Le blog-notes mathématique du coyote

 

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Editorial

Ce blog a pour sujet les mathématiques et leur enseignement au Lycée. Son but est triple.
Premièrement, ce blog est pour moi une manière idéale de classer les informations que je glâne au cours de mes voyages en Cybérie.
Deuxièmement, ces billets me semblent bien adaptés à la génération zapping de nos élèves. Ces textes courts, privilégiant le côté ludique des maths, pourront, je l'espère, les intéresser et leur donner l'envie d'en savoir plus ou, pourquoi pas, de créer leur propre blog...
Enfin, c'est un bon moyen de communiquer avec des collègues de toute la francophonie.


dimanche 12 février 2017

Pourquoi je n'écrirai plus de livre (merci City Editions)

Cela fait exactement 10 ans que sortait mon livre sur la cryptographie classique intitulé LES CODES SECRETS DECRYPTES. Deux éditions, des milliers de livres vendus, une traduction en espagnol, bref un succès. Et pourtant, tout n'est pas si rose. La faute à mon éditeur, City Editions.
Au début, tout s'est bien passé. J'ai reçu une avance sur mes droits d'auteur, le contrat avait l'air sérieux.
Puis est arrivée la traduction espagnole. Là, première surprise, je la découvre par hasard sur Internet. Je contacte mon éditeur (enfin j'essaie car je n'ai pas eu de réponse à mes mails et j'ai dû envoyer un courrier recommandé pour avoir une réponse) qui me dit vaguement qu'il n'est pas au courant, que c'est moi qui leur appends (!) . C'était en janvier 2011.
En novembre 2012 mon éditeur me signale l'éditeur espagnol est en faillite. En 2017, on peut toujours trouver cette traduction et le site de l'éditeur est toujours actif... Inutile de dire que je n'ai reçu aucun droit d'auteur.
A peu près au même moment, la première édition de mon livre est épuisée. L'éditeur en profite pour me demander si j'ai quelques changements à apporter pour la deuxième. Je m'exécute. La deuxième édition paraît en mai 2011 et tout semble rentrer dans l'ordre.
Deuxième surprise : une version e-book sort un peu plus tard, sans que je sois prévenu... (évidemment je n'ai touché aucun droit)
Puis je m'aperçois que le prix du livre a augmenté... Je demande des explications. Je n'en reçois pas. Je commande le livre et je m'aperçois que le papier est plus luxueux. Il y a donc eu réimpression, sans que j'en sois prévenu. Apparemment, les ventes continues à être bonnes, mais comme je ne reçois aucun décompte... Au passage, le contrat stipule que je recevrai un décompte régulièrement : j'en ai reçu 1 seul en novembre 2012.
J'envoie des mails (23.11.2014, 6.7.2015, 17.10.2015). Aucune réponse. Une lettre recommandée part le 7.10.2016. Aucune réaction. En dernier recours j'envoie en recommandé (avec accusé de réception) deux mises en demeure, aidé par un avocat, en janvier 2017 avec menaces (dont celle d'écrire un billet dans mon blog pour faire part de mes difficultés). Un mois plus tard, toujours pas de réponse, mais les accusés de réception me sont revenus.
Je ne sais pas comment tout cela va finir, mais ce qui est sûr, c'est que je ne publierai plus aucun livre. Cela demande trop de travail pour finalement pas grand-chose. Par contre, je continuerai à fournir du contenu gratuitement sur mon site, sans qu'un éditeur se fasse de l'argent sur mon dos. Vive la transmission gratuite des connaissances sur Internet!

lundi 5 septembre 2016

Encore la classe historique

Décidément, ma clase historique fait parler d'elle. Lors d'une interview à la RTS, notre ministre de l'éducation l'a prise comme exemple...


Petit commentaire personnel. Quand le ministre dit que ces élèves méritaient leur matu parce qu'ils ont su profiter du système (donc qu'ils ont su comment bosser le moins possible), mes poils se hérissent.

mardi 30 août 2016

Nouveau système (enfin!)

JU: les notes de maths, de français et d'allemand seront revalorisées Trop d'élèves contournaient la difficulté dans le passé en compensant les branches principales par des branches secondaires et réputées plus faciles.


Un reportage du Téléjournal à mettre en rapport avec mon billet d'humeur du 26 juin. D'ailleurs, si vous êtes attentifs, on parle de la classe historique en fin de reportage. Finalement, on devrait dire merci à ces "élèves". Peut-être que cette classe a un peu accéléré les choses, même si le Jura a été le dernier canton romand a réagir. Il fallait aussi peut-être juste attendre le nouveau ministre...

dimanche 26 juin 2016

Une classe historique

L'année passée à la même époque, j'avais poussé un coup de gueule en voyant les résultats de maths de nos élèves. De nouveau, puisque rien n'a changé cette année, il était prévisible qu'on allait à la catastrophe. Ce fut le cas.
Relativisons un peu quand même. Cette année j'avais deux classes terminales: une classe d'option biologie-chimie bilingue et une classe non scientifique. Autant dire le jour et la nuit. La première a "bien réussi", si l'on compare avec les autres classes. La deuxième classe est historique (ce sont les mots de l'expert): 1.76 de moyenne à l'écrit !!! Douze élèves ont moins de 2, six ont entre 2 et 2.9. Une élève a eu 3. En plus, l'expert m'a dit que j'avais été généreux... Les champions du monde. Notons au passage que tous ces élèves ont eu leur matu. Quant à l'oral, ce fut évidemment aussi le pire de ma carrière (alors que ce fut l'un des meilleurs avec mon autre classe).
Tout cela m'inspire trois réflexions:

  1. Les profs ne servent (presque) à rien. Je veux dire par là que les bons élèves s'accommoderont de n'importe quel prof, et que même le meilleur prof du monde ne pourra rien faire avec des élèves qui ont décidé de laisser tomber sa branche.
  2. Les élèves n'ont plus d'honneur. Seul le résultat compte. Peu importe que l'on passe pour un(e) gros(se) con(ne) devant le jury. Dans la classe historique, seules 3 élèves sur 19 ont eu au final une note suffisante (elles ont toutes eu la note 4).
  3. Les examens de maturité sont une perte de temps. Tout est joué à l'avance. Les examens finaux ne changent rien.
Allez! Cela ira bientôt mieux. En effet, les conditions de promotion vont (enfin) changer cette année et les élèves pourront moins calculer. Espérons que les maturités suisses retrouveront le crédit qu'elles ont perdu depuis quelques années.

Pour finir, quelques perles de la classe historique:

On analyse une courbe représentant la marée à Londres.
Moi : "Savez-vous ce qui provoque les marées ?"
Une élève : "Ben, la mer elle monte parce que la Tamise elle met de l'eau dedans!" (sic).
Une autre élève, au fond: "C'est quoi la Tamise ?"

"L'intersection de deux plans est un cube."

Moi: " y = 2 est une droite horizontale. A votre avis, quelle est l'équation d'une droite verticale ?"
Une élève : "2 = y ?"

Moi: "C'est Winston Churchill qui a dit que..."
Une élève : "Celui des clopes ?"
Une autre élève : "Mais non ! Tu sais, l'Américain..."

Moi: "Il nous faut choisir une destination pour le voyage d'études. Que pensez-vous de Vienne?"
Une élève : "Vienne ? C'est où ça?"
Une autre élève : "Ah non ! Cela ressemble trop à Bienne..."

vendredi 10 juillet 2015

Allègement

Un grand bravo à notre ministre de l'éducation, qui a attendu les vacances pour nous annoncer que l'allègement du temps de travail pour raison d'âge allait être... allégé. Encore une décision courageuse!

samedi 20 juin 2015

Comment fabriquer des élèves calculateurs

L'année passée, à la même époque, j'avais réagi à un article du QJ intitulé "Trop facile d'obtenir sa maturité ?". Eh bien, une année plus tard, je pourrais réécrire le même billet, avec presque les mêmes chiffres à l'appui (103 élèves insuffisants en maths sur 182).
J'irai même cette fois plus loin : cela devient un exploit de rater sa maturité ! Avec tous les arrondis vers le haut, le nombre faramineux de disciplines et les repêchages automatiques, il faut vraiment faire exprès pour rater (3 échecs sur 182 élèves). Ce qui me dérange, ce n'est pas tellement ce faible nombre d'échecs. Après tout, il est normal qu'arrivé en 3ème année, un élève réussisse ses examens. C'est le but. Non. Ce qui me hérisse les poils du bouc, c'est la mentalité actuelle des élèves.

2015, la pire année en maths

Illustrons cela par un graphique. Je me suis plongé dans mes archives personnelles pour voir comment ont évolué les notes de l'examen écrit de mathématiques. C'est souvent (et de loin) la moins bonne des quatre notes que l'on prend pour calculer la moyenne finale de maths. J'ai regardé les années 2000, 2007 et 2015 et j'ai pris des classes d'élèves non scientifiques :


Je précise pour les lecteurs non suisses de ce blog que chez nous les notes vont de 1 à 6, avec demi-point et que la moyenne est à 4.
En bleu, la situation en 2000, avec l'"ancienne maturité" (moins de disciplines, exigences de réussite plus dures qu'actuellement). C'était de plus la deuxième année que je faisais passer des examens. On voit que les notes sont assez bien réparties. La moyenne se situait autour de 3.5.
En orange, la situation en 2007. C'est la "nouvelle maturité", mais il existe à l'époque des notes pour des groupes de discipline (physique-chimie-biologie et géo-histoire). Il y avait donc moins de notes qu'actuellement. On voit un léger décalage des notes vers la gauche. Cela signifie qu'il y a plus de mauvaises notes. La moyenne était un peu moins bonne, mais cela restait "acceptable".
Enfin, en jaune, les notes de cette année. La pire de ma carrière en terme de résultat à l'écrit de math (env. 2.5 de moyenne). C'est effrayant. Presque plus de bonnes notes: 3 (oui 3) élèves suffisants sur 33. Un nombre hallucinant de notes inférieures à 2.

Alors pourquoi ?

Qu'est-ce qui a changé en 15 ans ? J'ai la faiblesse de croire qu'au fil des ans, je me suis amélioré. Je ne sais pas si je suis un bon prof, mais en tout cas meilleur qu'en 2000. De plus, les collègues de mon lycée et d'ailleurs font le même constat. Les examens ne sont pas devenus plus durs, je dirais même que c'est au début des années 2000 qu'ils étaient les plus difficiles. Les élèves ne sont pas forcément moins bons non plus. Non. Le grand coupable, c'est le système actuel de promotion, beaucoup trop laxiste. L'élève peut se permettre d'avoir 4 notes insuffisantes, ce qui lui permet de laisser tomber certaines branches. Evidemment les maths sont les premières touchées, puisque c'est une des branches les plus exigeantes. De plus, il y a tellement de notes à côté pour se rattraper, que l'on peut se permettre de faire une note très mauvaise. Ce n'était pas le cas en 2000. En 2007, les élèves ne pouvaient qu'avoir 3 notes insuffisantes et il y avait moins de notes.
Mais le pire, ce que toutes les notes ont le même poids. La note de maths (12 heures réparties sur trois ans, avec un examen oral et un écrit) compte autant qu'une branche dispensée seulement en 3ème année (1 heure) et sans examen. Il est donc facile de compenser.

Et alors ?

Tout le monde ne peut pas aimer les maths. Quand je dis que je suis prof de maths, la grande majorité des gens me répond : "Ah j'étais nul en maths". Soit. Mais il fut un temps ou les élèves faisaient des efforts (mon Dieu le gros mot !). C'est d'ailleurs ce que je demande à mes élèves : qu'ils fassent de leur mieux, et surtout qu'ils apprennent à réfléchir. Mais le système les pousse vers la médiocrité, la fainéantise et le je m'en foutisme. Résultat : on forme des élèves calculateurs, jouant avec le système, plutôt que des élèves cherchant l'excellence. Le comble: les meilleurs élèves sont raillés par les autres, qui ne comprennent pas pourquoi ils passent tant de temps à travailler. Ils comprendront peut-être plus tard... Trop tard.

Alors changeons ce système !

L'année passée, les profs du Lycée, après avoir réfléchi longuement sur la question, ont transmis au département des propositions pour redonner du poids aux quatre branches principales: français, maths, langue 2 et option spécifique, qui représentent à elles seules près de la moitié des heures dispensées (notons au passage, et bravo à lui, qu'un élève à réussi à avoir sa matu en ayant ces 4 branches insuffisantes! Je parie qu'il va faire médecine). Réponse de nos autorités compétentes: ce rapport sera mis en consultation... Il faut dire qu'on est en année électorale. Il est urgent d'attendre. On va donc encore "produire" au moins quatre volées d'étudiants calculateurs, peut-être plus...

Rendez-vous l'année prochaine, pour le même billet d'humeur !

mercredi 16 juillet 2014

Trop facile d'obtenir sa maturité ?

C'est le titre de l'article paru hier dans le Quotidien jurassien. Personnellement, j'aurais plutôt mis un point d'exclamation ! Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 3 échecs sur 177 élèves, soit 1.7% d'échecs.
Pour les maths par contre, la situation est tout autre : nous avons 100 élèves insuffisants en maths (env. 57% du total), dont un pourcentage impressionnant ayant une moyenne de 2 ou de 2.5. Je ne cite pas les chiffres (que je connais), car ils n'ont pas été rendus publics. Je m'étonne d'ailleurs qu'on rende public les résultats en maths seulement. Cela aurait été intéressant de savoir pourquoi certaines branches ne comptent aucune insuffisance...
Donc, si on résume, 57% d'insuffisants en maths, mais 1,7% d'échecs à la matu. C'est on ne peut plus clair : les maths ne sont plus considérées comme une branche principale. Elles sont au même niveau que d'autres branches qui sont nettement moins bien dotées en heures, et qui n'ont même pas d'examens à la fin du cursus. Contrairement à ce qui est dit dans l'article, la situation n'est pas nouvelle ; elle date du moment où l'on a introduit un grand nombre de disciplines nouvelles, chacune étant notée indépendamment. A partir de là, il a été facile pour les élèves de compenser leurs mauvaises notes en maths avec des branches moins exigeantes. Le dessin accompagnant l'article reflète exactement la réalité.


Autre point de l'article qui me dérange. Il est sous-entendu que le niveau d'exigence à la matu a baissé depuis 10 ans. C'est faux ! Les examens sont de la même difficulté. C'est peut-être d'ailleurs pour cela qu'il y a tant de mauvais résultats...
Tout cela n'est pas sans conséquence : l'EPFL va cette année fortement durcir la première année. Si, après un semestre, l'étudiant n'a pas le nombre de points suffisants, il devra suivre un cours spécial de maths avant de pouvoir, s'il réussit des examens, recommencer la première année. Cela montre bien que les hautes écoles trouvent que la situation en maths n'est plus acceptable et qu'elles ne font plus confiance aux lycées pour former leurs futurs étudiants. Probablement que les universités pensent de même. A quand les examens d'entrée dans les EPF ou une première année obligatoire de mise à niveau ?

Je finirai par un message à mes élèves. N'oubliez pas que la maturité n'est qu'un papier qui ne vous servira qu'à une chose : continuez des études. Donc, bravo pour votre maturité, mais le plus dur reste à faire !