parmenide alleguoit consister la structure del'univers. Et de là ne s'esloigne pas encore beaucoup Aristote, bienqu'il se retienne sur ses adresses, et que par tout il s'esloigne assez desemblables speculations et mysteres, tout confit au sens commun, Que leschoses naturelles ne sont point selon l'accident, ains<f 221r> ont une certaine cause qui les fait denecessité estre telles comme elles sont;
Moyse Egyptien liv. 2. chap. 21.
laquelle a besoin d'une autre cause superieure; et celle-cy encore d'uneautre, tant qu'on arrive à la premiere qui est l'ordonnateurd'icelles; duquel depend la premiere intelligence motrice; de la premierela seconde; et de ceste-cy la troisiesme; et ainsi du reste, par uneconcatenation qui parvient jusqu'au dernier, Et premier bout, qui sont unmesme. Ces trois enveloppes donques, et surcouvertures de chiffres, sontassez appertement practiquees tout au commencement d'Ezechiel en ces motscy: Estant assis au milieu des captifs, sur la rive du fleuve Chobar;où les Cabalistes interpretent ce [H] Chobar par un Ethbas ou transposition de lettres, pour [H] Cherub, c'està dire une influence des Cherubins, Anges du second ordre;car ce sont les mesmes lettres diversement colloquees; et en apres ce motde fleuve se rapporte et convient fort bien à celuy d'influence;parce qu'ils viennent tous deux du verbe fluer ou couller, comme est lepropre des rivieres de tendre tousjours contrebas, jusqu'à s'avalleren la mer, qui est le grand receptacle de toutes; et aussi de l'influxion,laquelle nomplus que l'intelligence ne remonte jamais, comme dit Zoroastre, [G] : et pourtant Dieu influë tousjours sans relasche, par sescanaux, ainsi qu'une source perpetuelle d'eau vive, sans jamais remonter:car où est-ce qu'elle se pourroit surhausser, attendu que le thronede son essenceest par dessus tout ? De ceste descente de la divinitéés choses inferieures, parle ainsi Rabbi Joseph Castiglian,<f 221v> és portes de la lumiere apres les anciensCabalistes: Au commancement de la creation du monde, la divinecohabitation estoit descendante és choses inferieures: et comme ladivinité cohabitast icy bas, les cieux et la terre se trouverent unisensemble; et estoient les sources et les canaux qui en decoulloient,agissans en perfection, tirez du hault encontre bas; Dieu accomplissant toutpar mesme moien, tant dessus que dessouz. Ainsi donques le fleuve Chobar est en ce chiffre en lieu de la premiere escorce, ou couverture;et l'influence du Cherub à quoy celà estaproprié, la seconde; qui couvre la tierce, où est finablementle vray sens et intelligence; assavoir la lumiere du tetragrammaton [H] , dont il est escrit au pseaume 36. In lumine tuo videbimus lumen; c'est à dire que par la lumiere du FILS nous verrons celle du PERE.Ce fut elle qui descendit en l'entendement du Prophete, par le second ordredes Anges, ainsi que par un tuyau ou canal; qui est le rang des Cherubim, autrement Ophanim, c'est à dire formes ourouës, dont Ezechiel parle tout soudain apres; lesquelles rouësau monde elementaire ne sont autre chose que les quatre Elemens, designezpar les quatre animaux qui sont representez en ceste vision: au celeste lesSpheres qui s'enveloppent l'une l'autre: et en l'intelligible leshierarchies et ordres des Anges et intelligences, que l'escriture appelleautrement administratoires esprits. Mais pour revenir à nostrepropos, l'artifice dont le dessusdit pretendoit s'aider, estoit fort simpleet mal entendu: dont pour vous <f 222r> en donner un exemple,prenons que ce soit ce subjet cy qu'on voulust escrire, pris des sentencesde Zoroastre; On ne doit trop presser sa destinee: il le chiffroiten premier lieu par cest alphabet d'une simple commutation reciproque, dechaque lettre precedente en la subsequente; et au rebours:
[FIGURE]
  SI qu'il avoit ceste suitte et contexte de lettres; p m m fc p l a s s q p o o q f t t f q t b c f t s l m f f: laquelle ilrechiffroir de nouveau par cest autre alphabet, qui va selon l'ordre commundes lettres departies en deux rengees, tout ainsi que le precedant, et endix cellules, dont les caracteres de dessus et dessouz se transchangentalternativement l'un en l'autre:
[FIGURE]
  PARQUOY il y avoit ansi: d a a r o d x m g g e d c c e r h h rc h n o r h g x a r r. Et tiercement il le recouvroit par cest autreencore, ouquel les lettres sont accouplees selon que quelques nations lesproferent l'une pour l'autre.
<f 222v> [FIGURE]
  DONT telle en estoit la disposition: t e e l u t s n i i a t qq a l f f l a f m u l f i s e l l. Mais ce n'estoient pas ces alphabethsproprement, ains de semblables qui leur equipolloient à peu-pres: nyle subject nomsplus; car il seroit trop malaisé de rien descouvriren si peu de matiere. Au reste celuy-là cuidoit, et non sans quelqueapparence de prime-face, que pour avoir esté les deux dernierssurchiffremens reiterez sur un contexte d'escriture, où il n'y avoitsens quelconque, ne rien de lisable en l'assiette et suitte des lettres, quepar toutes les transpositions qu'on sceust promener le dernier, il ne s'yen trouveroit point aussi, jusqu'à ce qu'en retrogradant sur lecontrepied, on eust rebroussé chemin par ses destours, ainsi commeés ruzes et defaictes d'un cerf, de luy au second, et du second aupremier, où s'estoit commancé à alterer la suitte deslettres d'un sens prononçable et intelligible, à unedisposition comme morte, et du tout esteinte, par leurs diversestranspositions et eschanges. Mais je diray bien davantage, car non que detrois envelouppes tant seulement, ains de cinquante, voire cent mille, etencore plus jusqu'en infiny que celà s'estend, que puissent estrereiterez ces <f 223r> surchiffremens, d'alphabet en alphabet les unssur les autres, il n'importe de rien ouquel de tous vouvous preniez pour ledechiffrer, estans en celà tous egaux, autant le dernier comme lepremier ou second; parce que la disposition des lettres dont est tissu esens qui en resulte, ores qu'elle s'altere de figure, comme pourroit estreun a pour un d , son ordre primitif ne se pervertist pas pourcelà, que s'il y a deux mesmes lettres toutes de suitte, vous n'entrouviez deux aussi que s'entresuivront; si qu'il demeure tousjoursarrengé selon son premier establissement, et composition, et sa formeparticuliere renclose tacitement dedans soy, preste à s'en expliqueraudehors, tout ainsi que l'espece de quelque oiseau dans un oeuf; et d'unvegetal en ses pepins, noyaux, greffes, ou semence, pour s'esclorre, germeret poindre hors de leur puissance endormie, en une resveillee action de leurconsemblable. L'alphabet suivant vous peult faire veoir, que sur letroisiesme rechiffrement il est aussi aisé de l'interpreter comme parle premier ou second, car il est fort bien reiglé caractere pourcaractere; ouquel les onze lettres rouges sont celles qui sont employees ense subject; et les autres neuf noires, non.
<f 223v> [FIGURE]
  DE CECY vient à naistre une tresbelle speculation, quivaut bien la practique et usage d'un mauvais chiffre, car il ne s'en trouvequ'assez de plus exquis les uns que les lettres: C'est qu'il n'y a rien quiconvienne mieux à la structure de l'homme, que le contexte d'uneescriture; ouquel, les lettres tiennent le lieu des quatre humeursprincipales, et de leurs meslanges, qui en produisent plusieurs autres;aussi sont elles appellees les principes où elemens: les syllabes serapportent aux parties similaires, comme on les appelle; assavoir lescartilages, oz, ligamens, membranes, tendons, nerfs, veines, arteres, etchair musculeuse: les dictions aux membres: et la clause qui en esttissuë, au corps complet: puis le sens finablement contenu la dessouz,à l'ame ou esprit qui vivifie les parties du corps: ce qui sepractique aussi és devises, ou l'on nomme la figure d'icelles, lecorps; et l'ame, le mot qui l'accompagne et esclarcist. A quoy se confirmeassez en termes expres le livre d' Habbahir ou Elucidaire, quandil dit que les lettres Hebraïques sont accomparees au corps humain; lesaccents, à l'esprit; et les <f 224r> point servans devoyelles, à l'ame; car ils meuvent les lettres muettes de soy,à quelque signification, tout ainsi que l'ame fait les esprits et lecorps où ils sont plongez. Et de fait ce que nous voyons que lescorps privez de l'esprit de vie qui les maintenoit en leur estre, sedemolissent et resolvent en leurs parties elementaires et principes dont ilsfurent premierement composez, nous est fort familierement representépar une planche d'imprimerie, de laquelle apres avoir esté tiree, lescaracteres venans à estre separez hors de leur suitte etassemblement, sont redistribuez, chacun en son propre lieu dans la caisse,pour estre recomposez de nouveau à quelque autre sens. Ainsi donquesles lettres symbolisent aux substances constitutives du corps; desquelles,nonobstant qu'en si peu de nombre, par la varieté neaumoins de leursassemblages et mixtions, se procreent tant de diverses especes éstriples genres des composez, mineraux, vegetaux, animaus; et d'invididuzcomme en infiny: estant au reste lesdites substances en un perpetuelchangement et permutation des unes és autres, de la mesme sorte quesont les lettres, qu ipar leurs differentes assiettes, suites,entrelassemens et transpositions, forment tantost un texte d'escriture, puistantost un autre tout dissemblable, combien que ce soient les mesmescaracteres; souz lesquels gisent les sens exprimez, qui tiennent lieud'ames; et ces sens là estans une fois formez ne se peuvent pluspervertir en d'autres, ains demeurent tousjours les <f 224v> mesmes;quelque alteration que puisse souffrir leur couverture exterieure, pourveuque la proportion de leur ordre qui en constitue la difference, ne soitpoint changee de sa deuë et naïfve assiette; comme il se peutveoir par les diverses transpositions des trois alphabets dessusdits,là où par plusieurs desguisemens les lettres ayans estéjettees hors de leur premiere structure, celà a peu faire de vray quele sens qu'elles exprimoient en appert s'est caché intrinsequemment,et substraict de la cognoissance ou il estoit auparavant exposé,ainsi que sous la couverture d'un masque; mais nompas esteint et anneantipour celà, qu'il ne demeure reellement en son premier Estre, bienqu'en secret, et imperceptible de prime-face à nostre apprehentionet notice, comme defigureé qu'il est. De mesme l'ame raisonnableestant une fois procreée et jointe au corps, combien que les partiesd'iceluy se defacent, pervertissent, alterent, et se transchangent en centmille et mille façons, en estant separee elle ne laisse de subsisterpermanente à part en sa mesmeté à elle propre etparticuliere, et divisee de toutes autres; ainsi que les individuz, voireles plus consemblables, tels que pourroient estre les mousches, fourmis, etpareils insectes; les moyneaux mesmes et herondelles, qui nonobstant leursi exacte ressemblance font leur cas à part chacun endroit soy, etpour soy, car ce que projecte, sent et patist l'un, l'austre pourcelà ne le projecte sent ny ne souffre pas. L'ame doncq une foisproduicte ainsi qu'un sens, est <f 225r> permanente et incorruptibleà jamais; pour à tout instant qu'il sera besoin reprendre denouveau son corps, et l'informer comme auparavant, sans qu'il luy failleretrograder par les mutations qu'il aura souffert en plusieurs millenairesd'annees, d'animal en vegetal, de cestuy-cy en animal, vegetal, mineral,etc. nonobstant lesquelles, l'affinité mutuelle et appetitive de l'unà l'autre leur est tousjours demeuree emprainte reciproquement en laforme et en la matiere, sans autrement se deperir; à guise d'unemadaille coignee, ou autre ouvrage de relief, qui ne sçavroits'aproprier à autre creux que celuy dont il fut moullé; ny lemoulle, coing, ou cachet nomplus convenir à autre figure que cellequi en aura esté formee. Tout cecy se rapporte fort bien à ceque nous tenons de l'immortalité de l'ame, et de sa permanence reelleapres la dissociation du corps: car si elle estoit assignee tant seulementsur l'opinion d'Aphrodisee, Averrois, et leurs semblables, qu'en laresolution du corps, et de ses parties l'ame, qui les vivifioit nes'amortist pas quant et quant, ains s'en va reconjoindre à son tout,qu'ils appellent l'intellect commun, dont elle estoit procedee c'està dire à une nature etheree, qui est l'ame de l'univers, toutainsi que le corps fait à ses parties elementaires, selon quel'escrit le Poëte Lucrece apres Empedocle;
  Caedit item retro de terra quod fuit ante,
  In terras; et quod missum est ex aetheris oris,
  Id rursum caeli fulgentia templa receptant,
<f 225v> Celà n'ameneroit pas beaucoup de consolationaux bons, ny guere de terreur aux meschants, sans l'asseurance qu'on doitavoir, qu'apres la demolition du corps elle garde encore sonindividuité particuliere, pour le reprendre en la generaleresurrection, comme l'allegue Terrullian apres Mercure Trismegiste au 33.chap. de l'ame: Digressam animam à corpore non refundi in animamvniversi, sed manere determinatam, vti rationem patri reddat eorum quae incorpore gesserit. Ce qui se conforme au dire de l'Apostre; Quechacun selon ce qu'il aura fait de bien ou de mal, le doit rapporter par soncorps. Morien aussi, pour monstrer tousjours la convenance des troismondes, accommodant par similitude ce propos icy a son Elixir, dict presquele mesme; Hoc quoque te scire decet, quod anima citò suum corpusingreditur, quae cum corpore alieno nullatenus coniungi potest. Laquelle reconjonction du corps et de l'ame, qui ne se doit entendre, sid'aventure ce n'estoit assimilativement, fors de la resurrection de la chairau dernier jour, a esté destournee par Pythagore, à je nesçay quelle metempsychose ou transmigration de l'ame en divers corps,jusques à ceux des bestes brutes; ce que quelques-uns onttasché de radoucir, comme chose par trop indigne que l'ameraisonnable vinst ainsi à degenerer, et l'ont restreinte aux corpshumains tant seulement; la reduisans encore de ces perpetuelles, et commecirculaires reprises de corps, à trois fois et non davantage: enquoyils tachent de se fonder sur ce 33. de Job; Liberauit animam<f 226r> suam ne pergeret in interitum, sed viuens lucemvideret. Ecce haec omnia operatur Deus tribus vicibus per singulos, vtreuocet animas eorum à corruptione, Et illuminet luce viuentium. Mais ceste adaptation est un peu chatouilleuse, et comme participante del'heresie de Carpocrates dans le mesme traicté de Tertullian, chap.35. Metempsychosin necessariò imminere, sinon in primo quoquevitae huius commeatu, omnibus inlicitis satisfaciat. Caeterùm totiensanimam reuocari habere, quotiens minus quid intulerit, reliquatricemdelictorum donec exoluat nouissimum quadrantem, detrusa identidem incarcerem corporis:
Agripa li. 3. chap. 41.
A quoy ceste triple reiteration est bastante selon l'opinion d'aucunsCabalistes. Toutes lesquelles choses, et assez d'autres se peuvent discouriret traicter sans aucune inconvenience, sur le sujet de ces trois escorcesde chiffres, ou de plus grand nombre, lesquels procedent par la simple voyedes transpositions et eschanges de lettres: toutesfois celà nereüscist pas selon la voye que nous avons allegué cy dessus, enquoy plusieurs se sont aheurtez assez lourdement, sans obtenir ce qu'ilspretendoient. Ce Rabbi donques si renommé fils de Maimon, auroit-ilescrit quelque chose de faux, de frivole, ou imaginaire ? Ce qui ne se doitattendre de luy, ains plustost mettre peine d'obtenir sa conception; etsauver ce qu'il en a dit, en l'apropriant au triple sens de l'escriture,representé par ce tant celebre cordon retors en trois, du 4. del'Ecclesiaste;
Fueil. 80
Funiculus triplex difficile rumpitur;
le litteral, c'est assavoir,qui se rapporte comme au monde <f 226v> elementaire, plus materielet grossier; l'allegorique au celeste; et l'anagogique àl'intelligible: lesquelles trois sortes d'interpretations et ententesà guise d'autant d'escorses ou tuniques, se couvrent et enveloppentl'une l'autre, ainsi que la peau de quelque animal fait la chair, quicontient puis apres les oz, où est finablement renclose lamoüelle, qui denote le sens, et ses trois couvertures susdites oz,chair, et peau, les trois chiffres reiterez l'un sur l'autre, ou il estcomme noyé et ensevely. Mais ce nombre de trois ne se restreint passimplement à tant, et non plus, ains soubs ce mot là estcomprise une certaine infinitude, suivant ce qui a esté cy devantallegué d'Aristote:
Fueil. 19.b.
et de Pythagore en apres;
Fueil. 179. b.
Omne et omnia tribus terminantur.
De ces enveloppes, et rayes, qu'ilest besoin de demesler avant que de penetrer au sens qu'elles couvrent, nousen avons assez d'exemples en l'escriture; comme le dessusdit du fleuve Chobar, et du Cherub en Ezechiel: et du chandelier àsept lumieres dans l'Exode, et les nombres, quo denotoit les sept planetesau monde celeste, et les sept inferieurs Zephiroths en l'intelligible, dontdecoulent incessamment és corps celestes toutes les facultez etvertus qu'ils influent de là icy bas dedans le monde elementaire. Au4. de Zacharie ces sept lumieres sont interpretees pour autant d'yeux duSouverain, qui parcourent incessamment toute la terre en son circuit; ce quil'Apocalypse en auroit transcrit mot à mot presque, pourroit-on dire,avec la plus grand part de<f 227r> ses mysteres: mais ne les a il peu pescher comme lesProphetes de l'ancienne loy, en la mesme source de l'archetype, oùtoutes choses sont tousjours semblables ? Dont à mesure qu'elles s'enesloignent, aussi se diversifient-elles, et alterent d'autant; tout ainsique quelque plant et marcottes de Languedoc, transportees de là auvignoble de Blois; et de Blois successivement à Paris; il fault enfin qu'elles viennent à degenerer et s'abastardir de leur premierenaifveté et vigueur naturelle, que l'assiette et aspect du terroiret du ciel leur avoient imparty. CES tant belles speculations si sublimes,franchissans les dernieres bornes de l'univers jusqu'au throne de l'essenceet gloire de Dieu, sont le propre gibier des Cabalistes, et s'appellentde Mercava; comme celles de la creation et nature des choses dittesdelà du Berezit, sont le subject des Talmudistes: Celles-cyestans par eux accomparees à l'or d' Evilah en Genese 2. quiest simplement bon, selon que le porte la verité Hebraïque dutexte; et de la Mercava, à l'or d'Ophir tresbon et tresfinen toute pureté et perfection; comme il est dit en Isaie 13. Jeferay l'homme plus precieux que le trespur et meilleur or, voire plus quen'est l'or d'Ophir, qui est tresfin. Lesquels deux ors, et les deuxsciences qui leur symbolisent, representent les deux mondes, l'intelligible,ou siecle advenir pour nostre regard; et le sensible, qui est le present;suivant les traditions du nom de Dieu, composé de 42. lettres: Monbien-aimé enhault, et en bas, heritier des deux mondes, le present,et<f 227v> le futur: Ce qui se raporte au MESSIHE, et sesdeux natures, divine et humaine; et quant à nous, à l'ame, etau corps; à la pensee, et à la parole, ou escriture; au sensapparent, et au mystique caché secretement dessous. Car tout ainsique quelques-uns ont traicté leur philosophie par les nombres etproportions; les autres par les figures geometriques; d'autres parl'harmonie et accords de musique; d'autres sous des involutions de fables,enigmes, allegories; paraboles, et semblables voyes, differentes les unesdes autres quant à la maniere de proceder, et selon les subjectsqu'ils ont pris pour un fondement à eux propre; comme Epicure lesAtomes, Pythagore les nombres, Platon les Idees, Aristote son Entelechie,qui arrivent finablement à un mesme but; en semblable les Cabalistesmanient la leur par l'occulte escriture des chiffres, consistans nonseulement en un deguisement de caracteres, mais de mots entiers: Ainsi quepour exemple, l'ame est par eux raportee au Malchut ou la Lune, quiest le miroüer non luisant, comme il a esté dit au commancementde cest oeuvre; parce que ce qu'elle a de lumiere, luy provient du Soleilou du Tipheret, qui symbolise à la Divinité; de la splendeurde laquelle l'ame tout de mesme obscurcie par les coinquinations du corpsvient à estre illustree: Aumoien dequoy non sans grand mystere,nomplus que toutes ses autres ceremonies, l'Eglise catholique ainstitué le commancement du caresme qui est le temps de penitence,tousjours à la nouvelle<f 228r> Lune; et encore à celle du dernier mois, Adar, qui respond à nostre Fevrier; comme si celàdenotoit, que tout ainsi que quand la Lune par la privation de laclarté du Soleil pour nostre regard, est reduitte jusqu'au dernierpoinct de ses ombrageuses tenebres, elle vient delà peu à peuà s'illuminer derechef par une nouvelle reception de ses raiz; En caspareil celles dont nos ames par leurs ordes concupiscences et desbordemens,se sont toutes ternies et offusquees de la souïlleure d'une sombresensualité, quand elles viennent à repentance de leursmefaits, et se recognoistre en ce sainct temps à nous par especialordonné pour cest effect, reçoivent peu à peu, s'il netient à elles, et de jour à autre, une clarté de lagrace et misericorde divine; tant que finablement par de tresameres etpoignantes contritions de coeur; de fort longues macerations de la chair;un deplaisir de ses offenses; devotions, prieres, jeusnes, aumosnes; ellessoient complettement illustrees de la divine splendeur; droict àPasques, où tousjours se rencontre la pleine Lune du mois de Nisan ou de Mars, le premier, et le renouvellent de l'annee; avec leflot de l'equinocce du printemps, lors que la mer d'icy bas est en sonaccroissement le plus hault; et que la mer supramondaine est toute combleremplie à plein bord de benedictions; car Malchut, et laLune encore, sont aussi prises pour la mer, comme il est escrit dans lesPortes de la lumiere:
fueil. 115.B.
qui est representee de Salomon entre les autres ustancilles du temple,par <f 228v> ceste ample cuve de fonte soustenue de douze boeufs,tornez trois à trois devers l'une des quatre regions du ciel, selonles douze signes du Zodiaque:
3. des Rois 7.
car de la mesme sorte que tous les fleuves et les rivieres s'en vontrendre en la mer; et les influences celestes reduire en la Lune, comme enleur matrice, pour estre de là transmises en bas; aussi toutes lesdivines benedictions se recueillent dans le Malchut, ou la Lune Archetype,qui est Cabalistiquement appellee la Cerve Unicorne, par qui tous lesPatriarches jusqques à Moyse ont prophetisé, en l'une des deuxbranches de la prophetie, assavoir la lumiere des predictions; car l'autrebranche qui consistoit en l'operation des miracles, ne fut oncq' octroyeeà nul avant luy. Ceste mer mystique ausurplus, ou Malchut, designeeen Genese 2. par le fleuve qui vint à sourdre du lieu devolupté et plaisir, pour arrouser tout le jardin, n'est autre choseque le sacresainct quadrilettre ineffable [H] ; A propos dequoy il estdit en S. Jean 4. Fiet in eo fons aquae salientis in vitam aeternam; lequel se divisoit en quatre principaux canaux, comme nous l'avonstouché cy devant; qui sont Ghedulah, amour et dilection,grace et douceur; Geburah force, justice, et equitable dispensationde graces; Tipheret, la vertu masculine agente, laquelle influe;et Malchut, la vertu feminine qui reçoit de luy. De ces deuxderniers davantage dient les Cabalistes, que le Tipheret est la source dontprocedent toutes les bonnes influences d'amont, assavoir le Soleil Archetypeet<f 229r> supramondain, lequel impartist sa lumiere au Malchut, tenant comme lieu envers luy de noz ames; et ce quant nousobservons les commandemens de la loy: mais si nous venons à lestransgresser, il en retire sa lumiere; y aiant telle convenance et relationde ces deux reciproquement, que de l'espousee à l'espoux, dans le 5.des Cantiques, c'est à dire de l'ame raisonnable à sonCreateur et Sauveur; Dilectus meus candidus, Et rubicundus; caput eiusaurum optimum: et de ces deux blanc et vermeil, proportionnement meslezensemble, comme nous l'avons desja dit cy devant apres Platon en son Timee; [G] provient ceste agreable citrinité de l'or Orphirien, qui estle tetragramme dessusdit, contemperé de clemence et misericordeà sa main droite, designees par la blancheur; et de severe chastimentquelque fois aussi, à sa main gaulche, quand il s'irrite et enflammecontre nostre rebell'-endurcie contumacité, ce que marque la couleurrouge, propre au sang: A quoy convient fort bien ce qu'apres lestrespassement du Sauveur, de l'ouverture qui luy fut faite au costé,sortit de l'eau qui est blanche, et du sang vermeil; et ce qu'en metd'abondant le mesme Evangeliste au 5. chap. de sa premiere canonnique; Non in aqua solum venit, sed in aqua et sanguine. Il est donc blanc aucosté droit ou est le siege de remission; et rouge au gaulche,où est celuy de sa rigoureuse Justice; comme luy-mesme le tesmoigneen saint Mathieu 25. et au pseaume 16. il est dit; Delectationes<f 229v> in dextra tua vsque in finem: ce qui est aussidesigné par le laict, et le vin.
  OR voiez un peu je vous prie, comme ne nous cuidans qu'alleresbatre et soullacier bord à bord le long de la coste, dans un simpleesquif, nous ne nous sommes donnez de garde que la courante tacitement nousa ainsi transportez au large, et ravis bien-avant en la haulte mer. Pourdonc relascher d'où nous sommes partis, qui est ce chiffre àtrois ou plusieurs couvertures, tant cherché de beaucoup de gens, etatteint de peu, comme en peut faire assez de foy ces grands rodemens etcirculations si penibles où se promene comme à clos yeuxBaptiste porte:
Liv. 2. cha. 20.
Ce chiffre dis-je, par toutes sortes de transpositions qu'on le sceusttaster jusqu'en infiny, ne manifestera jamais rien quelconque du sens yenclos: Car comment s'en pourroit-il former aucun de son contexte et suittede lettres, puis qu'il n'y est pas ? Entendez neantmoins depuis la secondereiteration en avant; nomplus qu'un choul, laictuë, ou autre telleherbe à la prendre en sa derniere et complecte perfection, ne se peuttrouver dans un petit grain de son espece, quelque anatomie qu'on en sceustfaire. Toutesfois si y est le sens en quelque sorte que ce soit: Oy de vray,mais comme en Idee, qui de là nous conduit à sa forme; et saforme finablement en retrogradant, à son materiel individuperceptible. Parquoy laissant toutes ces voyes si malaisees, et qui quantet quant n'ont rien de commun avec cest artifice, en voicy une procedantd'un seul et simple alphabet, moiennant lequel <f 230r> sans ensortir hors, vous pouvez couuvrir un mesme subject non que de trois escorceset envelouppes de chiffremens tous differends les uns des autres, ains decent millions, s'il en est besoin; car celà n'a ne fin ne borne;à guise d'une ligne spirale, qui partant d'un centre se dilate etaccroist peu à peu, tousjours tornant autour de soy, ets'envelouppant elle-mesme, sans jamais neaumoins se toucher ny serencontrer, fust-ce en infiny. Ceste voye au surplus depend de la Ghematrie,dont nous n'avons pas encore parlé; à cause des nombres etdimensions qui la reiglent selon cest alphabet icy, qui se doit transposerpour le mieux; mais nous n'en donnerons la practique et usage que par lacommune suitte et ordre des lettres, afin qu'avec moins de travail d'espritle secret s'en puisse comprendre: Puis quant se viendra à bon escienqu'on s'en voudra servir et le mettre à execution, chacun le pourravarier pour soy à son appetit.
[FIGURE]
  SOIT donques que nous vueillions chiffrer le mesme suject quedessus; On ne doit trop presser sa destinee; <f 230v> on ypeut proceder par plusieurs manieres, tant avec des clefs que sans clefs;dont nous donnerons des eschantillons de toutes. Mais afin d'abregertousjours davantage, nous ne prendrons icy qu'une seule lettre pour clef,assavoir H; et voicy comme il faudra faire: regardons en premier lieu laquantiesme lettre est o, la premiere du subject, apres H, et jetrouve que c'est la cinquiesme assavoir e, parquoi je mets e.n qui suit apres se trouve la 7. lettre apres e, parquoi je metsg, qui est la 7. lettre: n est la 5. lettre apres g;je mets doncq e: puis e est la 20. lettre apres elle mesme,et pourtant je mets x, qui est la 20. de l'alphabett: d apresx est la 4. elle mesme d: o apres d la 9. je mets i:i apres soi est la 20. qui eschet en x: b apres x la 2.elle mesme b: t apres b, la 16. Somme que pour chiffrerpremierement on ne doibt, il y aura en lieu, e g e x d i x br. Pour le dechiffrer faut faire ainsi. e est la cinquiesmelettre de l'alphabet; comptez donc cinq depuis la clef H, et ils serencontreront in o. g est la 7. lettre, qui a compter depuis ese trouve en n. e la 5. à compter de g (tousjours lasubsequente de la precedente) se trouve en n. x la 20. àcompter depuis e, va retrouver, e. et ainsi du reste. L'AUTREmaniere va ainsi sur la mesme clef. La 13. lettre assavoir o lapremiere du subject à compter 13. depuis H, se rencontre en a:n la 12. apres a eschet en o: n, derechef la 12. àcompter de o eschet en e: e la 5. apres e eschet enl: d la 4. apres l en p: o la 13. apres p, eng: i la 9. apres g, en r: b la 2. À apres r, ent: t la 18. apres t, en r. Somme a o e l p g r tr. <f 231r> Pour le dechifrer: à compter de H la clefjusqu'en a, il y a treize espaces; et la 13. lettre est o,parquoy je marque o depuis a jusqu'a o il y en a 12.qui est n: de puis o jusqu'a e, 12. encore, le mesmen: depuis e jusqu'a l, 5. assavoir e: etc. Ily a assez d'autres voyes encore que nous laissons pour briefveté,à la recherche des lecteurs; et nous contenterons de leur representericy ces trois couvertures, dependantes, assavoir la tierce laquelle doitdemeurer en veuë, de la seconde; et ceste-cy de la premier, oùse doit finablement rencontrer le sens, et plustost non, car il fautretrograder par le contrepied, sur les mesmes erres qu'on a tenuës,à cause qu'il a esté transposé et realteré demain en main par les suittes et revolutions de ses propres lettres: si quece chiffre se peut bien dire, et à bon droit, l'un des rares etexquis de tous autres, pour plusieurs raisons que je laisse. Que si je suisun peu trop prolixe en cecy, la necessité le requiert, estant lachose un peu obscure de prime-face, si qu'elle a besoin pour le commancementd'estre exprimee par les menuz; mais y estant rompu et exercité tantsoit peu, il n'y a rien de plus facile. Voicy au surplus ces troissurchiffremens sans clef, et par une voye aucunement different des deuxsusdites, mais presque conforme à la premiere, horsmis qu'icy onrentre tousjours dessus les lettres du subjet; et là sur celles quiauront esté transposees, en ceste sorte. O ne se transposepoint puis qu'il n'y a point de clef, et il en sert aux lettressubsequentes: soit doncq icy o: n est <f 231v> ladixneufiesme lettre apres o, parquoy je mets u, qui est ladixneufiesme lettre de l'alphabet: n apres n est lsvingtiesme, et pourtant je marque la vingtiesme assavoir x: e apresn est la 13. je marque o, la 13. d apres e estla dixneufiesme u: o apres d est la 9. i: i apreso la seiziesme r: b apres i est la 13. o: tapres b la 16. r: Somme o u x o u i r o r. Pour ledechiffrer: o va pour o: u est la 19. lettre, et ladix-neufiesme lettre apres o se rencontre en n: x est lavingtiesme lettre qui apres n eschet en n: o la 13. lettreapres n se rencontre en e: u la dix-neufiesme apres eeschet en d: i la neufiesme apres d, en o: r la 16.lettre apres o, en i: o la treziesme apres i en b:r. la 16. apres b, en t. Tout le surplus tant de cepremier alphabet, que des deux subsequents, va de mesme, du tiers au second;du second au premier, et du premier chiffrement au sens contenu làdessous; comme vous le pouvez esprouver. Mais je serois bien d'advis d'userde transpositions, et de clefs pour le plus seur.
Premiere couverture. On ne doit trop presser sa destinee. o u x o u ir o r x t s a x b i n x h m a d c a n a m c o x.
Seconde dependante de la premiere. o f a o f l g s c d t ud u b g c h h c l c u t m i l n l g.
Troisiesme dependante de la seconde o o q n o d s l s a p ae q c e r e x q g o r u o t a b t s.
<f 232r>   POUR faire un essay de cecy, nous ne prendrons quequatre lettres; o o q n, car ce peu suffira pour reigler tout ledemeurant. o fera pour o: o qui est la tresiesme lettre,à compter de luy ce nombre escherra en f: q la quinziesmeà compter de f escherra en a: n la douziesme apresa en o: voila les quatre premieres lettres de la secondecouverture tirees; o f a o. Lesquelles je dechiffre par la mesmevoye; o pour o: f la sixiesme apres o se rencontre enu: a la premiere apres u en x: o la treziesme apresu, en o: assemblees elles font o u x o, comme vouspouvez veoir au premier chiffrement: lequel en fin je desveloppe commedessus; o pour o: u la dixneufiesme se rencontre apreso en n: x la vingtiesme apres n en n: o latreziesme apres n en e, qui est le subject descouvert ànud, on ne. QUE si vous voulez desguiser les lettres en notes duchiffre à compter, les appariant deux à deux pour faire unelettre, comme vous voyez en cest alphabet, ce seroit d'abondant espandre enceste nuict obscure de soy comme en un decours de Decembre, un brouillaz siobscur, qu'il faudroit destranges flambeaux pour l'esclarcir et y veoirclair.
<f 232v> [FIGURE]
  IL Y AVROIT donques par ces notes du chiffre ainsi accoupleesdeux à deux pour chaque lettre, au lieu du tiers chiffrementdessusdit o o q n o etc. en ceste sorte; 2 2 2 2 2 4 2 1 2 2 1 32 6 1 9 2 6 1 0 2 3 1 0 1 4 2 4 1 2 1 4 2 5 1 4 2 9 2 4 1 6 2 2 2 5 2 8 22 2 7 1 0 1 1 2 7 2 6. Voiez comme pour les cinq premieres lettres se sontfortuitement rencontrez huict 2. presque tout de suitte: et qui estl'esprit, s'il n'estoit adverty du faict, qui peust rien conjecturerlà dessus ? Et si tout cela se peult transposer. ENAPRES vientà considerer que n'aiant qu'onze lettres des vingt qui soientemploiees en ce suject, assavoir a b d e i n o p r s t, les autresneuf en estans bannies, il y avoit aussi és trois faulx chiffremensdevant dits tousjours onze lettres precisement; ce qui denotoit assez leursimple transposition, ou l'ordre et proportion de leur theme que nouspouvons appeller l'ame, se conservoit <f 233r> tousjours en sonentier là dessous: mais icy d'une autre façon en la premierecouverture il y a douze lettres; en la seconde, 15. et en la tierce, 16.Quant aux notes du chiffre, toutes y interviennent; ce qui monstre assez lacirculation spirale dont consiste cest artifice; ouquel il y a infiny autresbeaux et rares secrets.
  CES diverses ausurplus envelouppes de chiffres redoublez ainsi lesuns sur les autres, charrient tout plein de belles comparaisons avec elles;comme pourroit estre d'un tresfort donjon ou roquette enclose dans unecitadelle; et ceste citadelle en une ville, munie autour de marescages, ouprecipices qui en defendroient l'advenue: ou de quelque palais d'un grandRoy, ouquel dans la salle soient establis les gentilshommes; enl'antichambre les seigneurs de marque: et en la chambre de parementoù est la chaire de respect, avec ses oreilliers et coissinsrepresentant la majesté, les Princes; d'ou l'on entre finablement aulieu plus secret ou est sa personne propre. Mais en cas de Philosophie,elles auroient une fort grande convenance et affinité avec lesdifferences des accidents; dont ceux qui primitivement consistent éscorps, comme les couleurs, odeurs, et saveurs, se peuvent assezaisément concevoir; là où des autres dont le fondementdepend d'un autre accident (et tel est le surchiffre d'un chiffre) ainsi quela clairté en la teinture, et le courbement en la ligne, la manierede leur y-existence en est fort occulte et cachee: combien<f 233v> doncq'à plus forte raison le devra-elle estre, siun autre accident venoit encore à s'y adjouster de surcrez, dontmesme le fondement ne soit pas stable, ains transitoire et successif ? carla chose sera tant plus embarrassee et secrette. OR à prendred'ailleurs et considerer ces trois escorces et recouvertures de chiffres,és composez elementaires, elles nous ramentoivent la façondont leurs substances sont rencloses l'une dans l'autre; Parce que le selne se manifestera jamais que l'huille et onctuosité adustible n'ensoit dehors; et l'huille ne deslogera pas que l'eau n'en soit premierementpartie: de maniere que le mercure contient le soulphre; et le soulphrecouvre le sel, qui est confondu et caché dans les cendres. C'est ceque Parmenide veult inferer dans la Turbe des philosophes, par ces mots cy; Natura natura laetatur: Natura naturam continet: Natura naturamsuperat. Mais ce livret là est moderne; et les philosophes yintroduits, supposez: cecy quant et quant tiré mot à mot desscholies que jadis composa Synesius sur un traité de Democrite,intitulé [G]; l'adressant à un Dioscore archiprestre deSerapis dieu patron des Alexandrins; là où entr'autres chosesil racompte, comme exerçant l'estat de ministre au temple de Memphisdessous le grand prestre Hostenes, avec les enfans d'iceluy, une fois qu'ilsprenoient leur repas dans le temple, tout à coup s'alla crever unecolomne, és fragmens de laquelle ils trouverent enchassees de petitestablettes de pierre où estoient escrits <f 234r> ces troisversets cy, et rien autre; qui signifient ce que dessus: [G] L'ordre deces manifestemens de substances se peult assez voir par espreuve; quebruslant du bois, ou semblable chose, premierement une fumee s'en evaporequi n'est autre chose qu'eau; ce que vous appercevrez bien à l'aise,en la recevant dans une chappe d'alembic; par le bec de laquelle vous verreztout incontinent distiller l'eau à grosses gouttes. Ceste substancecomme plus contraire au feu dechassee, la flamme se prend au mesme instantà la liqueur grasse onctueuse, qui s'appelle huille ou soulphre; etne cessera de brusler, tant qu'elle soit achevee de consommer. Alors le selqui est fixe et incombustible, et lequel estoit envelouppé dans cesdeux substances l'une sur l'autre, restera és cendres; dont il seseparera aisément par une forme de lexive avec sa propre eau, ouautre de puits ou de fontaine qui soit bien necte.
fueil. 104.
Mais celà a esté desja touché cy devant; et n'estreiteré icy que pour l'adapter à ceste triple couverture dechiffres. Surquoy se peuvent encore approprier les trois esprits de touscorps, aux trois elemens; la couleur assavoir au feu, car elle gist sous lesentiment de la veuë, qui est le plus subtil de tous, et de nature defeu: l'odeur enapres à l'air: et le goust à l'eau. Lesquelselemens, esprits, et substances elementaire sont de deux natures; l'unecorruptible, qui est l'exterieure; et l'autre pure et necte, qui estl'interne; à guise de l'escriture en chiffre, dont les<f 234v> caracteres {cacaracteres} apparens, en leur ordre etassiette couvrent le vrai et naïf sens mussé là dessouz;ny plus ny moins qu'un François oyant parler un Allemant ou Polonoisdont il ignore le langage, apperçoit bien qu'il dit quelque chose,mais il ne l'entend pas pourtant: Et si y a plus, car il y remarquerabeaucoup de mots à son advis, conformes aux nostres, ou à peupres, mais qui signifieront une autre chose, et quelque fois tout lerebours; comme ceste diction d' Abe en Arabesque qui signifie nevoulant; et en Hebrieu le contraire voulant; en Latin àl'oyr seulement prononcer, on penseroit que ce fust l'imperatif du verbe Habeo; et en François une dignité ecclesiastique. Ainsipourroit-il arriver és chiffres des orchemes et metatheses, oùil se rencontreroit quelque sens, mais nompas celuy qu'on a pretendu d'ycacher: dequoy les Prophetes sont par tout semez en leurs secretes formesd'escrire, dependans des transpositions et commutations de lettres àeux fort propres et familieres; et tenans comme lieu de chiffre àl'endroit des autres, selon ce qui est escrit en Isaye 29.
Apocal. 5.
Et erunt vobis verba prophetarum sicut verba libri signati.
Plus enJeremie 23. Peruertistis verba dei viui. Et mesme au [H]Chobar susdit d'Ezechiel, il y a encore deux autres anagrammes, [H] Becor ou primogenité; et [H] Rokeb, chevaulchant, ou monté à cheval: Et ascendit, seuequitavit, super Cherubim, pseaume 18. ce qui n'est qu'un mesme mottransposé.
  AU SURPLUS premier que de sortir encore du <f 235r> touthors du propos de ces trois substances, je ne feray point de scrupuled'inserer icy un passage entier de Rhases du livre de laTriplicité, tant pour la rarité dont il est, et qu'ilesclarcist beaucoup de choses atteintes legierement de nous en cest oeuvre;que pour nous condouloir avec les gens doctes de la perte de tant de bonslivres; qui pour faire place à un taz de petits fatras miserables quiont toute la vogue aujourd'huy, s'esvanoüissent de jour à autre,au tresgrand prejudice des arts et sciences: car certes je puis dire deverité, m'estre trouvé pour une fois jusqu' àcent douzepetites traictez de pareil subject, du mesme Rhases, fort bien escrits enparchemin tout d'enlumineure, avant deux cens ans; lesquels avec plusieursautres papiers d'importance, recueilliz de costé et d'autre avec uneextreme peine et labeur, par la malignité d'aucuns me furent retenuzet substraits l'an 1569. à Thurin, hors le sceu et adveu du Prince.Ce fragment donques portoit ainsi. Il y a trois natures, dont la premierene peut estre apprehendee ny cogneuë, que par pitié, et une forteslevee contemplation; c'est DIEU tout bon, tout puissant, autheuret premiere cause de toutes choses; et le souverain juge, magistrat etdominateur de tout l'univers. L'autre n'est ny voyable ny tangible, quandbien on seroit tout contre, assavoir le ciel in sa rarité. Latroisiesme, qui est le monde elementaire, et lequel comprend tout ce qui estdessous la region etheree, s'aperçoit, se voit et cognoist par noscinq sentimens, le voir, oyr, fleurer, gouster, et toucher: Dieu au restequi fut de toute <f 235v> eternité avant touteschoses, et avec lequel rien n'estoit fors son nom propre à luy seulcogneu, et sa sapience, ce qu'il crea en premier lieu fut l'eau, en laquelleil mesla la terre, dont vint à se procreer puisapres tout ce qui avie et estre icy bas, selon leur maniere: et en ces deux elemens espoix,grossiers et perceptibles à nos sentimens, son compris les deuxautres subtils et rares, l'air et le feu: ces quatre corps liez ensembled'un tel meslange, qu'ils ne se sçavroient totalement separer: deuxdesquels d'autre-part sont fixes, assavoir la terre et le feu; et deuxvolatils, l'eau et l'air. Parainsi chaque element symbolise et a convenanceavec deux autres dont il est enclos: et en contient reciproquement deux ensoy; l'un corruptible et subject à pourriture et adustion; l'autrepermanent et incorruptible, de nature celeste: comme l'eau, dont il y en ade deux sortes; l'une pure et elementaire; et l'autre est l'eau commun: quenous voyons, tant des pluyes, et autres nuages, que des sources et rivieresqui en proviennent. Il y a tout de mesme une terre elementaire, blanche,clere et luisante, couverte neaumoins de plusieurs envelouppes, parquoy iln'est pas du tout bien aisé d'y parvenir; et l'autre, noireinfecté et puante: le feu aussi; l'un perpetuel et se maintenantpresque de soymesme; l'autre bruslant, et exterminable, comme il exterminece à quoy il s'attache et peult mordre, Item un air sempiternel puret nect; et un autre fetide et combustible. Toutes lesquelles substancesestans de ceste sorte meslees és mineraux, vegetaux, animaux, sontcause de leur mort et destruction: Parquoy il fault de necessité quece qui y est de substance pure, soit par art separé<f 236r> de ses elemens corruptibles, pour le reduire etamener à une clarté cristalline, nectoiee de toutes sesimmondes terrestreitez: car au reste les trois elemens liquides, eau, air,et feu sont inseparables les uns des autres; pour autant que si l'air estoitdistrait d'avec le feu, luy qui en a son maintenement et pasture,s'esteindroit soudain. D'autre-part si l'eau estoit separee de l'air, touts'enflammeroit: et si l'air estoit retiré du tout hors de l'eau,d'autant que par le moien de sa legereté, il la tient aucunementsuspendue, tout seroit submergé d'icelle. De mesme encore si le feuestoit separé d'avec l'air, tout seroit reduit en deluge. Estansdonques ces trois elemens inseparables l'un de l'autre, ils se peuvent bienneaumoins separer d'avec la terre, mais nompas du tout; car il est requisqu'il y en demeure une partie pour donner consistance au corps, et le rendretangible, par le moien d'une subtile et deliee portion d'icelle; qu'ilsenleveront avec eux, hors de la crassitude grossiere, qui demeure enbas. Cecy se conforme aucunement, à ce que mettent lescommentateurs du Jezirah, Rabi Jehuda, Rabi Jacob Cohen, et autres;Que des quatre elemens vint à sourdre la matiere des dix spherescelestes, despouillee de ses accidens corruptibles, comme nous pouvonsmecaniquement voir au verre, qui par l'industrieuse depuration de l'humainartifice, est de la rarité spongieuse, et obscurité qui estoités cendres, amené à un ferme et solide espoississement,avec une transparence tresclere. Boëce aussi ne s'en esloigne pasbeaucoup quant il dit à l'imitation des Pythagoriciens;
  <f 236v> Tu numeris elementa ligas, vt frigoraflammis;
  Arida conueniant liquidis; ne purior ignis
  Euolet, aut mersas deducant pondere terras.
  VOILA comment les Cabalistes en leur secrete philosophie, lasupreme de toutes autres, qui en dependent comme les diverses manieres deparler et d'escrire de tous les peuples de la terre, font du langage, et descaracteres Hebrieux; se vont promenans à l'escart hors des grandschemins battuz et froyez de la multitude grossiere, par des solitairessentiers incogneus aux autres, à travers les cimes des plus hautelevees montagnes; où peu s'en est fallu que sans m'en adviserautrement, ne cuidant sinon de les suivre de l'oeil loin à loin, ilsne m'aient substrait à moymesme, pour me charrier apres eux; sans meresouvenir de l'autre poinct qui auroit esté delaisséintermis; assavoir de reduire le nombre des lettres et caracteres del'escriture de moins en moins, jusqu'a se passer finablement d'un tout seul;avec lequel, sans y en emploier davantage si l'on ne veult, se puissentexprimer toutes sortes de conceptions: car de ceste ouverture naissenttout-plein de beaux et rares artifices, dont nous donnerons les maximes plusgenerales, avec les practiques qui seront necessaires pour les faire mieuxconcevoir, et en enseigner l'usage et execution. Pour donques proceder encela pied à pied, en premier lieu les Hebrieux, Il nous fault reiglerlà dessus; aians 22. lettres primitives, ils les distribuent en cinqordres ou classes, selon les endroits<f 237r> dont depend leur prolation: quatre du gozier assavoir,dittes de là les gutturales, qui sont [H] aleph, [H]he, [H] cheth, et [H] ain: Pareil nombre depalatines; [H] gimel, [H] iod, [H] caph et [H]coph: cinq qui ont leur siege en la lange; [H] daleth, [H]teth, [H] lamed, [H] nun, et [H] tau: autant quis'arrestent és dents; [H] zain, [H] samech, [H]saddi, [H] res, et [H] shin: et quatre finablementé levres; [H] beth, [H] vau, [H] mem, et [H] pe. Lesquelles lettres de chaque classe, se transchangent bienaisément, et se mettent l'une pour l'autre; Si que quasi on sepasseroit en tout de cinq caracteres variez neaumoins aucunement ainsi quedessus. Mais nous n'en pouvons pas faire ainsi, qui avons nos lettres sanspoints, ny accents, les voyelles mesmement prescriptes et limitees; combienqu'il y ait des nations qui les proferent l'une pour l'autre; comme lesAnglois e pour a, et i pour e: Les Allemandsd pour t, et au rebours; f pour p; v consonepour f, etc. Pour nostre regard, nous avons seize consonantesà l'imitation des Latins; b. c. d. f. g. k l. m. n. p. q. r. s.t. x. z: qui se soubsdivisent on sept demy-voyelles; f. l. m. n. r.s. x; dont il y en a quatre qu'on appelle liquides, les Grecs lesnomment immuables, l. m. n. r. Il y a puisapres cinq voyelles; a.e. i. o. u dont i et u tiennent par fois lieu deconsones.
De la reduction des lettres à un moindre nombre, et descommoditez qui s'en ensuivent.
VOIONS maintenant comme nous les pourrons raccourcir, et reduireà moins: car & et: q sont abbreviations et non lettres:et y est pur Grec, au lieu duquel bien que les Latins, et nous encoreplus frequentement l'employons, nous pourrons<f 237v> sans aucun inconvenient nous passer de nostre i eten lieu de z pareillement mettre s Pour x aussics, comme en Alecsandre pour Alexandre; et quelquesfoisss; et plus durement encore gs. Au lieu du q, nou-nousservirons du c, car aussi bien un u suit tousjours apres, aumoins si c'est en un mesme mot; et pour le k pareillement; et leg encore, s'il est devant a. l. o. r. u. comme en Cabriel,cloire, Couverneur, cros, cuerdon; car mesme il y a plusieurs nationsqui le prononcent de la sorte. Si c'est devant e ou i, laconsone J pourra estra substituee en son lieu; ainsi qu'en Jentil,et Jilbert, pour gentil, et gilbert. Pour f, onaccouplera ph; car il n'est pas question d'observer éschiffres une si exacte orthographe; au contraire il y en a qui lapervertissent et debauchent tout expres, afin d'obscurcir tousjoursdavantage; mais je ne serois pas de cest advis, car il y a assez d'autresexpediens sans recourir à cest vaine superfluité de labeurpour le dechiffrant. H est necessaire, et malaisément s'en peult-onpasser, mesme en nostre langue; neaumoins il est assez aisé de larepresenter tacitement par quelque petite marque secrete: et quand bien ellesera comprise en la reduction que dessus, le nombre n'arrivera qu'àseize; a. b. c. d. e. h. i. l. m. n. o. p. r. s. t. u; qui sepourront puisapres restreindre à huict, en diversifiant chacune deces 16. lettres de deux façons, où il y ait tant soit peu dedifference qu'elles se puissent discerner l'une de l'autre; et le moinsqu'il y en pourra avoir sera le meilleur, pour oster davantage<f 238r> le soupçon: Que si on les deguise de quatre sortes,comme il est facile selon ce qui se demonstrera cy apres, ce sera reduiretoute nostre escriture de chiffre à quatre caracteres tant seulement.Le fruict ausurplus et commodité qu'on peult attendre de ceretranchement de lettres, se peult assez apparcevoir par la table suivante,promise cy devant au fueillet 185. quant au lieu de 400. caracteres quiescheent à un chiffre carré de vingt lettres, il n'y en a icyque 256. le carré de 16. et par ce moien 144. sauvez par lasubstraction de quatre lettres: Enquoy pur la difference des seize nou-noussommes servis des punctuations, avec les caracteres Grecs: mais on pourratrouver en cela assez d'autres expediens, chacun selon sa fantasie; commemesme de renverser lesdites lettres de toutes les sortes qu'elles le peuventendurer; y en ayant à cela de plus propres les unes que les autres,car elles tiendront lieu d'autant de divers caracteres: Dont pour serestreindre à un exemple qui pourra reigler tout le reste, nou-vousproposerons icy le B en ces quatre assiettes: [X]
<f 238v> [FIGURE]
<f 239r>   IL y a d'autres retranchemens encore qui se pourroientfaire, bien qu'avec moins de facilité que les dessusdits; tels quede b, ou p, qui ont presqu'une mesme prolation; etpareillement d ou t, ainsi qu'en Pabtiste pourBaptiste; Alexantre pour Alexandre; drefves pourtrefves; et semblables commutations, fort familieres aux Allemans:comme estoient aux anciens Romains celle de r en s; ainsiqu'en Valesius pour Valerius; Fusius pour Furius; dequoy font assez de foy leurs inscriptions tant és marbres, qu'enbronze: Ce qu'ont imité les Parisiens de treslongue main; mais lepollissement de la langue leur a en fin faict laisser ce masymasault, pour mary marault; et au contraire rairon pourraison. De tout cecy l'on ne s'en peult pas beaucoup prevaloir enceste reduction de lettres, à cause de plusieurs equivoques quipourroient aisément pervertir le vray sens, et mettroient en trop depeine le correspondant, mesmes si c'estoit à la teste des dictions,où ceste commutation seroit du tout intollerable, comme ensaison pour raison, etc. Et en cas pareil ce que ces anciensLatins mettoient quelque-fois o pour i, ollis pour illis; et pour u o encore, Hecoba pour Hecuba,notrix pour nutrix: Et e pour i, Menerva pour Minerva; leber pour liber, qui est bien plus rude: Le toutà l'imitation de ce que dessus des Hebrieux; ce que nous ne pouvonspas ainsi librement faire: Bien est vray qu'en beaucoup d'endroits, soit parcertaine affecterie, soit par le vice de la dialecte, quelques-uns voulantsplus serrer les dents qu'ils ne doivent, proferent un [¨] au lieud'un [¨] et un [¨] pour un [¨]: Joint qu'en<f 239v> chiffre celà se pourroit bien suporter par certainepetite marque d'un poinct ou accent, et semblables notes; mais il faultchercher d'autres adresses plus compendieuses et mieux alignees.
  TOUT ainsi donques qu'on tasche en ces artifices de chiffres lesplus subtils et couvers de tous autres, de restreindre le nombre des lettresau moins qu'on peult; car là consiste l'une des principales reigleset maximes; il fault en contr'eschange chercher le plus de diversitezdesdites lettres quant à leur forme, qu'on pourra.
Quatre principales maximes deschiffres.
Car les chiffres dependent de quatre principales sortes de mutations,que selon la traditive des Peripateticiens, touche tacitement le Rabi filsde Maymon en la 4. proposition du premier chap. du 2. livre: assavoir selonla substance, ce qu'on appelle generation et corruption; à quoy seraportent és chiffres les diverses figures des caracteres, ainsi queRabbi Jehuda l'explique en son commentaire sur le Jezirah. Enapres,selon la quantité, qui depend de la grandeur ou petitesse,augmentation et diminution; comme nous le monstrerons cy apres en practique,par l'estendu et accourcissement des lignes et des espaces servans delettres, sans autre difference de figure. Tiercement, selon laqualité où consiste l'alteration; à quoy se raportentles Thmurah, et les Ziruph, qui sont les eschanges descaracteres les uns és autres. Et finablement selon le lieu, qui estle changement d'assiette et de place; assavoir les Ethbas, metatheses, orchemes, anagrammes, et transpositions. <f 240r> Maisplus particulierement encore, et comme en detail, tout cecy se peultdistinguer en neuf differences; qui sont la substance, quantité oumagnitude, figure, composition et assemblement, nombre, colligance,complexion ou temperament, action, et utilité.
  IL a esté dit au fueil. 190. qu'un des principaux artificeset ruzes des chiffres dependoint de la reduction des lettres à unmoindre nombre; ce qui se pouvoit effectuer de trois sortes; ou enretranchant les inutiles et superflues dont on se pourvoit aisémentpasser, comme il a esté monstré cy dessus: ou en accouplantplusieurs mesmes lettres ensemble pour en faire une; et de cela en ontesté donnez assez d'exemples depuis le fueil. 200. quelques-uns plusingenieux encore estans reservez à quand il sera question de laGhematrie: Ou en diversifiant lesdites figures et caracteres; qui estaugmenter d'un costé ce qui auroit esté accourcy d'un autre;car pour sept lettres eclypsees de vingt trois, pour reduire l'alphabetà seize, si de chacune de ces seize nous avons quatre differenscaracters, qui arriveroient à 64. ce seroient quarante uned'augmentation: mais il ne le fault pas prendre de ceste sorte; car il esticy question du nombre des lettres ordinaires de nostre commune escriture,et nompas de celuy de leurs caracteres, qui se peuvent diversifier avec detresgrandes commoditez: et entre autres que les 16. lettres à quoyont esté reduittes les vingt trois, se peuvent restreindre encoreà quatre, <f 240v> leur donnant à chacune quatrediverses figures, qui par ce moien parferont le nombre de seize: et delà viendront à naistre quatre differends alphabets, chacun dequatre lettres tant seulement, et neaumoins tousjours de seize caracteres:Je bats icy un chemin peu frayé des autres. Que si nous voulonsestendre les lettres jusqu'à vingt cinq; et d'autre part lesrestreindre à quinze, parce qu'au lieu de H se pourraaiseement substituer une virgule, ou autre telle note secrete, il ne faudraque cinq lettres, chacune deguisee de trois manieres pour faire un alphabetde quinze; tellement que desdites vingt cinq lettres nous tirerons cinqalphabets differends, de la sorte que vous verrez subsequemment: mais ilvaut mieux premettre devant un essay de ces varietez de figures; enquoyquatre suffiront pour ceste heure, qui doivent neaumoins estre les plusconformes qu'il sera possible; et qu'il n'y ait que tant soit peu dedifference qui puisse suffire pour les faire secretement discerner, àfin d'oster le soupçon de l'artifice.
<f 241r> [FIGURE]
  MAIS en ceste table suivant il y a 25. lettres, comparties encinq alphabets, chacun desquels n'en contient que cinq; qui diversifiees detrois façons font le nombre de quinze; H y estant representee au<f 241v> bout, par une virgule, ou semblable punctuation. Tout cecyse peult et doit transposer pour chacun en particulier; neaumoins je l'aymis à l'accoustumé, pour plus facile intelligence.
[FIGURE]
<f 242r>   AU regard des commoditez et usages qui sepeuvent tirer de ce retranchement de lettres, et de leur diversitéde figures, il seroit bien malaisé de les limiter, estant cestecarriere ample et spacieuse, pour s'y exercer chacun endroit soy àson appetit, qui d'une façon, qui d'une autre; Si que tel serencontrera en quelque belle invention, où les autres n'auront pasencore donné: parquoy je me contenteray d'en toucher icyquelqu'-essaiz; et sur la fin du livre d'autres encor de plus d'importance,qui en monstreront aucunement la practique. Et en premier lieu cesaccouplemens de trois lettres pour en faire une, en la page 200. et leursdiverses transpositions pour les varier, se peuvent reduire à uneseule, à tout le moins en apparence; car nonobstant qu'il y en aittrois, elles sont neaumoins si peu dissemblables, ains si conformes, que quine seroit adverty de l'affaire, malaisément s'en pourroit-ilappercevoir ne douter. Mais encore que toutes les lettres se puissentdesguiser en plusieurs sortes, commes vous l'avez peu voir cy dessus, si eny a il toutesfois de plus propres à cela que les autres: comme led, qui se varie fort aisément selon qu'il est plus ou moinsalongé; f par les diverses clostures de sa teste, etl'extention de son traict en bas; s de mesme; o l'un tout rond,l'autre en ovale, et le tiers un peu escarri sur les flancs; y estantouvert à la teste, ou du tout clos; comme aussi le z: avecmaintes autres <f 242v> differences qui se peuvent mieux representeren portraicture, que donner à entendre par escrit; et que chacun sepeult forger à sa fantasie. Ces trois lettres donques a. b. c.proposees pour un exemple au fueil. dessusdit 200. se pourront eschangerà une seule, variee de trois façons; assavoir a en uno tout rond, comme vous le voiez icy en Romain: b en un olonguet et oval, tel qu'est l'Italique: et c en une autre maniere deo, tant soit peu carré sur les flancs qu'il suffise pour lediscerner; mais on n'en use pas en l'Imprimerie. Ausurplus l'on procederaen tout et par tout de la mesme sorte que porte la practique qui estlà traictee en ce fueil. pag. 2. Mais au suivant 201. il y en aencore une autre, non avec trois lettres, ains une seule par ses diversaccouplemens; qui s'en va le mesme chemin que les poincts, asterisques, etautres figures semblables n'aians aucune difference entre'elles; làoù o auroit esté pris pour exemple: et pour ce que lesintervalles et separations qui les distinguent pourroient amener quelquesoupçon, qui conduiroit finablement à la descouverture del'artifice, ce sera pour le mieux de remplir lesdits espaces avec une autremesme lettre variee aucunement, afin que l'escriture soit toute egalle sanspoint d'interruption ny de bresche, et par ce moien que la ruze demeurecachee: Ce que nous representerons icy puis que nous ne pouvons mieux, avecle o Romain pour les accouplemens qui forment les lettres, de la mesme sortequ'en la pag. 201. Et le o Italique servira pour faire lesseparations, et <f 243r> remplir les vuides; Enquoy nous prendronsce subject: Tout se peult à un bon esprit, qui ira de cestemaniere O O 0 O O O 0 O 0 O O 0 O O 0 O 0 O O 0 O O O 0 O O 0 O O 0 O O O0 O 0 O O 0 O 0 O O O 0 O 0 O 0 O O 0 O O 0 O O 0 O O O 0 O 0 O 0 O O 0 OO 0 O O O 0 O O 0 O 0 O O O 0 O O 0 O O 0 O O O 0 O 0 O O O 0 O O O 0 O O0 O O 0 O O O 0 O O 0 O O 0 O O 0 O O 0 O O O 0 O 0 O 0 O O 0 O O 0 O 0 OO 0 O O 0 O O 0 O 0 O 0 O O 0 O O 0 O 0 O O O 0 O O 0 O O 0 O O O 0 O O 0O 0 O O 0 O 0 O O 0 O O O 0 O O 0 O O O 0 O 0. Certes cela n'estant pointdivulgué, donneroit assez à penser de plaine arrivee: Bien estvray qu'il y a une grande quantité de caracteres pour exprimer peude subject; Parquoy nous en chercherons icy d'autres voyes pluscompendieuses. Chiffre de cinq caracteres tant seulement.
  CY devant en la page 202. a esté inseree une petitetable monstrant la maniere, qu'au lieu de trois caracteres qu'il failloitpour chaque lettre, on se pourra passer de deux; mais en recompencelà où pour ces trois l'on n'en emploioit aussi que troisdifferends; il est en cest autre besoin d'user de cinq sur vingt lettres,dont ils font la quarte partie. Si donques ces vingt lettres sont reduittesà seize, il n'en faudra que quatre; lesquelles appariees deuxà deux suffiront pour escrire tout ce qu'on voudra. Ausurplus celase peult effectuer, tant avec les capitales marquees de rouge, que les notesdu chiffre, qui iront pour lettres; et se reserver 9. et 0. pour nulles, oupour entresemer un sens apart.
<f 243v> [FIGURE]
  LA practique en est toute telle que des cinq lettres, prenantcelles qui sont marquees en capitales rouges au front d'enhault et àcosté, au croisement desquelles se rencontrera la petite lettre del'aire, qu'on veult exprimer; comme t en x et q; o enq q; u en x x: t en x q: Somme x q q q x x x q, qui veult dire Tout. Ce n'est que la mesme chose tousjours, peult-onalleguer: ouy; mais si au lieu de ces quatre lettres nous n'en prenonsqu'une seule variee de quatre sortes, selon que vous avez veu cy dessus;
Chiffre d'une seule lettre.
si que la premiere de chaque carré serve pour f; laseconde pour g; la troisiesme pour q; et la 4. pour x;ce sera comme escrire d'une seule lettre, à cause de ce peu dedifference qui y est marquee secretement. Aumoien dequoy voilà uneautre commodité que nous ameine encore ce retranchement de lettres;et leurs diversitez de figures. Le mesme se peult practiquer encore<f 244r> par les caracteres du chiffre a compter, selon qu'ils sontcottez en la table susdite au bas des capitales rouges, deux pour chacune,dont l'on prendra laquelle qu'on voudra; comme pour exprimer t, aulieu de x q qui le representent, on peut mettre 43. ou 47. ou 83. ou87. et ainsi des autres, en les accouplant à vostre discretion etplaisir, selon que vous l'aurez comploté avecques lecorrespondant:
Fueil. 199.
lesquelles manieres de chifres sont comme l'envers de ceux àdouble entente, où chaque caractere importe deux lettres; et en ceuxcy, les deux ne servent que pour une. Et là ou és chifresdoubles on choisist au bord d'enhaut et de costiere les lettres qu'on veutrepresenter par les caracteres semez dans l'aire, qui respondent àla croisee du rencontre desdites deux lettres, icy au rebours on prend dansl'aire la lettre qu'on veut desguiser par les caracteres des bords, qui sevont rencontrer en ladite lettre.
  AU regard de la seconde table, qui consiste de cinq alphabets,chacun de cinq lettres tant seulement; mais variees de trois façonspour fiare quinze, car H y est exprimee par l'une des punctuations,part un autre artifice fort extravagant;
fueil. 37. 132. 188.
à l*imitation presque de ce chaos et confusion de lettresenquoy le Torah ou la loy fut donnee à Moyse, en un globede feu: à sçavoir d'escrire cinq choses differentes, voire encinq langages tout pesle-mesle, par les cinq alphabets dessusdits, dont ilen a esté desja touché cy devant quelque chose au fueil. 193.mais là on procede par la triplication des trois caracteres; et icypar la triple<f 244v> varieté de figure en chacun des cinq. Et combien quede primeface cela semble devoir estre si embarrassé, qu'il n'y aesprit qui sceulst prendre la patience de le demesler; neaumoins rien n'estde plus dilucide et aisé; à cause que les alphabets sont fortbien distincts; et se peuvent facilement discerner les uns des autres, tantau chiffrer qu'au dechiffrer. Mais pource que cela se comprendra mieux parexemple, en voicy un ouquel il y a cinq mots, chiffrez chacun par sonalphabet à part; Vertu n'a besoin de faveur.
[FIGURE]
Chiffre double de 72. caracteres.
  DE ce mesme retranchement, et de la varieté de figure,part une autre invention encore d'un chiffre carré à doubleentente, le plus exquis de tous ceux qui ayent esté descouversjusqu'icy, car il consiste de peu de caracteres au prix des autres, dont ilest tant moins embrouillé, et plus facile à faire croire qu'iln'y auroit que l'un des deux sens, si l'on estoit surpris, et qu'on fustcontraint d'exhiber son chiffre: mais aussi a il fallu pour cest effect deseize lettres se restreindre à douze; enquoy neaumoins il n'y a pasbeaucoup d'incommodité; car H en premier lieu passe par lapunctuation; B se peult aisément suppleer par le P; D par T; et O parV: mieux assez que nompas au rebours V par O: T pr D: et P par B: parquoynous <f 245r> les avons icy emploiez plustost que les autres. Chaquecaractere ausurplus des 24. est diversifié en trois manieres, pourarriver au nombre de 72. à quoy monte la multiplication des douzelettres estendues de front, par les six accouplees deux à deuxà costé, comme on peult voir en ceste table.
[FIGURE]
  EN voicy la practique, pour laquelle nous prendrons ce doublesubject; assavoir pour le sens qu'on voudroit tenir moins caché;Un tel monstre de vous aimer; et pour l'autre plus reservé;Mais il vous trahira s'il peult. Vous y procederz doncques ainsi,mais il fault entendre, d'autant que les lettres marquees en capitalesà costé sont accoupplees deux à <f 245v> deux,parquoy il adviendroit souvent, qu'au dechiffrer on seroit en peine desçavoir celle qu'on devroit prendre; qu'à cela il se remediepar le moien de ces deux caracteres f f et s s, ou de semblables; qui enapparence seront semez parmy les autres comme pour nulles tant seulement,mais en secret, par tout où il sera question d'exprimer la lettre dedessous, on mettra consecutivement apres celle qui la represente, l'une deces deux notes, qui en servira d'advertissement: Pour celle de dessus, ilne fault que le seul caractere du rencontre, en ceste maniere; V et M, seviennent croiser au troisiesme q de la table: N et A, au secondt: T et I, au troisiesme n: E et S, au premier y: etainsi des autres. Vous pouvez encore adjouster si bon vous semble une tiercenulle comme z, ou autre telle, qui servira pour la separation desmots, et en eviter le meslange et confusion: et au reste transposer le toutcomme il vous plairra.
  ON peult d'abondant proceder en ces chiffres doubles d'une autresorte, estendant les seize lettres de front; et pour le regard de celles quileur correspondent au costé gaulche, les reduire à douze;parquoy il les faudra tripler, afin qu'il n'y ait que quatre rengs;
Autre chiffre double de 64. caracteres.
si qu'il n'y aura que 64. caracteres en tout: comme vous pouvez voirpar la table suivante, où nous avons employé ces caracteresde plusieurs sortes, et la plus grande part renversez, pour nous accommoderà l'Imprimerie; mais en leur lieu, l'on en peult forger à safantasie de tous nouveau. Que si c'est la premiere <f 246r> qu'onvueille exprimer, il ne faudra rien adjouster apres le caractere durencontre: Si la seconde, on l'accompagnera d'un coma : si latroisiesme, d'un poinct. On y peult semblablement inserer des nulles, quitiendront par fois le lieu desdites punctuations, afin de diversifiertousjours.
[FIGURE]
  MAIS on peult reduire les seize lettres d'enhault à douze,aussi bien que celles qui sont à costé, de façon qu'iln'y en auroit que 48.
Autre de 48. et de 24.
Et encores en les accouplant deux, à deux comme les autres sonttrois à trois, que vingt quatre; moyennant cinq punctuations, enceste maniere. La premiere des deux d'enhault avec la premiere decosté, rien que le caractere du rencontre tout simple. La premiered'enhault avec la seconde costiere, une virgule subsequemment , . Cestepremiere avec la 3. costiere une disjunctive ; . La seconde d'enhault avecla premiere costiere un coma : avec la 2. un poinct . avec la troisiesmeun interrogant ? . le tout selon ceste table. Que si ces accouplemens dedeux lettres au front d'enhault estoient <f 246v> chacun reduità trois comme les costieres, et restreints en quatre espaces, il nefaudroit que seize caracteres en tout pour ce chiffre double:
De seize.
Fueil. 236. b.
Qui est-ce que nous avions proposé cy devant, de monstrer lesmoiens comme d'une telle multitude et confusion de quatre cens caracteresés chiffres doubles de vingt lettres, on se pourra peu à peu,et par les menus, restraindre jusqu'à un tout seul; àl'exemple que toutes choses provenans de l'UN, ou de l'UNITÉ, et delà s'estendans comme en infiny, retournent finablement d'ou ellespartirent.
[FIGURE]
Chiffres meslez.
  ICY me revient en memoire certain chiffre que je pourroisavoir oblié cy devant, lequel participe des clefs, et des chiffrescarrez à double entente, bien qu'il soit simple, mais au resteindissoluble. Car ores que l'esprit humain par son industrie etsagacité puisse descouvrir quelque chose sur ce qui luy estproposé en veuë; que sçavroit-il neaumoins conjecturer<f 247r> ne gloser sur ce qui ne luy apparoist en aucune sorte ? Ignotum, à sçavoir, per ignotius; ainsi quepourroit estre quelque mot du guet complotté en la secrete pensee dedeux persones qui s'entr'entendent: Ce seroit certes une trop outrageusedevinaille, surpassant presque la portee Angelique;
3. des Rois, 8.
car celà est reservé à Dieu seul; Qui nouitsolus cor omnium filiorum hominum. Ce chiffre donques depend encore dela table du fueil. 50.b, ou autre semblable carree; dont l'usage se fourcheen deux en cest endroit, avec bien peu de difference. Pour exemple soit cetheme icy pris du poëte Arat; Nous sommes tous d'une celesterace; au lieu de proceder à un sens double, nous n'en prendronsqu'un seulement; que nous contrechiffrerons sur quelque subjet tenant lieude clef; comme, pour avoir plustost fait, le commancement cy dessus; Icyme revient en memoire:
Fueil. 48. & 49.
il faudra faire selon qu'il a esté dit és chiffres desclefs;
Fueil. 50.b.
c'est de regarder au front d'enhaut de la seconde table éscapitales noires, qui sont en cest endroit plusapropos que les rouges, lapremiere lettre de vostre clef, qui est i; et en sa colonnedescendant en bas, à quelle autre lettre des carrez de l'aire ellese va rencontrer au croisement de la premiere de vostre sujet, éscapitales noires aussi de la main gaulche; ce sera r. Poursuivez demesme: Soubs c, o se retrouve en m: souz i, u enc: souz m, s en o: tellement qu'au lieu
deNous il y aura r m c o.   L'AUTRE voye est de mettreau lieu de la lettre contenue és petits carrez respondant aurencontre <f 247v> des deux capitales; une qui soit la tantiesme del'alphabet, qu'est le carré à compter descendant en bas,ouquel se rencontre laditte lettre; comme au lieu de r qui se trouveau dernier sous i, mettre x, qui est la vingtiesme lettre,parce que c'est la vingtiesme chambre et la derniere, comme x l'estde l'alphabet de vingt caracteres. Au lieu de m, qui se rencontre lapremiere au croisement de c et o, mettre a, qui est lapremiere aussi: au lieu de c la septiesme en la croisee de iet u, mettre g: au lieu de c en la croisee de met s, où elle est au 5. carré, mettre e: ou bienprendre transversalement l'ordre desdites lettres és rengees degaulche à droit, mais il faudroit transposer autrement les lettres,parce qu'ells ne sont pas là bien ordonnees pour cest effect. Vostredexterité et discretion vous guidera pour le surplus. Et encore quececy ne paroisse de primeface autre chose que les chiffres des clefs; c'estneaumoins une ouverture à d'autres fort ingenieux artifices, àqui y voudra un peu mediter de plus pres. Car tout ainsi que des lignesprocedent les superfices; et des superfices les corps solides: et que deplusieurs demonstrations simples d'Euclides en forment d'autres composees;et de ces composees, d'autres encore qui le sont plus; en semblable desMaximes et reigles generales des chiffres de nous atteintes en cest ouvrage,s'en peuvent forger un grand nombre, qui seront meslez de deux, trois, ouquatre d'icelle; tel qu'a esté le precedant: auquel nous adjousteronsde surcrez l'artifice d'escrire de quatre lettres du fueil. 143. maispractiqué d'une autre sorte.
<f 248r> Autre chiffre à clef, de quatre lettres.
Je chiffre donques ce que je veux tenir occult sur tel subjet qui auraesté convenu avecques mon correspondant: et pour exemple soit celuymesme de cy dessus; Nous sommes tous, etc. Et la clef pareillement,ou contresujet; Icy me revient: n apres i se trouve estre latroisiesme en ordre; je mettray non la 3. lettre c, ains y procederayd'une autre façon, pour n'user que de quatre lettres, dont l'uneencore ne servira que pour la distinction des nombres qui expriment icy leslettres: les nombres dis-je à l'imitation des Latins, quijusqu'à cent n'en emploient que ces quatre icy; I. V. X. L. maisjusqu'à vingt les trois premieres suffiront; au lieu desquelles j'ensubstitue d'autres pour tousjours desguiser l'affaire;
Fueil. 230
prenons que ce soit F au lieu de I: G au lieu de V: et H de X: Q, irapour la distinction: parquoy je fais en ceste sorte: n apres ise rencontre estre la troisiesme, qui seroit c, en lieu duquel jemettrois III qui font trois, mais je mets trois f f f, avec unq pour la separation. Poursuivez de la mesme sorte; o apresc est la dixiesme; au lieu de x qui fait dix, je mets hqui tient son lieu, et q pour la separation: u apres iest la dixiesme, je mets h q: s apres m est la vi. je metsg f q: et ainsi du reste: si que ce mot de nous,chiffré sur ici m, va de ceste sorte f f f q h q h q g fq. Et à la verité qui ne cognoistroit le secret, ilseroit bien malaisé d'y rien deviner ny comprendre: et aussi peu,voire encore moins de venir à bout de le dechiffrer, parce que chacunpeut diversifier<f 248v> ces caracteres, et les transposer à sa fantasie,pour son usage particulier: mais il seroit bien aussi bon les laisserés nombres, comme si c'estoit quelque compte qu'on eust àrendre; au lieu du q mettant un point pour separation en ceste sorte; III. X. X. VI. que si vous m'alleguez la pluralité desditscaracteres pour exprimer une seule lettre, usez de ceux du chiffre variezde deux façons, si que chacun representera le sien: ou bien delettres en leur lieu comme vous verrez cy dessous. Mais n'employant quequatre caracteres, vous pouvez inserer parmy un contexte des autres seizequi restent, tant des notes du chiffre que des lettres; chiffré del'une des manieres qui vous viendra le plus à gré. Voicy aureste la variation de ces caracteres, qui amenera de fort grandescommoditez;
Fueil. 192. b.
et mesme l'artifice d'un chiffre double, en les accouplant deuxà deux au lieu de trois; car leur difference est si petite selon quevous le pouvez voir, que malaisément se peult-on douter de la ruze;principallement en l'escriture à la main, d'autant qu'elle neconsiste qu'en un peu plus ou moins de rondeur ou carreure. Et pour ce queles lettres estants reduittes à seize, il reste deux de ces notes duchiffre, qui disent quatre; ces quatre telles que vous les voudrez choisir,se pourront espargner non seulement pour des nulles en apparence, et pourla separation des mots, amsi par mesme moyen pour un sens à part, quisera le troisiesme, suivant ce qui a esté redit desja plusieurs foiscy dessus; et que vous le verrez cy apres en practique.
<f 249r> [FIGURE]
  AU REGARD du chiffre double par les accouplemens desditscaracteres, il procede selon ceste table; de la propre façon que lesautres: Surquoy on sera adverty qu'à cause que nous n'avons pas cestedifference en l'impression, les capitales marquees de noir, au frontd'enhault, et à costé, monstrent qu'il faudra user de la noteronde pour la lettre qu'on veult exprimer; et les rouges, que c'est descarrees.
[FIGURE]
<f 249v>   POUR exemple, à ce que celà soitrendu plus intelligible; Tout est remply de la bonté divin; set o se viennent rencontrer en 51. Et pource que t estrouge, il faudra marquer le 5. carré, et 1. qui denote oqui est noir, rond: mais le caractere carré estant icy expriméen rouge, et le rond en noir, nous sommes contraints de l'exprimer en cestesorte 51. Suivent apres u et t tous deux rouges, c'està dire carrez, qui se croisent en 12. et ainsi du reste. Or quandcelà ira tout d'un train, et de noir, joint le peu de differencequ'il y a en la varieté d'un mesme caractere, il semblera; qu'il n'yen ait en tout que huict; et malaisément se pourroit-on appercevoirde la ruze, que chasque caractere en si petit nombre peust aller pour deuxlettres, en quelque sorte qu'elles se puissent accoupler; voire deux etdemie encore, so on vouloit y employer toutes les dix notes, qui disentvingt; et se passer de seize lettres.
  AINSI les notes du chiffre à compter semblent estre fortà propos pour l'occulte et secrete escriture, tant à cause dela facilité de leur formation, que pource qu'en quelque sorte qu'onles arrenge, ils constitueront tousjours un nombre, dont l'on se pourraaisément souvenir, tant au chiffrer qu'au dechiffrer. Bien est vrayque le mesme se pourroit faire, et pareillement au calcul, par toutes sortesde lettres usitees par les nations; et par des caracteres faits àplaisir, mettant a pour 1. b pour 2. c pour 3. etc.jusques à neuf; et h pour le zero O: Ce qui se peult<f 250r> transposer ainsi qu'on veult, et en changer le contexte entous sens; à recullons, du hault en bas, du bas en hault, etautrement pour esteindre le soupçon que ce fust escriture desguisee,ny autre chose qu des nombres ou Sommes; ce que ces caracteres ont depreciput sur tous autres. Dont voicy encore un nouvel artifice, qui mettroiten grande perplexité d'esprit ceux qui n'entendroient le secret;parce que la moictié des seize lettres vont seule à seule; etle reste deux accouplees ensemble, comme ceste figure le vous demonstre. 1. au reste sert pour les distinguer, et O. pour la separation desmots.
[FIGURE]
  POUR escrire donques le mesme subject dessusdit;Tout est remply, etc. il y aura en ceste sorte: 23171241231O291221231O9129151814131O. Mais là dessus s'en peuventbastir plusieurs autres.
  A CE propos, je me resouviens d'avoir veu autrefois des psaultiersexprimez par nombres en ces notes du chiffre à compter; non que celaformast aucune escriture, car il n'y en avoit point du tout, et n'estoit quepour un redressement de memoire:
Chiffre pour la memoire.
car <f 250v> les pseaumes estoient là compartis partables, chacune appropriee au sien; contenant autant de doubles rengeesdivisees en dix espaces, qui disoient vingt, comme il y avoit de versets aupseaume: et autant de ces espaces remplis de suitte par ordre, comme leverset À contenoit de mots; Si que chacun d'iceux exprimoit le sien par lenombre premierement de syllables; et audessous, par celuy des lettres: letout de la sorte que vous voiez icy representé le pseaume 117.
  Laudate dominum omnes gentes: laudate cum omnes populi.
  Quoniam confirmata est super nos misericordia eius:
  Et veritas Domini manet in aeternum.
[FIGURE]
  CELA avons nous bien voulu inserer icy; tant parce qu'il n'est pashors du subject des chiffres, que <f 251r> pour faire voir combienles hommes de tout temps ont esté curieux de se trasser chacunendroit soy quelques notes secretes pour se receler de la cognoissance desautres: comme les marchans en leurs marques, et papiers de compte; lesmedecins en leurs pieds de mouche; les Jurisconsultes en leurs paragraphes;et autres semblables. Mais nous en monstrerons cy apres bien de plusbizarres et derobbees; non en forme ny usage de lettres hieroglyphiques,chaque caractere important quelque sens complect, ains d'escriture lisableet distincte ainsi que celle de tous les livres, combien quemalaisément pourroit-on soupçonner que c'en fust: Et ceà l'imitation des Egyptiens, qui anciennement ont usé de l'unet de l'autre, selon que les tesmoigne ce lieu d'Apulee en sa Metamorphosede l'asne doré: Veteres AEgyptii libros habuere ignorabilibusliteris praenotatos, partim figuris animalium concepti sermonis compendiosaverba suggerentes; partim nodosis, et in modum rotae tortuosis,capreolatímque condensis apicibus à curiositate personarumlectione munita.
fueil. 131.b.
  IL a esté dict cy devant que tout le faict del'escriture, et des chiffres par consequent, car ils en dependent,consistoit en la forme des caracteres; en leur ordre; et en leur puissance:Que la forme au reste, gist ou en la figure des lineamens, ou en lavarieté des couleurs, ou des deux ensemble; car un a noirpeult representer une lettre; et un a rouge une autre: un verd toutde mesme, jaulne, ou bleuf, etc. <f 251v> De sorte que par la seulediversité des couleurs, sans difference de figure, on pourroit bienrepresenter toutes sortes de lettres; et escrire de caracteres semblables;ny plus ny moins que d'autre-part nous escrivons communement d'une couleurseule, moiennant la varieté de figures. Et sur ce propos des couleursdiverses en des figures qui sont semblables, se presente une assez gentilleinvention, d'exprimer toutes ses conceptions au lieu d'escriture, par descottoueres, ou patenostres, et autres tels desguisemens d'enfileures tenanslieu de lettres, selon que vous pouvez voir par cest alphabet; dont leshuict couleurs y marquees representent autant de lettres doubles, qui parle moien de quelques petits grains l'un d'une couleur, et l'autre d'unautre, qui seront semez entredeux, se pourront discerner: Pour exemple siune patenostre d'esmail blanc sert pour un a, y ayant un grain decorail enfilé apres, la mesme servira pour un b, si elle estsecondee d'un grain d'ambre, ou de Jayet; et ainsi du reste.
[FIGURE]
Fueil. 201.
  MAIS celà est un peu grossier; et se peult plusingenieusement practiquer par la voye de poicts · ····· et des O OO OOO. Employant pour des O Romains, qui parleurs divers appariements establissent les lettres, <f 252r>quelques grains de Jayet, ou d'Ebene; et pour les Italiques longuets enovale, 0, qui font la separation, des grains de corail, d'or,d'argent, ou semblable estoffe, à la discretion et commoditéd'un chacun. L'AUTRE maniere depend de la table du fueil. 243.b. avec quatresortes de grains, accouplez deux À deux pour former les lettres, selon quevous le pou vez voir esclarcy distinctement par cest alphabet.
[FIGURE]
  DE ceste ouverture d'enfileures et de Patenostres,et de la diversité des couleurs, peuvent naistre infinis autresartifices de mesme, pour contrefaire l'escriture, par des grottesques,guillochis, entrelaz, fueillages antiques, et moresques; et autres tellesfantasies, à guise des tapiz de Turquie, et ouvrages de damasquin.J'ay veu mesme arrenger et picquer desespingles par quarterons, en de grospapier comme on les vend communement, dont la difference consistoit àla teste, l'une un peu mieux arrandie et frappee que l'autre, faisans parce moien un effect semblable, que les deux sortes de patenostres, ou grains<f 252v> susdits. De maniere qu'en cest endroit il est impossibled'en prescrire aucun limite ne borne; Il suffist d'en addresser le grandchemin, où ne se trouveront qu'assez de petits sentiers et addresses,toutes tendans à un mesme but. Aussi nou-nous estudions plusd'enseigner les maximes et reigles generales de bastir des chiffres deplusieurs sortes, que de les bailler mecaniquement tous maschez: et ceà l'exemple d'Euclide et d'Archimede, qui se sont contentez detraicter des demonstrations, dont on peust inventer infinis secretsd'engins, instrumens et machines materielles, presque d'un incroiableeffect, dependantes toutes de certaines proportions, que l'esprit apprehendeet comprend trop mieux que ne font les sens corporels, ausquels ils ne lesont voulu rabaisser ne assujettir; comme tresdoctement le deduict Plutarqueen la vie de Marcellus. et en la seconde question du huictiesme desSymposiaques.
Mode de se faire entendre par des feuz de loin fueil. 115. fueil.202.
  AU regard de l'artifice de faire entendre ses conceptions pardes feux la nuict, et de la fumee sur jour, cela va presque conformementà l'escriture des lettres accouplees ensemble pour en faire une, quenous avons cy devant touchee, et que de surcrez ceste figure vous ledemonstre; en laquelle les nombres d'enhault marquent les feux de la maindroicte; et ceux de costé, de la gaulche: Si que pour representer una, il fauldroit lever une torche ou flambeau allumé àdroict, et un autre gaulche: Si un b, un à droict, et deuxà gaulche: Si un g, deux à droict, et deux à<f 253r> gaulche: Pour un o, trois à droict et troisà gaulche: Pour un t, quatre à droict, et troisà gaulche; et ainsi du reste, selon que les nombres se viennentà rencontrer, et croiser en la lettre que vous voulez estre exprimee:mais cest alphabet se peult transposer comme les autres. Ceste practiquepasse encore à s'entreparler tacitement par les doigts, en leseslevant en lieu de flambeaux, ou les placquant par l'ordre dessusdit surla bouche, ou sur l'un des yeux: sur laquelle ouverture se peuvent inventermille autres petites gentillesses et subtilitez; parquoy je ne l'ayvouluë oblier icy.
[FIGURE]
  AU rang des chiffres, pour le moins occulteescriture, peult-on bien releguer aussi les minutes des grefiers, notaires,sergens, et semblables manieres de gens de practique: et encore l'escriturede beaucoup de personnes, qu'à peine autres qu'eux sçavroientlire; <f 253v> combien qu'elle ne soit que de nos lettresordinaires, mais difformees de telle sorte, qu'on n'y sçavroitpresque rien discerner. Or laissant à part ces vicieux chaffourremensqui procedent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent enperspective, car en y regardant de front, on n'y sçavroit riendiscerner de lisable; mais l'accommodant obligquement en l'assiette qui luyest propre, ce qui estoit imperceptible apparoist; Ce n'est pas chosetoutesfois dont on se puisse prevaloir, ny en tirer aucun usage; il suffistde l'avoir remarqué en passant. Il y en a d'autres qui dependent dela seule acuité de la veuë; la lettre estant se deliee quel'oeil à peine la peult comprendre; telle que s'est veuë denostre temps celle d'un gentilhomme Siennois appelléSpannochio, qui escrivoit sur du velin, sans aucune abbreviation,tout l' In principio de S. Jean, en autant ou moins d'espace quene contient le petit ongle; d'une lettre ausurplus si exquise et si bienformee, qu'il ne seroit pas possible de mieux; mais qu'on n'eust sceubonnement lire, sinon avecques les yeux d'un lyncee, ou à tout lemoins des lunettes propres à ce, semblables aux miroüersimproprement appellez ardents, qui rendent à la veuë touteschoses trop plus grandes qu'elles ne sont; tels que ceux dont Lamprideescrit l'infame et debordé Heliogabale avoir eu un cabinet revestu,pour l'abbuz de ses detestables ordures: ou avec une phiole de cristallinpleine d'eau de vie, ou de vinaigre distillé au dernier degréde subtilité; car il n'y a rien de <f 254r> plus clair, nyplus transparent que ces deux liqueurs bien rectifiees, ny qui esclatte plusà la veuë; en mettant quelque lumiere au derriere, pour lareverberer sur la chose que l'on veult voir. Telle estoit aussi l'escriture,et les traits d'un peintre Anglois nommé Oeillarde, depuis huict oudix ans en ça; d'autant plus à esmerveiller, que cela sefaisoit avec un pinsseau faict des poils de la queuë d'un escurieu, quine resiste ny soustient pas comme feroit une plume de corbeau, qui esttresferme, et se peult tailler deliee sur toutes autres, ou de semblables;là où le pinsseau obeïst et traisnasse; si subtilepareillement, qu'il n'estoit possible aux yeux plus aigus d'y riendiscerner, que par le moien de ces lunettes de perspective, et encoreà un clair Soleil, ou avec le secours dessusdit de la phiole. Tellesfurent au temps jadis, et plus admirables sans comparaison, comme procedansdes deux plus souverains maistres qui onques furent en cest endroit, lestrois lignes de trois couleurs s'entrecoupantes en leur espoisseur, siespoisseur on doibt appeller des traits si subtils, que trasserent àl'enuy et emulation l'un de l'autre, Apelles et Prothogenes, selon que leracompte Pline liv. 35. chap. 10. lequel au 7. livre, chap. 21. apresCiceron, allegue toute l'Iliade d'Homere, qui contient de quatorze àquinze mille vers, avoir esté escrite de si menue lettre en velin,qu'elle pouvoit toute en une coquille de noix, ainsi que nous voyonscertaines paires de grands de Vendosme, propres pour une <f 254v>moienne personne. Zonare tome 3. de ses annales, en l'Empire de Basilisque,parle d'un boyau de serpent long de six vingts pieds, ouquel estoientescrites en lettres d'or l'Iliade, et l'Odissee: mais cela n'estoit pas siestrange que le precedant; et ce que Suetone touche en la vie de Neron,article 47. de deux gobelets qu'il avoit entre ses plus favorites et cheresbesongnes; sur l'un desquels estoit gravee l'Iliade, et l'Odissee surl'autre. Le mesme Pline au lieu cy dessus amené du 7. livre, met queCallicrates tailloit des formis, et semblables petits bestions d'ivoire; etMyrmecides des chariots attelez, de quatre chevaux, avec leur conducteur surl'un; et des navires de la mesme estoffe; le tout si subtil et sidelié, qu'il estoit comme impossible de faire distinction desparties: Ce qu'il resume encore au 35. liv. chap. 5. adjoustant que c'estoitde marbre, chose plus malaisee encore. Au surplus assez de gens ont peu voirde nostre aage, des coches de verre à quatre roües attellez detrois chevaux, avec le cochier tenant son foüet desployé enl'air, le tout couvert de l'aisle d'une mouche: et des ouvrages de plusfresche dacte d'un certain torneur de Crouttelles, presqu'incroiables: Entreautres un jeu de quilles avec la pirouette, dans une bouette garnie de soncouvercle, le tout d'ivoire excellemment elabouré, qui ne pesoientpas ensemble trois grains. Je puis dire avoir veu aussi en mes jeunes ansun orfevre à Molins, natif d'Ansterdan en Hollande, qui avoitenchesné une pulce en vie, à une chesne <f 255r> d'orde cinquante chesnons, ne pesans pas toutesfois trois grains. Mais telleschoses sont aucunement hors de nostre propos; aumoien dequoy il suffist d'enavoir incidemment parcouru ce peu que dessus.
  MAINTENANT pour venir au troisiesme article des chiffres, quidepend de l'ordre, suitte, et assiette des caracteres, dont le signifiancesse changent selon leurs diverses collocations, j'en mettray cy des artificesqui consistent tout en cela; Parquoy il n'est point besoin d'y avoirdifference aucune ny de figure, ny de couleur, ains seront les notes toutessemblables;
fueil. 76.b.
Comme de poincts, estoilles, fueilles d'arbres; et en somme tout ce quise peult representer en nature, et hors d'icelle imaginer de fantastique enl'humain esprit. Bien est vray qu'en une telle page que pourroient estrecelles-cy estendues au double, ne sçavroient tenir plus de cent ousix vingts caracteres qui servent: mais d'autant qu'és chosesd'importance il n'est pas question de se dilater en langage, ains s'yrestreindre le plus qu'on peult, ce nombre là pourra suffire pourexprimer assez de sens; à tout evenement il ne fault que reiterer,et desguiser le tout sous quelque pretexte qu'on verra le plus àpropos; comme de mettre dans sa depesche en lettre aperte; Je vous envoiela figure et disposition du ciel, pour une telle, ou telleconstellation; et choses semblables, pour <f 255v> effacer lesoupçon que ce fust escriture. Davantage y a il rien en bonne foy,selon que vous le pouvez voir icy, qui mieux ressemble la face du ciel enune claire et seraine nuict paré d'estoilles, et l'assiette etcollocation d'icelles en divers aspects et figures, telles que mesme lesastrologues descrivent leurs astres ? car il ne faut pas estimer qu'ellesaient esté ainsi temerairement arrengees ssans quelque mystere etsignifiance, ainsi que l'a sceu fort bien remarquer Rabi Moses Egyptien liv.2. chap. 20. de son directeur: Omnia ista sunt propter causam quamignoramus; neque sunt frustrà, neque casu; sicut nec venae incorporibus animalium, ita vt vna fuerit grossa, alia subtilis, absqueintentione aptatoris. In neruis etiam diuersitas etc.
fueil. 81.b.
Et pourtant est-il dit au pseaume 147. Que Dieu a compté lamultitude des estoilles, et leur a imposé à toutes desnoms; c'est à dire qu'il en sçait le nombre, et encognoist les vertus, proprietez, et effects. Ce qu'il ne faut pas trouversi estrange de leur Createur, puis qu'un homme mortel Hipparque l'attentabien, moiennant certains instrumens de luy inventez pour celà:
Pline liv. 2. chap. 26.
Ausus rem etiam Deo improbam, annumerare posteris stellas, ac sydera adnormam expangere, organis excogitatis per quae singularum loca atquemagnitudines signaret:
De sorte qu'il en apperceut une à sondire, nouvellement nee de son temps, et adjointe à celles quisouloient estre: Ce qui le mit en opinion, et quelques-uns encore apres luy,que nos ames apres ceste vie venoient à estre transmuees en desestoilles:<f 256r> Là dessus mesme bat Mahomet au commencement de sonAlchoran, de ceste belle jeune dame à qui les deux anges Aroth et Maroth aians declaré la maniere de monter auciel, elle estant parvenuë là sans en vouloir plus redescendre,fut convertie en la lumineuse estoille du jour. Mais bien plus pertinemmentau propos que dessus ce passage icy de Sainct Luc 10. [G] Resjouissez-vous plustost que vos noms sont escris au ciel; c'està dire au livre de vie. Ce qui est confirmé encore par lestraditions des Mecubalistes et Mages;
fueil. 54.b.
Que toute la nature n'est qu'un beau volume et registre, où sontescrites les merveilles du Createur; et mesme au ciel en belle lettre bienlisable, à ceux aumoins qui la cognoissent. Et de cela en fait un deses articles le Comte Pic de la Mirande en la 74. des questions, ausquellesil se present de respondre par les proportions et les nombres; Vtrum incaelo sint descripta et significata omnia cuilibet scienti legere ? EtAgrippa apres luy au 2. liv. de son occulte philosophie, chap. 51. Demaniere que ceste escriture celeste d'estoilles, est appellee des Cabalistes [H] Chetah Malachim, l'escriture des anges: Parquoy elle n'estpoint oisive ne fortuite;
fueil. 87.b.
ains tout ainsi que l'assiette des pieces sur un tablier en un jeud'eschets ne signifie rien à ceux qui ne l'entendent pas; si faitbien à de bons joüeurs, qui ne sçavroient voir remuer unepiece qu'ils ne comprennent aussi tost à quoy cela tend; de mesmeest-il de la collocation des estoilles, et de <f 256v> leursdiverses assiettes en tant de differends compar-stimens, qu'il n'estpossible de les nombrer, constituans par ce moien infinis aspects etfigures. A quoy se raporte encore ce que mettent les Cabalistes; Quel'escriture des anges est placquee dans le creux et voulte du ciel, que estce que nous pouvons voir d'icy;
fueil. 44.b.
et celle du souverain Dieu sur le doz et convexité d'iceluy,hors du monde sensible en la partie exterieure, si cela se doibt ainsiappeller, où la divinité reside, dans le throne de son Ensophou infinitude. Ce qui estoit aucunement representé par les tables dela loy donnee à Moyse, escrites dedans et dehors, et lisables de deuxcostez;
fueil. 124. b.
assavoir la partie de dedans à chacun; et celle de dehorsà Moyse seul, par la revelation de Dieu; et à ceux àqui le Prophete en voulut depuis faire part. Voicy doncques deux exemplesde cest artifice; dont le premier est d'un ciel parsemé d'estoilles;exprimans ce subject du pseaume 19.
  Les cieux en chacun lieu,
  La puissance de Dieu
  Racomptent aux humains:
  Ce grand entour espars
  Nonce de toutes parts,
  L'ouvrage de ses mains.

<f 257r>   TOUTE ceste escriture au reste depend du seulordre, soit des estoilles, soit des points, ou semblables notes tenans lieude lettres, et de leur collocation et assiette; parquoy la varietény de figure, ny de couleur n'y faict rien: et si celà se peulttransposer d'infinies façons, dont le secret consiste au treillis quevous pouvez voir cy apres; ouquel il y a vingt colomnes et intervallesdescendans en bas marquees de leurs nombres par ordre: et seizetransversales rengees, qui les vont coupper en 320. carrez ou chambrettes,où se doivent asseoir les notes qui doivent representer les lettres,selon qu'elles leur correspondent en l'alphabet cotté à lamain gaulche, et que l'ordre de leur situation le requiert. Mais d'autantqu'en tous les seize carrez de chacune des vingt colomnes, de quelque sorteque celà puisse escheoir, és uns plus, és autres moins,ou point du tout, ne se peuvent mettre plus de cinq notes, parce qu'il n'ya que cinq differences d'assiettes, aussi toute ceste maniere de treillizne peult contenir que cent lettres; c'est à faire puisapres àreïterer tant qu'on ait parfaict ce qu'on veult escrire. Il fault doncqavoir une deliee lame de cuivre, ou à tout evenement de papier decarte; et la marquer de la maniere qu'est ce treillis; tous les carrezvuiddez à jour, fors ceux des nombres, et des capitales, si qu'il n'yreste que les filets pour faire la separation des carrez: Il se presuposequ'il est besoin d'en avoir <f 257v> deux toutes semblables, l'unepour soy, l'autre pour son correspondant. Puis vous procederez par une tellecollocation de poincts, que vous la voiez designee en ce carré, quivous manifeste tout l'artifice, car le parensus va de mesme.
[FIGURE]
  ASSAVOIR le coing d'enhault de main gaulche pour la premierelettre de chaque carré, ainsi qu'il est cotté icy; celuy demain droicte pour la seconde; du milieu pour la troisiesme; du coing d'embasau costé gaulche pour la quatriesme; et du droict pour la cinquiesme.Celà premis, placquez bien juste vostre lamine treillissee sur unefueille de paper du mesme calibre, et l'arrestez ferme qu'elle ne chancelle,car là gist toute l'importance: Puis vous marquerez au carréde la premiere colomne, qui correspond à la lettre que vous voulezrepresenter, un poinct au coing gaulche d'enhault; comme pour ne sortirpoint du subject exprimé icy, au <f 258r> droict de lapremiere lettre, qui est L: Au carré qui respond à E, en lamesme colomne, un autre point au coing droict d'enhault encore: En celuy quirespond à S. un au milieu: En l'autre de C. un au coing gaulched'embas: et de I. un au costé droict, qui est pour la cinquiesmelettre de ceste colomne. Celà faict, vous passerez à laseconde, et y procederez de mesme; continuant ainsi de rang en rang jusqueà la vingtiesme, selon que vous le voiez marqué de noir en cetreilliz, par les lettres que les poincts deguisez comme il vous plairra,representent. Mais tout celà se peult aussi commodeement executer,ou plus, avecq un semblable treilliz trassé sur du papierhuillé, où vous pouvez voir à travers bien àl'aise, tant au chiffrer qu'au dechiffrer; et alors il ne sera point debesoin d'y marquer plus d'un filet, au moien dequoy vous aurez les carrezplus spacieux, et moins embrouïllez et confus.
  AINSI ces poincts servans de lettres, sont pour le subjectdessusdit deguisez icy en forme d'un ciel semé d'estoilles, suivantla collocation declaree; ou s'il se trouve quelque tare, et à l'arbresubsequent aussi; assavoir qu'elles ne correspondent directement àleurs lettres, celà peult provenir de la faulte de la portraicture,qui ne les a du tout si bien adjustez comme il fault; et du treillispareillement, qu'il est bien malaisé de former si <f 258v>exacte avec des reiglets de l'Imprimerie, comme à la main moiennantla reigle et compas: mais ces figures suffiront pour vous en monstrer lamaniere, ainsi qu'un modelle de quelque edifice.
<f 259.1-2> [FIGURE]
<f 260r>   EN ceste autre planche, qui a la forme d'unlaurier dont les bacques servent de lettres, car les fueilles n'y sontadjoustees que pour ornement, comme si c'estoit pour servir de nulles, lascituation n'en est pas telle que la precedent; ains en forme du signe dela croix que nous faisons communement, du hault en bas; de gaulche àdroict; et finablement au milieu, en ceste sorte.
[FIGURE]
  QUE si les chambres ou carrez estoient un peu plus spacieux queceux du treilliz cy dessous, on y pourroit adjouster aux quatre coings uncaractere, qui seroient neuf en chaque carré; et neuf vingts pourpage. Ces bacques donques ainsi assises, font ces trois versets du Pseaume103.
  Sus loüez Dieu mon ame en toute chose;
  Et tout celà qui dedans moy repose,
  Loüez son nom tressainct et accomply.
Lequel subject est occultement exprimé par ce laurier revestude fruicts et de fueilles.
<f 260v-261r> [FIGURE]
<f 261v>   MAIS vous pouvez encore renverser ce treilliz,et son ordre, en mettant les lettres en hault, et les nombres àcosté, au rebours du precedant, qui est marqué de noir, etcestui-cy de rouge, pour vous le faire mieux comprendre; avec quelques mots,de l'un et l'autre des deux subjects.
<f 262.1-2> [FIGURE]
<f 263r>   JE ne veux pas nier au reste, que ceste maniered'escrire ne soit un peu laborieuse, mesmement au dechiffrer; et qu'il nes'en trouve assez d'autres de plus commodes et aisees; mais tant est qu'ons'en peult servir au besoin: et si nous ne les avons apposees, que pourfaire voir en practique ce qui auroit esté dit cy devant; que toutce grant univers n'est qu'un livre, où sont escrites les merveillesdu Createur, en tresbelles et lisables lettres comme un contexted'escriture, desquelles servent tous les individus qui y sont, selon l'ordrede leurs arrengemens et collocations, et non par les differences de leursfigures ne couleurs; tout ainsi que la terre selon ses diverses scituations,et aspects du ciel, produist en un endroit des simples, tant mineraux quevegetaux; des bestes aussi et oiseaux; et la mer des poissons, qui nes'engendrent point ailleurs.
Autres chiffres doubles.
  CES treillis se peuvent encore emploier à un autreusage d'escrire, et mesme à un chiffre de double entente, avec lesnombres; et plus deguisement beaucoup, avec les marques des sept Planetes,et des douze signes, tenans lieu de nombres, comme vous voiez cy apres:Neaumoins les uns ny les autres ne sont pas icy appliquez pour servir delettres, ains ce sont les carrez qui en servent au rencontre des deuxalphabets; et les nombres inserez dedans monstrent l'ordre qu'on les doibtprendre pour la suite de son subject; chacun d'iceux carrez exprimant deuxlettres. Voicy doncq' comme on pourra approprier <f 263v> lescaracteres des Planetes et signes pour ceux des nombres; en sorte quemalaisément y sçavroit-on soupçonner autre chose, sinonque ce fussent quelques manieres d'Ephemerides, ou semblables astronomiquesobservations. Mais vous devez estre adverty, que par les nombres il faudracommancer à un, 1. et par les planetes et signes à onze, 11.afin de les accoupler ensemble, et par ce moien donner plus de couleurà l'affaire, quand on cuidera que ce soit tel ou tel planete en telsigne. Et pource que la marque de l'Escrevice est conforme au nombre desoixante neuf, 69. et celle du Capricorne un peu plus fascheuse àrepresenter que les autres; et que nou-nous pouvons passer en cest endroitde dix seulement, autant qu'il y a de notes du chiffre, ces deux se pourrontreserver l'une pour representer 100. et l'autre 200. là où ilsera question de s'estendre en plus grand' quantité d'escriture. Toutcela au reste se peult varier à vostre appetit; et les lettres setransposer d'une autre sorte qu'elles ne sont, afin que chacun aye sonalphabet à part, et que les autres n'y cognoissent rien.
[FIGURE]
  EN cecy l'on peult proceder doublement: par les caracteres enpremier lieu des planetes et signes tenans <f 264r> lieu de nombres;et commencer comme a esté dit à onze 11. assavoir la Lune [X] qui marque 1. avec le mouton, [X] qui marque un 1. aussi, lesquels deuxensemble 11. font onze en chiffre, et les loger en la chambre du rencontredes deux lettres que vous voulez exprimer. Comme pour exemple en ce subjectcy; On doibt s'efforcer de bien vivre, pour mourir puisapres demesme; nous prendrons deux lettres de suitte assavoir o n, aurencontre desquelles vous trouverez marqué [X]. qui est le premiernombre par ceste voye, assavoir onze 11. Suit puisapres s e; aucroisement desquelles j'ay mis [X] qui fait un 1. avec le [X] qui estle second signe, et faict deux 2. Et ainsi du reste; tousjours avec lecaractere de la Lune, et de signe en signe, jusques à ce qu'on soitarrivé aux poissons [X], qui representent 0. et mis apres 2. fontvingt 20. qui est, parce que l'on commance à 11. le dixiesmeappariement de deux lettres. Cela fait, vous viendrez au second planete quiest mercure [X], representant 2. en l'accouplant apres le signe du mouton [X], qui est le premier en la chambre du rencontre de n u, si quevous exprimerez par ces deux, 21. qui est l'onziesme appariement. Poursuivezde ceste façon; il n'y a rien de plus aisé.
  L'ALTRE voye, qui n'est toutesfois comme en rien dissemblable,sinon de prendre une lettre du premier vers, et une du second, commeo et p, procede icy par les notes du chiffre, et suite desnombres: car pource que ces deux lettres sont le premier accouplement,<f 264v> je marque 1. en leur rencontre; ainsi que je fais 2. eniceluy de n et o, qui est le second: et ainsi de main en maintout le demourant; comme vous pouvez voir en ceste table, où ce quiva par les planetes et les signes est marqué de rouge; et de noir parles nombres, pour le mieux discerner icy; car à bon escien il faudraque le tout soit noir, et pouvez user des deux ensemble; car tant plus letreillis sera chargé de matiere, pourveu qu'il n'y ait point deconfusion, le chiffre en apparoistra plus beau et occult: et si ces nombresapposez avec les planetes et signes persuaderont davantage, que ce doiveestre quelque mystere d'astrologie. Mais pource que les degrez ne passenttrente en chaque signe, et les minutes ne vont que jusqu'à soixante,comme font aussi les secondes, et tierces, ensemble les autres fractionssubsequentes; si l'on vient à exceder ces nombres là, il serabon de le marquer par quelque secrete note qui en serve d'advertissement;comme en usant de la seconde forme des caracteres du chiffre, tels que vousavez peu voir cy dessus; ou d'autres artifices semblables, afin qu'on puisseappercevoir ceux qui doivent aller les premiers, et qui apres.
<f 265r> [FIGURE]
<f 265v> MOIENS d'emploier les caracteres servans de nulles, pour deslettres qui feront un sens reservé à part; et ce par leurseule position et assiette.
  C'EST l'ordinaire en tous les chiffres, mesmement ceux dontl'on use communement és cours des Princes, de semer parmy l'escriturehuict ou dix caracteres oisifs, qui ne forment rien que ce soit, ains sontseulement pour brouïller le sens qu'on pourroit atteindre par la suitteet rencontre des lettres, selon les reigles de cest art, et en rendretousjours le dechiffrement tant plus malaisé. Cela au reste dependde la discretion d'un chacun, de les adjouster et espandre ésendroits le plus à propos, pour troubler l'industrieuse conjecturedu dechiffreur, laquelle estant paraventure sur le poinct d'en obtenirquelque lumiere, ces nulles se venans mettre à la traversel'esbloïssent de nouveau, et offusquent, comme si l'on venoit soudaintendre quelque sombre et obscur rideau entre deux. Et encore,comme nousavons monstré cy devant, que ce surcrez de ruze et cautelle ne soiten rien quelconque necessaire és chiffres à clef, ensemble laplus-part des autres que nous avons touchez en ce livre, neaumoins pourceque sous le pretexte de ces nulles situees comme il est besoin, et nompasfortuitement et à la vollee, se peult practiquer un sens àpart, si couvert que malaisément s'en pourroit-on adviser qui necognoistroit le secret, Il nous a semblé d'en devoir recueillir icyquelques <f 266r> artifices, sur lesquels s'en pourront bastirplusieurs autres. Prenons donques que des vingt lettres nous n'en vueillionsqu'emploier les seize plus necessaires, reservant f. g. q. x, pources nulles, qui joüeront le roolle du sens plus secret. Quant a y,z, on s'en pourra aider aussi si l'on veult, en les semant par cy parlà à volonté sans aucune contrainte, pour servirsimplement de nulles et non d'autre effect, afin de tousjours plus en plusdesguiser et couvrir l'affaire. Et soit pour exemple ce theme icy; Letemps, et l'occasion sont les deux plus cheres choses de toutes, et pourtantil ne les fault pas laisser escouller en vain, car la penitence suivroit depres. Et ce qu'on veult cacher par les nulles; Sage celuy qui ensçait bien user: Je viendray à chiffrer le premier ainsique bon me semblera. Mais pour le mieux comprendre, usons icy de la plussimple commutation, car on pourra puisapres trop plus obscurcir le tout; Cen'est que pour rendre la chose plus clere: et soit cest alphabet icy,où il n'y a pas beaucoup de finesse; neaumoins il suffira.
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  LES nulles seront inserees parmy ces lettres où serachiffré le subject plus ample, de façon que f apres latroisiesme servira pour a; apres la 4. pour l; apres la <f 266v> 5.pour h; et apres la 6. pour b: et ainsi des autres, selon queceste seconde table vous monstre. Enquoy il fault estre adverty de compterles intervalles de ces lettres tousjours de la derniere nulleprecedente.
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  SELON l'alphabet dessusdit il y aura en ceste sorte, assavoir leslettres noires pour ce theme icy; Le temps et l'occasion sont les deuxplus cheres choses de toutes; et pourtant il ne les fault pas laisserescouller en vain; car la etc. Et les rouges qui sont les nulles, quenous avons ainsi variees expressément, pour les faire tant mieuxdiscerner, pour l'autre desrobbé sous leur couverture; Sage celuyqui en sçait bien user; u r i r q a d h f r i u q c o m g h t c bh c g b i u g r h p r f l h d x u l h q o s r e r h g o s c h r h q p r ig c l i r h q r i d c q l e i m b i g t u b f r u r q h d s m l x u i d mh u f m t h q h r e g r h o c l q u u r x e r b l q m t b g o m e u g.
  PAR l'autre maniere, l'on ne placque pas indifferemment nyà toutes heurtes les nulles pour servir <f 267r> de lettres,nomplus que par la precedente; combien que plus en liberté beaucoup,et frequentement si l'on veult; mais au lieu de quatre il en fault icyhuict, dont chacune sert pour deux lettres, non par leur figure ou valeur,ains par leur assiette et collocation, autre neaumoins que la precedente;assavoir selon qu'elles sont apposees apres une lettre de nombre impair, oupair suivant l'ordre de l'alphabet; comme il vous appert par cestefigure.
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  POUR exemple soient encore les dessusdits themes, que jechiffreray de mesme qu'au precedant, de noir l'un, et de rouge l'autre, enceste sorte: u f r i r a d q h r g i u & c o m h y t c b & h c k b i uk r g h p y r l h k d u l h o g s r e r h & o x s e h f r h y p r i c l qi g r h g r i d x c g l e i m b & i t x u b k r u f r h & d s m<f 267v> & l u i. Somme que les lettres noires font;Le temps, et l'occasion sont les deux plus cheres choses de toutes; etpourtant il ne les fault: et les rouges Saie celuy cui ensçait bien user. De ces ouvertures dependent infinies autrestelles ruzes, dont l'on peult receller ses intentions; lesquelles n'estanspoint encor cogneues ameneroient autant d'esbaïssement, commedivulguees de mespris; ainsi que de tous autres secretes les plus rares: etd'icelles, principalement de la premiere jointe avec les diverses figuresdes lettres, vient à naistre l'une des plus exquise et occulteescriture de toutes autres. La Ghematrie des Hebrieux.
  RESTE à ceste heure de venir à quelques autresartifices plus subtiles encore, dependans de ce que les Cabalistes nommentla Ghematrie, mot sans doute corrompu de celuy de geometrie; maisils comprennent aussi par là l'arithmetique, sans laquelle lageometrie ne peult consister, ne les mesures et figures sans les nombres;Si faict bien l'arithmetique qui est plus simple et plus formelle, sans lageometrie, qui est plus materielle et grossiere, comme sont les figures plusque les nombres; voire tout ainsi que la parole et l'escriture ne peuventestre sans quelque premeditation de pensee, là où la penseepeult bien estre sans la parole, ne l'escriture. Ils pourroient aussiparaventure avoir esté meuz de donner à ces deux sciencesjointes ensemble, plustost le nom de la seconde, assavoir la geometrie, caril est moderne, que de lapremiere ou arithmetique, de ce que Platon lamagnifie <f 268r> tant au 7. de la Republique, qu'il l'appelle lanotice du TOUSJOURS ESTANT, [G]. Et en un autre endroit, selon quel'allegue Plutarque en la 2. question du 8. des Symposiaques, il met queDieu l'exerce continuellement: Surquoy il discourt que Lycurgue bannit horsde Lacedemone la proportion arithmeticale, pour y introduire la geometrique;denotant par celle-là une tumultueuse confusion de la Commune, quiconsiste en nombre, et par consequant concerne l'egalité, en laquellechacun est le maistre comme rats en paille, Nos numerus sumus, et frugesconsumere nati, (dit Horace) Sponsi Penelopes, Nebulones,Alcinoique: et la geometrie la raison, parce qu'elle gist en ladifference des lignes plus longues ou courtes: ce qui denotel'authorité que doivent avoir les grands, et les gens de bien etd'honneur, de conseil, et de prevoiance, pardessus ceste dereiglee cheurmedu populace ignorant et brutif; la plus-part encore vicieux, desbauchez,temeraires, et precipitez; qui ne cherchent que l'egalité, dont iln'y a rien de plus injuste et pernicieux en un estat. Au moien dequoy Dieuen toutes choses, entant qu'elles le permettent, et que faire se peult, lasustrait du monde; et observe en son lieu le merite geometriquement, et ladignité; terminant le tout selon la raison. Platon donques par legrand et le moindre; descrit non seulement la matiere, comme le luy veultimputer Aristote, ains les formes aussi, ensemble tous les composez de ces<f 268v> deux, selon les degrez de leur essence et perfection; Nyplus ny moins que Pythagore avant luy, l'avoit fait par le nombre pair, etl'impair; et Empedocle par l'espoix, et le rare, qu'il constituoit entre lesPrincipes.
Chiffres par la voye des nombres et mesures.
A ceste imitation les Cabalistes ont basty des artifices d'escritureocculte, par la voye de ladite ghematrie; establis sur des nombres depoincts d'une part; et de longueurs de lignes de l'autre; qu'ils desguisentpuisapres de plusieurs sortes. Mais pour n'entrer point en une trop longueestendue desdites lignes, nou-nous contenterons icy de huict differences,dont chacune sert reciproquement pour deux lettres, qui se discernent parcertains petites marques et notes secretes, malaisees à appercevoir,de peur d'engendrer quelque soupçon de la ruze; qui est-ce que nouscherchons le plus d'eviter: et entre autres, de couper les trois ou quatreplus longues lignes par endroits, avecques si petit intervalle et distance,qu'elle n'aproche à la moictié pres le moindre les espaces quiresteront entre les lignes, lesquels servent aussi bien de lettres que fontles lignes, selon leurs mesures. Le mesme encore se peult effectuer par lesesloignemens des poincts l'un de l'autre; et les accommoder en estoilles,triangles, carrez, lozanges, ronds, lettres semblables; et generalement entoutes sortes de façons qui viendront à la fantasie, sansdifference de figure, de couleur, ny d'assiette; qui n'ont point de lieu encecy, ains les nombres tant seulement, et les mesures. Dequoy nous endonnerons <f 269r> icy des exemples, sur lesquels s'en pourrontformer plusieurs autres. Au reste il y a bien plus de commoditez en cesteinvention, que nompas en celles des treillis precedans; tant pource qu'ily pourra tenir de la matiere davantage, qu'aussi que de là procederaencore un autre artifice et mode de chiffre le plus secret de tous lesautres, et dont l'on se pourroit douter le moins. Voicy doncq la figure deslignes servans de lettres, selon leurs quantitez plus longues ou courtes;Surquoy se reiglent aussi les espaces.
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  L'USAGE de ceste table, et des artifices qui en dependent,consiste ainsi que vous pouvez cognoistre, à avoir quelque petitcompas bien juste; et en premier <f 269v> lieu marquer un poinct aucommancement de la ligne où vous voulez chiffrer par ceste voye;qu'il n'y aura point de mal de trasser legerement avec du charbon, afind'aller plus droict, car cela n'est pas icy de peu d'importance, et puis onle pourra effacer avec de la mie de pain. De ce poinct donques vouscommancerez à prendre vos dimentions avec l'une des jambes du compas,et estendrez l'autre autant que monte la ligne qui sert pour la lettre quevous voulez representer: Puis mesurer tout de mesme l'espace qui doibtdemeurer vuide entre la premiere ligne et la seconde, selon la lettre qu'ildenote; car ces espaces comme a esté dit servent aussi bien delettres que font les lignes, et par les mesmes dimentions Si que vous pouvezpoursuivre tout d'un train un subject; mettant la premiere ligne pour lapremiere lettre; le premier espace ensuivant pour la seconde; la deuxiesmeligne pour la tierce lettre; et le deuxiesme espace pour la quatriesme; etainsi du reste: ou bien poursuivre le subject par les lignes tant seulement;et reserver les espaces pour un sens à part, ainsi qu'éschiffres carrez à double entente, Que s'il reste quelque vuide aubout de la ligne qui ne soit capable de representer la lettre qui y doitestre exprimee, soit par les lignes ou par les espaces, vous y pourrezmarquer un poinct . un coma : un virgule , pour en advertir lecorrespondant. Et pource que les lettres sont accouplees icy deux àdeux, si qu'on se pourroit à tous propos mesconter à prendrel'une pour l'autre, <f 270r> vous pouvez remedier à cela parune section de la ligne en ceste sorte: Si c'est la premiere des deuxlettres marquees en teste, il faudra laisser toute la ligne en son entier:si c'est la seconde, on la couppera par le milieu, y laissant un bien petitespace comme s en ceste-cy -- -- . Pour le regard des espaces, si c'estla premiere lettre, vous les delairrez tous vuides; Si la seconde vous ypourrez marquer un petit traict correspondant aux bresches et lumieres deslignes en ceste sorte . - . Mais vous le pourrez mieux appercevoir par lafigure subsequente, où ce subject icy est exprimé; Nefaites à autruy ce que vous ne voudriez qu'on vous fist.
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<f 270v>   AU lieu de ces lignes l'on peult encore se servirde poincts ou d'estoilles, et semblables notes comme dit est: Que si c'estla premiere des deux lettres qu'ils representent, il suffira d'y en mettreun: si la seconde, il en faudra coupler deux pres à pres. Et seratrouvee ceste maniere d'escrire fort occulte entre toutes autres; carà tout evenement, quand bien on entreroit en soupçon dechiffre, on cuidera que ce soient les poincts ou estoilles qui servent delettres ainsi qu'és autres de cy devant; là où ce sontles longueurs des lignes et des espaces qui font cest effect; et ne semettent ces poincts à autre fin que pour les distinguer d'ensemble.Toutes lesquelles inventions apres avoir esté divulguees semblentcomme estre ridicules; mais ceux qui n'en cognoissent l'artifice, lesreputent pour un miracle non que malaisé, ains presqu'impossibleà concevoir. Et tels sont la plus-part des plus rares et exquissecrets; l'une des principales causes qui engarde de les reveler. A quelpropos doncq, peult-on dire, les vois-je ainsi prostituant ? Et dequoy(puis-je repliquer à cela) peuvent-ils servir renfermez àguise d'un thresor enchanté, dont personne ne reçoit aucunecommodité ne profit ? Neaumoins c'est une question ambigue, quibalance et se peult debattre en l'une et l'autre des deux parties; parquoychacun en peult faire à sa volonté, comme de son propre: maisde cela plus à plain cy apres encore. Cependant voicy des exemplesde poincts et d'estoilles; avecques quelques autres deguisemens,<f 271r> qui dependent tous de ces longitudes et dimensions. Etpremierement par les poincts sur ce subject; De la mesme mesure que vousmesurerez les autres, serez vous aussi mesurez. En quoy il fault estreadverty que ces dimensions se doivent prendre du second poinct, quand ilssont doublez pour monstrer la seconde lettre: Toutesfois cela se peultvarier à l'arbitre et discretion d'un chacun; comme aussi latransposition des lettres, que nous avons arrengees ainsi tout expres, parceque celles qui sont les plus frequentes en l'escriture, sont exprimees parles plus courtes lignes et espaces: et les autres qui interviennent plusrarement, par les plus longues, afin qu'on puisse comprendre plus desubject, quand l'estendue en sera moindre. On pourroit encore remplir lesespaces de quelques caracteres, et notes; et mesmes du chiffre àcompter, pour en former un second sens reservé à part; oupoursuivre tout d'un train le premier, en liant ces caracteres de suitteavec les lignes, et les espaces, pour tousjours embrouïller davantage.Voicy la figure où le subject cy dessus est contenu etexprimé.
<f 271v> [FIGURE]
  QUANT aux poincts, mais cela se faict par une autre voye, il yen a qui les sement parmy un chiffre de lettres transposees, en façondes bresches et fragmens de Festus, et semblables autheurs mutilez, de lamaniere qui s'ensuit; assavoir pour le regard des lettres, selon le secondalphabet du fueil. 222. pour plus grande facilité: et pour lespoincts par cestui-cy.
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  POUR exemple, prenons ce vers de Pythagore: <f 272r>Ne faites rien qui vous puisse offenser: Mais entendez, que lespoincts representans la seconde lettre, doivent estre precedez d'unz. adjousté à la queuë des autres lettres, commepour nulle toutesfois, et ne servant que d'une marque à discernerlaquelle des deux: Si c'est la premiere il n'y en faut point. Il y auroitdonques ainsi: b q r · · u h q g z · · · ·u q b e i · · · i c i z · · · · ·d i u g g z · · c r q b g z · · f. MAIS pourretourner à nostre propos, voicy encore le mesme subject cy dessus;De la mesure etc. deguisé en forme d'estoilles: Et pourcequ'elles occupent plus d'espace que ne font les poincts, il faudra chercherun expedient de se passer d'une seule sans les redoubler; qui sera d'alongerun peu le traict du milieu en celles des secondes lettres; et pour lespremieres laisser tous les quatre egaux, qui constituent huict rayons, commevous pouvez voir icy: mais cela se peult varier de plusieurs façons;mesmes de faire les estoilles des secondes lettres un peu plus grandes queles autres; ou de six rayons seulement au lieu de huict; ou au rebours; etsemblables marques secrettes qui sont de peu de'appercevance.
<f 272v> [FIGURE]
  L'ESCRITURE qui suit cy apres est contrefaitte àl'imitation de la Syriaque, à cause de ses liaisons et rotonditez;et va aussi par les mesures des longueurs; neaumoins il n'y en a que dequatre sortes, dont chacune est variee quadruplement; par le moien des rondsrecoquillez au bout de chaque ligne; assavoir deux par dessus, et autant pardessous; l'un d'iceux marqué d'un poinct au milieu; et l'autre toutvuide; comme vous voiez en cest alphabet.
<f 273r> [FIGURE]
  AUSURPLUS le subject qui est representé en la tablesuivante, est cestui-cy; Peu sont encor cogneuz les secrets denature.
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<f 273v>   DU mesme artifice depend ce chiffrement,deguisé en façon d'une maçonnerie de pierre de tailleouvree à la rustique, par des longueurs aussi de quatre differencessans plus, chacune d'icelles variees de quatre sortes; deux sans aucunspoincts, et deux avec un poinct au milieu: et de chacune de ces deux sortes,l'une trassee à la main droicte d'une ligne tant seulement, l'autre,de deux; selon que vous le pouvez voir par cest alphabet, ouquel les carrezde la fin des lignes, où il y a deux poincts, ne servent que pour leremplissement d'icelles.
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  LA figure suivante chiffree sur iceluy, contient ces mots: Leplus fort boulevard de tous autres, est le nom du Seigneur deuëmentinvoqué dessus nous; car il n'en faut pas abuser. Et àl'imitation de cecy s'en peult faire d'infinies <f 274r> sortes;dont nous en mettrons encore une autre cy apres qui procede par une autrevoye.
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<f 274v>   ON peult outreplus au lieu de ces dimensions,tant des lignes que des espaces, suivant l'autre branche de la Ghematrie,user de jambes distinctes par nombres, dont il en a estétouché je ne sçay quoy cy dessus, à propos des poincts,accommodees à la ressemblance d'une escriture Armenienne fortabondante en ces manieres de jambages. L'alphabet en pourroit estre telà peu pres, ou pour la difference des deux lettres jointes ensemble,les unes sont closes par le dessus comme m, n; et les autres par ledessous ainsi qu'un u.
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  QUANT à la separation des lettres, cela se fait par unplus grand esloignement entredeux; comme en ce subject pour exemple, qui estcontenu sous ces caracteres de suite; On doit tenir secret ce qui estrare.
<f 275r> [FIGURE]
  J'EN ay veu autrefois quelques fragmens assez antiques, dePetrus Apponus, et d'un Bailum, de l'occulte philosophie: età l'imitation de cecy on pourroit s'entr'escrire par des taillescomme les appellent les boullangiers, taverniers, et telles manieres degens: Ce sont certains petits bastons escarriz ou ronds, qu'on adjuxte l'unavec l'autre, presqu'à guise de la Scytale Lacedemonienne; oùl'on marque des hoches, et par intervalles des V. faisans cinq et des X.dix; lesquelles deux notes serviroient icy pour la separation des lettres:mais en maintes autres sortes cela se pourroit accommoder sur cesteouverture: Dont à ce qu'on dit, le sieur de Salvaisons gentilhommed'entendement et de valeur, l'an 1556. se seroit servy à l'entreprisedu chasteau de Milan; car les soldats qui s'y acheminoient de diversendroits à la file, avec un baston blanc au poing, ne sachans riende l'affaire, tout se venoit en fin comprendre et raporter au butprojecté, moiennant ces hoches, qu'aucuns qui les attendoientà des carrefours, marquoient <f 275v> en leursdits bastons.Et fust reussie sans doute, sans la tare d'un pied et non plus, dont leseschelles se trouverent courtes: mais ce sont des tours de fortune;laquelle, comme dit Cesar, aiant un grand pouvoir par tout, le faict voirplus particulierement qu'en nulle autre chose, és occasions de laguerre.
  NE faict encore à oblier ceste invention que touche Agrippaliv. 3. chap. 30. autresfois en tresgrande recommandation envers les anciensCabalistes; depuis l'on en a faict lictiere. Ce sont quatre ligness'entrecroisantes à angles droicts; deux d'icelles perpendiculaires,et deux traversieres, qui par ce moien viennent à establir neufcaracteres differends, qu'on accommode à autant de lettres; Si quediversifiez par un poinct assis au milieu, des autres neuf qui en sontvuides, en resulteront dix huit lettres de ceste maniere.
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  MAIS vous les pouvez transposer: et si, gardant<f 276r> neaumoins tousjours leur figure, vous voulez varierl'estendue des lignes en chaque caractere de deux manieres, comme il se peutvoir, et non davantage, vous aurez pour chacun trois lettres; qui avec lesespaces d'entredeux, comme dessus, seront quatre. Adjouxtez des nombres, ouautres notes servans de lettres dans les espaces, ce sera un chiffreà cinq ententes toutes ensemble; dont vous revelerez, et reserverezce qu'il vous plairra. Pour un exemple de trois lettres en chacun de cescaracteres, prenons les trois premieres de ce mot honeur, assavoirHON; h en sera la fondamentale, selon qu'elle est figuree en cestalphabet: dont la ligne s'estendant de long en travers audessus, par lesdimensions du fueil. 269. exprimera o; et les deux perpendiculairesde costé et d'autre, n; de la sorte que vous voyez au premierdes deux ensuivans: là où pourautant que n, est laseconde des deux lettres associees, car o est la premiere, afin dela remarquer d'avec sa compagne m, il a esté besoin d'aposerun petit poinct aupres des deux lignes perpendiculaires qui la representent;mais cela se peult varier en diverses sortes. L'autre caractere est pour lestrois lettres qui suivent, EUR; dont E sera de mesme la principalle,exprimee par la figure de l'alphabet, qui est un carré, sans poinctaussi; dont les deux lignes transversales d'enhault et d'embas, semblablesentr'elles, servent pour U; et les perpendiculaires des deux costez, pourR; toutes deux les secondes, parquoy il y a des poincts appliquez. L'espace<f 276v> au reste qui est de l'un à l'autre de cescaracteres, par son estendue represente S: et les nombres estans entredeuxselon la double difference de leur alphabet au fueil. 249. font urtout: Si que cela assemblé exprime ces mots; HONEUR SUR TOUT;comme vous le voyez en la figure subsequente. Mais vous les pouvez prendresepareement; et mettre cinq sujets differends, voire en divers langages toutensemble d'une mesme suite, qui seront neaumoins separez et distincts l'unde l'autre: Si que je ne voy pas qu'esprit quelconque tant subtil peust-ilestre, sceust penetrer à le demesler, sans la communication dusecret, duquel dependent infinis autres tels artifices et ouvertures.
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  DE ces inventions enapres appropriees à une façonde chassis, part une autre maniere de chiffre, lequel nonobstant qu'il nepuisse guere contenir de matiere, si n'est-il pas à outrepasser soussilence, pour estre merveilleusement occult, et comme exempt de toutsoupçon que ces traicts deussent aucunement servir d'escriture; Jointqu'on peult remplir les carrez par des nombres, selon qu'il a estédit cy devant en plus d'un endroit; et reserver ce qui est exprimé<f 277r> par l'estendue de leurs lignes pour un sens à part;car qui est-ce qui se douteroit de ceste cachette ? Cela donques procede parla voye des dimensions, telles que vous les pouvez voir figurees en cestalphabet.
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  ET voicy un exemple qui vous le fera trop mieux concevoir qu'onne le sçavroit exprimer par escrit; ouquel par les longitudes deslignes est contenu ce theme icy; Ignorance est la mere de tous vices;deguisé en façon d'une muraille à la rustique,pourautant que celle de cy devant m'a semblé un peu tropembrouïllee et confuse.
<f 277v> [FIGURE]
  ET pource qu'il n'y a que quatre sortes de dimensions, chacuneservant pour quatre lettres; deux se discernent d'une façon l'uned'avecques l'autre, assavoir par deux sortes des quartiers de pierre: et lesdeux autres, l'une qui ait ceste figure [G] comme d'un omega Grec; là où sa compagne n'en aura point. Mais cela se peultfaire plus celeement, et par des notes moins evidentes. Voila comme sepeuvent bastir diverses sortes de chiffres, meslez de deux ou trois desmaximes simples; tout ainsi que les mots se forment des syllables; et cescy des lettres.
  TOUS lesquels artifices et inventions comme nous avons desja ditailleurs cy devant, dependent de ce que mettent les Cabalistes, et mesmeRabbi Joseph Salemitain fils d'Abraham, en son jardin du noyer apres le RoySalomon, que tout le mystere de l'occultation des divins secrets, consistesous l'escorce d'une escriture vulgaire, en nombre, figure, et poix, suivantce qui est escrit en la Sapience II.
Fueil. 133. et 160.b.
Omnia in
<f 278r> numero, mensura, et ponderedisposuisti.
Fueil. 132.
A quoy se raporte ce que nous avons amené de Rabbi MoyseGerundense surnommé Ramban, sur les mysteres de la loy; Que tout futrevelé à Moyse par les portes de l'intelligence, au sensliteral, et l'anagogique, par des proportions arithmeticales, etgeometriques; assavoir selon le nombre, la figure, et la mesure descaracteres Hebraïques.
Plutarque liv. I. des opinions des philosophes, chap. 3.
Ce qui ne s'esloigne guere de l'opinion d'Epicure, que les atomes,envers luy les principes de toutes choses, ont ces trois qualitez, figure,grandeur, et poix: mais Democrite duquel il l'avoir emprunté, lesrestreint à deux; grandeur assavoir, et figure; à causequ'estans ainsi indivisibles, et non appercevables fors par la raison, ilsne peuvent avoir de poix.
  OR pour ne laisser rien en arriere de ce qui est peu venir ànostre notice et invention, concernant le subject par nous entrepris, lamusique mesme se peult deguiser en forme de chiffre; faisant servir leslignes et leurs entr'espaces de lettres, avec les notes briefves,semibriefves, et noires, selon qu'elles y seront scituees; dont se peuventformer plusieurs alphabets à la discretion d'un chacun: Bien est vrayqu'il est malaisé, que cela estant ainsi contraint et assubjectyà l'escriture, la musique en puisse estre ne bien reiglee, ne guereplaisante; quand à tous propos elle sortira hors de ses limites etgonds, tantost en hault, tantost en bas; mais chacun n'est pas OrlandoLassus, Adrien Veillart, ne Josquin. Les tablatures pareillement<f 278v> tant du luth, que de l'espinette s'y pourront bienaccommoder; soit à la mode d'Italie par les notes du chiffre, 1. 2.3. 4. etc. ou à la Françoise avec a. b. c. Aumoien dequoy nousauron, outre les autres subtilitez de nos chiffres dependans de l'art degrammaire, assavoir des lettres et caracteres de l'escriture, par leursdiverses transpositions, commutations, associemens, figures, assiettes, etentresuittes, approprié encore a celà les quatre disciplinesde Mathematique; comme les nombres et leurs proportions, par la voyearithmeticale: les points, lignes, et figures qui en procedent, par cellede la Geometrie; lesquelles deux comme a esté dit sont comprises desCabalistes sous le mot de la Ghematrie: En apres les estoilles en leursaspects et positions, avec les marques des planetes, et des douze signes,par l'astrologie: et finablement la Musique par les notes d'icelle, tant desvoix que des instrumens. Puis il y a les animaux, arbres, herbes, fleurs,couleurs; et tous les deguisemens et varietez tant de la nature comme del'art, qui representent je ne sçay quoy de la Physiologie. En sorteque tout ainsi que l'escriture comprend, et fait comprendre toutes chose;toutes choses au reciproque se peuvent aproprier pour servird'escriture.
  MAIS de peur que l'excessive surabondance de tant de diversessortes de chiffres, qui sont sans nombre, et ne se peuvent limiter,n'amenast quelque ennuy et degoustement aux bons esprits; qui se pourroient<f 279r> mesme indigner, et non sans cause, de se veoir ainsitailler les morceaux de si court, qu'on ne voulust rien delaisser àleurs vives et ingenieuses recherches, il seroit bien temps desormais defermer les canaux, la prairie aiant esté abreuvee plus qu'àsuffisance;
Fueil. 207.
ce qui ne se peut faire plus convenamment que par le chiffre superlatifde tous les autres, comme estant hors de tout doubte et soupçon,qu'il y ait rien de caché souz ce qu'on voit en apparence;
Fueil. 182.
tel que pourroit estre celuy de Tritheme, et Cardan, duquel en ont cydevant esté produits les exemples, si au moins il est vray ce dontils se vantent; qui est d'escrire en toutes sortes de langages, etcongruement, avec un sens non contraint en aucune sorte, tout ce qui peuttomber en la fantasie, sans qu'on y puisse appercevoir autre chose, que ceque monstre la suitte des mots, desquels chacun en represente un autre commeensevely là dedans. Quant à moy celà m'est un peuchatouilleux et suspect; et ne me peut tomber en l'entendement commecelà se puisse faire, par la voye au moins qu'ils alleguent. Parquoyje feray à guise de ceux, qui ne pouvans avoir place en la ville, secontentent de loger aux faux-bourgs; et presenteray liberalement icy aupublicq, une partie de ce que j'ay peu concevoir de cest artifice, tant demoy-mesme, que des autres; car de le manifester tout à plat, il n'estne loisible, ne raisonnable: Toutesfois ce ne sera pas de faire valloirchaque mot pour un autre, selon qu'ils dient, ne lettre pour lettre en tousrencontres,<f 279v> dont je me douterois plustost; ou un mot entier pour uneseule lettre, ainsi qu'en la Polygraphie; mais trop bien d'enchasseroccultement dans une plus grande quantité de matiere, quelque subjectmoindre, sans rien alterer ne corrompre de tout ce qu'on voudra escrireapertement, en quelque langue que ce puisse estre, car il n'y a riend'astreint en celà; Qui va de la maniere qui s'ensuit. IL FAUDRA enpremier lieu user de trois differences de lettres, telles, ou à peupres, dont en a esté fait une monstre en la figure du fueil. 241.l'une desquelles, servira pour le sens apert, tousjours d'une mesme teneur,sans varier, ne se departir de la forme de ces caracteres; et les deuxautres pour celuy qui sera caché là dessouz, selon l'assietteet suitte des lettres; c'est assavoir, que si vous voulez secretementrepresenter un B. il faudra que ce soit tousjours apres une seule lettre dusens manifeste, et un P. de mesme, mais la difference est que le B. seraexprimé par la seconde forme de chaque lettre; et le P. par latroisiesme: entendez tout cecy selon la figure dudit fueil. 241. oùil vous faut avoir recours. Si c'est un A. ou un E. apres deux lettres dusens apert, qui doit tousjours aller uniformement son grand train, vousformerez la lettre qui se presentera, par la seconde des carrez, et par latroisiesme pour E. Et ainsi du reste, comme ceste table vous monstre.
<f 280r> [FIGURE]
  MAIS le tout sera plus familier et intelligible par quelqueexemple; car il est assez malaisé de le faire concevoir en escrit.Prenons donques que parmy ce subject icy: Encor que la vertuordinairement soit mal recogneuë, et sans cesse traversee d'enuies; sine peut on faillir toutesfois de s'y exercer, pour la grande consolationqu'elle ameine à nostre ame, dont elle est la vraye medecine etpasture; Nous vueillions inserer secretement: le merite nuist plusqu'il n'aide; sans accroistre pour celà le nombre des lettres dupremier theme, ne rien changer de leur contexte; nous y procederons de cestesorte. La lettre L qui est la premiere d'iceluy, se trouve arriver aucinquiesme reng; apres donc ces cinq lettres du sens appert, encor,nous formerons : q qui vient la sixiesme, par la seconde figure dela table du fueil. susdit 241. pourautant que : c qui va pour :g est la premiere des deux accouplees ensemble au dernier carrécy dessus; car la premiere forme des quatre <f 280v> va pour le sensappert. Suit par apres E. qui a sa place apres la seconde lettre d'iceluy;en comptant tousjours de la derniere precedente lettre du sens secret; etpar ainsi apres ces deux lettres u e je formeray celle qui suit,assavoir l par la tierce figure, parce qu' e est la secondedes deux lettres associees. M consequemment estant au sixiesme reng, apresces six lettres à vertu, nous formerons o par saseconde figure pour autant qu' m est la premiere des deux: et ainsidu surplus qui seroit trop prolixe et ennuyeux d'espelucher par le menu,attendu que celà est maintenant assez aisé à concevoirsuivant ce que vous le voyez representé icy tout du long. Et pourceque ces differences de lettres ne se trouvent pas si a propos éscaracteres de l'impression comme à la main, nous avons estécontraints de vous l'exprimer tellement quellement par une autre voye;assavoir les premieres des deux lettres du sens secret, qui se devroientformer par la seconde de leurs digures, en gros romain, mais de rouge, carle sens appert va son train en gros romain noir; et les secondes, quidevroient estre par leur tierce figure, par d'autres rouges italiques: commevous le voiez icy; ou les lettres rouges vont pour deux lettres, l'une dusens appert selon la teneur d'iceluy; et l'autre pour le secret, moiennantleur diversité de figures, et le lieu où elles viennentà estre posees par l'ordre des nombres qui leur sont assignez en latable d'icy dessus. Outre laquelle varieté de figure se pourrontemployer aussi <f 281r> à ce mesme effect, les capitales, lesabreviations, et punctuemens; et telles autres notes secretes, qui ne sepeuvent remarquer sinon de ceux qui s'entr'entendent: mesmement parce quenostre escriture et les autres encore fors l'hebraïque, consistenttoutes en liaisons; les lettres qui seront lyees ensemble servirontseulement pour le sens apert, et là où il y en aura uneà par soy separee des autres, ce sera pour l'un et l'autre des deuxsens; le tout selon les collocations dessusdites. Somme qu'il y a infinismoiens que chacan se peult trasser à sa fantasie; voire trop plusexquis que ne sont ceux que nous avons icy esbauchez, dont voicy l'exemple. Encor que la vertu ordinairement soit mal recogneue, et sans cesse traverseed'ennuies, si ne peult-on faillir tout esfois de s'y exercer pour la grandeconsolation, etc. MAIS celà a bien meilleure grace, et quant etquant moins de soupçon, quand il est escrit à la main; Enquoyje serois bien d'advis pour tousjours tant mieux obscurcir et cacher laruze, que ce soit de quelque lettre bastarde un peu longuette, italique, ouautrement, telle que celle dont les femmes ont accoustumé d'user,afin que la difference des caracteres soit moins apparente et appercevable,ce qui succede plustost en de grands mal formez, qu'en de petits de mainexquise. Il n'y a rien au reste de plus facile quand on y estexercité.
  IL y a assez d'autres ruzes et expediens pour ce mesm'-effect;<f 281v> comme de choisir une suitte de mots où il y aitsens, composez au reste de certaines lettres, de la scituation desquellesvous soiez d'accord avec vostre correspondant; ainsi que de la deux, trois,ou tantiesme, à ce qu'il les puisse discerner des autres qui neservent que pour amuser; et ces lettres-là distraictes et reduittesen un contexte d'escriture, soit à les prendre en leur droicte etpropre valeur, a pour a; b pour b; ou transposeesl pour d; m pour e, etc. formeront un sens àpart occulte et caché sous la couverture de l'aparent: Mais outre quece n'est pas une subtilité guere seure, ains subjecte àdescouvrir, elle est bien penible, et quant et quant manque, si qu'elle nereussiroit pas souvent; et contient fort peu de matiere: aumoien dequoy jela laisse à ceux qui y auront plus de goust que moy. Et pareillementce laborieux dictionaire; lequel eschangé diction pour diction;substantif mesme pour substantif; adjectif pour adjectif; verbe pour verbe,etc. les nombres adjuxtez aussi, et les cas, les temps et autresparticularitez de grammaire, pourroit à la verité succeder enquelques endroits, mais nompas par tout. OR voicy en lieu que j'estime estreplus à propos d'adjouster icy, avant que clorre de tous poincts lesdeductions de ces notes secretes inapercevables, forts à ceux quitacitement s'entendans les appliquent chacun endroit soy, et font servirà leurs ententes, si qu'elles demeurent comme invisibles àtous les autres; qu'attendu la subtile et ingenieuse malignité<f 282r> de ce siecle, ouquel il n'y a escriture ne seing-manuel quine se contreface et falsifie; ce ne sera peu faict à ceux quiexercent les charges publiques, et ont les grands affaires en main,où à toutes heurtes il leur fault signer plusieurs depeschesd'importance, d'avoir soing de s'armer et munir en cela de quelques remedes;comme de certains petits traicts derobbez, et marques latentes, tant enl'escriture du nom, qu'au seing et parasse qui l'accompagne, qu'autre qu'euxne puisse descouvrir ne discerner: ce qui se peult aisément faire deplusieurs sortes; et entre autres en les variant selon la dacte de l'annee,du mois, et du jour; si qu'elles soient d'une façon en ceux qui fontde nombre impair, et d'une autre en ceux du pair: car les faulsaires ne s'ensçavroient pas adviser pour le contrefaire, comme chose qui leur estdu tout incogneuë; Parquoy leur fraude se descouvrira tout soudain deceux qui auront faict l'expedition, en la confrontant et collationnant surleurs marques: le mesme se peult encor practiquer sous le seeau.
  MAINTENANT on pourra icy m'objecter, que voulant enseigner lesmanieres d'escrire occultement, et donner des moiens, artifices etinventions pour ce faire, jusqu'à oster hors tout le soupçonqu'on pourroit concevoir que ce soit chiffre, ny escriture qui contienneautre chose que ce qu'on voit apertement, sans y avoir rien de cachédessous; au contraire je les descouvre et manifeste, et suis moy-mesme celuyqui interromps le but de mon intention: <f 282v> Ce qui estveritable sans doute; mais comment le pourrois-je faire autrement, si je nevoulois du tout supprimer la publication de cest oeuvre ? Ce qui me seroitfaire autant de tort; et non d'autre sorte que si un impitoiable mere venoità estouffer, ou jecter une pierre au col dans un profond abismed'eaus, la creature qu'elle auroit enfantee à bien grand travail, etpourtant la devroit tenir tant plus chere; car certes je n'ay moinspené en cecy, si d'aventure je ne l'ay plus, qu'en nul autre de meslabeurs. Et de la communiquer seulement en particulier à d'aucuns,plustost que d'en faire part au publicq, celà seroit un peu dangereuxet suspect, comme mesme je l'ay bien cognu par experience, qu'ils ne s'envoulussent trop prevalloir, et paraventure se l'aproprier, en le publiantsous leur nom apres mon decez, ce qui est assez advenue à d'autres:Parquoy j'ay mieux aimé d'en user ainsi; Joint que je n'ay faict icyqu'esbaucher en bloc les ouvertures, generales, et grossieres inventions deces chiffres, reservant aux bons esprits, de les polir et amener àplus grande perfection; car sous ces maximes gisent infinis autres secretset artifices, trop plus beaux que ceux que je puis avoir descouverts. QUEsi l'on me veult assaillir d'un autre costé, que ce n'a pasesté bien faict de manifester ainsi indifferemment telles choses,dont plusieurs manieres de gens peuvent abuser en plus d'une sotte; àcelà je dis qu'au contraire, je leur en ay plustost retranchéles moiens, quand ils verront toutes les ruzes dont ils <f 283r> sevoudroient aider en ce cas, estre esventees, et mises en aperte evidence;car certes je ne cuide pas qu'il y en puisse guere avoir, qui ne tombe sousquelqu'une des maximes que j'ay touchees; Joint que d'autres comme Tritheme,Cardan, et Baptiste Porte, en ont assez donné d'ouvertures, sansreprehension de personne: Si mieux ou moins heureusement que moy, c'està faire à la voix publique d'en decider, et non à laparticuliere affection d'aucuns envieux, qui pour s'introduire, advancer,et faire valoir, ne cherchent point de plus courte addresse, que de descrierà tous propos, et sans propos les oeuvres des autres. J'y ay faictau reste du moins-mal que j'ay peu; et si n'ay gueres emprunté depersonne: Ne m'estant pas voulu arrester à deduire plusieursartifices de lettres non apparentes; car celà est si trivial, sibattu, rebattu, et prostitué, que ce me seroit une corvee tropennuieuse voire indigne, d'y avoir emploié une seule plumee demauvais ancre: comme d'escrire avec de l'alum bruslé; ou du selarmoniac; ou du camphre, destrempez en eau;
Escritures non apparentes.
ce qu'estant sec, blanchist à pair du papier; qu'il faut tremperpuisapres dans de l'eau, qui le rend noir, et l'escriture demeure blanche;ou le chauffer devant le feu, tant que le papier roussisse, et l'ancres'offusque: le mesme faict le juz d'oignons; et l'eau encore toute simple.Si l'on trasse quelque chose sur le bras, ou autre endroit du corps, avecdu laict, ou de l'urine, en jectant de la cendre dessus, elle y adhere, etmonstre ce qui y aura esté desseigné. Le <f 283v> selarmoniac resouls à par-soy à la cave, ou autre lieu humide,si l'on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc: frottez le papier avecdu cotton trempé en eau distille de vittriol, ou de coupperose,l'escriture apparoistra noire.
Artifices de cacher les lettres.
Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un oeuf,avec la pointe d'un trencheplume bien affilé, par laquelle on fourrededans de petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur del'ouverture, non plus grande que du petit doigt; et y en peult assez tenir:Puis on la replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx vive,empastees avec de la glaire; si qu'il seroit bien malaisé d'y rienremarquer ne cognoistre, quand bien mesme on les auroit fait durcir etpeller; car cela demeure enclos dans leur substance, sans que rien paroissedehors. Il y en a qui font coudre les lettres qu'ils portent en la semellede leurs bottes, ou soulliers; ou fourreau d'espee: Sous les fers encore deleurs chevaux: Font une incision dans une verge de saulz, estant en seuedessus l'arbre encore, et la creusent; puis y aians inseré leslettres, la laissent reprendre et reclorre; et couppent la verge: C'est del'invention de Theophraste, non des plus spirituelles pour un si subtilphilosophe; Joint que cela a besoin de temps, et si la cicatrice y demeureemprainte tousjours. Le mesme se peult effectuer, et encore pluscommodeement, dans un baston de torche, ou semblable bois de sapincreusé, puis enduire la fente avec de la sieure fort subtile etsassee, de la mesme estoffe, <f 284r> destrempee avec de la colleblanche: Dequoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, commele marque Tite Live à la fin du prem. livre. Et en un autre endroitde la 4. Decade, si je m'en souviens, Polycrate, et Diognet enfermerent unbrief de plomb, dans une tourtre: Harpague, en Herodote, une lettre dans leventre d'un lievre. D'autres les font avaller à des chiens, et puisles esventrent. Istiee fit raser la teste d'un sien esclave, et apres avoirescrit dessus avec un pinsseau, de noir à noircir destrempéà huille, ou de l'ancre des Imprimeurs, laissa recroistre ses cheveuxd'un bon doigt; puis le depescha vers Aristagore, luy mandant de bouche dele faire raser derechef, pour un mal qu'il avoit aux yeux; si qu'ilapperceut ce qui estoit caché là dessous. Il y en a quienferment leurs lettres dans un caillou artificiel, faict de ceste sorte.On prend des cailloux de riviere qu'on faict calciner, et reduire en poudrepassee par un subtil tamis: Puis on l'incorpore avec sa quarte partie deresine fondue, et une de poix, meslant bien le tout avec un baston; etestant ceste composition encore chaulde, et par consequent molle,envelouppent la lettre dedans; façonnant le caillou devant le feuà tout les mains trempees en eau tiedde, de la sorte que bon leursemble; Cela faict, on le laisse secher. Il y a un autre malin artifice quise faict avec de l'alum bruslé, destrempé en eau, dont onescrit sur du papier: estant sec tout deviendra blanc. On brusle d'autrepart de la paille de froment, qu'on estend en un linge, <f 284v>surquoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois, qu'elle aitemporté toute la noirceur de la paille: Puis on escrit de ceste ancresur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veult pas tenir secret: etpour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui apparoistmanifeste, il fault avoir de l'eau de vie, ou l'on aye fait tremper des noixde galle concassees grossierement, tant que l'eau de vie en aitattiré et embeu la teinture, avec du cotton mouillé dedans,l'escriture apparente s'esvanouïra, et l'occulte viendra à sedescouvrir, noire comme est la commune: Enquoy il y a certain secret qu'ilne m'a pas semblé devoir divulguer; nomplus que d'une autre maniered'ancre qui s'efface d'elle mesme en quinze jours ou trois sepmaines;composee de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix degalle, et autres ingrediens, mesme de l'huille de tartre, avec laquelle ilfault destremper le tout, y adjoustant un peu d'ancre affoiblie avecques del'eau. Mais telles choses sont pueriles, et dangereuses quant et quant d'enabuser; Aumoien dequoy il n'est pas besoin ny loisible de s'y estendre plusavant.
  VOILA ce que nous avons peu sauver de nostre oeuvre DU SECRETAIRE,par nous elabouré en Italie l'an 1567. et 68. à l'imitationde l'orateur de Ciceron, et Quintilian; du Courtisan du Conte Balthasar deCastiglion; du Veneur, et du Faulconnier de Phebus; et du Pilote<f 285r> de Pierre de Medine: divisé au reste en troislivres; au premier desquels se traictoit de la norriture du Secretaire, etde l'instruction, doctrine, et enseignement, où il devoit estreexercé en ses jeunes ans; ensemble de la cognoissance qu'il luyestoit requis d'avoir des bonnes lettres, et des langues; parce quemoiennant l'aide et secours de celles-là, il se pouvoit accommoderd'infiniz beaux traicts et exemples tirez des livres, qui luy aportent ungrand advantage et soulagement à la conduicte des affaires á quoy ilest appellé: et la varieté des langues luy fournira deplusieurs riches locutions pour en embellir son stille, d'autant qu'ellesse pollissent les unes les autres, tout ainsi que les diamans quireciproquement s'entretaillent. Et de faict quelque bon esprit et heureuxnaturel, qui neaumoins sert beaucoup en toutes choses, que puisse avoirquiconque faict ceste profession: Quelque rottine, rompement aux affaires,et experience que le temps, et le long maniment d'iceux luy acquierent; Toutcela neaumoins s'il n'est secondé de science acquise, ne peult pasreluire si excellemment, comme quant l'un est secouru de l'autre; selon quele tesmoigne fort bien Horace en son art poëtique:
  Ego nec studium sine diuite vena;
  Nec rude quid prosit video ingenium: alterius sic
  Altera poscit opem res, et coniurat amice.
Le second livre contenoit aucunes reigles et maximes de nostre parler,jusqu'icy permis z trop d'habandon <f 285v> et de liberté,ainsi qu'un genereux poullain, qui n'aiant encore estéadressé, ny retenu de mords et de bridde, va de gaieté decoeur bondissant, sautellant, trepignant de costé et d'autre, horsde toute cadence, temps, et mesure: avec quelques formules et exemplairesdes lettres qu'on appelle missives; de memoires et instructions; passeports,saufconduits; patentes, et semblables depesches; de celles principalementqui sont affectees aux affaires d'Estat, et des finances; dont je puisaucunement parler sans mesprendre, comme celuy qui en sa jeunesse aesté norry par six ou sept ans, avecques feu monsieur Bayard, premiersecretaire des commandemens du grand Roy François; et l'un des plusdisers et mieux escrivans de son aage: aiant du depuis par plus de trenteans faict cest exercice, sinon sous des Rois, à tout le moins aupresdes Princes et grands Seigneurs, qui n'ont pas esté sans charged'armees, et d'affaires de grand' importance: Voyagé outre-plus bienlongtemps, et en plusieurs lieux; enquoy s'il ne tient à nostredefault, le jugement a de coustume de s'affiner tousjours de plus en plus,et ruzer; car toute Domination et Estat a le mesme respect àl'endroit des voisins qui l'entourent, que le centre d'un cercle envers sacirconference. Ces deux livres là me furent par la malignitéd'aucuns, substraits l'an 1569. à Thurin;
Fueil. 31. 43.
et du tout pour jamais adirez pour moy. Quant au troisiesme, qui estoitde la dignité et excellence de l'escriture, voire par dessus laparolle; ensemble des occultes <f 286r> manieres d'escrire, j'enavois envoié desja les esbauchemens par deça en main seure;à quoy j'ay eu assez de loisir l'espace de dixsept ans, d'adjousterbeaucoup de choses à ce que j'en avois projecté comme en blocqdedans mes secrets ruminements et discours; sans les reveller àpersonne jusqu'à maintenant, que j'en fais liberalement un don etpresent gratuit au publicq; à ce que le briz de ce mien naufrage nes'acheve de s'engloutir et submerger dans les ondes d'une oblianceperpetuelle.
  OR pour faire fin, d'autant que la curiosité des personnespourroit paraventure avoir plus cher de se servir en leurs escrituressecretes, de caracteres incogneuz, que de ces transpositions, eschanges, etadouemens des communes lettres; ny des proportions tant des nombres que desmesures; avec telles autres subtilitez, enquoy nos chiffres versent pour laplus-part; il nous a semblé valoir mieux de satisfaire à leurdesir avec une varieté d'alphabets de divers peuples et nations, dontpar mesme moien se pourra puiser quelque usage et enseignement, que des'arrester à de fantastiques notes bizarres de pieds de mouche faitsà plaisir, qui n'importent rien que ce soit, fors la seule valeur etsignifiance des lettres qu'ils representent, et pour lesquelles on lesemploye et fait servir. Pour commancer donques aux caracteresHebraïques, qui sont les plus anciens de tous, voire formez du propredoigt du <f 286v> souverain Dieu, avant la creation du siecle, sinou-nous en voulons raporter à ceux que nous avons là dessusalleguez cy devant;
Fueil. 37.
quelques-uns ont opinion, que Moyse en avoit de deux sortes; l'une deceux dont estoient escrites les deux tables du decalogue, pleins de grandset profonds mysteres en leurs figures, toutes dependantes du Jod, comme aesté dit:
Fueil. 22.b. et 57.b.
Et estoit ceste escriture la Sacre-saincte, reservee à luy seulen secret; ensemble aux prestres, et levites, pour la spiritualitéseulement, combien que les Sanhedrin n'en fussent pas exclus aussi:laquelle il ne fault point douter que ce ne fust celle que nous avons; commeen faisoient foy ces deux lettres [H] samech, et [H] mem final, conservees entieres és fragmens des premieres tables quifurent rompues pour raison du veau d'or:
Fueil. 159.b
Mais ceste escriture fut depuis divulguee indifferemment au publicq parEsdras, au retour de la captivité Babylonienne. Quant aux poincts etaccent, je les laisse, car cela traisne une trop longue queuë apressoy; les uns alleguans que ce fut iceluy Esdras qui les inventa; et lesautres, ou il y a plus de certitude, les attribuent aux Massorets, quivindrent quelque temps apres S. Jerosme. Il y a d'autres caracteres encorede la mesme escriture et langage, qui sont sans poincts et sans accents,desquels ont usé la plus-part des Rabbins en leurs commentaires ettraditions, ce qu'on appelle lettre courante, parce qu'elle va plus visteque l'autre, comme estant moins carree, et plus arrondie; Parquoy elle n'apas une telle<f 287r> grace et plaisir à l'oeil: on l'appelle la petiteou menue escriture, ou masket; mot approchant de ce qu'en Arabesquesignifie mince, et extenue: En voicy les deux alphabets tout ensemble, dontla signifiance des lettres selon les anciens Cabalistes, a esté desjacy devant expliquee.
Fueil. 87. 88.b. 89.b.. et 91.
[FIGURE]
  ET cest autre icy est de capitales, extraict des vieils marbresde la terre Saincte: mais aucunement differentes des ordinaires usitees.
<f 287v> [FIGURE]
  EN voicy encore un autre, qui fut pareillement apporté ily a desja bien long temps de ces regions là à Venise, durantque les Prince et Barons Chrestiens y faisoient la guerre contre lesinfideles Mahometistes, qui est de fort beaux et plaisans caracteres,presque tous autres que les communs; et contretirez sur ceux d'une fortantique inscription qui estoit en Jerusalem: departiz au reste en troisrengees, chacune de neuf caracteres; dont la premiere commance en bas de lamain droicte vers la gaulche à la mode Hebraïque: la secondeassavoir celle du milieu, suit de gaulche à droict en montant: et latierce, celle d'enhault, de droict derechef à gaulche, ainsi que vousle pouvez voir icy; où cela est bien à noter, que la sixiesmelettre qui est Vau est du tout semblable à une croix, commele Vau des Samaritains, tel qu'il se verra cy dessous.
<f 288r> [FIGURE]
En la Uvoarchadumie de Panthee, part. 2.
  ON attribue cest alphabet à Enoch, qui servit mesme describe et de secretaire à Adam selon que dient les Mecubalistes; etque ce fut de ces caracteres dont Seth, et luy engraverent és deuxcolomnes mentionnees au prem. des antiquitez de Josephe, chap. 4. l'une debricques, et l'autre de marbre, tout ce qu'ils avoient peu apprendre dessecrets des astres, et des elemens, pour le garentir des universelsaccidents et conflagrations et deluges qui devoient quelquesfois advenir.Et de faict comment eust-il esté possible qu'en ce peut d'espace de300. ans qu'il y eut du deluge jusqu'a Abraham, du temps duquel l'astrologieestoit en sa plus grand' vogue en Chaldee, on eust peu establir les regleset maximes de ceste science, qui ont besoin d'une si longue et particuliereobservation du cours du ciel et des estoilles, s'il n'y en eust eu quelquesesbauchemens precedans, à eux laissez de main en main ? Car on tientqu'Adam fut creé avec pleine et entiere cognoissance de tous lesouvrages du Brezit, c'est à dire de la creation. Pour le jourd'huymesme encore en Ethiopie <f 288v> ils ont un traicté d'Enoch,ds choses divines, tenu là en fort grand respect, et advouépour canonique. Et certes nous sommes plus illustrez de la moindreapprehensions que nous puissions concevoir des substances celestes, etintelligences qui leur assistent, que si par toutes nos ratiocinations etdiscours nous avions atteint tous les plus profonds effects de nature en cebas monde elementaire. Car puis que de toute Eternité en Dieu sontimmuablement ordonnees les dispositions de toutes choses advenir, ils'ensuit de là, que ceux seront les plus proches et plus aptesà les prevoir, qui par un supreme exces et ravissement de pensee, etpar un amour souverain envers celuy dont tout procede, tascheront des'avoisiner le plus-pres de luy. Et pourtant est nostre esprit plus propreet idoine à celà durant le dormir du corps qu'en veillant;parce que les affections d'iceluy sont alors plus brillantes et desbandees;ai qu'elles prevalent à la partie contemplative. Aumoien dequoy lespredictions des Hebrieux, se raportent à ces Ecstases ettransportemens au troisiesme ciel, qui est le monde intelligible, et lelivre de vie, ensemble le miroüer luisant, où se voientnectement et distinctement toutes choses, sans aucun voile ne couverture,et par consequent és lettres et langue Hebraïques aussi, mieuxqu'en aucunes de toutes autres. CELLES des anciens Chaldees souverainsmaistres en l'astrologie, au monde celeste, ouquel, outre ce qui se peultatteindre et comprendre par le mouvement tant du ciel de l'orient àl'occident, que des Planetes et de leurs spheres <f 289r> aurebours, preside ce qui s'appelle Bathcol, la voix universelle, quele Zohar, et autres signalez Cabalistes intepretent pur la puissancemediatrice et motricede tout l'univers; assavoir l'Intellect du Messie oudu Verbe, ( mens mentium ), comme ils l'appellent, par qui lesouverain Pere meult tout. CELLES des Slbilyes, estoient dediees àl'elementaire et inferieur, pour la conduitte et reiglement des choseshumaines; ce qui fut cause que les Romains les embrasserent plus volontiers,comme du tout tenduz et inclinez à cela. Si qu'il y a eu troisdisciplines principales envers les Sages anciens: Celle en premier lieu desHebrieux, qui ne tend qu'à conformer nos pensees, actions etcomportemens à la droicte voye, presripte par les ordonances etpreceptes divins, qui expriment comme Dieu veult estre honoré etservy; et que nou-nous devons maintenir par une charité mutuelle etreciproque prochain à prochain, l'un envers l'autre, pour laconservation de l'humaine societé, dont il n'y a rien de plusaggreable en la terre à ce grand monarque et recteur de toutl'univers, au tesmoignage mesme de Ciceron, nonobstant qu'Ethnique.
Au songe de Scipion.
La seconde est des effects provenans du ciel, et de la varietéde ses diverses influences en bas; dont la prevoiance nous est octroyee poury prevenir, s'y accommoder, ou y obvier; Vir sapiens dominabiturastris, dit l'astrologien Ptolomee: et ceste-cy estoit plusparticuliere aux Chaldees, Puis aux brachmanes, gymnosophistes, et autressages de l'orient, qui humoient les<f 289v> premiers rayons du Soleil journellement à son leverde l'ocean, comme s'il se fust venu reffreschir de sa couche, et ravigorerde nouvelles forces, tout ainsi qu'un cerf au partir de sa reposee. LAtroisiesme estoit des choses constituees sous le ciel, dedans le mondeElementaire, dont la terre est en lieu d'une base et de fondement; làou les notions et presages ne se peuvent mieux assigner, qu'en ce qui estés animaux le plus conjoint de l'esprit de vie à la materiellemasse du corps; comme au coeur, foye, et autres precordes où cestesprit à son principal siege et demeure: et ce pour l'interpretationdes Prodiges, et semblables signes, qui nous admonestent de quelquesignalé desastre et calamité advenir: Et cela fut comme enpropre aux Egyptiens et Hetrusques excellens en l'aruspicine. Desquellestrois meslees ensemble, les mages en composent la leur quatriesme. Tellementqu'en cecy apparoist je ne sçay quelle croisee du monde, dont lesHebrieux tiendroient le centre; les Chaldees, et Indiens le bout du levant;les Celtes, et Hetrusques de l'occident; les Egyptiens et Ethiopiens dumidy; et les Scythes du septentrion; ainsi que les quatre principaux gondsde la terre, à quoy tout le demeurant se raporte.
  IL y a un autre alphabet Hebraïque, qu'on allegue avoiresté donné à Abraham au passage de la riviere, lorsqu'il sortit de Chaldee pour venir en la terre de Chanaan, depuis ditte laPalestine, la Judee, et la Terre Saincte, dont voicy les caracteres. Auregard des <f 290r> Samaritains qu'on attribue aussi à Moyse,nous les donnerons cy apres.
[FIGURE]
  ICY se presente incidemment une chose qui merite bien n'estreteuë, ains examinee un peu de pres; qu'en cest alphabet, d'Enoch, etau Samaritain aucunement, la sixiesme lettre qui est le Vau, combien qu'elle se raporte à l'ypsilon grec, monstre la figure<f 290v> d'une croix renversee; comme si par là estoitdenoté le mystere du crucifiement de nostre Sauveur, qui intervintle vi. jour ou ferie de la sepmaine; et encore à la vi. heure dujour. Mais Origene, et S. Jerosme depuis luy, alleguent, que de leur tempsmesme le Tau Hebrieu avoit la forme d'une croix; Origene en cespropres termes en l'omelie In diversos; CEUX estoient exempsseulement qu'on avoit marqué du caractere du TAU aiant laforme d'une croix. Et S. Jerosme sur le 9. d'Ezechiel; En l'ancienalphabet des Hebrieux, dont usent encore pour le jourd'huy les Samaritains,la derniere lettre TAU a la ressemblance de croix; qui se voitmarquee ordinairement au front, et és mains des Chrestiens.Parquoy il faut bien dire, que les Juifs malignement l'aient depuis pervertyet deguisé comme il est: et de faict les Ethiopiens Abyssins qui ontemprunté la plus-part de leur langage et caracteres des Hebrieux,marquent leur Ta par une croix; là où celuy des Juifsn'y convient en rien que ce soit, ains à un gibet, et fourchespatibulaires; et encore moins le Samaritain: car il n'est pas àcroire que des personnages de si grand nom, et si saincts preudhommes,eussent voulu controuver cela; our la corroboration de nostre foy,pourroient arguer là dessus les Juifs; mais à l'instant mesmeils eussent peu estre atteints et convaincus de chacun, d'une trop evidentefaulseté, et pourtant rendu nostre cause pire; qui au reste n'a pointde besoin d'un si foible renforcement; parce que ce qui est escrit au 9.d'Ezechiel, que ce Tau fut <f 291r> marqué parl'ange au front des personnes gemissantes et contristees, peult avoir encoreune autre interpretation, que les nostres mesmes ne rejectent pas; quec'estoit principallement pour denoter le regret, douleur et ennuy,qu'avoient les gens de bien de voir l'observation de la loy qui en Hebrieus'appelle Torah, dont la premiere lettre est le Tau, ainsià mespris qu'elle estoit: Et c'est chose assez familiere auxHebrieux, par la voye de leur Notariacon; et aux Grecs et Latins encore, derepresenter tout le mot entier, par la premiere lettre d'iceluy;
Fueil. 45.b.
comme il a esté assez amplement touché cy devant. Maisd'autre-part en confirmation de ce que mettent Origene et S. Jerosme, cecyvient bien à considerer, que le Taf grec qui imite le Tau hebraïque, et qui suit tout de mesme le Ro et le Sigma, comme cestui-cy faict le Res et le Shin; tanten capitale T, que menue lettre [G], est du tout semblable à unepotence qu'on appelle de S. Anthoine, fort approchante d'une croix, il nes'en fault que le croisillon d'audessus, où posoit la teste dupatient, et estoit attaché l'escriteau contenant le dicton de samort: car on sçait assez, que les caracteres Grecs ont estéempruntez des Hebraïques, et Samaritains, comme nagueres a estédit. Enapres, ce qui fait encore à cecy; est que d'autant que ce mot [H] Tau signifie signe, par certaine Antonomasie, on peultdire que ce devoit estre celuy de la croix; que mesmes les mages, Perses,et les Egyptiens tenoient estre la plus excellent figure de toutes autres;comme <f 291v> consistant de deux lignes s'entrecroisantes àquatre angles droits, dont rien ne se peult trouver de plus ferme ny de plussolide, si qu'elle ne peult chanceller nulle part nomplus qu'un Cube: et lesquatre bouts denotent les quatre parties du monde; Orient, occident, midy,et septentrion; le hault, et le bas; le costé droict et le devant;le gaulche et l'envers, ou derriere, selon le livre de Jezirah: mais avec plus d'authorité l'Apostre aux Ephesiens 3. [G]; Afinque vous puissiez comprendre avec tous les saincts, quelle est la largeur,et la longueur; la profondeur, et la haulteur. Tellement que non sansmystere, la benediction des Juifs propres se faisoit par ce signe icy;
Fueil. 150. b.
auquel il y a grande apparence que le Tau devoit ressembler,puis que mesme il le signifie; comme si la croix, tout ainsi que cestelettre est la derniere de l'alphabet, deust estre aussi la fin etaccomplissement du Torah ou la loy, designee par icelui, qu enestoit le premier caractere. Car quand j'ay dit que [H] tau veultdire signe, il faut entendre d'une borne ou limite, en Grec [G], et [G]; et en Latin limes ou terminus: lequel seconsideroit en deux sens; l'un du levant au ponant, qui s'appelloit Decumanus; et l'autre du midy au septentrion, Cardo; comme metPline liv. 18. chap. 34. Si que ce n'estoit autre chose qu'un croisement;lequel se procreoit de deux lignes se venans entrecoupper à uncentre. Mais ce qui est tresadmirable, tout ainsi que non <f 292r>seulement le caractere du Tau representoit une croix, ains le motencore [H] la signifioit, la secone lettre de ce mot là, qui est [H] Vau, monstre la figure d'un cloud; et si le mot composéde ces deux ensemble [H] le signifie. QUANT au supplice de la croix, ila esté de vray particulier aux Romains envers les estrangers, etesclaves; mais nompas qu'ils en aient esté les premiers autheurs, nyseuls usé; car nous lisons au 14. de Strabon, et ailleurs encore, quePolycrates tyran de Samos fut crucifié par le Satrape Orantes,lieutenant du grand Roy de Perse és basses regions de l'Asie, etés isles circonvoisines, l'an 230. de la fondation de Rome, comme metPline liv. 33. chap. 1. Ce qui eschet vers la reedification du temple sousZorobabel, plus de 500. ans avant l'advenement du Sauveur: et dans Plutarqueen la vie de Cleomenes, que Ptolomee Roy d'Egypte le fit pareillement mettreen croix, apres qu'il se fut entretué avec un autre: Plus éscommentaires d'Hircius, de la guerre Aphricaine, que Juba Roy de Mauritaniefit crucifier tous les Numides, qui s'en estoient fuys du combat dans lecamp. De la forme de ce supplice, par six ou sept ans que j'aydemeuré à Rome, j'ay faict autrefois tout ce qui m'aesté possible, et par la communication des gens doctes les plusversez en l'antiquité Romaine, et en revisitant tous les marbres,bronzes, medailles, et camaieux antiques, dont l'on en peust tirer quelquecognoissance et instruction, mais je n'en ay peu rien redresser. Dans lesautheurs mesmes <f 292v> nomplus ne s'en trouve rien de plus clairet de plus preignant, que ce passage de Ciceron en la 7. des Verrines;exagerant la cruaulté de Verres encontre un nommé Gauius,lequel il fit crucifier; Quamuis (dit-il là) ciuisRomanus esset, in crucem tolleretur: Et pour luy accroistre plus sonmartyre, qu'il appelle crudelissimum et teterrimum supplicium; ilfit planter la croix sur le bord du far de Messine, qui est un petit brasou destroit de mer, separant l'isle de Sicile d'avec la Terre-ferme del'Italie; audeça duquel s'il eust peu passer il estoit hors de lapuissance et jurisdiction de cest inhumain: Et le fit attacher la facetornee devers Rome: Dixisti palam (suit apres) te idcirco illumlocum deligere, vt ille qui se ciuem Romanum esse diceret, ex cruce Italiamcernere, ac domum suam prospicere posset. Et derechef; Italiaequeconspectus ad cam rem delectus est, vt ille in dolore cruciatúquemoriens, perangusto freto diuisa seruitutis ac libertatis iura cognosceret:Spectet inquit Patriam, in conspectu libertatisque moriator. De ce lieunous aprenons quatre ou cinq particularitez concernans ce supplice; l'uneque c'estoit le plus cruel et atroce de tous les autres, ainsi qu'està nous mettre un forfaicteur tout vif sur la rouë, sans luydonner rien des coups qu'on appelle de grace, parce qu'ils abregent la vie,et par consequent leur enorme passion et douleur: l'autre, que les Romainsn'en usoient point à lendroit de ceux qui avoient le droit de leurbourgeoisie, ains seulement envers les esclaves, et les estrangers;mesmement les brigands et voleurs <f 293r> insignes; lesperturbateurs du repos publicq, les seditieux qui voulussent attempterquelque chose contre l'estat; et les seducteurs taschans d'introduirequelque nouvelle doctrine contre l'ancienne religion; dequoy les Juifscalomnierent JESUS-CHRIST envers Pilate. En apres qu'on dressoit ces gibetscroisez tous neufs et expres hors des villes. Puis que le condamnéavoit la teste droict eslevee; car autrement il n'eust pas peu veoir au loindevant soy, et distinctement, pour luy rengreger son regret et douleur,parquoy il n'estoit pas penchant contre bas, ou de travers en ceste manierede croix que nous appellons Bourguignonne, comme aucuns taschent desubtiliser, parce que le sang qui se fust affaissé en la teste, yaffluant de toutes parts, l'eust incontinent estouffé: etfinablement, ce qui corrobone tant plus cecy, qu'il expiroitattaché-là peu à peu en tormens extremes, tout transide faim et de soif, et molesté à toute outrance de l'ardeurdu Soleil en esté, et de la rigueur du froid en hyver, mais plusencore des mouches et des oiseaux, qui en toute liberté luy venoientbequeter les yeux, le visage, et toutes les autres parties du corps;principalement, comme il est a croire, és playes que les clouds dontils estoient fichez avoient faites; car les mots de Crucisigere et suffigere emportent que ce deust estre plustost ainsi, que nompasliez de cordages; joinct cest autre passage de Ciceron, contre Pison: An ego si te et Gabinium cruci suffixos videam, maiore afficerer laetitia,ex corporis vestri<f 293v> laceratione, quàm afficior infamia ? cemot de laceration important quelque deschirement du corps, et navreure. Etde fait les deux larrons, quoy qu'on les represente en quelques endroitsautrement, de relief et platte-peinture, furent executez de la mesme sorteque JESUS-CHRIST, comme le tesmoigne S. Augustin sur S. Jean: et l'histoireEcclesiastique à l'invention de la vraye croix, met en termes expres,qu'on ne la peut pas discerner des deux autres, que par le miracle de laresurrection d'un mort qu'on placqua dessus. Mais en cest endroit les Juifsnous reprochent, qu'à tort nous les calomnions d'avoircrucifié JESUS-CHRIST, d'autant qu'ils n'userent onques de cesupplice, n'en ayans jamais eu que de quatre sortes: de vray le mot de [H]Ets qui se trouve ainsi traduit en Genese 40. et 41. Josue 8. etEsther 5.8. et 9. et que les paraphrastes Chaldaïques, et le nouveauTestament Syriaque tornent [H] tzelib, ne signifie propreementautre chose qu'un arbre, pieu, perche, et semblable bois; comme aussi faitle grec [G], combien qu'il soit plus particulier à la croix,et aux trellisseures que l'autre. Mais ce n'est pas ce qu'on leur dit,sachans assez que depuis qu'ils furent reduits en province souz le joug etobeissance de l'Empire Romain, on ne leur laissa que leurs loix municipales,et policé particuliere, dont l'execution de la croix n'estoit pas;autrement ils n'eussent point crié tout haut; Nobis non licetinterficere quemquam; ains que ce furent eux qui calomnieusementinstruirent <f 294r> la procedure, subornerent des faux-tesmoins,et finablement contraindrent Pilate, le menaçant de le defererà l'Empereur, de condamner à mort l'innocent juste, qu'ilchercoit d'absoudre et faire eschapper.
Quatre sortes de supplices aux juifs.
Donques les quatre sortes de supplices qu'avoient les Juifs, et les casaffectez à iceux estoient tels qu'il s'ensuit; ce que nous avons bienvoulu inserer icy, comme chose non impertinente, et qui n'est pas des plusvulgaires à un chacun. La premiere, comme il est expliqué auTalmud, et en l'abregé de la Mischne sur le traicté desSanhedrin, estoit le lapidement;
Le lapidement.
qui est tousjours soubsentendu devoit estre, quand en l'escriture setrouvent specifiez ces mots cy, et sanguis eius in eo; dont dixhuitespeces de crimes estoient punis: Qui eust eu affaire à sa mere,à sa marastre, à sa tante, ou à sa bru: qui defloroitune fille desja fiancee à un autre: un Sodomite, tant envers lesgarçons, que les bestes, et une femme qui se fust prostituee àicelles: le blasphemateur; l'idolatre, et qui induisoit les autres àidolatrie: celuy qui offroit de sa semence à moloch: un Necromantienqui enquist l'esprit d' Ou, et de Jedain: les devins:Quiconque prophanoit le Sabat; qui maudissoit ses pere-meres; ou leur estoitrebelle, desobeissant, et injurieux: qui trahissoit sa patrie, ou conspiroutà l'encontre: un empoisonneur, et sorcier. Avant que d'arriver aulieu de l'execution, on admonnestoit le criminel de so confesser et serecognoistre; ce qui estoit commun aussi à tous autres condamnezà la mort; car selon leurs traditions, qui ne se <f 294v>confesse n'a point de part au siecle advenir en l'heritage des bien-heureux:et celà se voit au 7. de Josue où il admonneste ainsi Achan:mon fils donne gloire au Seigneur Dieu d'Israël et te confesse; etsi me declare ce que tu as fait; ne m'en celle rien. A quoy l'autrerespond; Veritablement j'ay peché encontre le Seigneur Dieud'Israël, et ay fait ainsi telle chose et telle. A ceux qui nesçavoient pas la formule de la confession, on la leur dictoit motà mot en la sort; La mort que je vois recevoir, me puisse estreen expiation de tous mes mefaits et offenses. Et là dessus on luydonnoit à boire du vin mixtionné avec de l'encens, afin del'enyvrer d'avantage et luy troubler l'entendement, si qu'il apprehendastmoins l'horreur de la mort: Ce qui a quelque affinité avec ce passageicy de S. Marc. 15. [G] Et luy donnerent à boire du vinmixtionné avec de la myrrhe. Celà fait on le despouilloittout nud, horsmis d'un linge devant les parties honteuses; aux femmes onlaissoit leur cotte et chemise: Puis on le montoit les mains liees sur uneschaffaut dressé expres à la haulteur de deux staturesd'homme; d'où l'un des tesmoins le precipitoit de toute sa force surune grosse pierre placquee au dessous: Que s'il ne mouroit de cela, lesautres tesmoins estans en bas, luy en rejectoient un autre du poix de plusde deux cens livres sur la poictrine et sur le ventre: que s'il tardoitencore à expirer, la multitude l'achevoit là à coupsde pierres. Et de ce pas on l'alloit pendre au gibet, la face tournee endehors vers le peuple;<f 295r> si une femme, en dedans contre la potence: Aucuns dientqu'on les enterroit, excedé les idolatres, et blasphemateurs.
Le bruslement.
L'autre maniere de supplice estoit le bruslement, duquel ils usoienten dix crimes: Envers la fille d'un prestre qui estant mariee commistadultere: celuy qui avoit affaire à sa fille, ou à sa niepce;ou à la fille de son fils; ou à la fille de sa fille, ouà la fille d'elle; à la mere de son beaupere, à la merede sa belle mere: tous cas dependans de l'ardeur de luxure, parquoy ilestoit bien raisonnable de les chastier par le feu. La maniere del'execution estoit telle: On enfonçoit le condamné dans un tazde fiens, jusqu'aux escelles; et lors on luy mettoit une nappe ou longiereau col, que deux hommes forts et robustes tiroient de toute leur puissancedes deux costez, tant qu'il ouvrist la bouche bien grande, par où onluy jectoit en la gorge une petite bille d'acier toute rouge, laquelles'avallant dans l'estomac luy brusloit soudain les entrailles, et ainsirendoit l'esprit.
Le decollement.
LA TROISIESME estoit le decollement, presqu'à nostre mode; quis'estendoit en premier lieu envers les habitans d'une ville qui se fustdestournee à l'idolatrie: Puis aux homicides, tant par glaive,qu'à coups de baston, et de pierre; ou qui eussent poulséquelqu'un dans le feu, ou dans l'eau, dont il ne se seroit peu retirer, ainsy seroit mort: que s'il s'en pouvoit retirer, nonobstant que de cestinconvenient il mourust apres, l'autre n'en estoit point coulpable.
<f 295v> L'estranglement.
<f 295r> ET LA <f 295v> QUATRIESME estoit d'estrangler, ceuxassavoir qui auroient frappé leur pere ou leur mere; ou embléet destourné un Israëlite pour le vendre à desestrangers: un du conseil qui s'opposast et contredist à l'unanimeconsentement d'iceluy, et en partroublast l'execution: un faux prophete, ouqui prophetisast au nom et vertu d'un idole: un adultere: Celuy qui eustdesbauché la fille d'un prestre, et l'eust violee. L'execution enestoit toute telle que du bruslement, fors du fer chaud; car quand lecriminel estoit enfoncé dans le fiens, et la longiere jectee au col,on l'estreignoit tant qu'il fust du tout estranglé. Tous ceux-cyestoient enterrez dans la fosse commune ou se mettoient les executez parjustice, jusqu'à ce que la chair fust du tout consommee: et alors onrendoit les ossements à son parenté, pour les ensevelir ausepulchre de leurs ancestres: Puis les parents et alliez du defunct s'enalloient trouver les Juges, et les tesmoins, pour leur declarer en publicde ne leur en porter aucun maltalent ny mauvois vouloir, hayne ou rancune;advoÜans la deposition contre luy pour bonne et loyale; et le jugementequitable. Mais pour retourner à la croix, Pline liv. 8. chap. 16.met Polybe avoir escrit, qu'estant en Afrique avec Scipion, il vit des Lyonscrucifiez; ayant le peuple esté contraint d'en user ainsi pour enespouventer les autres, qui les venoient mesme assieger dans les villes.Josephe vers la fin du livre qu'il a fait de sa vie; et cecy est l'un desplus speciaux et poignans tesmoignages <f 296r> qui se trouve pointnulle part és anciens autheurs non Chrestiens, pour nous instruirede ceste forme de supplice, racompte qu'apres la prise de Jerusalem parTitus, au retour d'une ville appellee Techue, il trouva toute la campaignesemee des croix de ceux qui y avoient puisnagueres esté attachez;dont entr'autres il en recogneut trois de sa familiere accoinctance, quivivoient encore: Parquoy il s'alla jetter au pieds de Titus, qui luy octroyagrace de les dependre; dont les deux en les medicamentant de leurs playesrendirent l'ame; et le troisiesme reschappa. Ce qui monstre tout apertement,que la mode Romaine en ce cas, estoit de les clouer à la croix, lateste toute droicte eslevee.
  AINSI Moyse eut deux sortes de caracteres, l'une pour les chosessacrees, assavoir l'Hebraïque, qui est celle que nous avons;
Fueil. 127. et 128.
et l'autre pour les prophanes, comme la Justice, police, commerces, etsemblables affaires du monde; et pourtant vulgaire, et usitee de tout lepeuple Judaïque; qu'on tient estre la Samaritaine, celle dont usoientles anciens Chaldees, et qui se communica depuis aux Pheniciens: Dont toutainsi que de l'Hebraïque sont provenues la Syriaque et l'Arabesque, futenfantee la Grecque; et consequemment la Latine, qui consiste toute ou peus'en fault des capitales Grecques, comme on peult voir; et que le tesmoignePline liv. 7. chap. 58, où il cite un ancien tableu de bronzeapporté de Delphes à Rome, ayant ceste inscription icy:<f 296v> [G] Par où il s'estudie de prouver que leslettres Grecques anciennes estoit presque les mesmes que les Romaines ouLatines. Et au chap. 56. precedant, il met ces lettres-là avoiresté les Assyriennes, ou selon les autres les Syriaques, mais ce sontsans doubte les Samaritaines: lesquelles horsmis l' Aleph et le Jod, deux caracteres mysterieux, sont si conformes aux Grecques etLatines si on les considere et prend à l'envers, que ce n'est presquequ'une mesme chose. Ce que dessus confirme encore Eusebe par la propredenomination des Grecques; où à l'imitation du Chaldaïsmea esté adjousté à la pluspart un a pour leurdesinence, avec quelques transpositions en d'aucunes, comme Alpha au lieu d' Aleph; Betha pour Beth; Gamma pour Gamel, ou gimel; Delta pour Daleth, etc. Au resteselon l'opinion de plusieurs, ce fut bien en la langgue Hebraïquequ'Adam imposa à chaque chose son droit nom et appellation; et quece parler se maintint seul par tout l'univers jusqu'à la confusionBabylonienne, qu'il se varia en soixante douze langages, autant que deprincipautez;
Genese II
mais pour le regard, de l'escriture il y a quelques difficultezlà dessus, que nous avons amenez cy devant du Talmud.
Fueil. 128.
S. Jerosme au passage ja allegué sur le 9. d'Ezechiel; Antiquis Hebraeorum literis, quibus hodie vtuntur Samaritani, sembletenir que les caracteres Samaritains furent les premiers qu'eut le peupleHebrieu: et plus particulierement <f 297r> encore au proëme dulivre des Rois; Que les Hebrieux eussent vingt-deux lettres en leuralphabet, la langue mesme Syriaque le tesmoigne assez, qui pour la plus partest fort aprochante de l'Hebraïque; ayant aussi vingt-deux lettres, etd'un mesme nom, mais de differends caracteres. Les Samaritains encore ontle Pentatheuque de Moyse escrit par autant de lettres, dissemblables tantseulement de figure, et d'accents. Et est chose toute certaine qu'Esdrasapres la prise de Jerusalem, et la restauration du temple sous Zorobabel,inventa d'autres caracteres, ceux assavoir desquels nous usons maintenant;jusqu'à ce temps-là ceux des Samaritains et des Hebrieux ayansesté tousjours les mesmes. Ce qui le put inciter de le croireainsi, fut que les Israëlites à la revolte des dix Tribuz, quantelles se desmembrerent de la corone Judaïque sous Roboam fils deSalomon, avec lequel ne persisterent que Judah, et Benjamin, s'estans allezestablir sous Jeroboam au milieu de Judee en la contree de Samarie, àSychen ville capitale de tout leur Estat, declinerent à idolatrie.Et pource qu'ils garderent les anciens caracteres, Esdras et les Juifs quis'estoient retenus en la vraye religion du seul et vray Dieu, afin den'avoir rien de commun avec eux voulurent user d'autres lettres etescriture: et les Samaritains, ensemble leur posteritéjusqu'aujourd'huy, ont tousjours gardé l'ancienne. Car en tout leLevant il y a trois sortes et manieres de Juifs: les Talmudistes, autrementles communs; qui esposent la loy à leur fantasie: Les Caraim ou literaux qui s'arrestent du tout à la lettre, et au texte<f 297v> de l'escriture, que seule ils reçoivent, rejettanstoutes humaines traditions: et ceux-cy sont fort abhorrez des autres: latroisiesme est des Samaritains; dont voicy l'alphabet lequel tout ainsi quel'Hebrieu, le Chaldee, Syriaque et Arabesque, procede en dedans, àl'imitation du cours et mouvement de nature, de la mains droicte vers lagaulche, ou du dehors en tirant vers l'estomac.
Alphabet Samaritain.
[FIGURE]
  EN voicy un autre, advoui et receu à Rome pour tel, selonle tesmoignange qu'en ameine Theseus Ambrosius.
<f 298r> [FIGURE]
Jerem. 21.a. I. Esdr. 5.c.
  L'ANCIEN langage Chaldaïque devoit estre le Babylonien,ceste ville estant pour lors le chef de toute la domination des Chaldees:Au regard des lettres, les uns tiennent que ce fussent les Samaritaines; etles autres, que c'estoient celles qu'on appelle du passage de la riviere,que vous avez veu cy dessus. <f 298v> Mais tant la langue quel'escriture ont souffert plusieurs mutations du depuis: car durant les lxx.ans que les Israëlites demeurerent captifs en Babylone, il se fit unmeslange de l'Hebrieu et du Chaldee, tel qu'on peult voir par les escritsde Daniel et d'Esdras; plus és Targuns ou paraphrases de Jonathan,et d'Onkelos; le Targun aussi Babylonien, la Mischne, et les deux Talmuds,tant le Jerosolimitain, que le Babylonien, et assez d'autres oeuvres; dontles characteres neaumoins sont purs Hebrieux: mais ces paraphrastes son plusvulgaires et familiers en leur stille, que les deux dessusdits Prophetes;et ne sentent pas tant leur antiquité. Car d'autant qu'on ne lisoitpas au commun peuple la Saincte Escriture en Hebrieu, ains au lieu de celales paraphrases qui en estoient aucunement explicatives, les autheursd'icelles s'estudioient de s'accommoder à l'intelligence et porteede la multitude imbecille, qui parloit un langage moins elabouré etelegant que l'Hebrieu; tel à peu pres, s'il s'en pouvoit fairequelque assez propre et pertinente comparaison, que pourroit estrel'Italian, ou plustost l'Espagnol envers le Latin. Ceste-cy fut la premierealteration de l'Hebrieu, et du Chaldaïque: depuis il s'en est faittout-plein d'autres, tant du langage que de l'escriture; dont usent encorepour le jourd'huy plusieurs nations espandues ça et là parl'Asie, et l'Arabie, vivans sous la domination du Turc, qui ont retenu lenom de Chaldees: et sous celle du Sophy Roy de Perse, qui les tollere en ses<f 299r> pays, bien que Chrestiens, mais tous entachez de l'heresied'un Nestorius jadis Evesque de Constantinople, dont l'erreur fut condamneeen la tierce Synode d'Ephese; mettans en nostre Sauveur deux personnes,l'une divine, et l'autre humaine; et n'advouans la vierge Marie estre merede Dieu, ains seulement de JESUS-CHRIST entant qu'homme: Nient au reste lapresence de son corps en l'Eucharistie, fors quant on l'use; consacrent depain levé, ainsi que les Grecs; et communient sous deux especes,jusqu'aux petites creatures. Mais le fort de leur residence est en Tartarie,en une tresample estendue de terres, plus que ne contiennent toute la Franceet Italie jointes ensembles. Ils celebrent le divin service en un langagequ'ils disent estre le Chaldaïque; et en leurs livres de doctrine,usent de ces caracteres icy; mais en leurs traffics et commerces, ilss'accommodent au vulgaire tant du parler que de l'escrire, des lieuxoù ils conversent et traffiquent.
<f 299v> [FIGURE]
  CEST autre alphabet, Chaldee encore, est de ceux qui conversenten Perse et Medie.
<f 300r> [FIGURE]
  AUTRE alphabet Chaldee des particuliers habitans de Babylone,maintenant dicte Bagadet en la Mesopotamie, sous l'obeïssance desOthomans Empereurs des Turcs, qui fait frontiere au Sophy Roy de Perse. Etencore que tous usent vulgairement du parler Turquesque, et en leurs escritsdu langage et caracteres Arabicques, neaumoins les naturels du pays, se sontde fort longuemain reservé à par eux, ceux qu'ils avoientreceuz de leurs ancestres.
<f 300v> [FIGURE]
Chaldee au rebours des atres.
  MAIS en voicy un autre que je trouve inscrit Babylonien en labibliotheque des Seigneurs Grimani Venitiens; ou cecy semble un peuestrange, que toutes les lettres sont inscriptes à la mode Grecque,et de gaulche à droict, au rebours de tous les Chaldees. Ce quipourroit paraventure proceder (autre chose est-il bien malaisé d'enconjecturer) des peregrinations et voyages que ces gens-là auroientfaict parmy les<f 301r> Grecs habituez és basses regions de l'Asie, et lescaloiers du mont de Sinaj, et autres endroits de l'Arabie; les Armenienspareillement, Jacobites, Georganiens, Copthites, Abissins, et semblables,qui escrivent tous de la mesme sorte que les Grecs, et les Ponantins: Si quedu commerce qu'ils ont eu par ensemble, retenans la figure ancienne de leurscaracteres, ils auroient seulement changé l'ordre de l'escriture.Mais si en cest endroit le conjecturer peult avoir quelque authoritéet credit, je mescroirois plustost que ce fust l'alphabet des Maronites,attendu mesmes que les lettres assignees aux caracteres, sont Grecques. CesMaronites prindrent jadis le nom d'un certain Maron Heretique, qui nemettoit qu'un intellect et volonté en JESUS-CHRIST, et par consequantqu'une seule operations; ouquel erreur, dont fut autheur un Antiochiennommé Macaire, condamné en la VI. Synode àConstantinople, ils persisterent bien cinq cens ans; et finablementl'abjurerent és mains d'Emery patriarche d'Antioche, se rengeansà l'obeïssance du siege de Rome: là où au concilede Lateran celebré sous le Pape Innocent III. ils receurent avec lesautres traditions Catholiques, l'usage des cloches, des mittres, crosses,et gros anneaux que les Prelats portent és doigts pardessus leursgands; car en toutes les Eglises de l'Orient ces choses là n'ontpoint de lieu. Pour le jourd'huy ce sont encore tous Chrestiens, maiscomposez de plusieurs pieces; et espandus en divers endroits de l'Asie;mesme en Babylone,<f 301v> au monastere de Sinaj; et en celuy de S. Anthoine, ou S.Macaire, au grand desert qui s'estend le long de la mer rouge front àfront de l'Ethiopie, depuis la ville du Thor, jusqu'en Adem principal apportde toute l'Arabie heureuse; les uns Grecs, les autres Syriens, et Arabes;qui usent de differends langages, et façons d'escrire.
[FIGURE]
<f 302r> Le Syriaque.
  L'AUTRE signalee alteration du Chaldaisme, a esté enla langue Syriaque ou Jerosolymitaine, qui garde quant et quant le nom deChaldee, parce qu'elle participe de l'Hebrieu et du Chaldaïque, maisles caracteres sont differends des Hebrieux, et Samaritains. Le Thargum ou paraphrase Jerosolymitaine, ensemble celle des proverbes,sont presque pur Syrien: le nouveau Testament aussi, fors l'Apocalypse, etquelques epistres des Canoniques, se trouvent escrits et imprimez en celangage et caracteres;
Chrestiens de la ceinture en Syrie.
aportez de la terre Saincte, où certains Chrestiens qu'onappelle de la ceinture, espanduz par toute Syrie, mais principallementhabituez és environs du mont Liban, en nombre de plus de quatre millemesnages, en usent encore pour le jourd'huy au service de leurs Eglises;allegans les avoir euz de main en main successivement depuis le temps deJESUS-CHRIST, qui le parloit, comme le vulgaire practiqué alors entretous les Juifs; car l'Hebrieu n'estoit que pour les hommes doctes, selon quele semble inferer ce passage de S. Jean, 7. Dequoy les Juifss'esmerveilloient (assavoir de la doctrine du Redempteur) en disant;Comment est-ce que cestuy-cy peut sçavoir les escritures, veu qu'iln'a point apris les lettres ? Ces gens-là sont les lreliques desChaldeens, tous chrestianisez aujourd'hui, et reduits sous le Patriarchatd'Antioche, mais entachez des anciennes Heresies; jardiniers au reste,vignerons et labourreurs, cars ils sont inutiles à la guerre, autrafic et manufacteures; malins, doubles, rapineux, et desloyaux entre tousautres.
<f 302v> Premier alphabet Syriaque, de plus grosselettre.
[FIGURE]
  ET cest autre est de la menue lettre courante, qui s'escrit pluscommodeement, pour raison de ses liaisons, et se forme mieux, en la ramenantcomme du hault en bas sur le papier, comme aussi faict l'autre; oud'endehors vers l'estomac.
<f 303r> [FIGURE]
  CECY ausurplus merite d'estre remarqué en passant, commechose loüable en l'institution des jeunes enfans, et qui est digned'estre imitee; Que les leurs aprenans l'A. B. C. ont accoustuméd'accompagner chaque lettre d'un nom qui commance par elle; le tout ensemblevenant à former un preambule de prieres sainct et devot, en cestesorte. <f 303v> A. Olaph; Aloho, Dieu: B. Beth;Baruio, le Createur: G. gomal; Gaboro, puissant: D.Dolath; Daiono, Juge: H. He; Hadoio, l'humble; V. Vau;Vag do, Promis; Z. Zain; Zaiono, norrissier: Hh. Hheth;Hhanono, misericordieux: Th. Theth; Tobo, bon: I. Iudi;Iohubo, liberal: C. Coph; Cino, droicturier: L. Lomad;Lmino, pacifique: M. Mim; Morio, Seigneur: N. Nun;Nuhero, lumiere: S. Somchath; Sabro, esperance: A. Ain; Ga. Gain; gobado, gouverneur: P. Pe, Phe; Pharuquo, Saulveur: zz. zzode; Zlibo, crucifié: Q. Quoph;Quadiso, Saincte, R. Ris: Romo, tres-haulte: Sc. Schin;Sbihho, glorieuse: Th. Thau; Thlithoiutho, TRINITÉface nous mercy de nos faultes: ou semblable requeste, qui suit lestiltres et qualitez dessusdites, à la volonté d'un chacun. Ily a vingt-deux lettres comme aux Hebrieux; et s'escrit de mesme de la maindroicte vers la gaulche.
  IL se trouve deux autres alphabets sous le nom encore de Syriaques;mais je les prendrois plustost pour Pheniciens, ou Ioniques; parce qu'ilsprocedent tout au rebours, de la main gaulche vers la droicte, à lamode des Grecs et Latins; des Ethiopiques aussi, et Armeniens; mais avec unetelle inscription de lettres, qui n'a rien de commun aveccelles-là.
<f 304r> Premier alphabet Phenicien.
[FIGURE]
<f 304v> Autre alphabet Phenicien ou Ionique.
[FIGURE]
  MAIS en cestui-cy, pour raison qu'il n'y a que les caracterestant seulement, et des capitales romaines au bas, il a esté de besoind'adjouster à part leurs appellations qui sont telles.<f 305r> A. Alemon: B. Bendi: C. Cathi: D.Delphim: E. Epheti: F. Foiti: G. Gaipoi: H.Hethim: I. Ioithi: K. Kiti: L. Lechim: M.Malathil: N. Nabeloti: O. Oithi: P. Porzeth: Q.Quitolath: R. Rasith: S. Salati: T. Tothimus:V. Vatolith: X. Xiroam: Y. Yaroiuth: Z. Zocium.
L'Arabesque.
  L'AUTRE langage qui est procedé de l'alteration del'Hebrieu, selon qu'il a esté dit cy dessus, est l'Arabesque;
Fueil. 296.
fort ancien, comme venu d'Ismaël fils d'Abraham, et de sa servanteHagar, lequel s'alla habituer en Arabie;
Genese 16. 17. et 10.
et de luy, ses descendans ont tousjours gardé le nomd'Ismaëlites en general, autrement les Madianites: mais ils en ont deuxautres subalternes; l'un d'Hagareens, en l'ancien Arabesque dicts ElMagherin, et des Hebrieux Hagrim, mot venant de laditte Hagar;et l'autre de Elsarak Sarrazins, de Sarra femme legitime d'Abraham,selon quelques-uns, mais ineptement comme nous dirons cy apres. Au regarddes Hagareens, leur residence ferm'-arrestee fut establie anciennement enl'Arabie Petree, où est le mont de Sinaj, sur lequel fut donnee laloy à Moyse; qui avec les enfans d'Israel au sortir d'Egypte, demeuratrent huict ans là és environs à rodder de costéet d'autre, sans advancer plus d'une journee de chemin, comme le cocteRabbvi Rambam fils de Maimon au 51. chappitre du 3. livre de son MoreHaneuochim. Ceste contree prit son nom de la ville capitalle d'icelle,<f 305v> appellee Petra, assise sur le torrent d'arnon, oùjadis establit sa domination le Roy Areta, il y a quelques seize cens ans;du nom duqeul furent depuis appellez les autres Rois ses successeurs, ainsique ceux d'Egypte du premier Ptolomee fils de Lagus. Apres la mort deMahomet, les Pontifes qui luy succederent tant au temporel qu'au spirituel,partans de là firent de grandes inondations et saillies decosté et d'autre; et s'emparerent de plusieurs provincescirconvoisines, mesme de toute la Surie, où ils se fermerent depied-coy à Damas, envoians leurs capitaines avec de grosses etpuissantes armees conquerir au long et au large. Et certes sous ces Pontifesil y eut d'aussi braves guerriers, et gens de lettres et d'entendement, quifurent onques en tout le reste de la terre: mais les Sarrazins, que nousprenons communement pour Mahometistes, ont de tout temps esté lesplus insignes bandolliers et volleurs de tous autres, sans avoir aucunedemeure arrestee, ains voltigeans incessamment sans feu sans lieu àtravers les desers, et destroits des montagnes, adjacentes àl'Assyrie, Mesopotamie, Surie, et Egypte; pour destrousser tant les passantsen petit nombre, que les caravanes mesmes bien accompagnees, par toute laPalestine, Egypte et Afrique; et faisans à l'imporveu de grossesincursions et entrees sur les peuples circonvoisins. Ce n'est pas ausurplusde Sarra femme d'Abraham que ce nom procede, comme abusivement on le cuidde;ains de l'ancienne appellation, de ce peuple; dont Ptolemee <f 306r>parle en la description d'Idumee: mais plus particulierement AmmianMarcellin au 14. de ses histoires; Saraceni tamen nec amici nobisvnquam, nec habendi, vltro citróque discursantes, quicquid inueniripoterat, momento temporis parui vastabant etc. où il met que deson temps, qui fut plus de 250. ans avant Mahomet, tout estoitinfesté de ces Saracins, depuis l'Assyrie jusqu'aux cataractes etsaulx du nil, qui separent l'Ethiopie d'avec l'Egypte; exerçans lesmesmes brigandages et destroussemens que font encore pour le jourd'huy ceuxqu'on appelle les Alarbes. Mais ce seroit chose par trop prolixe deparcourir tous les affaires des Arabes, et les divers peuples à quoys'eslargist et estend ce nom là; qui par l'espace de cing ou six censans a dominé la plus-part de l'Asie, et Afrique, voire une bonneportion de l'Europe; pour le moins toutes les Espagnes, dont les Rois deFrance les ont par plusieurs fois chassez: Il n'y a pas mesme cent ansqu'ils occupoient encore le royaume de Grenade, et l'Andelousie. Le parlerau reste Arabic est le mesme que l'ancien, corrompu de l'Hebrieu et Chaldee;Si que c'est un bien grand advantage et abregement à ceux quil'aprenent, de sçavoir quelque peu de l'Hebrieu; ayant tousjours eufort grand cours, et mesme depuis que ceste gross masse d'Empire Turquesques'est establie; Si que des dix parts du monde, il se peult dire qu'il esten usage envers les six ou les sept, d'autant que toute la doctrine desMahometistes est en ceste langue. Or combien elle est ancienne,<f 306v> ce seul passage de S. Jerosme en son prologue sur Danielnous l'aprend assez, où il met que le langage de Job convientbeaucoup avec l'Arabic; ce qui monstre son affinité avecl'Hebraïque et Chaldee; mais il a ses caracteres à part, qui neressemblent en rien quelconque ceux de l'Hebrieu, ny gueres plus auxSamaritains; si font bien aux Syriaques, estans ronds les uns et les autres,avec de belles et gracieuses liaisons. En voicy l'alphabet.
[FIGURE]
  A PROPOS des Sarrazins dessusdits, l'autheur des passages d'outremer leur attribue l'alphabet suivant, <f 307r> sans s'en expliquerdavantage; mais il tient aucunement de l'Arabe.
[FIGURE]
Punctuations.
  LES Chaldees au reste, et les Syriaques, au lieu du coma : ou de la virgule , au milieu de la clause n'estant encore parachevee,mettent un poinct; et <f 307v> à la fin quatre, variez denoir et de rouge, en ceste sorte [X]. LES Arabes en ont de quatrefaçons; le poinct hault ainsi que les Grecs [X] ou bas comme lesLatins . en lieu de virgule; ou bien le coma à guise du Shevah Hebrieu, qui sert de mesme: et pour le coma, et l'interrogant,il ont trois poincts en forme de Segol [X] mais ils en usent de troismanieres; la poincte tornee contre-mont en façon de pyramide [X] ou à droict [X] et à gaulche [X]. La quatriesme, qui sertde poinct à la fin de la clause, est de quatre poincts en forme delozange ou de crois [X] Ce qui se cognoistra plus apertement par cestexemple de l'Evangile:
S. Jean 9.
JESUS leur dit [X] Je suis venu en ce monde pour faire que ceuxqui ne voyent goutte voyent clair. Et que les voyans soyent aveuglez [X] Ce qu'oyans quelques Pharisiens qui estoient venuz avec luy demanderent [X] Et ne sommes nous pas aveugles nous aussi [X] Il leur fit responce [X] Si vous estiez aveugles vous n'auriez point de peché [X] maispource que vous dites que vous voyez clair . vostre peché demeureen vous [X] LES Abyssins ou Ethiopiens à la fin de chaque motmettent communement deux poincts l'un sur l'autre en façon de coma : et
au bout de la clause quatre en carré [X]   AINSIdonques que la langue Chaldee et la Syriaque sont venues del'Hebraïque, en semblable de l'escriture Samaritaine sont procedez lescaracteres Pheniciens, dont les Grecs ont pris la plus-part des leurs: Etpar consequant les Latins emprunté
<f 308r> ceux desGrecs, comme il a esté dit cy dessus. Voicy en premier lieu le communalphabet Grec, tant des lettres capitales, que des menues etcourantes.
[FIGURE]
  LES trois qui suivent cy apres, Grecs encore, sont moins frequentset usitez, ains plus rares; extraits au reste de diverses medailles,camaieux, marbres, et bronzes antiques: et ne fault pas trouver celaestrange, car nous voyons comme a changé depuis trois ou quatre censans nostre escriture; et les caracteres aussi de l'impression depuis centou six vingts.
<f 308v> Alphabet Grec.
[FIGURE]
<f 309r> Autre alphabet Grec.
[FIGURE]
<f 309v> Autre encore venu du levant.
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ARMENIENS.
  RESTE à ceste heure de poursuivre icy tout d'un train lesalphabets des nations qui ont pris l'ordre et suitte des lettres Grecques;ensemble leurs appellations: et premierement des Armeniens, peuple autrefoisvenu des Arameens, que Pline liv. 6. chap. 17. prend pour les Scythes. Ilne vivent pas seulement en la grande et petite Armenie, mais par tous lespays en general des Mahometistes, avec de bien grandes immunitez etfranchises; car il ne se faict point d'esclaves d'eux comme des autrespeuples Chrestiens, par un privilege special à eux octroié dulegislateur Mahomet, pour l'avoir quelquefois receu et traictédebonairement; et aussi qu'ils estoient Nestoriens comme luy, ouquel erreurils persisterent jusques au temps du Pape Eugene III. environ l'an 1150. Cesont au reste bonnes gens et paisibles, la plus-part vignerons etjardiniers, des meilleurs de tout le levant: mais il y an a aussi demarchants fort riches, qui font de grands trafficqs de costé etd'autre, en camelots, mocayars, toilles de cotton, draps de soye; d'or etd'argent; et tapis exquis de Perse, Bourse, et <f 310r> du Caire.Ils portent des dolimans ou longues juppes, et des cafftans, robbes longuesà mettre pardessus, presque conformes à ceux des Turcs; leTurbant aussi tout de mesme, mais billebarré de blanc et de rouge.Geoffroy de Vill'hardhuyn au 8. de son histoire, met que du temps que lesFrançois et Venitiens liguez ensemble conquirent Constantinople, ilsfirent tout-plein de bons services au Prince Henry, frere du Comte Bauldouynde Flandres, esleu lors le premier Empereur François, de la Grece,pendant qu'il faisoit la guerre aux Grecs de l'Anatolie, pres la ville deLandrimiti, il y peult avoir quelques 380. ans: Mais comme il fustrepassé en Europe, eux qui le suivoient estans demeurez derriere avecleurs mesnages en nombre bien de vingt mille ames, furent acconsuiviz desGrecs, et tous jusqu'aux femmes et petits enfans taillez en pieces sur laplace. De faict ils ont esté de tout temps si mortels ennemis desGrecs, qu'ils s'allieroient plustost aux Juifs et Mahometans qu'avec eux;tant pour l'infamie qu'ils en crecurent autrefois, les ayans rejetez de leurcommunion comme heretiques, que pource qu'ils conviennent en la plus-partde leurs traditions et ceremonies avec l'Eglise Romaine; mais ils ressententencore je ne sçay quoy de leur ancien Nestorisme. L'Armenie au restea esté de fort longuemain divisee en deux; la grande, et petite:Celle-là appellee à ceste heur la Turcomanie, dont le Sophyen passede la meilleure part; car mesme la ville de Tauris capitalemaintenant de<f 310v> tout son Empire, y est scituee, confine devers leSeptentrion à la Zorzanie, et la Mengrelie; au levant, à lamer Hyrcanique, autrement Caspienne, et d'Abacuc, et à la Medie; aumidy, elle a la Mesopotamie et Assyrie; et au Ponant, le fleuve d'Euphrate,et la petite Armenie. Au milieu de la grande il y a une montagne forthaulte, en tout temps couverte de nege, dont le circuit contient deux bonnesjournees de chemin;
Marco Polo liv. 1. chap. 4.
au hault de laquelle l'on dit que l'arche de Noé s'arresta apresle deluge universel, parquoy on l'appelle encore à cest heure Thaura aram Noé, La montagne de Noé en Armenie, qui enHebrieu est dicte Aram. LA petite Armenie est bornee du mont duTaur, en leur vulgaire Corthestan, de la Galatie, Cappadoce,Paphlagonie, et la mer majour; maintenant reduitte presque toute sousl'obeïssance du Turc. Quelques-uns la veullent confondre avec laCilice, qu'on appelle Caramanie, et en plusieurs endroits de Chalcondyle, Aladoly; meuz de ce que la ville de Seleucie, maintenant Silephica, qui sans doute souloit estres anciennement de Cilice, estcomprise pour le jourd'huy dedans la petite Armenie;
Josapho Barbaro en son voyage de Perse, chap. 4.
laquelle prit ce nom là environ l'an 1230. que deux Princesappellez Rubin et Leon freeres de l'Infante Armenie, luy donnerent son nom,l'ayans retiree des mains des Turcs, lesquels s'en estoient emparez. Carquand ils sortirent de la Tartarie, les Armeniens furent les premieresassaillis et troussez par eux, si qu'ils perdirent leur Royaume; neaumoinsils continuerent <f 311r> tousjours du depuis en la foy Chrestienne,où ils se sont si constamment maintenus, que mesme nommant unArmenien par tous les pays du Turc, on entend soudan par là unChrestien; mais quand ils se Mahometisent, ils perdent ce nom d'Armenien.Quant à leur creance et religion d'aujourd'huy, nonobstant qu'ilsdifferent en certaines choses de l'Eglise Latine, si sont-ils bien plusesloignez de la Grecque: car pour tousjours s'en plus diviser, et desSuriens aussi qui sont leurs partialistes et emulateurs, ils mangent de lachair certains Vendredis; et y boivent du vin, ensemble tels autres enyvransbreuvages. Autrefois pendant qu'ils estoient encor gouvernez sous uneroyauté particuliere, leur Melich c'est à dire Roy,estoit souverain aussi bien en la spiritualité comme au temporel;à propos de ce que dit Virgile, Rex Anius, Rex idem hominum,Phaebíque sacerdos; mais maintenant ils ont un Primat qu'ilsappellent le Catholique. Leurs prestres sont mariez; mais avant que de diremesse, ils s'abstiennent trois jours de suitte de coucher avec leurs femmes;les Grecs un seulement; et ont une large et ample corone au sommet de lateste; le surplus de leur cheveleure espandue tout à l'entour tantqu'elle peult croistre; et la barbe pareillement, à guise desNazareens; car ils n'en roignent jamais rien fors la dessusdite tonsure, queles seculiers portent aussi au mesme endroit, mais trassee en forme decroix, depuis l'an 744. que se trouvans fort molestez de guerre par<f 311v> les Suriens, ils furent admonestez in revelation des'accoustrer de ceste sorte, dont tout incontinent apres il vainquirentleurs ennemis. Les prestres sont fort venerables et reformez autant que nulsautres: et encore que leur service aproche plus des ceremonies Latines quenompas des Grecques, mesmes quant à la façon de leurs caliceset platines, neaumoins ils le celebrent en leur vulgaire, et l'assistancey respond de mesme:
Osculum pacis.
et quant on chante l'Evangile ils se levent tous, et s'entrebaisentà la joüe en signe de reconciliation, paix et amour fraternelle.Leur Eucharistie est azime comme la nostre, c'est à dire de pastesans point de levain, en forme d'une hostie ronde; laquelle estant consacreeils mettent sur la platine, et ainsi la levent et monstrent au peuple; Puisle calice consequemment, qui est ou de cristallin, ou de bois; etn'adjoustent point d'eau dans le vin. Ils font confirmer les jeunes enfanspar un simple Prestre: Ne reçoivent point les ordres de Diacre ne desoubsdiacre, ains de Prestrise tant seulement. Ne festent pas lanativité de nostre Seigneur ainsi que nous, ains jeusnent austerementce jour là;
Cela leur est commun avec les Ethiopiens.
et en recompence solemnisent d'un bien grande devotion le jour del'Epiphanie, qu'ils prennent pour sa naissance spirituelle; estimans qu'ence propre jour il fut baptizé par S. Jean au fleuve Jourdain. Ilsfont leurs prieres et oraisons presqu'à la mode des Turcs ou Arabes,bas accroupis sur les tallons, et baisent la terre par trois fois; làoù les Turcs deux seulement; <f 312r> les Grecs prient toutdebout.
Les Ethiopiens font de mesme.
DE tous les saincts ils ont en plus grand' reverence l'Apostre S.Jacques le Majeur, qu'ils tiennent pour leur protecteur et patron; duquelils ont une fort belle Eglise en Jerusalem, bastie pres du lieu oùil fut decollé; et d'autres encore, où ils s'assemblement engrand nombre.
En tout cecy ils conviennent avec les Grecs, et Ethiopiens.
QUANT au caresme, ils le font au mesme temps que nous, mais bien plusausterement sans comparaison, cars ils n'y boivent point de vin, et nemangent chose quelconque qui ait eu vie, nompas mesme du beurre et del'huille, ny autre maintenement et liqueur savoureuse, ains vivent seulementd'herbes, et quelques maigres potages de legumes assaisonnez seulement d'unpeu de sel; d'olives seches non confittes, et semblables choses de peu degoust, et moins d'appetit. ILS ont finablement leurs cemetieres àpart, ainsi que toutes les autres sectes et religions. LEUR commun parleret vulgaire est le Turquesque; et leur escriture, l'Arabique, parce qu'ilsconversent et traffiquent parmy eux; mais en leur service divin; et en leurdevis et negoces privez, ils usent de leur langue particuliere, et de leurscaracteres; dont il s'en trouve de deux sortes, l'une plus ancienne quel'autre, comme le marque Josapha Barbaro en son voyage de la Perse, chap.17. Le chasteau dit-il de Curcho, au frontispice de la grand'porte à certaines inscriptions gravees en marbre, qui monstrent estrede lettres bien formees, Armeniennes comme on tenoit là, mais d'autrefaçon que celles dont usent les Armeniens <f 312v>d'apresent, attendu que ceux qui estoient en ma compagnie ne les peurentlire. En voicy deux alphabets aucunement differends l'un de l'autre,mais non tant que semble inferer la relation dessusdite.
Premier alphabet Armenien.
[FIGURE]
<f 313r> Autre alphabet Armenien, avec l'appellation de leurslettres.
[FIGURE]
  LES Jacobites on aussi leur alphabet arrengé a la modeGrecque, et les appellations de leurs lettres fort en aprochantes; usansmesme de ceste langue, qu'ils escrivent de leurs caracteres qui sont tousGrecs, mais depravez et pervertis, au service ecclesiastique: et pour lesaffaires du monde, de leur vulgaire, qui est comme moyen entre l'Armenienet le Tartare. Mais <f 313v> ce n'est pas une nation, ains secte etheresie aiant pris son nom de certain Jacob disciple d'un Patriarched'Alexandrie qui les empoisonna de l'erreur de Nestorius, qu'ils onttousjours depuis tenue sans la desmordre, differente des traditions del'Eglise Latine et Grecque, dont ils furent long temps a banniz etexcommuniez par Dioscore Patriarche de Constantinople;
Marco Polo liv. 1. chap. 6.
et encore pour le jourd'huy le leur s'appelle Jacolit, lequel ordonneleurs prelats et ministres, avec les sacremens à leur mode. Cestesecte prit son origine d'Eutyche, qui entre ses autres impietez maintenoitJESUS-CHRIST n'avoir pas pris son corps de la Vierge Marie, ains estoitpenetré dans son ventre ainsi qu'un clair rayon de Soleil; rejectansau reste toutes sortes d'images és temples. Ils ont une chappellepour eux en l'Eglise du S. Sepulchre dans la ville de Jerusalem, oùils font leur office à part, tout ainsi que les Latins, Grecs,Abissins, Armeniens, Georgiens, et Maronites, qui sont le mesme que lesChaldees ou Syriens, chacun endroit soy; car ces sept nations et sortes degens sont admises en ceste Eglise, et y on leur residence pour leursconsemblables qui y vont en pelerinage. Mais ces Jacobites sans avoir nullepart demeure à eux propre et ferm'-arrestee, sont espanduz en diversendroits de l'Asie, et Egypte, voire jusqu'en Nubie, et Ethiopie, et en plusde 40. royaumes tant de terre-ferme que des isles à l'orient et aumidy, parmy les Mahometistes, dont ils ont emprunté leurcirconcision; outre laquelle ils cauterisent d'un fer <f 314r>chauld les petits enfans au front, joües et mains, de certainesmarques; estimans par là d'accomplir et effectuer ce baptesme au S.ESPRIT, et au feu, que S. Jean Baptiste remet à nostre Sauveur.
S. Matthieu 3.
Ils font encore les mesmes stigmates et marques à leurs bras,mais en forme de croix, pour la reverence qu'ils portent à cetressainct et vertueux signe; et mettre quelque difference entr'eux, et lesautres, tant Chrestiens, que Juifs, et Mahometistes, où ilsconversent pesle-mesle. Ils ne confessent pas leurs pechez aux prestres,mais à Dieu seul; prenans pour cest effect un rechauld où ilsjectent un peu d'encens; et estiment qu'avec la fumee leurs offenses montentlà hault, où elles leur sont remises et effacees. N'admettentau reste qu'une nature en JESUS-CHRIST, tout ainsi (dient-ils) qu'il n'y aqu'une seule personne, suivant les traditions dudict Euthyches; et enremembrance de ce ne font le signe de la croix que d'un doigt. Quelques-unsd'entr'eux se sous-divisent encore à une autre secte, constituans desdeux natures estans en luy, une tierce qui en resulte: Communient petits etgrands indifferemment sous deux especes. Et quant à leur langage, ilsen ont un propre et particulier pour entr'eux, ainsi que l'Hebrieu est auxJuifs, et une escriture pareillement, telle qu'elle est icy representee;mais ils usent par mesme moien de ceux des contrees où ils habitentet conversent, qui est communement plus au Caire.
<f 314v> L'alphabet des Jacobites.
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  LES Cophtites ont l'appellation de leurs lettres tout de mesme queles Jacobites, mais les caracteres sont aucunement differends, en nombreaussi de trente-deux. Postelle en son traicté des lettresPheniciennes<f 315r> les confond avec les Jacobites, combien qu'ils soient plusparticulierement Egyptiens; et Chrestiens de plus longuemain: dits ainsi aureste de la ville de Coptus, dont parle Plutarque au traictéd'Osyris; et Pline liv. 5. chap. 9. qui luy attribue l'un des Sieges etgouvernemens de l'Egypte. Diocletian l'an 19. de son Empire qui eschet au306. de salut, en fit bien martyriser sept vingts mille, et confiner infinisautres en exil; Parquoy d'une si horrible boucherie et execution, ils onttousjours depuis commancé à compter leur aera, quiest la dacte de leurs annees, comme à nous la nativité duSauveur. Ils appellent le PERE Phiot, et le FILS Pscirim: et comptent par les lettres de l'alphabet, ainsi que les Hebrieux, Chaldees,Grecs, Macedoniens, Dalmates ou Esclavons, et autres: mais les Arabes, etIndiens, par certaines notes numerales destinees à cest effect; etles Latins pareillement.
<f 315v> L'alphabet des Cophtites.
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  LES Georgianiens, dits des Turcs et Tartares Jurgianlar, ont aussi la mesme appellation et nombre de lettres que les dessusditsJacobites, et Cophtites, mais leurs caracteres plus conformes beaucoupà ceux des Grecs, dont ils ne different de gueres. Ils ont pris cenom du valeureux martyr S. <f 316r> George, l'image duquel ilsportoient en leurs bannieres et enseignes, parce que ce fut luy qui plantale premier en ces quartiers là, proche-voisins de Cappadoce, dontAngorie est la ville capitale, la foy Chrestienne, si qu'ils l'ont eutousjours depuis en fort grande veneration. Toutesfois Calchondyle met quedu temps du grand Constantin, leur Royne aiant esté guerie d'unetres-griefve maladie par une femme Chrestienne, ils furent lors convertisà la foy. Au reste la Georgianie, comme on l'appelle maintenant, estce que Strabon, Pline, Ptolemee, et autres Geographes nomment Hiberie, quifait une portion de l'ancien royaume de Colchos, pres de Trebisonde, et dufleuve Phasis, maintenant le Fasso, qui se va rendre dans le PontEuxin ou mer majour; là où ceste province se va estendre d'uncosté, et de l'autre atteindre la mer Hircanique, et la grand'Armenie. Mais outre ceux qui y habitent pour le jourd'huy, gens tres pauvreset miserables en toutes leurs façons de vivre, il y en a d'espanduzen divers endroits de l'Asie; et mesmes en Jerusalem un bon nombre, quioutre l'oratoire qu'ils ont en l'Eglise du S. Sepulchre, y occupenttout-plein de lieux saincts, par especial le mont de Calvaire, où aupropre endroit ouquel fut plantee la vraye croix, ils ont une chapelle etautel; et une Eglise dicte des Anges, où estoit la maison du PontifeAnne. Autrefois ils furent si craints et respectez des Mores, du Souldan duCaire, et apres des Turcs, qu'ils entroient <f 316v> enseignesdesploiees jusque dans la ville; exemps avec cela du Tribut appellé Carazzi qui se leve pour chaque teste, sur toutes sortes deChrestiens:
Heresie de Nestorius.
ny encore jusqu'aujourd'huy personne ne les a osé assaillir,nompas le Turc, ny le Perse, ny les Tartares, nonobstant qu'ils tiennent lareligion Chrestienne, neaumoins de la secte de Nestorius, jadis Evesque deConstantinople, dont l'erreur fut condamné en la tierce Synoded'Ephese, mectant en nostre Sauveur deux personnes, l'une divine et l'autrehumaine; et nioit la presence de son corps en l'Eucharistie, fors quand onl'use; n'advouans la vierge Marie estre mere de Dieu, mais seulement deJESUS-CHRIST, entant qu'homme: et autres telles impietez, communes aveccelles des Jacobites: Mais paraventure que les dessusdits ne se sont pasdonné grand' peine de leur courir sus, pour raison de leurpauvreté et misere, et de la difficulté du pays, qui nemeritoit pas le conquerir; les laissant là pour tels qu'ils sont,afin de leur servir reciproquement de barriere des uns aux autres, car ilsne sont pas si vaillans qu'ils souloient, ains la plus-part genspusillanimes, hebetez, et faitsneans. Ils suivent maintenant en tout et partout les traditions de l'Eglise Grecque, et usent de ceste langue etescriture en leur service, mais de caracteres aucunement differends: Enleurs negociations et affaires, ils s'accommodent du Turqusque, Arabe, etChaldee.
<f 317r> Alphabet des Georgianiens.
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  QUANT aux Egyptiens peuple si ancien et si renommé en toutessortes d'arts et sciences; si puissant au reste, qu'il se lit qu'autrefoisil y eut bien jusqu'à vingt mille villes habitees, làoù pour le jourd'huy à peine s'y en trouve il cinq ou six,avec dix ou douze <f 317v> bourgades, et en outre si belliqueux,qu'ils ont estendu leurs conquestes, et donné la loy à la plusgrand' part de la terre, il ne fault point faire de doute qu'ils n'aient euaussi un langage à part, et une escriture, non tant seulement desnotes et marques qu'on appelle les Hieroglyphiques, leur servans de chiffresecret reservé aux Rois et aux Prestres, mais de lettres communesaussi, dont se peust former un contexte exprimant par le menu lettreà lettre toutes sortes de conceptions, ainsi que l'Hebrieu, Grec,Latin, selon que l'infere assez ce passage allegué cy devant d'Apuleeau fueil. 251. Et Tacite en l'onziesme de ses annales: Que les Egyptiensfurent les premiers, qui par figures d'animaux representerent leurs penseeset conceptions; dont se voient encore de tresanciennes marques deremembrance à la memoire des personnes, gravees en marbre; eux semaintenans avoir esté les inventeurs des caracteres àescrire. Et au second: De là Germanicq s'en alla visiter lesreliquats des anciennes Thebes, où il y en avoit de tressignalezdemeurans; et en de grosses masses de pierre des lettres Egyptiennestaillees, qui contenoient leur tant grande par le passé opulence etpouvoir. Surquoy aiant esté commandé à l'un de leursplus anciens Prestres d'interpreter ce qu'elles vouloient dire en leurlangue, il racomptoit, que jadis en ceste cité il y auroit eud'ordinaire bien sept cens mille combattans; avec lesquels le Roy Rhamsesavoit sujugué la Lybie, et Ethiopie, les Medois et les Perses; Plusconquis la Province de la Bactrienne, et la Scythie; ensemble toutes lesterres que possedent les Syriens, <f 318r> Armeniens, etCappadociens leurs proche-voisins; ayant estendu son Empire le long de lacoste, depuis la mer de Bythinie jusqu'à celle de la Lycie. Selisoient outre-plus les tributs imposez à ces nations; le poix del'or et de l'argent qu'ils devoient fournir chacun an; le nombre d'armes,et de chevaux; l'ivoire, les aromates et parfums pour offrir éstemples, la quantité de bled, et autres vivres, ustancilles etmunicions que chaque pays contribueroit: Tout cela non moins magnifique quece que levent pour le jourd'huy les Parthes sur leurs subjects de forece,et la domination des Romains sur les peuples par eux conquis. ToutesfoisAmmian Marcellin au 17. de ses histoires, apres avoir deduit comme ésobelisques d'Egypte estoient gravees en chaque face infinies notes etmarques appellees hieroglyphiques, d'oiseaux et bestes estranges, voire(dit-il) d'un autre monde; il adjouste ces mots icy, qui semblent aucunementcontrarier à ce que dessus: Les anciens Egyptiens n'escrivoientpas comme à ceste heure, qu'un nombre limité de lettres, etfort aisé, exprime tout ce que la pensee humaine peult concevoir,ains chaque caractere servoit pour un mot à part; et par fois formoitun sens complet de plusieurs parolles. Par où il semble infererque les anciens Egyptiens n'avoient pas l'usage des lettres et del'escriture distincte ainsi que nous, mais tant seulement de certaines notesqui representoient un sens entier, selon les deux exemples qu'il en ameine;du vaultour qui signifioit la nature, d'autant qu'entre ces manieresd'oiseaux il ne se trouve point de masles, ains tant<f 318v> seulement des femelles, qui à certaine saison del'annee s'empregnent du vent: et la mousche à miel denotoit le Roy,ensemble les deux conditions qu'il devoit avoir, l'une de debonairetéet douceur conforme au miel; et l'autre de severité et rigueurrepresentee par l'esguillon. De ces hieroglyphiques il ne s'en voit qu'assezde restes encore, en de grands et petits obelisques, bases de sphinges, etautres marbres apportez à Rome d'Egypte, dont Pline fait bien amplemention au 36. liv. chap. 9. Et le mesme Ammian Marcellin au lieupreallegué, insere en lettres et langage Grec l'explication du plusgrand, sous le nom dudit Rhameses. Au regard du parler commun, et del'escriture, nous n'en avons, ce crois-je, rien, ou fort peu: Aumoien dequoyces deux alphabets attribuez aux Egyptiens, me sont un peu incertains etsuspects: nonobstant cela toutesfois je n'ay laissé de les adjoustericy avec les autres, dont il y en a encore de plus scabreux: Joint que lepremier me semble tenir je ne sçay quoy de ce capreolatim d'Apulee; et les appellations des lettres s'y conformer, telles que vous lesvoyez cy apres; vingt quatre en nombre, autant qu'il y en a en l'alphabetGrec: Neaumoins Plutarque au traicté d'Osyris, en met 25. selon lamultiplication carree du Cinq, autant qu'Apis vescut d'annees.
<f 319r> Premier alphabet Egyptien.
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<f 319v> Autre alphabet Egyptien.
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Les appellations des lettres Egyptiennes.
A. Athoim. B. Beinthin. C. Chinoth. D.Dinain. E. Eny. F. Fin. G. Gomor. H.Heletha. I. Iamin. K. Kaita. L. Luzain. M.Miche. N. Nain. O. Olelath. P. Pilon. Q.Quyn. R. Iron. S. Sichen. T. Thela. V.Vr. X. Xiron. Y. Yph. Z. Zain.
TH Thou.<f 320r>   ET pour ne partir point encore de ce propos,voicy un autre alphabet inscrit et receu communement par tout pourhieroglyphique; mais à quel tiltre, je ne le puis pas affermer. Ilest pareillement de 24. lettres.
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<f 320v>   SI les deux alphabets cy dessus sont un peususpects et douteux, les subsequents ne le doivent pas guere estre moins:car c'est chose assez cogneuë depuis cent ans en ça, quelspeuvent estre les vrays caracteres des Ethiopiens Abyssins, qu'on appelleIndiens aussi, ensemble leur maniere d'escrire, qui va de gaulche àdroict ainsi que la nostre; là où ce premier alphabetassigné ausdits Indiens en la bibliotheque Grimanienne, procede aurebours de droict à gaulche, comme fait l'Hebrieu, le Syriaque, etl'Arabesque; bien est vray que la langue Abyssine est presque toutetissuë de ces trois là: Aumoien dequoy ce ne le peult estre; nydes Indiens nomplus de la Chine, et de Cataj, qui escrivent du hault en bas,ainsi qu'il a esté dict cy devant. Neaumoins l'appellation deslettres de cest alphabet se conforme à celle de l'autre qui suitapres, assigné nommeement ausdits Abyssins par l'autheur des passagesd'outre mer, où il afferme l'avoir eu tel de leur ambassade, lorsqu'ils vindrent prester l'obedience au S. Siege Apostolique sous Sixtequart, environ l'an 1482. On appelle communement, mais mal à propos,leur Aceque ou Empereur, autrement leur Neguz ou Roy, Prestegiani, qui en langage Persien, lequel a grand cours par toutel'Asie, signifie autant qu'Apostolique, comme qui voudroit dire RoyChrestien et fort Catholiq, assavoir Negusch Chavvariavvi. Or cequi leur donne encore ce nom d'Indiens, nonobstant qu'ils soient ainsi loingde là, en Afrique, vient de ce <f 321r> qu'un grand Terriennommé Prestegian domina autrefois la plus grand'-part de la profondeAsie, jusqu'aux dernieres extremitez de la terre vers le Levant en la Chine,et à Chataj; tant qu'à la parfin, il y peult avoir pres de400. ans, ces Seigneurs là furent depossedez de la meilleure part deleur heritage par Cingis Can premier Empereur des Tartares, qui del'aneantissement de ceste domination establirent la leur si puissante. CinCan puisapres fils dudict Cingis; et Bathi fils de Cin Can, acheverent dechasser du tout les Abyssins et leur principaulté hors d'Asie, lesrembarrans jusques pardeça la mer rouge en Ethiopie, où ilsont tousjours regné du depuis. Mais nous traicterons celà plusà plain et par le menu Dieu aidant, en nos annotations sur l'histoirede Chalcondyle.
<f 321v> Alphabet des Indiens, de la bibliothequeGrimanienne.
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<f 322r> Autre alphabet des Indiens Abyssins tiré despassages d'outre-mer.
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  MAIS voicy celuy qu'ils ont eu de fort longuemain en usage, etont encore; ouquel il y a vingt six caracteres, dont les quatre dernierssont lettres accouplees <f 322v> en syllabes par formed'abreviation, enquoy ceste escriture abonde fort, comme on peult voir autraicté de Postelle des douze langues, et au calendrier Abissininseré par le sieur de la Scala en son livre de l'Emendation destemps: Enquoy cecy est bien à remarquer sur le propos du fueil. 290.b. que leur Teth, a la figure d'un T. ou potence de S. Anthoine;et le Tau celle d'une croix parfaicte. Au reste leur alphabetprocede non à la façon des Hebrieux, Samaritains, Syriens, etArabes, de droict à gaulche, nonobstant qu'ils en aient pris la plusgrand' part de leur langage et escriture, et qu'eux-mesmes se nommentChaldees, ains des Grecs et Latins, de la main gaulche vers la droicte,selon le cours en particulier des Planetes dont le Soleil est le Principal,au contraire du premier mobile; car pour cause de leur adustion, quetesmoigne leur teint si noir, et de leur proche voisinage de ce luminaire,qui les rostist incessamment, ils se tiennent comme pour ses enfans icybas.
<f 323r> Alphabet Ethiopique, ou des Nubiens.
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  NOUS avons ausurplus apris puis-nagueres, mesme de ceste ambassadedu Giapan, qui l'an passé 1585. au mois de Mars, vint prester de siloin, comme de cinq à six mille lieües, l'obedience au sainctSiege Apostolique de Rome, Qu'és Indes Orientales, et<f 323v> encore deux mille lieües audelà, en la Chine,et au Cathaj, dont l'art de l'Imprimerie est venue à nous; pour lemoins elle leur a esté long temps auparavant cogneuë, il y adeux especes d'escriture, de mesme qu'Apulee racompte d'Egypte; l'une delettres hieroglyphiques; et l'autre de lettres communes, qui par leursassemblemens peuvent former tous les mots qu'on veult exprimer: Toutes deuxprocedans non en travers ainsi qu'aux Hebrieux d'une sorte, et à nousd'une autre, ains du hault en bas. La premiere, qu'ils appellent l'escriturede la Chine, est commune generalement à toutes les regions des Indes,tant des Isles que de terre-ferme, mais employee seulement pour les chosesspirituelles, et les non vulgaires doctrines, par les Bonzes, comme ils lesappellent; Ce sont les puisnez des Rois, Princes et grands Seigneurs, etautres principaux personnages, qu'on reduist en des monasteres avec de grosrevenuz, et de grands respects et auctoritez, pour obvier au desmembrementde l'estat, et aux partialitez intestines: ausquels Bonzes appartientl'administration et conduicte de tout ce qui depend de laspiritualité et religion à leur mode, selon leurs anciennestraditions idolatres, qui sont d'infinies manieres, et eux en nombrepresqu'infiny, comme de six à sept mille de leurs monasteres jadisen une seule montagne pres la ville de Meaco. Et encore que la plus-partsoient gens vicieux, ignorans, si s'en trouve-il neaumoins tousjoursquelques-uns de plus grand entendement <f 324r> et sçavoirque les autres; non ja par une doctrine acquise à l'escolle, ne parla lecture des livres, dont, nonobstant que le papier ne l'Imprimerie neleur soient pas inusitez, ils n'ont telle commodité que nous, ainspar une inveteree rottine; et des meditations si assiduelles, que tel y aqui s'y sera occupé trente ou quarante ans tout de suitte, sanscommunication de personne qui luy peust traverser ses conceptions; ainsiqu'un autre Aristomaque de Soles, qui demeura 58. ans sans s'amuser àautre chose, qu'à observer le faict des mouches à miel, pouren escrire plus seurement. Aumoien dequoy ils se forgent d'estranges et fortbizarres fantasies, n'estans en cela retenus d'aucun bridde de religion, nyde reprimende du magistrat, qu'ils ne puissent endroit soy abonder chacunen son sens, possedé d'une vaine et legiere inconstance. Mais ceenquoy ils conviennent le plus unanimement entr'eux, et de l'Eternitédu monde, et deperissement de l'ame quant et le corps; se persuadans que cequi est venue de rien, doit aussi retorner à rien. Surquoy l'und'entr'eux, pensant par cela exprimer ce qu'il pouvoit avoir estéavant sa procreation et naissance; ce qu'il estoit durant sa vie; etdeviendroit apres sa mort, fit portraire un arbre sec au milieu d'unpré; aux racines duquel d'un costé il aposa ces deux vers cy,qui renduz de Japonoys en Latin sonnent à peu-pres de la sorte;
  Cedo, qui nam te seuit arbor arida ?
  Ego, cuius principium nihil est, et finis nihil.

<f 324v> Et de l'autre, ces autres deux:
  Meum cor, quod neque esse, neque non esse habet:
  Neque it, neque redit, nec retinetur vspiam.
Tellement que toute leur creance bat à cela, que l'Estre detoutes creatures, soient animaux, tant raisonnables, que bestes brutes;vegetaux, mineraux, depend d'un RIEN. Et cela n'est pas guereesloigné de ce qui a esté touché cy devant au fueil.139. Ny pareillement du 33. de Job au fueil. 226. entant qu'ils constituenttrois ames en l'homme, qui par ordre l'une apres l'autre s'introduisent aucorps, et le delaissent. Et encore qu'ils proposent au peuple plusieursDeitez à adorer sous divers noms, si n'admettent-ils rien en leursecret fors ce qui est perceptible au sens; ce spacieux assavoir, et vasteUnivers, où tout est compris et enclos; mesme le temps, avec soncours, suitte & duree; à quoy ils ne limitent point de borne, soitdu devant, ny de l'apres; du passé, ny de l'advenir. Orphee l'appelleJUPPITER en ses hymnes:
  Juppiter est ce que tu vois;
  Tout ce que mouvoir apperçois
  Au ciel, en la terre, et en l'onde;
  Et brief ceste machine ronde.
Et au reste, tout ainsi que la terre qui n'est qu'un poinct indivisibleau regard du premier mobile, demeure suspendue au milieu dudit Univers, luyen semblable quelque immense qu'il puisse estre, jusqu'à le prendrede la convexité du ciel Empyree, demeure <f 325r>envelouppé egallement de toutes parts, comme une petite pelotte, ence vuide ou Rien, que les Stoiciens appellent l'INFINY; les CabalistesENSOPH; les Prophetes en tout-plein d'endroits les TENEBRES; Orphee, etHesiode LA NUICT. Ce que dessus me fait souvenir d'un passage de Rabi MoyseEgyptien au 46. chapitre du troisiesme livre de son Directeur; Que la nationdes Zabiens, mot du tout approchant et conforme à celuy desZaponiens, ne cognoissant pas qu'il y eust un Createur, estimoient que l'ENSEternel, à qui jamais la privation ne convient, fust le ciel, avecses estoilles. Et pource que de là se derivent quelques facultez etvertus sur des images, et certains arbres, il conceurent une opinion, queces arbres et ces images anonçoient les choses futures, tant lesutiles, que les nuisibles. MAIS ce seroit s'extravaguer trop avant, d'entreren ce propos plus outre. CES lettres donques hieroglyphiques de la Chine,et de Chataj, sont tres-difficilles d'apprendre à lire, et àformer; parce qu'elles consistent de diverses figures de bestes, oiseaux,arbres, herbes; et en somme de tout ce que la nature produist, qui leur sertde notes; les unes seules et à par-soy, et les autres jointes etaccouplees plusieurs ensemble, pour en dresser un caractere qui representeplus d'un mot; comme pourroient estre des Hypocentaures, Chimeres, Sphinges,et semblables monstruositez composees de diverses natures; Si que ces Bonzesquelque bon esprit qu'ils aient, <f 325v> y consument la meilleurepart de leur aage, avant que d'en pouvoir estre bons maistres; selon queporte la relation d'un Jesuite nommé Loys Froës, emanee de Bongol'un des royaumes du Giapan, au mois de Juin 1577. en ces propres termes.Cicatora en ceste si grande jeunesse est doüé d'une tellevivacité d'esprit, qu'en cas des lettres de la Chine; ce sontcertains caracteres, pour lesquels apprendre les Bonzes emploient toute leurvie; il n'y a homme en tous ces royaumes pour expert et versé qu'ily soit, qui sache mieux former ces caracteres là que luy, ny en fairede plus de sortes. Ce qui nous monstre que sur les notes generales deceste hieroglyphique escriture, en les deguisant et accouplant de diversesmanieres, se peuvent former des caracteres composez tous nouveaux, ainsiqu'és notes Ciceroniennes, et en nos devises, et chiffres de noms:comme le tesmoigne ce qui suit un peu plus outre puisapres en la mesmeEpistre. Cicatora changea son nom en celuy de Simon; lequel escrit encaracteres de la Chine, signifie et represente tout autant que, CELUYQUI EST ENSEIGNÉ DU MAISTRE. par où nous sommes acertenez, queceste escriture va à guise d'un chiffre à plusieurs ententes.Et à ce propos je me resouviens, que l'an 1559. un peu apres la mortdu feu Roy Henry, que je fuz envoié en Flandre et Zelande, àl'embarquement du Roy d'Espagne qui regne encore pour le jourd'huy, lecachet de sa signture estoit comme d'un passement ou rattellier de lettresentrelassees de telle sorte, qu'elles formoient <f 326r> le nom dePHILIPPO, et quant et quant ces mots icy, YO EL REY, qui se presentoientencore plustost à la veuë, et plus distinctement beaucoup, lorsque d'abordee on venoit à jecter l'oeil dessus, nonobstant que laplus-part desdites lettres soient differentes de figure. OR avant que sortirde ceste matiere, je n'estimeray pas faire chose impertinente ny ennuieuse,bien que parergue aucunement, d'inserer icy tout d'un train, le cours de lanavigation de ceste Ambassade, qui demeura trois ans sur mer tout de suiteet sans sejourner que pour prendre en passant leurs necessitez; aiant partrois fois changé de vaisseaux où le besoin le requeroit,avant que d'arriver à Rome; Joint qu'il n'y en a rien despecifié par le menu autre-part, mesme en l'advis qui en est venu;et que cela n'est de peu d'importance pour la geographie, et le navigage.AU partir du Giapan ils tindrent la routte du cap de Lango, où il ya un goulphe à traverser de cent lieües, et jusques à laChine 200. costoians toute la liziere orientale d'icelle, tant qu'ilsparvindrent au Royaume de Mangi:
Marco Polo, liv. 2. chap. 55. et 68.
Et de là poursuivans leur navigation à main droicte,donnerent à veuë des Isles Moluches, d'où viennent lacanelle, les clouds de girofle, et noix muscades, avec autres semblablesaromates et espiceries. Puis laissans ces isles à la main gaulche,tirerent outre, aians à droict la Chersonese doree, maintenant ditteMalaca, distante plus de 500. lieües dudict Giapan; et l'isle de laTaprobane en vulgaire Sumatra. De là passent la<f 326v> bouche du fleuve Ganges, et le goulphe qui de luy prend lenom de Gangetique.
Marco Polo Liv. 3. chap. 19. et 20.
Et laissans à gaulche e l'isle de Zeilan, et àdroicte la pointe du Malabar, où sont les royaumes de Calicut, CochinCananor, et autres provinces fertiles en poivre, gingembre, or, etpierreries, arrivent à Goa, 500. autres lieües de Malaca; etrengent toute ceste coste, jusqu'à la bouche du fleuve Indus, et auxrivages de la Gedrosie. Se coullent viz à viz d'Ormus, ville et isledu mesme nom, tresriche et abondant en perles, qui est sur le goulphePersique; qu'ils traversent tout sans donner dedans, ains prenans le largele long de l'Arabie heureuse, qui leur demeura à main droicte, avecle Canal de la mer rouge. Lizent consequemment la partie occidentale duroyaume de Prestejan en l'Ethiopie: et poursuivent de reng ceste coste quiregarde au Soleil levant: Passent le tropique de Capricorne; et doublent lecap de bonne Esperance: d'où ils dressent la proüe de leursvaisseaux vers nostre pole, tout le long de la coste de la Guinee, et del'Aphrique. Puis se rengoulphans derechef, atteignent les isles Canarries:Et de là finablement s'en viennent surgir en Portugal. S'y estansraffreschis quelques jours, ils traversent par terre en Espagne; et s'envont rembarquer au port d'Alicante sur la mer mediterranee, tant qu'ilsarrivent à Livorne en Thoscane pres Pise; d'où ilss'acheminent à Florence, et à Rome.
<f 327r> Alphabet de la Chine, et du Giapan.
[La page est blanche; il lui manquerait une figure.]
<f 327v>   LES deux alphabets ensuivans sont deferez àSalomon; mais à quel tiltre je ne sçay pas, si ce n'estoitpour certains traictez, que faulsement on luy attribue; esquels de mesme ona suposé le nom d'Apollonius Thianeen, pour leur interprete etcommentateur, qui a son alphabet à part.
Premier alphabet de Salomon.
[FIGURE]
<f 328r> Second alphabet de Salomon.
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<f 328v> Alphabet d'Apollonius Thianeen.
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  CESTUI-CY est de l'Ange Raphiel, selon le dire de Raziel au secondtraicté de ses Institutions, où il parle des pierresprecieuses, au livre intitulé du feu; lequel apporta ces caracteresdu ciel à Adam; dont il en met là l'interpretation etvertu.
<f 329r> [FIGURE]
  IL n'y a guere plus d'apparence d'avoir assigné cestui-cyà Virgile en qualité de Philosophe, dont il se racompte desfables trop ridicules: comme d'avoir esté laissé suspendu dansune corbeille, à my-estage d'une tour fort haulte, par une dameà qui il vouloit faire l'amour: mais pour s'en venger il fitesteindre par son art tout le feu qui estoit à Rome, sans<f 329v> qu'il fust possible d'en r'allumer, si on ne l'alloitprendre és parties secretes de ceste mocqueuse. Et encore le malestoit de ne se pouvoir communiquer l'un à l'autre, parce que soudainil s'amortissoit; Avec semblables resveries pour entretenir les vieilles etpetis enfans: mais les caracteres en sont assez beaux.
Alphabet de Virgile le Philosophe.
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<f 330r>   LES cinq alphabets ensuivans tirez de lapolygragraphie de Tritheme, sont d'assez plaisans caracteres, et trop plusaisez à former que les dessusdits; Si que l'escriture n'en seroit pasde mauvaise grace, ny guere embrouillee: dont le premier et par Pierre deApono attribué à un Honorius surnommé le Thebain, quien escrivoit ses observations magicales, pour ne les divulguerindifferemment à chacun.
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  CEST autre est particulier aux Chimistes.
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  ET cestui-cy est de Jaimiel surnommé Megalopien,<f 330v> Roy des Artiques tresdocte et prudent, qui en usoit en sesdepesches d'importance.
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  EN voicy un qui est extrait, mais ce n'est qu'un eschantillon dela grose masse de notes ciceroniennes, dont il a esté parlécy devant au fueil. 146.
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  ET ce cinquiesme est de la forge d'iceluy Tritheme.
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<f 331r>   TOUS au reste en general sont tres-facilesà dechiffrer, si on les vouloit employer à cela, comme estanssimples s'ils n'estoient accompagnz des clefs, ou quelqu'-autre desartifices lesquels ont esté touchez cy dessus.
  LES Tzerviens ont l'appellation de leurs lettres presque conformeà celle des Dalmates ou Esclavons, dont l'on attribue l'alphabetà S. Jerosme; mais la figure en est aucunement different: Nousn'avons inseré icy que l'Esclavon, où il y a jusqu'àtrente deux caracteres. Ceste escriture, au reste et le langage encore plus,ont eu une fort grande vogue en plusieurs endroits de la terre, non tantseulement en l'Esclavonie, Albanie, Croatie, Carinthie, mais aussi enPologne, et Uvalachie, Chiovie, Lithuanie, Livonie, et Moscovi; par toutela Grece, et la plus grand-part de l'Asie, Egypte, et Afrique,jusqu'à ce que l'Arabic et Moresque ou Punique, à cause quetoute la loy Mahometane y est escrite, et que les Turcs qui dominent cesquartiers là s'en servent en tous leurs escris, luy aitdiminué une partie de son credit.
<f 331v> L'alphabet Dalmatic, de S. Jerosme.
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  LES HETRUSQUES furent des plus anciens peuples de l'Italie,là où tost apres le deluge universel, Janus <f 332r>qu'on pretend estre le mesme que le bon patriarche Noé, restaurateurdu genre humain, vint fonder douze citez, ainsi que le marque Caton en sesOrigines; D'où par succession de temps du depuis, les Romainsemprunterent la plus-part de leurs mysteres et ceremonies, au tesmoignagede Ciceron en ceste formule de loy; ETHRVRIAE PRINCIPES DISCIPLINAMSACRORVM DOCENTO; QVIBUS DIIS CREVERINT, PROCVRANTO: Et outre-plus, ce quiconcernoit les augurements et predictions par les entrailles des victimes,et le vol, et chant des oiseaux; l'interpretation des fouldres, et feux duciel; gresles et pluyes extraordinaires; monstres, et autres prodiges; dansle mesme autheur, és livres de la Divination. Quant à leurslettres et escriture, on tient que toutes ces douze Citez ou Tribuz usoientde pareils caracteres, commis aux prestres tant seulement, qui lestransposoient chacun endroit soy, et en varioient l'ordre, valeur, etsituation à leur fantasie, à guise des chiffres; quelquesfoisen tirant de gaulche à droit, ainsi que nous; et quelques autre-foisau rebours, à la maniere des Hebrieux; afin de se tousjours tantmieux receler envers les peuples circonvoisins; lesquels ne peussentdescouvrir les noms secrets des Genies ou anges gardiens, protecteurs etPatrons qui leur assistoient; ensemble la maniere de leurs prieres,sacrifices, et offertoires pour se les avoir favorables, de peur que lesautres ne les evocassent à eux, comme firent puisapres les Romains;l'un des principaux moyens <f 332v> dont s'accreurent ainsi leursaffaires: lesquels sacrifices et ceremonies qui peussent plaire à cesDeitez tutelaires, avoient eu besoin d'une fort longue observation, establiesur une parfaicte cognoissance des astres; car c'est du ciel que se tire lenom et office de chaque Genie; et de la nature consequemment, etproprieté des choses elementaires, qui ont chacune leur estoilleparticuliere respondant à l'intelligence qui luy preside: le tout seraportant en fin à la gloire du premier intellect immobile, dont ilsdependent, et ont leur estre et mouvement; le Souverain Dieu assavoir,deguisé à eux sous le nom de [G] ou JOVIS, mot pervertydu JEHOVA, Qui diligit portas Zion, plusquam omnia tabernaculaIacob.
Psaume 87.
De ces transpositions des lettres Hetrusques, font foy les deux alphabetsensuivans, dont l'un procede à la maniere des Hebrieux de droictà gaulche, et l'autre au rebours comme les Grecs et les Latins; carau reste la plus-part des characteres s'entreressemblent. Et combien qu'onne trouve point nulle part que je sache, que les Latins aientemprunté les leurs des Hetrusques, neaumoins puis que nous y voyonsune si grande conformité, il est a croire qu'autrefois ils furent lesmesmes. A Volterre l'une des susdites douze citez, se voient encore pour lejourd'huy force vieils Epitaphes, et inscriptions en tables de marbre, urnessepulchrales, et statues, qu'on tient estre de lettres Hetruriennes, maispersonne n'y peult rien entendre, à cause que le langage en estesteint de fort longuemain: <f 333r> Voila ce que c'est d'uneantiquité trop remote, qui tant plus se forlonge et reculle enarriere de nostre temps, tant plus aussi s'obscurcist-elle, et se charge detroubles et sombres nuages; ou s'en va tout à fait plonger dans unprofond goulphre d'obliance et effacement.
Premier alphabet Hetrusque ou Thoscan.
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<f 333v> Autre alphabet Hetrusque.
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  LES GOTHS descendirent premierement de certains peuples de l'Asieappellez Getes, et se vindrent habituer en Gothie, isle fort grande enl'occean septentrional, plus de 400. ans avant l'advenement du Sauveur. Carl'an du monde 3637. ils envahirent premierement <f 334r> le pays deSaxe; et quelques 230. ans apres se voulurent aussi jecter dedans la HanceTeuthonique, où sont de present scituees Lubek, Amborg, Gottinghen,et autres villes maritimes proches de Brandebourg, et Pomeranie, sous laconduite de leur Roy Borbuste, où ils furent defaicts lourdement.L'AN 3885. avec leur Roy Sithalque, ils saccagerent tout le pays deFranconie: et depuis firent de fois à autre de grandes courses etravages en divers endroits de la Germanie, par l'espace de 300. ans; Tantqu'à la parfin l'an de salut 253. ils entrerent en Hongrie, et delà en Thrace, bien en nombre de trois cens mille hommes, oùils defirent l'Empereur Decius, et tuerent son fils sur la place; de luy,il se noya en fuyant dans la riviere d'Abricie: et contraignirent sonsuccesseur Gallus luy paier tribut. Puis quelques dix ou douze ans apresinonderent derechef toute la Macedoine et la Grece: et estans passez enAsie, saccagerent entierement les regions maritimes, depuis le Royaume dePont jusqu'en Surie: mais au bout de six ou sept ans ils receurent unegriefve estrette en la Macedoine et Esclavonie, où il en demeura plusde trois cens mille de tuez au combat par l'Empereur Claudius: et une autreencore par Aurelian, et Probus. L'AN 382. ils defirent l'Empereur Valens,qui les avoit faict infecter de l'heresie Arriane; et le bruslerent dans unvillage de la Thrace, sous la conduitte de leur Roy Alanus. L'AN 385.Theodose les ayant rompuz en plusieurs rencontres, les chassa du tout<f 334v> de la Thrace; Si que leur Roy Athanaric fut contraint devenir à appointement: lequel estant depuis decedé àConstantinople, les Goths destituez de chef, demeurerent à la souldedes armees Romaines bien dixhuict ans, jusqu'à l'an 404. qu'ilscreerent Roy Alaric; lequel quictant Thrace, se vint emparer de Hongrie,où il regna onze ans. L'AN 409. Rhadagaiz avecques deux cens milleGoths entra en Italie, où ils furent entierement desconfits, et luypris par Stilcon capitaine d'Honorius, lequel octroya à ceux qui sesauverent de la defaicte, les Gaulles pour s'y retirer; mais ils furentchargez frauduleusement le propre jour de Pasques par un Juif appelléSaul, à la suscitation du mesme Stilcon l'an 413. Dequoy irritezleurs confreres, se rejecterent derechef dans l'Italie, qu'ils saccagerentd'un bout à autre, et prirent Rome. A ALARIC succeda Ataulphe, lequelfleschy de sa femme Placidie soeur d'Honorius, s'abstint de desoler laville; et quictant encor l'Italie, passa és Espagnes, que sessuccesseurs Westgoths dominerent plus de 300. ans; jusqu'à l'an 720.que Roderic pour ses excez, et mesme le violement de la fille du ConteJullian, qui introduit les Sarrazins, aiant esté tué par euxau combat, en luy prit fin le regne des Goths en ceste Province, faisantplace à celuy des Mores, qui s'y maintindrent bien 700. ans. LESOstrogoths s'estans emparez de Hongrie environ l'an 460. sous leur RoyValamir, y regnerent 33. ans; jusqu'à ce que Theodoric aiantesté invité par l'Empereur Zenon de passer<f 335r> en Italie contre Odoacre, dont il redoutoit les efforts,apres l'avoir defait, et finablement mis à mort à Ravenne l'an494. il y planta sa domination, ou luy et ses successeurs se maintindrent58. ans. L'AN 512. comme les François eussent osté auxUvissegoths Rois des Espagnes, toute l'Aquitaine, Theodoric envoia contr'euxune grosse armee, qui en eut la victoire, si qu'il rendit aux Wissegothstout ce qu'ils avoient perdu en ces quartiers là; et se saisit parmesme moien d'une bonne partie des Gaulles: mais l'an 530. Lothaire recouvrale tout, et en deposseda de vive force le jeune Athalaric. Theodoric doncq'regna en Italie 33. ans, là où il fit assez de maulx; etexercea tout-plein de cruautez envers les Catholiques, parce qu'il estoitArrian; car pour ceste cause il fit emprisonner le Pape Jean premier de cenom; et mettre à mort Symmaque, avec son gendre Boëce, deuxtressignalez personnages tant en noblesse qu'en doctrine; desquels nousavons encore les doctes escris. Mais une fois comme on luy eut servyà soupper la teste d'un fort grand poisson, il entra en telleperturbation d'esprit, pensant proprement voir le chef de Symmaque, qui leregardoit d'une horrible mine, la gueulle ouverte hideusement, et les yeuxembrasez pleins de feu, que de frayeur, joint le remords de sa conscience,bien tost apres il en mourut. IL laissa une seule fille Amalasunthe, fortvertueuse et sage Princesse, ayant lors un fils nommé Atalaricaagé seulement de huict ans, avec lequel elle<f 335v> en regna huict autres; et apres la mort de son filsadvancea au royaume Theodate, qu'elle espousa; mais dés la premiereannee il la resserra en prison, et bien tost apres luy osta la vie. THEODATEapres ce forfaict ne dura que deux ans; cars les Goths cognoissans sameschanceté et insuffisance, et qu'ils avoient besoin d'un plusvaleureux capitaine pour faire teste à Bellisaire, qui ja avoit prispied en Italie pour l'Empereur Justinian, creerent Roy Vitiges; lequel semit incontinant à poursuivre Theodate, et ne cessa qu'il ne l'eustpris, et mis à mort. VITIGES regna cinq ans, qui sont les plusinsignes et memorables qui se trouvent point és histoires modernes;car il y eut lors continuellement une des plus brave guerre, qui fut onquesen Italie, tant à cause de l'excellence des chefs qui la manierent,que du grand nombre de soldats de part et d'autre, exercitez de fortlonguemain, et endurciz au faict des armes; tellement que l'un gagnoit unefois, et perdoit l'autre. Cependant le pays souffroit d'estranges calamitezet desolations; mais finablement Vitiges succomba; et s'estant retiréà Ravenne, fut trahy des siens, et mis és mains de Bellisairequi le mena depuis captif en Constantinople. De là en avant lapuissance des Goths se trouva fort rabaissee; neaumoins ils ne quicterentpas pour cela l'Italie du tout, ains retindrent encore plusieurs villes etplaces fortes le long du Pau, et du Thesin; temporisans sourdement ainsijusqu'à ce que Bellisaire fut revoqué. TOTILAS leur cinquiesme<f 336r> Roy en Italie fut le plus valeureux de tous; car n'aiantdu commancement que bien peu de forces; il recouvra nonobstant cela presquetout ce qui avoit esté perdu sous son predecesseur; et prit Naples,puis Plaisance, et en fin Rome, que de despit et de colere il gasta fortvilainement; et y eust faict pis encore, s'il n'eust esté raddoulcypar les prieres du Pape Pelage, et de S. Benoist. Bellisaire ayant du depuisrefait les murailles, Totilas y retourna, et la ruina derechef: mais aiantesté depesché l'Eunuque Narses au lieu de Bellisaire, ilgaigna une grosse bataille sur Totilas, qui fut tué ainsi qu'il sepensoit sauver, apres avoir regné dix ans. TEYAS dernier Roy luysucceda; lequel combien qu'il fut tresprudent et hardy, dés lapremiere annee neaumoins fut du tout defaict par Narses: au moien dequoyprit fin le regne des Goths en Italie, au bout de 58. ans qu'il s'yestablit; faisant place à la domination des Lombards quicommença bien tost apres. J'AY paraventure insisté plusprolixement que je ne devois, et que le present subject ne comporte, en ceschoses Gothiques, sur le propos de leurs caracteres et mode d'escrire:
Les desolations des Goths, Huns et Vandales en Italie.
A quoy je me pourrois estre ainsi relasché par le souvenir despiteuses marques qui se voient à Rome, et presqu'en toute l'Italie,de la felonnie inhumaine de ces Barbares, qui n'a pardonné aux chosesmesmes insensibles, dont les bestes brutes auroient eu plus de considerationet respect; ains ruiné presque de fonds en comble ceste triomphanteeternelle ville, dame jadiz et <f 336v> maistresse de toutes autres; Cui par nil fuit, et nihil secundum, à dit le PoëteMartial. Les edifices les plus superbes qu'onques le Soleil apperceut,explanez jusqu'à fleur de terre: tout pesle-meslé de ruinesà guise d'un autre Chaos: les Obelisques renversez: ceste tantadmirable colomne de Trajan difformee en tout-plein d'endroits; et celled'Antonin bien plus encore, fort endommagee du feu: le temple de la paixtout esteint, et des huict colomnes du porche les sept dissipees, dont cellequi reste remplist d'esbaïssement ceux qui prennent garde à sonestoffe qui est de marbre Parien, et a sa desmesuree grandeur toute d'unepiece, avec l'artifice et bonté d'ouvrage: les sepultures inimitablesdu Mausolee d'Auguste masse Adrianique, Septizone de Severe, et infinisautres trop prodigieux bastimens, qui faisoient presqu'honte à ceuxd'Egypte, aneantiz entierement: Toutes les plattepeintures perdues; et cequi peult estre resté des testes et statues, mutilé en laplus-part de leurs parties, mais toutes en general du nez. Somme, tout cequi auroit esté là par de si longues revolutions de sieclescomme surentassé par despit, gasté, diffamé,villenné d'une vraye rage et forcenerie; ou plustost par quelquesecrete divine disposition, qui auroit suscité ces gens làà venir venger de si loing les pilleries, saccagemens, et extortions,dont l'ambition insatiable du peuple Romain avoit au precedant parcouru,molesté, vollé, destroussé toutes les nations de laterre; et au nom d'elles repeter le tout <f 337r> à leurtour. Or laissant à part tels discours, comment que ce soit cesGothiques desolations, gastz et ruines ont laissé leur nom àtout ce qui s'est depuis ensuivy de grossier, goffe, lourd et rural, tantés arts et sciences, qu'és mestiers; et mesme enl'architecture, peinture et sculpture; dont en portent bon tesmoignage cequ'on voit en infinis endroits de verrieres, images et tableaux des Eglises,et lieux publiques de l'Europe; et pareillement l'escriture des sepultureset tombeaux, qu'on appelle lettre Gothique. Mais particulierement les Gothsont eu des caracteres pour eux, tels qu'on peult voir en cest alphabet,tiré de plusieurs inscriptions d'Italie. Quant à leur langage,il ne s'en trouve point de marques dont on peust seurement parler: mais lesEpistres de Cassiodore secretaire de Theodoric nous apprennent, qu'en leursactes publiques ils usoient de la langue Latine.
<f 337v> L'alphabet Gothique.
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  OR tout ainsi que les Goths soubsdespaiserent du Septentrion endivers endroits du Ponant, les Northmans de mesme s'en vindrent deDannemarc, Norwege, Suedde, et des isles Scandianes, espandre d'un autrecosté dans les Gaulles; et mesmement en Normandie, à laquelleestant lors appelle Neustrie, ils donnerent leur nom, quelle a tousjoursgardé depuis. Et pendant les ravages qu'ils exercerent decosté <f 338r> et d'autre par l'espace de quarante ans, avantque de s'arrester nulle part de pied-ferme; pour mieux couvrir lesdeliberations et conseils de leurs entreprises, ils inventerent une nouvellemaniere d'alphabet, comme le tesmoigne Beda moyne Anglois, ouquel il n'y aque les dix premiers characteres, presque conformes à ceux des Grecs,et aux nombres où ils les appliquent: les quatorze lettres quirestent, sont puisapres representees par le redoublement d'iceux, comme vousle pouvez icy voir: Dequoy ne s'esloigne pas fort la petite table insereecy devant au fueil. 230. mais plus encore s'en aproche celle du 250. Lacollocation s'en peult transposer à la volonté d'unchacun.
Alphabeth Northmanique.
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  CEST autre est encore extrait du mesme Beda.
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<f 338v>   LES FRANÇOIS, reliquats jadis demeurezde la destruction des Troians, quelques 440. ans avant l'incarnation duSAUVEUR, s'en vindrent finablement des larges et spacieuses solitudes de laScythie, sous la conduicte de Marcomir rendre en la basse Allemagne,où leurs confreres les Saxons leur departirent une demeure vers lesbouches du Rhin, en Phrise et Hollande: Et de là faisans forcegrosses saillies sur les terres circonvoisines, guerroierent les Romains etGaullois par plus de 900. ans de suitte; Si qu'ils estendirent leurdomination en la plus grand'-part de l'Europe, selon que le tesmoigne bienau long leur Croniqueur Hunibauld és dixhuict livres qu'il a laissezde leurs conquestes; où il met entr'-autres choses qu'un nomméWastbald auroit escrit leurs faicts et gestes de 758. ans en leur proprelangue, et és caracteres tels qui s'ensuivent, ressentans je nesçay quoy d'escriture Grecque: mais l'ordre des lettres en esttransposé; qui sont au reste un peu douteuses; pour raison pourroitestre, de leur trop grande antiquité, qui en auroit faict depraveraux escrivains la vraye figure.
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<f 339r>   IL y a un autre alphabet des Françoisencore dans le mesme Hunibauld, qui en refere l'invention à unappellé Doracq.
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  AVEC Marcomir vint és Gaulles un Hichus, Françoisaussi, qui inventa à ce qu'on dit, cest autre alphabet; duquel plusde 800. ans apres, Pharamond dernier Roy Payan se servit en ses plussecretes depesches.
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  MAIS cestui-cy, extrait aussi de la Polygraphie de Tritheme commeles quatre dessusdits, et les trois cy dessous, qui sont chiffres, et nonescriture commune de quelque nation, fut autrefois de Charlemagne, aurapport d'un moyne appellé Otfrid, lequel allegue cest Empereurlà en avoir usé de plusieurs, selon le nombre des provincesà luy subjectes; dont le premier est tel qu'il s'ensuit.
<f 339v> [FIGURE]
AUTRE alphabet dudict Charlemagne, destiné specialement pourl'inquisition, par luy establie au pays de Saxe.
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Autre du mesme Empereur.
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Autre derechef, ouquel il y a quelques lettres redoublees àl'imitation des Hebrieux.
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<f 340r>   DES DEUX alphabets ensuivans, venuz de labibliotheque à Treviz, ville du domaine des Venitiens, d'un grand etfort renommé personnage en toutes occultes sciences, appelléAntonio de Fantis, il y peult avoir cinquante ans, ce premier estinscrit pour Geomantique, et Astrologique.
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<f 340v>   ET cestui-cy,
De la secrete Philosophie.
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  A QUELLE occasion l'un ne l'autre de ceste sorte, je ne le puispas bien comprendre: car quelle convenance peuvent avoir ces caracteresavecques la Geomantie, qui n'est qu'une projection de poincts, fortuite desoy sinon entant qu'elle est guiddee de la <f 341r> constellationqui regne ? lesquels sont reduits puisapres en des lignes; et ces lignesaccommodees à des figures, dont se tire la prediction selon lesreigles de cest'-art: Aumoien dequoy je croirois plustost qu'ils aientesté faicts à plaisir; et par consequent sans aucunesignification ne mystere qui importe quelque efficace, tout ainsi que ceuxqui sont receuz de longuemain, et usitez de chaque nation endroit soy. Bienest vray qu'encore que Dieu ait doüé tous les hommes d'unentendement et raison de mesme faculté et vertu, selon MercureTrismegiste, dont ce qui s'en retrouve de moins és uns qu'ésautres, vient ou de leur nonchallance et default, ou de quelque viceaccidentel; il a toutesfois diversifié leur parler de plusieurssortes de langages, et l'escriture pareillement; ce qu'il ne fault pasestimer avoir du tout esté inventé à la vollee, ny parun casuel rencontre; ou à s la premiere fantasie et apprehension dequelqu'un, qui en ait formé les mots, et les caracteres à sonbon plaisir, comme pourroient estre ceux des communs et vulgaires chiffres;car ce consentement universel de tant de personnes, qui par une si longuesuitte de siecles, les aient gardez et retenuz sans varier, presuppose jene sçay quelle inspiration venant d'en-hault, qui les ait telsrevelez; de maniere que leurs figures et proportions, tant numerales quegeometriques, semblement avoir une fort grande correspondance etaffinité, non seulement avec les facultez et vertuz celestes, ainsavec les divines <f 341v> puissances encore, dont elles soient enlieu de marques, symboles, et vehicules de leurs occultes effects icy bas;et sur tous autres les Hebraïques, qui consistent plus distinctementque nuls autres, de la matiere, forme et esprit, y representez par lesfigures des lettres, par les poincts remarquans les voyelles, et les accentsdont depend la deuë prolation, qui leur donne vie: le tout en premierlieu formé visiblement au ciel, qui est le throne et siege de Dieu,par l'assiette et collocation des estoilles, et leurs aspects et regards desunes aux autres; Puis de là empraint consequemment en tous lesindividuz de la terre, au triple genre des animaux, vegetaux, mineraux,desquels ces caracteres contiennent en eux les plus pregnantes et occultesproprietez; principallement quand ils sont arrengez et tissuz en des paroleset vocables, qui expriment la vraye et connaturelle signification de lachose à quoy ils furent primitivement appliquez par le Protoplaste,à qui Dieu les revela tels qu'ils sont, et dicta ainsi que de sapropre bouche; au tesmoignage mesme de Mahomet, au commancement de sonAlchoran: Deus Adam vocabula rerum semotim edocuit, nondum angelisagnita: Et pourtant Origene dit que ces mots là estans changezet transportez en autre langue, ne gardent pas leur precedente force etvigueur, dont tant moins ont encore ceux qui sont formez à plaisir:le mesme est-il de l'escriture qui les represente. Aumoien dequoy pourdonner credit aux deux alphabets dessusdits, les lettres àl'imitation <f 342r> des Hebrieux en estoient assignees, assaboitles cinq voyelles A. E. I. O. U. et les deux d'icelles servans quant etquant de consones, I. V. aux sept planetes, et aux sept jours de lasepmaine: les 12. consonantes, B. C. D. F. G. L. M. N. P. R. S. T. aux douzesignes, et douze mois: K. Q. X. Z. aux quatre elemens, aux quatre saisonsde l'annee, et à autant d'humeurs du corps: et finablement H. qui estune aspiration, à l'esprit du monde. Mais je persiste derechef queces characteres sont faits à plaisir, si qu'ils n'ont aucun pouvoir,efficace, ne vertu latente en leurs figures, nomplus que les autres de lamesme farine, si ce n'est selon qu'ils peuvent signifier envers les unsd'une façon, et envers les autres d'une autre: comme aux Romains lalettre A. en la promulgation des Edicts denotoit un rejectement et cassationd'iceux; et és jugemens criminels plaine et entiere absolution; leC. au contraire un condamnement. Ce n'estoit doncques pas aucune energierenclose en ces lettres qui peust absouldre ou condamner une personne, ainsseulement un signe externe servant à exprimer l'intention de ceux quil'y appliquoient. Le semblable est-il de toutes sortes de characteres,esquels il n'y a aucune efficace; ny pareillement és parolles et motstant prononcez de vive voix, comme escrits en quelque estoffe que ce puisseestre, si le tout n'est accompagné de certaine vertu spirituelleprocedant d'une forte elevation de pensee, qui les vivifie selon la foyqu'on y adjouste; ainsi que le deduit bien au <f 342v> long apresle Talmud, Rabbi Moyse Egyptien au 61. chap. du premier liv. de sondirecteur. O COMBIEN (dit-il) s'eslogne ce que les hommes cuiddent entendrede l'escriture selon la lettre, en l'interpretant à leur fantasie,de ce que portoit l'intention de celuy dont elle est venuë: car laplus-part pensent qu'il n'y ait que les lettres seules qui parlent, sans yavoir rien de caché dessous, pourautant que leurs ratiocinations etprojects ne se peuvent pas eslever si hault qu'ils atteignent à lacognoissance de ces mysteres si occults: Estans assez manifeste àquiquonque vouldra peser les raisons des choses divines, que les lettres etcaracteres ou figures d'icelles, fussent mesmes les Hebraïques, bienque formees du plus excellent escriture qui fut onques, ne sont toutesfoisforts simples creatures tant seulement; dont il ne fault pas estimerqu'elles aient aucune puissance ne vertu de soy, si nous ne voulionsencheoir en l'erreur des Idolatres, qui reverent les creatures pour leurCreateur; blaspheme envers luy trop execrable. Mais ç'ont estéles fols malins, qui aians rencontré ces mots là, se sontadvancez là dessus de mentir tres-impudemment, affermans que lescharacteres à par-eux, et les parolles encore plus, qui estoienttissues de certain contexte de lettres, assemblees de ceste sorte, ou decelle-là, auroient plein-pouvoir d'accomplir et effectuer telle ettelle chose, à quiconque les porteroit, ou profereroit. Tellement queles gens simples, faciles à estre persuadez, apres la mort de telsengeolleurs <f 343r> venans à trouver ces abuz et deceptionsparmy leurs plus chers et secrets memoires, en ont faict grand cas; et ontreputé ces mots là, et les caracteres pour une tressaincte etmiraculeuse besoigne:
Prov. 14.
y allans à la bonne foy, suivant ce que dit le Sage,l'Innocent croit à toute parole. VOILA à peu pres cequ'en mect ce docte Rabi; par où nous sommes admonestez, den'adjouster foy trop legierement à ces frivoles superstitions, quine tendent qu'à decevoir ceux qui ne se tiennent sur leurs gardes,et ne sont soigneux de les examiner un peu de pres, pour discerner le vraydu faulx. ET en cest endroit nous jecterons l'ancre, et ployerons les voilesde nostre navigation, à la loüange, honneur et gloire de celuyqui nous a faict la grace d'arriver au port desiré; Dont sontressainct nom soit benit eternellement és siecles des siecles.
  AINSI SOIT-IL.

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